22/01/2013

La tempête arrive, et il n'y pas de pilote dans l'avion

Il souffle un vent mauvais sur la place financière suisse – et sur la Suisse toute entière. Entre les banquiers privés qui veulent casser le secret bancaire pour un plat de lentilles, et le gouvernement qui précède les demandes des pays voisins, les Suisses ont des raisons d’être inquiets.
Il y a quelques mois encore, le secret bancaire était une forteresse imprenable: “Non négociable”, disait-on d’une voix ferme. Mais ces mâles résolutions, assez ridicules avec le recul puisqu’on ne s’en donne pas les moyens, ont volé en éclats. Le Conseil fédéral et la Ministre des finances multiplient les déclarations ambiguës, laissant entendre que l’échange automatique d’informations serait finalement envisageable, dans le grand marchandage en cours avec l’UE: voici la base de données des comptes bancaires, servez-vous! Ils sont encouragés en cela par les banques, et en particulier par les banquiers privés, qui paraissent quelque peu aux abois, et sont prêts à tous les sacrifices pour pouvoir aller faire des affaires librement sur le marché européen.
Il faut admettre cette réalité: dans le dossier fiscal avec ses voisins, la Suisse patauge. Elle n’a aucune ligne, se laisse porter par le vent, bref, il n’y a pas de pilote dans l’avion. Au moment d’aborder une tempête, c’est angoissant. Car il ne faut pas se leurrer: la Suisse a bientôt fini de tirer sa prospérité de son attractivité fiscale. Il y a plusieurs raisons à cela.
La première est que les conditions offertes par la Suisse aux exilés fiscaux est de moins en moins attractive. Entre le coup de force français sur les successions, qui a passé comme une lettre à la poste, et les tours de vis donnés au forfait fiscal par les cantons, en attendant l’échange automatique d’informations sur lequel on cédera, bien entendu, les candidats à l’exil fiscal commencent à réfléchir. Eux qui détestent plus que tout l’insécurité, considèrent que la Suisse n’est plus un refuge sûr et fiable. La Belgique, Londres et d’autres pays ne changent pas leurs lois comme de chemise, et ne se couchent pas dès que Paris ou Berlin haussent le ton.
Vous n’y croyez pas? Vous pensez que la Suisse reste un refuge fiscal envié et inexpugnable? Lisez donc l’excellente enquête du magazine Le Point du 17 janvier. Ce titre par exemple: “La Suisse n’est plus ce qu’elle était”. On y apprend que les conditions sont de moins en moins attractives, que la taxation des successions touchera les résidents français en Suisse, que pour bénéficier du forfait il faut beaucoup de temps et les services d’un avocat, alors que les choses sont plus simples et plus rapides à Londres ou en Belgique. Voici ce qu’écrit l’hebdomadaire français: “Le statut de refuge fiscal de la Suisse est sérieusement entaché. Certes, elles défend encore corps et âme le secret bancaire, mais elle accorde de multiples concessions qui sèment le doute. (…) Entre janvier 2007 et septembre 2012, les avoirs étrangers en Suisse ont ainsi chuté de 24%, selon la Banque nationale suisse.”
Il faut faire très attention à ces évolutions très rapides, et cesser de croire que rien ne changera jamais. Les exilés, qui ne sont pas que fiscaux, prennent des décisions rapides. Les finances publiques des cantons pourraient en pâtir rapidement. Mais pas seulement les finances: l’exemple de la France montre que ce ne sont pas seulement les riches qui partent à Londres, à Los Angeles ou à Hong-Kong. Ce sont surtout les jeunes, bien formés, ambitieux et créatifs, qui s’en vont, privant leur pays de leur dynamisme, de leurs entreprises et des emplois qu’elles vont générer. Selon un cabinet spécialisé à Londres, cinquante demandes arrivent chaque jour pour créer des start-ups – il suffit, paraît-il, d’un quart d’heure et de 15 livres sterling pour créer une société. Diabolisés dans leur pays, accablés d’impôts et de charges avant d’avoir planté le premier clou, les jeunes entrepreneurs français trouvent un terreau extrêmement favorable de l’autre côté de la Manche, ou ailleurs dans le monde.
La France socialiste s’enfonce délibérément dans le marasme et nous, en Suisse, ricanons du haut de notre historique Schadenfreude envers notre voisin. Veillons pourtant à ce que nous ne suivions pas le même chemin! Si les grandes entreprises étrangères délocalisent parce que le climat devient incertain en Suisse, si les exilés fiscaux au forfait s’en vont, nous verrons aussi filer nos jeunes talents, nos belles rentrées fiscales et, pour finir, notre prospérité. Et à ce moment-là, qui va boucher les trous des caisses publiques, croyez-vous?¨

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30/04/2009

"Pour en finir avec le Rapport Bergier"

Comme on aimerait que le titre fût vrai, qu’on en finisse enfin avec le Rapport Bergier! Dans son livre, Frank Bridel met à nu les manques et les dérives de ce mauvais réquisitoire, et compile très utilement tout le travail critique publié jusqu’ici.

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