30/07/2014

Pression migratoire…

Le Conseil fédéral parle avec le ton fataliste des météorologues: «La pression migratoire va augmenter», assène le gouvernement, comme si le phénomène était aussi inévitable que les intempéries que nous offre l’été pourri.

On comprend bien la tactique gouvernementale: sachant que le peuple est de plus en plus hostile à une immigration continue de requérants d’asile, qui plus est dans leur très grande majorité musulmans, le Conseil fédéral fait comme si ce débarquement était une fatalité, qu’il faut donc accepter comme telle, puisqu’il est impuissant à l’empêcher.
L’immense paradoxe de ce que vit le monde aujourd’hui, c’est que des musulmans font la guerre à des musulmans. C’est vrai en Syrie, c’est vrai en Afrique de l’Est, en Irak, dans le Maghreb, ailleurs encore. La plupart du temps d’ailleurs, les motivations sont moins religieuses que liées à la soif de pouvoir et aux perspectives de pillage. Pour le dire d’un mot: l’islamisme radical empoisonne la planète entière et pourrit les sociétés – y compris en Europe. Résultat: de vastes populations sont déplacées, sous la menace de groupes qu’il faut bien décrire comme des bandes d’assassins et de violeurs, plutôt que comme des mouvements religieux. La création d’un «califat» entre la Syrie et l’Irak illustre bien ce phénomène, où les habitants de cette région sont terrorisés par des gangsters illettrés, et de plus ignorants du Coran.
De manière peu surprenante, ces populations fuient et choisissent l’Europe, puisqu’ils ne seront guère accueillis dans d’autres pays islamiques, comme les monarchies du Golfe. Imagine-t-on le Quatar, courtisé par l’Occident, accueillir ces miséreux, alors qu’il finance les mouvements les plus radicaux, autrement dit ceux qui les ont fait fuir ?
Or c’est un problème évident pour l’Europe, et a fortiori pour la Suisse. On le voit en France, en Belgique et dans d’autres pays: même si les médias, auxiliaires de la bien-pensance étatique, occultent pudiquement le problème, on sait que l’intégration de ces populations est médiocre, voire nulle, que les valeurs qui sont les nôtres, comme en particulier la liberté individuelle et les droits des femmes, sont rejetées, parce que contraires aux traditions importées. En ce sens, une immigration massive de personnes venant du Moyen-Orient et d’Afrique menace à terme de manière évidente notre système libéral et démocratique.
Mme Sommaruga plaide pour un accueil massif de réfugiés syriens. Par parenthèse, elle pourrait peut-être aussi manifester une petite compassion pour les Chrétiens d’Irak, condamnés à l’exil, à la conversion forcée, à la décapitation ou à la crucifixion. Avec ce choix, le Conseil fédéral parie sur la perpétuation de la guerre civile en Syrie, et sur le non-retour de ceux qui ont fui.
C’est un mauvais calcul. On sait bien que les requérants syriens qui vont débarquer en Suisse, si on les y invite, ne vont pas retourner chez eux après la guerre. Il serait plus intelligent, et plus respectueux du peuple suisse, de renforcer l’aide de la Suisse à ceux qui se sont réfugiés dans les pays voisins de la Syrie. Toute guerre a une fin, et ils pourront un jour rentrer chez eux – où il y aura beaucoup à faire: le pays est largement détruit.
La Suisse n’a rien à gagner d’un déferlement de requérants d’asile musulmans, fût-ce au nom de grands principes humanitaires. Et la priorité du Conseil fédéral doit être de défendre les intérêts de ses citoyens d’abord.

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02/07/2014

“Le Temps” est condamné

Le  Cercle des Amis du Temps, froidement éconduit par la direction de Ringier, fait part de ses regrets dans un communiqué au ton dramatique. Il n’a hélas pas tort: Le Temps est condamné.

