19/08/2013

Le revenu inconditionnel, ou la dictature parfaite

Donc, 130’000 citoyens suisses ont signé l’initiative «Pour un revenu de base inconditionnel». C’est un résultat qui interpelle, s’agissant d’une initiative n’émanant pas d’un grand parti politique ou d’une organisation connue, et qui conduirait à une mise sous tutelle des individus par un État tout-puissant.

Qu’est-ce qui a bien pu motiver ces citoyens? La perspective de pouvoir désormais vivre sans travailler, du matin au soir devant la télé, avec les chips et la bière? Ils ont probablement donné leur paraphe sans trop réfléchir aux conséquences ultimes de ce texte, au demeurant effarant de simplicité (trois lignes):

La Constitution est modifiée comme suit:

Art. 110a (nouveau) Revenu de base inconditionnel

1 La Confédération veille à l’instauration d’un revenu de base inconditionnel.

2 Le revenu de base doit permettre à l’ensemble de la population de mener une existence digne et de participer à la vie publique.

3 La loi règle notamment le financement et le montant du revenu de base.

«Effarant» parce que cette proposition aurait des conséquences sociétales et politiques inimaginables. En effet, le fait de distribuer une sorte d’AVS à toute la population, dès le jour de la naissance, implique en premier lieu l’inutilité du travail. Oh ! Certes, si la rente universelle est fixée à 2’500 francs par mois, comme le laissent entendre les initiants (ils parlaient au début de 4’500 francs, pour appâter le client sans doute), on ne roulera pas sur l’or mais, avec trois enfants, un couple pourra tout de même toucher un revenu conséquent de 12’500 francs par mois. C’est le retour de ce que, dans les colonies françaises – pardon, les DOM-TOM ! – on appelle l’argent-braguette.
À quoi bon se fatiguer à travailler, dès lors? Et donc, plus gravement, à quoi bon aller à l’école, à quoi bon acquérir une formation et un métier, puisque de toute façon, on n’aura pas besoin de travailler?
Cette initiative, qui hésite entre communisme et idéalisme niais (tous pauvres, mais heureux grâce à l’État), professe que le travail est une corvée, un fléau, dont il faudrait libérer l’humanité. Mais pour faire quoi? Le pire ennemi de l’homme, c’est l’ennui. Or, qu’est-ce qui menacerait le plus les individus, dès lors qu’ils seraient incultes et sans formation, sinon précisément l’ennui? Qu’est-ce qui fait que, dans les cités françaises où sévit le chômage, la violence triomphe, sinon précisément le manque de travail, et donc l’ennui?
Le travail vu comme un fléau est typique d’une idéologie née pendant la révolution industrielle. Or, les conditions de travail ont changé depuis, semble-t-il. Le travail est devenu, largement, le meilleur moyen pour exprimer sa créativité, progresser, établir des liens sociaux, et conquérir sa liberté par les choix que permet un revenu correct. Connaissez-vous un chômeur heureux de l’être?
Exiger que le travail soit banni de nos existences, comme le font certains professeurs d’université dans le droit fil de l’initiative, est le pire service que l’on puisse rendre aux humains (et aux professeurs d’université, puisqu’ils n’auraient plus lieu d’exister).
L’autre problème fondamental que pose cette initiative, c’est qu’elle soumet l’individu, complètement et du premier au dernier jour de son existence, à la tutelle absolue de l’État. C’est bien connu: créez un lien de dépendance, et vous tiendrez les gens en votre pouvoir. Qui, à partir de là, oserait tenir tête à l’État, oserait revendiquer sa liberté individuelle? C’est le triomphe de l’État-Providence, mais un État qui n’a rien de paternel et de sympathique, puisqu’il est tout-puissant. Dans un tel système en effet, il est probable que les dissidents se verront couper les vivres, et donc les ailes. En d’autres termes, le revenu de base inconditionnel instaure une nouvelle forme de fascisme: avions-nous besoin de cela?
Évidemment, deux autres problèmes sérieux se posent, auxquels les initiants ne répondent pas – et pour cause. D’abord, le financement: où l’État prendra-t-il l’argent, si on imagine une facture annuelle de 240 milliards de francs? Reprendra-t-il en impôts 50% ou 75% de ce qu’il aura versé? Plus vraisemblablement, on assommera d’impôts les dissidents qui s’obstineront à gagner davantage.
On imagine par ailleurs que si la Suisse offre 2’500 francs par mois à toute personne résidant sur son sol, la population du pays passera à 20 millions d’habitants en quelques mois… Cet aspect-là est réjouissant, en somme:  l’initiative contient en elle-même les germes de son autodestruction.

