19/10/2009

Entendez-vous, dans nos campagnes, les coassements du politiquement correct?

A un mois de la votation, la campagne contre l’initiative sur les minarets devient déjà terriblement lourde, chacun s’en servant comme faire-valoir.

Entendez-vous, dans nos campagnes, les coassements du politiquement correct? C’est à qui prendra les poses les plus avantageuses, en maniant l’indignation, l’insulte, et pourquoi pas la censure, tout en couvrant de paroles tendres les musulmans de Suisse. Politiciens, éditorialistes, gens d’église, intellectuels étrangers condescendants, c’est l’habituelle coalition des Justes, la confrérie de ceux qui ont tout compris – sauf, éventuellement, ce peuple encore capable de mettre les pieds dans le plat.

L’interdiction des minarets n’est peut-être pas la bonne réponse, mais elle met en évidence un problème bien réel: le monde entier a un problème avec l’islam, et donc les Suisses aussi. L’islam fait peur, c’est un fait têtu, parce que le modèle de société qu’il sous-tend, et la violence qu’il engendre,  font peur. Sociétés verrouillées sous un obscurantisme accablant, femmes humiliées et rabaissées, activités et menaces terroristes un peu partout dans le monde – et vous voudriez que les gens n’aient pas peur?

On a probablement raison de nous dire que les Suisses n’ont rien à craindre des musulmans qui vivent en Suisse, qu’ils rejettent dans leur majorité tout ce qui nous révolte et nous effraie dans l’islam. Il n’en reste pas moins une très grande méfiance, qui s’alimente du récit quotidien d’attentats aussi aveugles que meurtriers dans le monde, et d’informations sporadiques révélant, à la stupeur générale bien entendu, des activités dangereuses pour la sécurité de la population. On peut être un ingénieur doué travaillant pour le CERN et l’EPFL, et n’en manigancer pas moins au sein d’une mouvance extrémiste pour fomenter des attentats en Europe, au nom de l’islam. Cela non plus n’est pas rassurant, puisqu’alors l’extrémisme n’est pas que le fait de talibans analphabètes et de jeunes désœuvrés.

Si de nombreux Suisses ont signé l’initiative de l’UDC, et si nombre d’entre eux vont probablement voter en sa faveur, c’est parce que personne ne veut entendre leurs craintes, parce que personne ne veut les prendre au sérieux, car elles touchent à toutes sortes de sujets tabou dans notre société – une société qui devient totalitaire à force de vouloir être consensuelle: la religion, les étrangers, la différence, les valeurs fondamentales. A leurs interrogations légitimes ne répondent que paternalisme et mépris. Analysez les mots des adversaires de l’initiative, leur violence, leur virulence, voyez comment ils sont prêts à bazarder des notions aussi fondamentales que la liberté d’expression pour écraser les sentiments incorrects.

Le rôle des politiciens et des médias serait de se pencher sur ces inquiétudes, voire d’y trouver des solutions. Mais c’est ingrat et difficile. Il est beaucoup plus intéressant de flanquer la trouille au peuple en lui disant que le monde entier va nous détester, que l’image de la Suisse sera à jamais détériorée ou, catastrophe suprême, qu’elle sera traînée devant la Cour européenne des droits de l’Homme… On tremble déjà. C’est évidemment faux, mais nos dirigeants croient toujours que le monde n’a d’yeux que pour nous, suspendu à nos scrutins trimestriels.

En réalité, quoi que votent les Suisses fin novembre, le monde s’en f… éperdument. S’ils devaient accepter l’initiative, cela ne ferait jamais qu’une nouvelle de 20 secondes sur France-Info, de nombreux Français… approuveraient les Suisses, et les envieraient de pouvoir ainsi prendre les décisions qui les concernent! Le monde, Dieu merci, à mieux à faire que de disserter sur notre politique intérieure et nos problèmes d’ego.

Philippe Barraud
www.commentaires.com

18:45 Publié dans Politique | Tags : minarets | Lien permanent |  Imprimer