Les amis du Temps, qui regroupent un grand nombre de personnalités romandes soucieuses non seulement de la pérennité du titre, mais surtout de sa qualité éditoriale, étaient prêts à mettre des sommes considérables sur la table. A leurs yeux en effet, des investissements conséquents sont indispensables pour maintenir le journal au bon niveau, et le développer  en matière de productions numériques.
Et puis ils voient, avec une évidente inquiétude, Le Temps passer sous la coupe d’un éditeur davantage orienté vers le business que vers l’excellence intellectuelle – non sans succès d’ailleurs. Or, la matière grise, l’approfondissement et l’intelligence au service de l’esprit critique, sont clairement les principales ressources du journal; c’est pourquoi l’effort dans ce secteur devait, aux yeux des Amis du Temps, rester prépondérant.
Cela n’a pas plu à Ringier, qui a balayé d’un revers de main les inquiétudes de l’association, et les millions qui lui étaient proposés – certes pas sans conditions – après des mois de négociations. Il faut dire que les exigences des Amis du Temps étaient totalement en contradiction avec les objectifs de Ringier: les premiers voulaient assurer la qualité du titre et le maintenir à Genève; les seconds veulent faire des économies, rationnaliser, délocaliser Le Temps à Lausanne, et fusionner les rédactions du Temps et de L’Hebdo. Le bail des locaux de Genève a déjà été dénoncé.
A terme, Le Temps pourrait donc bien disparaître, après avoir perdu son âme. Ou voir son existence réduite à un petit sous-titre, sous le titre de L’Hebdo. Car il ne faut pas se raconter des histoires: entre Le Temps et L’Hebdo, il y a un fossé culturel, philosophique, journalistique et politique béant. Dans les circonstances et les conditions actuelles, Le Temps va être phagocité parL’Hebdo, et non l’inverse. Et si ses rédacteurs ne sont pas prêts à se convertir au journalisme hype, au militantisme pro-européen et à l’anti-conservatisme primaire, ils seront priés d’aller se faire voir ailleurs – s’ils n’ont pas déjà pris la porte.
Il faut bien le dire: dans cette affaire, les Amis du Temps ont fait preuve d’une candeur confondante. Eux croyaient sincèrement qu’avec les gens de Ringier, on parlait d’excellence intellectuelle et journalistique, alors qu’il ne s’agissait que d’optimisation financière, de sauvetage d’un hebdomadaire qui péclote, de pillage d’un patrimoine prestigieux, et de «synergies».
Ah ! Les fameuses synergies ! Là aussi, les Amis du Temps pensaient qu’il s’agissait de mise en commun de moyens intellectuels, alors que pour Ringier, il ne s’agissait que de business as usual. Daniel Pillard, directeur de Ringier Romandie, ne s’en cache pas: il voit de formidables synergies entre Le Tempset… Edelweiss, journal féminin certes voué aux chiffons et aux people, mais de cela, Daniel Pillard se moque; pour lui, les vraies synergies sont exclusivement… publicitaires ! L’un comme l’autre titre, en effet, sont bien implantés dans le marché publicitaire du luxe (montres, bijoux, golf, immobilier pas franchement social,  mode pour hyper-riches, Bol d’Or et compagnie…). En ce sens, et en ce sens seulement, les synergies sont en effet possibles, et rapporteront pas mal d’argent.
Daniel Pillard l’avait évidemment bien vu. C’est même peut-être la principale raison qui a amené Ringier à se payer Le Temps. Daniel Pillard est un malin. Intelligent, redoutable. A la ville, ce théologien est un garçon très sympathique et ouvert; mais en affaire, c’est un tueur. Il exécute sans états d’âme – les gens, les titres – mais toujours avec le sourire, et une langue de bois parfaitemenr rôdée. Les Amis du Temps n’avaient probablement pas une assez longue cuiller pour discuter avec ce diable charmant.
Le paradoxe est qu’ils se retrouvent ainsi avec un pactole bien encombrant, puisque l’objet de leur sollicitude attentive leur a définitivement échappé. Tout cela est extraordinairement triste, dramatique, et terriblement banal: les meilleurs journaux finissent toujours ainsi, parce que l’argent – dans ce domaine du moins – a toujours raison.

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25/06/2014

«Les élites contre le peuple»

La tension devient palpable entre le peuple et les élites qui le gouvernent en son nom. C’est que la distance entre les deux s’accroît, parce que les élites vivent dans un monde de plus en plus abstrait, et dans des États de moins en moins libres de leurs mouvements.