02/07/2013

Vaud: une administration en roue libre

Il faut saluer l'initiative prise par les Vert'libéraux de soutenir les citoyens victimes du harcèlement de l'administration contre les installations photovoltaïques. Mais cela dénote un dysfonctionnement politique grave: en Pays de Vaud, ce sont les chefs de service qui détiennent le pouvoir ! Le Conseil d'État et le Grand Conseil se font tout petits devant ceux dont ils sont, en principe, les patrons. En principe...
De nombreux Vaudois – dont nous sommes – ont vu leurs projets «solaires» systématiquement fusillés par l'administration cantonale, en particulier par la section Monuments et sites. Parmi ces inamovibles fonctionnaires, certains – qu'il n'est même plus nécessaire de nommer ! – se sont juré qu'il n'y aurait jamais de capteurs solaires dans certaines régions du canton. Non pas parce que le Grand Conseil ou le peuple l'auraient voulu ainsi, mais parce qu'eux l'ont décidé, du haut de leur savoir ou de leurs caprices, et c'est bien suffisant à leurs yeux.
Par conséquent, ils s'opposent à tout projet qui leur déplaît, fut-il conforme à la législation. La tactique est sournoise et habile: face à ce Moloch, beaucoup de candidats se découragent et laissent tomber, peu désireux de flamber le budget de leurs projets en frais de justice. L'administration dispose de moyens illimités en la matière, tandis que le justiciable doit y aller de sa poche, et on sait combien la justice coûte cher !
En ce sens, l'initiative des Vert'libéraux tombe à pic. Elle vient en aide financièrement aux citoyens victimes d'obstructions administratives abusives, ce qui leur permet d'exercer leur droit de recours sans se ruiner. Mais surtout, elle met les autorités politiques devant leurs responsabilités, et c'est là l'essentiel de la démarche: un pied de nez roboratif.
Car faut-il le rappeler? Nous n'avons pas élus nos ministres et nos députés pour qu'ils obéissent à l'administration. Nous avons élu un Conseil d'État pour qu'il dirige l'administration, et un Grand Conseil pour qu'il surveille son bon fonctionnement. Dans ce domaine du moins, cela ne fonctionne ni dans un cas ni dans l'autre. Or, comme le dit Isabelle Chevalley, l'administration n'est pas là pour faire la loi, elle est là pour l'appliquer. Il est donc intolérable que des chefs et sous-chefs de service se permettent de contourner la loi pour, passez-nous l'expression, emm... les citoyens qui ont l'audace de vouloir produire de l'électricité, en toute légalité.
Que font les ministres de tutelle? Que font le Conseil d'État et son président? Que fait le Grand Conseil et sa Commission de gestion? La réponse n'est que trop prévisible. Placé devant un de ces abus caractérisés, un député devenu conseiller d'État nous avait rétorqué sèchement qu'il n'avait pas pour habitude de remettre en cause les décisions de l'administration ! Vu comme ça, évidemment...
Dans un État de droit, face à des abus systématiques et répétés de l'administration, les responsables politiques doivent mettre les fonctionnaires indélicats au pas, et si cela ne suffit pas, les mettre à pied. Mais certainement pas regarder ailleurs. Notre Conseil d'État de gauche, dont la presse dit si grand bien, est en défaut au moins sur un point: il ne maîtrise pas son administration !
Chef du Service des immeubles, patrimoine et logistique (SIPAL), M. Philippe Pont assure, dans 
24 Heures du 2 juillet, qu'une nouvelle directive est en cours de rédaction, qui devrait calmer le jeu. En réalité, la plus grande vigilance s'impose: selon M. Pont, «plutôt que de vouloir poser des panneaux partout, sans aucun retour sur investissement, il faut privilégier les grandes toitures plates d'immeubles tels que centres d'enseignement, commerciaux ou industriels.»
Cela signifie en clair que les projets individuels continueront à être découragés, alors même que, contrairement à ce qu'affirme M. Pont, le retour sur investissement arrive souvent après moins de dix ans! Ne lui en déplaise, c'est grâce à ces petits projets que l'Allemagne est devenue un grand producteur d'électricité photovoltaïque.

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03/05/2013

Littérature: les pièges du business


La littérature est-elle en passe de devenir un business, au même titre que le négoce de matières premières et la vente d’asperges du Pérou? Le talent se mesure-t-il seulement au chiffre d’affaire réalisé par les éditeurs, tandis que les auteurs, désormais «coachés» par des sortes de «business angels», apprennent comment devenir de bons vendeurs? Demain, les écrivains seront des «start-ups»…

