25/11/2009

En somme, qui est le plus manipulé?

A quelques jours du sommet de Copenhague, une manipulation étrange ravit les négateurs du réchauffement. Mais qui tire les ficelles?

Les négateurs du réchauffement, se réjouissent du piratage de milliers de courriels de scientifiques d'un institut britannique, et prétendent y voir l’écroulement de la «citadelle idéologique» des climatologues qui nous alarment sur le réchauffement.

En premier lieu, on s’étonne que certains puissent mettre leur esprit critique en stand-by lorsque survient, comme par hasard à deux semaines d’un sommet important sur le réchauffement, une remise en cause des méthodes d’un petit nombre de scientifiques. Cette publication n’est évidemment pas fortuite, c’est une manipulation en bonne et due forme: elle a été planifiée, organisée et financée par quelqu’un, qui n’a pas hésité à recruter de nombreux criminels du net pour voler et exploiter des données personnelles - et peut-être les  "arranger", qui sait. Ce qui en soi pourrait susciter un semblant de réprobation, non?

La moindre des choses serait donc de faire preuve d’un peu de prudence: en relayant sans réserve ces ragots de bas étage, obtenus par des moyens illégaux, les négateurs du réchauffement se font les complices de lobbies qu’ils ne connaissent même pas, et pour cause, ce qu’ils pourraient regretter le jour où la lumière sera faite sur leur identité et leurs objectifs véritables. On sait qu’aux Etats-Unis, des sociétés pétrolières financent ouvertement des «études scientifiques» dont les conclusions sont définies à l’avance par les commanditaires, selon une vieille tradition pratiquée par l’industrie du tabac, aux Etats-Unis et en Suisse.

Les scientifiques sont des femmes et des hommes comme les autres, avec une éthique bien sûr, mais aussi des faiblesses, des convictions, et la volonté de convaincre. Que tout ne soit pas luxe, calme et volupté dans ce monde-là n’est dès lors en rien surprenant. Mais il ne faut pas confondre l’arbre et la forêt. De la même manière qu’on ne condamne pas l’ensemble de l’armée suisse à cause des agissements d’un cadre incompétent (on parle du drame de la Kander), les indélicatesses éventuelles de quelques scientifiques d'un institut d'un seul seul pays dans leurs relations personnelles, ne remettent évidemment pas en cause le fond de l’affaire, et la réalité du réchauffement. Celui-ci est confirmé chaque jour par les faits, qu’il s’agisse de la disparition des glaciers, de la fonte des calottes polaires, ou de l’aggravation des phénomènes extrêmes. C’est choses-là sont visibles et mesurables: une excursion en montagne suffit! Ainsi, les sceptiques et les manipulateurs peuvent dire ce qu’ils veulent, les faits sont là, et ils sont têtus.

Il se dessine d’ailleurs une position de repli chez les sceptiques, face précisément à l’insistance des faits: elle consiste à dire qu’il y a peut-être bien un réchauffement, mais que les activités humaines n’en sont pas responsables. Et alors? Lorsqu’il y a le feu quelque part, les pompiers n’attendent pas de savoir qui a mis le feu pour décider d’intervenir ou non! L’important est de savoir que le réchauffement aura des conséquences extrêmement graves, quelle qu’en soit l’origine, et que par conséquent il faut s’y préparer, en particulier en n’ajoutant pas encore des gaz à effet de serre à ceux que la nature va relâcher, précisément à cause du réchauffement: la fonte du permafrost en Sibérie et au Canada va libérer des quantités colossales de méthane, un gaz à effet de serre bien plus nocif que le CO 2.

C’est peut-être naïf, mais nous préférons écouter, avec l'esprit critique qui convient, des climatologues qui ont fait leurs preuves, ceux du GIEC et ceux de nos hautes écoles, comme Martin Beniston et Martine Rebetez. Eux du moins ne défendent pas des intérêts économiques secrets, mais l’intérêt général, et ne cherchent pas à nous manipuler pour des motifs inavouables. C’est déjà pas mal, non?

Philippe Barraud
www.commentaires.com

09:29 Publié dans Politique | Tags : climat, réchauffement | Lien permanent |  Imprimer