Bien sur, la distance est plus ou moins grande selon le passé démocratique de chaque pays. En Suisse, elle reste limitée, mais elle s’accroit pourtant à grande vitesse. Dans un pays comme la France, la distance est gigantesque, historique, délibérée. Inconsolables de la perte de la monarchie, orphelins d’un chef qui décide pour eux (« Vive le Maréchal ! »), les Français sont traités non pas en citoyens mais en sujets – tout naturellement, pourrait-on dire, tant ce rapport de forces est intégré et socialement accepté. Les élites savent, le peuple n’y connaît rien. Normal: les élites sortent des hautes écoles, donc, de par une sorte de supériorité génétique, elles sont forcément compétentes.
En Suisse, les élites sont issues des métiers, de l’économie ou de la fonction publique, et donc, d’une certaine façon, du peuple. Mais rien n’est simple ! Pour beaucoup de politiciens, être élu, c’est justement l’occasion de s’élever socialement, d’échapper à la plèbe, et d’accéder aux cénacles du pouvoir, où coulent le lait et le miel, la notoriété, quelques privilèges, et bien sûr, les leviers de commande.
En Suisse comme ailleurs en Europe, les ressorts du pouvoirs sont de plus en plus situés hors du pays; ils nichent dans des instances supranationales, dans des cours diverses qui émettent des conventions contraignantes pour tous – sans considération pour l’opinion des peuples.
C’est toute la perversité de ces conventions internationales qui, aussi bien en politique qu’en économie, nous lient les mains, et nous rendent impuissants. Qu’il s’agisse d’immigration, de lutte contre la criminalité, ou de normes commerciales, ces règles sont implacables et par conséquent, les élites s’empressent de s’y soumettre, et d’y soumettre les peuples, faute d’oser y résister.
De la libre-circulation des personnes au Cassis de Dijon, en passant par le statut des criminels étrangers et la mondialisation des échanges, les élites n’ont pas grand chose à dire, puisqu’elles ont abdiqué tout pouvoir national. Elles ne peuvent donc que se retourner contre le peuple, pour tenter de le contraindre, et de le faire taire, enfin !
Ah ! Ce maudit peuple ! Ignorant des contraintes liées aux traités internationaux, dont il peine à admettre la légitimité car ils lui sont imposés, il persiste à penser à ses propres intérêts, à ceux de ses concitoyens, et à ceux du pays avant tout. Et il se méfie de plus en plus de ses élites, parce qu’elles paraissent défendre davantage des intérêts autres, prétendument supérieurs, que ceux du pays. Quand Mme Widmer-Schlumpf s’emploie à liquider le secret bancaire pour les Suisses, afin de complaire à diverses instances internationales, elle apparaît comme un ministre qui travaille contre les Suisses; quand une commission du Conseil des États prétend invalider une initiative populaire sous prétexte qu’elle est contraire à des traités internationaux, alors même que le peuple pose ses exigences, ce conseil paraît agir contre les intérêts des Suisses.
Or, les citoyens – le peuple – élisent des hommes et des femmes pour qu’ils défendent leurs intérêts et ceux du pays, dussent-ils ce faisant avoir des explications difficiles avec ces juges étrangers qui, de plus en plus nombreux, se penchent sur notre pays sans aucune bienveillance. Le Conseil fédéral et les Chambres ne sont pas élus pour défendre des intérêts internationaux abstrait contre les Suisses; ils sont là pour défendre et protéger les Suisses contre les pressions étrangères, contre l’avidité financière de certains voisins, contre les tentatives de prédation de la part du monde anglo-saxon sur notre place financière.
Autant dire qu’on est loin du compte, et que les vagues populistes n’ont pas fini de déferler sur la Suisse et sur l’Europe. La formule «les élites contre le peuple» est malheureusement de plus en plus vraie.

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10/06/2014

La Marina Militare, ou le piège des bons sentiments

Chaque jour, maintenant que l’été revient, des milliers de migrants débarquent sur les côtes du sud de l’Italie. La marine italienne et l’organisation européenne Frontex sont devenus les principaux passeurs de migrants en Méditerranée.