Le dossier de L’Hebdo du 2 mai consacré à la littérature suisse est révélateur d’une évolution, assez accablante au demeurant, vers la banalisation commerciale de l’acte d’écrire. Preuve en soit le fait que le hit-parade établi par le  magazine se fonde exclusivement sur les ventes des écrivains qui «cartonnent», ce qui signifie que ceux qui vendent le plus sont forcément les meilleurs écrivains, et que les autres sont des pommes. CQFD. Par analogie, Mme E.L. James et sa trilogie de nuances diverses et cochonnes est le meilleur écrivain de la décennie !
Même le rédacteur en chef de L’Hebdo y va de ses conseils aux futurs golden boys de la littérature, et leur suggérant de s’inspirer de l’actualité: «Aujourd’hui, Genève, avec ses milieux bancaires, les organisations internationales et les espions qui y sévissent, offre par exemple un terreau riche d’intrigues et de fantasmes.»
Les grands écrivains du passé – dont certains n’ont jamais rien vendu de leur vivant – n’avaient pas besoin de «l’actu» pour trouver la trame de leurs livres. Les écrivains d’aujourd’hui non plus. Leur terreau n’est pas celui de l’immédiateté, qui est le pain quotidien de la presse, mais tout au contraire l’âme humaine dans sa permanence, sa complexité, sa vérité inchangée depuis la nuit des temps.
Mais surtout la force, le privilège unique mais fragile de l’écrivain, c’est précisément sa liberté absolue de ne pas coller à l’actualité, d’écrire ce qu’il veut, quand il le veut, de ne pas se soumettre à des modes et à des dogmes, à des trends, ou pire, à des exigences commerciales. Pour Jean-Marie Rouart, «s’il y a un droit imprescriptible en littérature, c’est bien celui d’écrire ce qui vous chante, c’est le domaine de toutes les libertés et de toutes les licences.»Le jour où les écrivains écouteront les critiques, le jour où ils auront des objectifs de chiffre d’affaire et rentabilité, alors, ils pourront disparaître !
D’ailleurs, figurez-vous que dans notre époque marchande, il y a encore des écrivains qui s’acharnent à publier de la poésie – quarante plaquettes vendues en cinq ans, c’est un triomphe ! L’Hebdo nous dira sans doute que la poésie, c’est un créneau nul, business plan impossible, frais d’impression exorbitants (si peu de mots sur une page, gaspillage de papier!), retour sur investissement catastrophique – sauf si on s’appelle Houellebecq, éventuellement, car son nom rime avec un trend porteur.
Qu’est-ce qui fait les meilleurs écrivains ? Les prix littéraires ? Les ventes ? La plupart des Prix Goncourt du passé ont disparu dans les oubliettes de l’Histoire, et bon nombre de ceux qui «cartonnaient» de leur vivant ont subi le même sort.
Laissons le temps faire son œuvre, c’est le seul juge de paix impartial. Un grand critique, Angelo Rinaldi, pensait que ce qui fait d’un auteur un écrivain digne de ce nom, c’est sa capacité à inventer un monde, un univers, et cela sur la durée.
Cela peut s’enrichir encore d’un style propre à tel auteur, qui fait que le lecteur est pris dès la première page. Relisez les premières lignes de Bouvard et Pécuchet, les grands romans de Ramuz, la Recherche, ou plus près de nous, découvrez le style unique et littéralement éblouissant de Jérôme Ferrari, l’auteur du Sermon sur la chute de Rome – à qui on souhaite de survivre au Goncourt !
Je ne suis pas sûr que ces écrivains aient «cartonné» à leur époque, ou qu’ils aient eu besoin de coaches pour développer leur talent.
À propos de Ramuz: il faut s’empresser de lire les romans inédits, publiés ces derniers mois dans les Œuvres complètes élaborées par l’Université de Lausanne et publiées par Slatkine. On y découvre, entre autres, le verbe naissant mais déjà sûr de l’écrivain vaudois dans La Vie meilleure et dansConstruction de la maison. Un grand bonheur de littérature, loin du bruit et de la fureur des hit parades !

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24/04/2013

Entendre la révolte des quartiers

Au cours des dernières années, politiciens et technocrates ont assommé les habitants des villes et villages lémaniques de grands projets de densification – maître-mot de l’urbanisme contemporain, synonyme, hélas, de surpopulation et de qualité de vie en chute libre. Heureusement, la révolte gronde…

Selon une intéressante enquête du Temps, parue le 20 avril,  les comités et associations de défense se multiplient et s’organisent dans les quartiers, pour battre en brèche les conséquences de l’explosion démographique qui nous attend, paraît-il. La redoutable conjuration des politiciens, des démographes de gauche et des technocrates et des médias branchés a longtemps  fait  illusion, grâce à un vocabulaire soigneusement choisi pour son opacité et ses fausses promesses: densification, ça ne mange pas de pain, et ça possède un côté technique rassurant; et sur les meilleures terres agricoles, on ne va pas construire des tours et des villes nouvelles, bien sûr, mais des éco-quartiers. Ah! Le joli concept! Le préfixe passe-partout éco, que l’on peut appliquer à de multiples domaines (ne parle-t-on pas d’éco-béton?), est un excellent moyen de faire avaler au citoyen des projets médiocres ou sur-dimensionnés, dans lesquels il sera évidemment le premier perdant.
Notre confrère du Temps souligne à juste titre le déficit démocratique dont souffrent ces démarches urbanistiques imposée d’en-haut, puisque les principaux intéressés ne sont pas consultés – sauf éventuel référendum – sur des modifications importantes, et forcément définitives, de leur cadre de vie. Or, nous vivons dans une société passablement chahutée dans ses habitudes, notamment en matière de mobilité et de sécurité. Il n’y a pas besoin d’avoir unmaster en urbanisme ou en sociologie pour comprendre que l’arrivée massive de populations allogènes dans un quartier ou dans un village a forcément des conséquences importantes, et rarement positives.
Il faut espérer que la révolte qui monte doucement dans le Bassin lémanique prenne de l’ampleur, afin que les décideurs daignent enfin entendre la rumeur qui vient d’en-bas. Celle qui leur dit que les habitants n’ont pas l’intention de laisser se dégrader encore davantage leur qualité de vie – qui s’est déjà bien dégradée, voyez l’insécurité qui règne; et si vous n’y croyez pas, interrogez les commerçants !
Mais le vrai problème est en amont. Si nos édiles veulent absolument bétonner ce qui reste de verdure dans ce pays, c’est parce qu’il faudrait, à court terme, accueillir des centaines de milliers de résidents supplémentaires – à 99% des immigrés, qui viendront en particulier des futurs nouveaux membres de l’Union européenne, des pauvres d’entre les pauvres. La question est de savoir si les Suisses veulent de cette évolution, s’ils acceptent la surpopulation planifiée de leur pays, avec toutes les conséquences que cela comporte. Or là aussi, nous souffrons d’un déficit démocratique flagrant: là aussi, les décisions sont prises très loin au-dessus de nos têtes, si bien que nous n’avons pas un mot à dire sur des perspectives qui nous concernent directement, et que l’on fait tout pour soustraire au citoyen – on sait bien pourquoi. Restent, heureusement, des initiatives populaires, comme celle sur l’immigration, ou celle dite Ecopop. Il faut que les citoyens saisissent ces occasions de manifester leur volonté, malgré des campagnes politiques que l’on peut prévoir féroces de la part des immigrationnistes. Car après, il sera trop tard.
L’explosion démographique n’est pas une fatalité, pas davantage que l’immigration massive qui non seulement se poursuit, mais prend de l’ampleur. Et il clair qu’en construisant à tout va, on stimule nécessairement l’immigration, puisqu’on met des logements à disposition, avant même que les occupants soient là! C’est, encore et toujours, une question de volonté politique. Aux citoyens de faire savoir quelle est leur volonté politique, et de l’imposer à ceux qui nous gouvernent de si loin.

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15/04/2013

Biturez-vous, nous nous chargeons du reste

Le nombre de jeunes gens et de jeunes filles entre 18 et 30 ans, admis en urgence au CHUV pour intoxication par l’alcool, a été multiplié par cinq en une dizaine d’années. On y voit aussi de plus en plus d’enfants. C’est ainsi que des soignants dévoués remettent ces jeunes sur pied, qui comprennent ainsi qu’ils pourront recommencer le week end suivant: l’Etat veille sur eux!
On nous passera cette provocation, mais enfin, il y a de quoi grimper les murs. Dans un reportage in situ, la RTS a montré dans quelles conditions le personnel du CHUV recevait ces “clients”, que leur état second n’empêche pas d’être agressifs à l’égard du personnel, sans parler des ambulanciers dont le travail est de plus plus difficile. On imagine une tâche franchement peu gratifiante, mais dont les infirmières et médecins s’acquittent au plus près de leur conscience: chapeau à eux. Si demain le nombre de jeunes en coma éthilique double encore – et il n’y a pas de raisons que ça s’arrête, les marchands d’alcool bradé y veillent – on peut être assuré que les services sanitaires feront le nécessaire.
Est-ce normal, est-ce juste? Nous sommes dans une société où l’Etat est devenu le pompier de citoyens devenus irresponsables. On ramasse chaque soir les jeunes bourrés comme autrefois les brancardiers ramassaient les blessés sur les champs de bataille; on offre aux toxicomanes du matériel d’injection, des lieux sécurisés et du personnel sympathique pour se shooter; des ballets d’hélicoptères recueillent les blessés ou les fatigués de la montagne, de toute façon, l’assurance paie!
Dans tous les cas, les “victimes” ont fait preuve d’irresponsabilité, d’impréparation ou d’imprudence. Mais cela n’a aucune importance parce que ce genre de comportement n’est pas sanctionné. On a le droit d’agir de manière non-responsable, puisque les services de l’Etat sont là, toujours fidèles au poste, pour réparer les dégâts. C’est au point que face à l’explosion de la demande, le CHUV songe à mettre en place une unité spécialisée, une unité que l’on peut qualifier de maternante, à l’image des shootoirs pour les toxicomanes. En effet, il s’agit certes de désengorger les urgences pour des cas moins prévisibles que la biture du samedi soir, mais il s’agit surtout d’offrir à ces jeunes des lits spécialisés, de manière à pouvoir permettre au personnel de… passer davantage de temps avec eux! Pour quoi faire? Pour lessensibiliser – mot magique de la société qui se refuse à sanctionner. Croit-on vraiment que ces jeunes, avec la gueule de bois du petit matin, entendront pieusement les discours paternaliste du médecin sur les dangers de l’alcoolisme?
C’est bien naïf. L’accueil attentif que la structure médicale délivre aux amateurs de cuite rapide est en réalité un message dangereux: “On vous remet vite sur pied, avec un petit sermon si vous voulez bien l’entendre, et vous pourrez recommencer le week end prochain, puisqu’on s’occupe de tout!”
Il est un autre aspect préoccupant dans ce phénomène: dans le compte-rendu que fait 24 Heures du reportage de la RTS, un mot n’apparaît jamais: celui deparents. On doute que ces milliers de jeunes soient tous orphelins. Mais alors, où sont leurs parents? Pourquoi se désintéressent-ils de leurs enfants au point de les laisser flirter avec la mort, ou avec le viol, le week end venu? Sont-ils fatigués? Ont-ils envie, eux aussi, de prendre une cuite? Sont-ils fiers de voir leur gamin ou leur gamine incapable de se tenir sur une chaise roulante, vomir à la ronde et frapper les infirmiers?
Cet effondrement de la responsabilité parentale est malheureusement le corollaire inévitable de l’interventionnisme de l’Etat, qui se substitue aux citoyens, tant ceux-ci sont défaillants. A Zurich, on facture les frais de dégrisage en cellule spécialisée aux parents; dans le canton de Vaud, une telle solution effraie, à cause de son aspect vaguement carcéral, et un petit peu répressif, quelque part…
Et pourtant! Nous ne sommes pas loin de penser que l’expérience glauque de la cellule de dégrisement, puis les coups de gueule des parents qui doivent payer et venir chercher leur gosse,  sont bien plus dissuasifs que les paroles patelines du médecin de service, comme autrefois celles de Monsieur le Curé: c’est un adulte, un c…, quoi !

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05/04/2013

Orwell, reviens, ils sont devenus fous!

La transparence totale que permet aujourd’hui internet et ses flux de données n’est rien d’autre que la concrétisation de ce George Orwell avait pressenti en 1949: le triomphe de Big Brother, autrement dit, la mort de la sphère privée. Les Offshore Leaks en sont la première manifestation.
Étonnante collision d’informations, vendredi matin sur La Première. À la suite des premières publications du réseau Offshore Leaks, les journalistes s’auto-congratulent jusqu’à l’indécence, et nous annoncent l’ère de l’open data, dans laquelle les détails des revenus et du patrimoine de chaque individu seront librement accessibles à tous. Une minute plus tard, on apprend que les assurances anti-enlèvement connaissent un vif succès, notamment au Mexique, où on compte 70 enlèvements par jour.

Le lien entre les deux informations saute aux yeux. Dans un monde idéal, la transparence est souhaitable; mais notre monde est moins qu’idéal, et donc il est évident que toute information publique sur les revenus et la fortune des personnes et des entreprises sera utilisée en premier lieu par les milieux criminels. Il sera facile, pour des groupes mafieux organisés, de scanner ces données et d’en faire émerger les victimes les plus rentables en termes de chantage ou d’enlèvement. Mais ces données pourraient aussi être utilisées par des partis politiques, ou par des individus contre d’autres individus. On voit aisément à quelles dérives peut conduire une transparence totale, puisqu’elle servira avant tout à des personnes mal-intentionnées.
Le grand déballage, sous forme de feuilleton, organisé au niveau mondial par le Consortium international des journalistes suscite paradoxalement peu d’interrogations de la part des… médias. On pense en particulier aux journalistes dits d’investigation (les autres ne sont sans doute que des compilateurs de dépêches…). D’où viennent les millions de fichiers exploités? Qui a volé ces données, et à qui?

Une manipulation?

Là, la transparence est clairement défaillante, et les questions sont mal venues. Le consortium, par la voix de Serge Michel du Monde, consent du bout des lèvres à dire que la source unique est “un CD reçu par la poste”. On n’en saura pas plus, circulez…. Mais pardon! Qui est derrière cette démarche? Qui a mis le CD à la poste, et pourquoi: un employé de banque frustré? Des milieux mafieux? Un État agissant dans l’ombre pour déstabiliser le monde de la finance? N’en déplaise à nos confrères-inspecteurs du fisc, cette question est essentielle parce que le risque de manipulation est évident. Par exemple, les données livrées aux journaux ont pu être préalablement écrémées et arrangées, de manière à protéger certains intérêts, et à accabler d’autres.
Un autre effet pervers de ces publications en fanfare est de semer la confusion dans les esprits. Avec succès apparemment: désormais, dans l’esprit du public, toute activité offshore est automatiquement considérée comme illégale et comme de la fraude fiscale, ce qui est objectivement faux. Mais comme les journalistes ne sont pas toujours très qualifiés en économie, ils font eux-mêmes l’amalgame, par ignorance, et livrent leurs préjugés au public. Exemple spectaculaire en France, où on dit, des trémolos dans la voix, que le directeur financier de la campagne de François Hollande “a des activités offshore”, comme s’il avait pillé la Banque de France.  Jean-Jacques Augier a bien tenté d’expliquer calmement que tout cela était légal, déclaré et tout ce qu’on voudra: dans le climat d’hystérie ambiant, personne ne veut l’écouter.

La présomption d’innocence n’existe plus

Cette affaire, tout comme les Wikileaks, pose un problème éthique qui n’est pas assez pris au sérieux. Les journalistes d’aujourd’hui on de plus en plus tendance à se voir comme des justiciers, défenseurs du Bien public, délateurs au besoin, agissant en marge des pouvoirs régaliens traditionnels (police et justice), mais pour finalement livrer urbi et orbi, en vrac, les résultats de leurs enquêtes. Plus grave encore, on balance des noms, autrement dit on donne des personnes et des entreprises en pâture, sans considération aucune pour la présomption d’innocence. Sans considération non plus pour le caractère suspect, ou éventuellement délictueux, des données sur lesquelles tout l’édifice repose. Or, la Suisse ne refuse-t-elle pas de poursuivre une personne sur la base de données bancaires volées? Dans ce cas, le fisc bernois ne devrait pas pouvoir rouvrir le dossier Günther Sachs, comme il l’a affirmé.
On ne sait d’ailleurs pas non plus sur la base de quels critères on cloue les gens au pilori. On balance un Rotschild, mais pas tel autre gros bonnet de la finance. Pourquoi? Qui a fait le tri? La personne qui a pris la décision a-t-elle des liens d’intérêts? Les questions à se poser sont infinies. Mais c’est bien connu, personne n’aime à enquêter sur les méthodes de sa propre corporation…

Philippe Barraud
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12/03/2013

Vasella et les enfants gâtés

Donc, Daniel Vasella émigre aux Etats-Unis. C'est une mauvaise nouvelle pour la Suisse, et nous ferions bien de considérer ce départ comme un avertissement.
Toute à son euphorie d'avoir donné une claque aux vilains grands patrons en faisant triompher l'initiative Minder, la population dira sans doute: "Bon débarras!" Elle ne se soucie guère de savoir que les Etats-Unis, eux, disent: "Welcome, Daniel!"
Le départ du patron de Novartis va coûter cher à son canton de domicile, Zoug, à sa commune, Risch, et à la Confédération, puisqu'il devait payer un impôt fédéral direct considérable. Mais il pourrait coûter cher aussi à Novartis, car M. Vasella, qui n'est pas lié par une clause de non-concurrence, va probablement mettre ses très grands talents au service d'un groupe pharmaceutique concurrent.
C'est en cela que la polémique sur les fameux 72 millions fut très malheureuse, et instrumentalisée sans vergogne. Sans doute M. Vasella a-t-il un rapport à l'argent qui dérange, une avidité qui choque. Mais c'est un fait, et il ne changera pas. En négociant une clause de non-concurrence, Novartis faisait un investissement avisé, et finalement peu coûteux en regard des conséquences possibles d'un passage de M. Vasella à la concurrence. Quoi qu'il en soit, il s'agissait d'un contrat privé, qui n'impliquait pas le moindre centime d'argent public. Dès lors, en quoi cela regardait-il le grand public, les politiciens et les médias?
On a beaucoup parlé de morale lors de la campagne sur l'initiative Minder, parce que c'est un moyen facile d'attaquer l'économie et, osons le mot, le capitalisme. J'ai voté contre cette initiative, et j'était opposé aussi au contre-projet des Chambres. Je ne crois pas que l'économie ait besoin des conseils et de la surveillance du pouvoir politique pour gérer les entreprises, dès lors que celles-ci respectent le cadre légal. Les managers de grande envergure sont rares, il faut donc les payer ce qu'il faut, c'est la loi de l'offre et de la demande. Et tant pis si cela choque Mme Michu. Au reste, la même Mme Michu trouve parfaitement moral que l'on donne des dizaines de millions à un footballeur ou à un tennisman réfugié fiscal à Monaco...
L'initiative Minder a malheureusement donné des ailes à ceux qui détestent le système économique libéral et la réussite individuelle. Ils y ont vu une brèche, dans laquelle ils vont s'engouffrer.  Ce qui est particulièrement grave, c'est qu'on voit émerger en Suisse la même haine des riches et de ceux qui réussissent, que celle qui plonge la France dans un dramatique clivage social, et une récession désormais inéluctable.
Avant même la votation, flairant la bonne affaire électorale, le président du PS, Christian Levrat, faisait de la surenchère, annonçant les prochaines étapes de la mise au pas de l'économie, qui demain devra défiler au rythme de la musique socialiste. Cela commencera par l'initiative 1:12, qui veut niveler les salaires, en attendant sans doute l'initiative 1:2. Suivra la taxation des transactions financières, qui affaiblira encore davantage la place financière suisse, au profit de ses concurrentes. C'est ainsi que par petits coups de serpe, au nom de la morale et de la justice sociale, on va casser notre prospérité. Faut-il laisser faire?
Il faut que les Suisses descendent de leur nuage. La prospérité dont ils jouissent ne tombe pas du ciel, et elle n'est pas une rente à vie. Elle est née d'un système économique qui fonctionne parce que chacun peut y cultiver l'espoir de gagner davantage. Coupez le ressort de l'intérêt personnel, et vous aurez l'économie des pays où entreprendre est peine perdue, des pays où il n'y a plus beaucoup de riches, mais beaucoup de pauvres.
Est-ce bien cela que veulent les Suisses?

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27/02/2013

Yvan Perrin, un nouveau trophée pour "Le Matin"?

Le canton de Neuchâtel n’a semble-t-il pas de problèmes politiques particuliers, puisque la campagne se limite aux éventuels problèmes de santé d’Yvan Perrin. Un beau gâchis.

Mais, dira-t-on, cette tempête de transparence n’est-elle pas bienvenue? N’est-ce pas ainsi qu’il faut faire de la politique, tout dire, ne rien cacher? En l’occurence, on est très vite passé de la transparence au voyeurisme, et la première victime en est Yvan Perrin lui-même, qui s’est laissé piéger par les médias avec une candeur confondante.
On commence par lui demander, avec de l’empathie dans la voix, de parler de ses “faiblesses psychiques”: le piège s’ouvre, le candidat s’y engoufre. Puis d’autres médias rebondissent sur ces premiers aveux de faiblesse, cette première brèche, et commencent à aguiser les couteaux. C’est ce qu’a fait Le Matin, qui profite de l’ouverture pour violer allègrement la sphère intime du candidat UDC, en racontant avec tous les détails une hospitalisation mouvementée (serait-on aussi transparent pour, par exemple, l’hospitalisation d’un rédacteur en chef du groupe?)
Sans doute le quotidien compte-t-il bien pouvoir accrocher au mur la tête d’Yvan Perrin en trophée, à côté de celle de Frédéric Hainard. Et il a de bonnes chances de réussir car désormais, même élu, Yvan Perrin sera sous pression, sous surveillance permanente. A chaque décision discutable, on lui demandera s’il se sent bien, s’il ne devrait pas prendre un peu de repos… Largement de quoi faire craquer un homme apparemment fragile.
Yvan Perrin aurait dû faire un sérieux brain storming avec Oskar Freysinger, qui lui, sait se servir des médias sans se laisser instrumentaliser par eux. Du grand art…

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07/02/2013

1942: les révélations-bidon de la RTS

Pure coïncidence sans doute: le jour même où Ueli Maurer faisait son discours à l’occasion de la Journée en souvenir des victimes de l’Holocauste, la Télévision alémanique lançait, photos à l’appui, de prétendues révélations selon lesquelles le Conseil fédéral «savait» dès 1942, mais n’avait pas réagi. Or, ces photos ne sont nullement inédites, mais connues depuis longtemps!

C’est notre confrère Luc Debraine, spécialiste de la photographie, qui le révèle dans L’Hebdo: «Berne savait, mais n’a rien fait: tel serait le message livré par ces lettres, télégrammes, rapports et photos présentés par des médias comme inédits, ou longtemps laissés dans l’ombre. Rien n’est moins vrai. Si l’on prend le seul cas de la demi-douzaine de photos, celles-ci sont connues depuis longtemps par les chercheurs.»
Et pas seulement par les chercheurs, affirme notre confrère, puisqu’elles ont été vues par les milliers de visiteurs des musées de l’Holocauste, notamment à Paris et à Bucarest, sans parler de leur publication dans le catalogue du Mémorial de la Shoah de Paris.
Dès lors, on comprend mal les explications du directeur des Documents diplomatiques suisses, Sacha Zala, selon lequel ces photos n’ont pas été publiées à ce jour, parce que les Documents diplomatiques suisses ne sont pas illustrés, et parce que c’est seulement en 2011 que son institution a pu les scanner et les mettre en ligne. M. Zala donnait ainsi à croire au citoyen médusé qu’elles étaient inédites avant cette date, et que par conséquent, elles étaient une nouvelle preuve de l’ignominie du Conseil fédéral de l’époque. Ignorance? Tentative de manipulation? Il serait intéressant d’avoir les explications de M. Zala sur ce point. Lequel, jusqu’ici, a cherché à calmer le jeu: le 2 février dans 24 Heures, il expliquait: “Je n’aurais jamais pensé que cette publication aurait un tel écho. A aucun moment, nous n’avons dit que ces photos étaient “la” preuve ultime que Berne connaissait les exactions nazies. Nous ne faisons pas de sensationnalisme.” (sic)
Une fois de plus, les médias se sont emballés sur une information fausse, trop heureux de remettre une briquette sur le feu de la critique systématique de la Suisse dans le passé. 24 Heures a fait particulièrement fort sur son site, en illustrant l’article avec une photo du… Général Guisan! Aucun rapport évidemment, mais une occasion de nuire n’est jamais perdue, n’est-ce pas?
Tout à la joie de mettre Ueli Maurer dans l’embarras, les médias ont, comme c’est de plus en plus souvent le cas, négligé de vérifier leurs sources avant de lancer leur pétard mouillé. Tout va si vite, n’est-ce pas ! Habile calcul sans doute: le mal sera fait, le consommateur de média n’en demandera pas plus, et ne lira pas les éventuelles mises au point… Aucun d’entre eux, à part L’Hebdo, ne s’est donné la peine de chercher un peu plus loin, de se demander si ces révélations tenaient la route. On s’est contenté, comme M. Rochebin dans son 19:30, de répéter sans réserve ce que les autres disaient: si tout le monde le dit, cela doit être vrai…
On ne tranchera jamais la question de savoir si le Conseil fédéral de la guerre eut une attitude indigne, ou s’il a sauvé la Suisse face à la machine de guerre allemande, ou tous les deux en même temps. Mais du moins devrait-on faire preuve d’une certaine prudence, et d’une grande conscience professionnelle, lorsqu’on brandit à grand tapage des révélations potentiellement dévastatrices. Surtout si ces révélations, en réalité, n’en sont pas.

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04/02/2013

Jusqu'où ira l'arrogance des chasseurs?

L’arrogance des chasseurs vaudois n’a d’égal que leur haine de la faune sauvage, lorsque celle-ci trouve ses propres équilibres. Aujourd’hui, ils exigent de la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro qu’elle ordonne des tirs d’élimination d’un certain nombre de lynx sur le territoire du canton. Ils exigent aussi l’élimination du ou des rares lynx vivant sur le Plateau, celui-ci étant déclaré «inadapté à la présence permanente du lynx». Autre argument des chasseurs: les lynx mettraient en péril la… biodiversité ! Contribuerait-on donc à la biodiversité en éliminant les lynx, et les prédateurs en général?
Le discours des chasseurs et leurs exigences, aussi arrogantes que démesurées, doivent être fermement combattus, car ils ne reposent que sur du vent. Quelle autorité, dans le domaine de la biologie, a dit que le Plateau était «inadapté à la présence permanente du lynx», alors que manifestement, il y trouve son compte? Aucune, bien entendu: c’est une de ces affirmations gratuites et à l’emporte-pièce dont les chasseurs se sont fait une spécialité. Quels «dégâts» les lynx occasionnent-ils parmi les ongulés, sinon celui d’assainir le cheptel? Les chiffres de la chasse, qui comptent les pièces abattues par milliers, vont eux-mêmes à l’encontre des affirmations des chasseurs.
Et quand bien même, si les chasseurs tiraient moins de gibier? De quel droit ces personnes peuvent-elles exiger d’avoir chaque année, quoi qu’il arrive, le même nombre d’animaux sauvages à abattre? Cela démontre bien que la «régulation» qu’ils brandissent comme un talisman n’a en réalité qu’un seul objectif: leur assurer un nombre constant d’animaux à tuer, comme la Migros peut l’exiger par contrat d’un éleveur. Sauf qu’on ne gère pas la nature comme un élevage de porcs ou de poulets.
Il faut toujours revenir aux chiffres. Il y a dans le canton de Vaud quelque 800 chasseurs. Il représentent donc 0,1% de la population. Ce n’est pas beaucoup. Il est intolérable que cette infime minorité impose ses vues au 99,9% restant de la population vaudoise en matière de gestion de la faune sauvage – si tant est que vouloir gérer la faune sauvage ait un sens. Intellectuellement, c’est un non-sens. Contrairement à ce que pensent les chasseurs, les «autres» Vaudois ne sont pas des ignorants en matière de faune, ou des écolos forcément débiles, ou des pantouflards indifférents qui ne sortent pas de leurs tours urbaines. La faune du Pays de Vaud est celle de tous les Vaudois, elle leur appartient, et c’est à eux, cas échéant, qu’il faut demander s’ils veulent des mesures d’élimination de certains animaux. Cela relativiserait de manière très opportune le pouvoir exorbitant dont les chasseurs se sont emparés, parfois avec la complicité du monde politique.
Depuis son arrivée au Conseil d’Etat, Mme Jacqueline de Quattro fait l’objet d’un harcèlement récurrent de la part des chasseurs, qui pensent sans doute qu’étant une femme, elle est plus facile à intimider et à manipuler. Heureusement, et elle l’a déjà montré par le passé, Mme de Quattro n’est pas femme à se laisser impressionner. Les Vaudois savent qu’ils peuvent compter sur elle pour défendre leurs intérêts à tous, plutôt que ceux d’une minorité vociférante.
Il est temps que les chasseurs en rabattent, et que parallèlement, les Vaudois s’expriment. Notre faune n’est pas en très bon état, la biodiversité s’effiloche à grande vitesse, notamment à cause du déséquilibre artificiellement maintenu par l’élimination des prédateurs. Ceux-ci sont, de plus, gravement menacés par la nouvelle ordonnance fédérale sur la chasse, introduite en catimini et sans le moindre débat public, l’an passé, à la demande des chasseurs. Il faut donc se battre pour protéger ce qui peut l’être encore, et opposer une ferme fin de non-recevoir aux lamentations de ceux qui veulent éliminer nos rares lynx. (1)

1. Rappelons à ce propos qu’on peut s’engager en signant l’initiative fédérale Pour la protection des grands prédateurs. Des listes sont disponibles auprès de Pro Fauna.

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