Des centaines de milliers de migrants sont prêts à embarquer, et embarqueront demain, sur une côte de Libye devenue zone de non-droit absolu, comme la Somalie et quelques autres régions maudites du monde. Finalement, c’était mieux du temps de Khadafi…
Le nombre de ces candidats à l’immigration en Europe explose de manière exponentielle, largement parce que la traversée, désormais, est beaucoup plus sûre qu’autrefois: la marine italienne veille, et se porte à l’aide des rafiots surchargés qui naviguent vers le Nord. Il s’est ainsi créé un formidable appel d’air, qui d’un côté incite les candidats à l’immigration en Europe à tenter leur chance et à gagner la Libye, et d’un autre côté pousse les passeurs libyens à vendre à prix fort le passage sur n’importe quelle embarcation susceptible de tenir la mer pendant quelques heures, le temps que la Marina Militare prenne le relais.
Certes le problème éthique est considérable: on ne peut pas laisser sombrer des navires chargés de femmes et d’enfants. Certes encore, on ne peut pas les reconduire là d’où ils viennent, même si ce serait de la part de l’Europe une mesure de protection comparable aux reconduites à la frontière – pratique quotidienne et admise.
Cela montre que les bons sentiments sont parfois de terribles pièges, dont il est impossible ensuite de se dégager. L’Union européenne, dans cette affaire, porte une lourde responsabilité, parce qu’elle a créé une situation impossible pour l’Italie, et surtout, parce qu’elle s’en lave les mains: pratiquement tous les jours, le gouvernement italien réclame de l’aide, mais personne n’écoute. À Bruxelles, la Commission européenne a pris des décisions d’apparence généreuse, mais elle a laissé l’Italie se dém… comme elle le peut, c’est-à-dire mal. Pour un pays qui entame avec peine un redressement difficile, le débarquement quotidien de centaines, voire de milliers de réfugiés n’est pas un cadeau. Et ni l’Union en tant que telle, ni les pays membres ne font mine de venir à l’aide de l’Italie, commode partenaire sur lequel on se décharge de l’accueil des migrants.
Pour un temps. Car les pays européens et la Suisse font preuve de naïveté s’ils croient pouvoir indéfiniment se défausser sur l’Italie. Ces centaines de milliers de migrants – quand passera-t-on le cap du million annuel ? – ne vont pas rester en Italie, où les perspectives sont inexistantes en-dehors de la prostitution et du trafic de drogue. Ils viendront donc s’ajouter aux groupes de migrants déjà présents ou qui affluent, et dont les gouvernements ne savent que faire: raser périodiquement leurs bidonvilles ne résout aucun problème !
Il y a des pays dans le monde où la main-d’oeuvre, voire la population, manquent. Mais allez savoir pourquoi, les migrants ne veulent pas aller en Russie, en Chine ou au Japon. De toute façon, ces pays sont barricadés. Seule l’Europe, engluée dans un chômage endémique – il ne se résorbera jamais, il faut se faire à cette idée – reste ouverte à tous les vents, comme si elle avait la capacité d’accueillir toute la misère du monde, alors qu’elle n’est même plus capable de donner un travail digne à sa jeunesse.
Ce faisant, elle construit la misère des générations futures. L’Europe croit bâtir une société multiculturelle, elle ne fait que construire un bricolage multi-ethnique. Un bricolage explosif, car les valeurs des groupes qui le constituent sont inconciliables. Voyez ce qui se passe dans les écoles britanniques: la mouvance islamique tente d’y imposer ses valeurs rétrogrades, notamment quant à l’éducation des filles. Et ça marche, parce que les responsables vivent dans la peur d’être accusés de discrimination ou d’intolérance. Classique: on s’impose à soi-même des discriminations, pour ne pas être soupçonné d’en imposer aux autres.
Notre responsabilité est grande. Certes nous devons aider ceux qui sont dans le besoin, mais nous devons aussi penser à l’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants. Si nous ne faisons rien, ils vivront dans une société européenne placée sous l’influence prépondérante des valeurs islamiques, c’est-à-dire moins de libertés, surtout pour les femmes, et une régression culturelle massive. Ce n’est qu’une question de chiffres: l’immigration en Europe est largement musulmane (ces jours-ci, Syrie et Soudan) et, si ceux qui arrivent ne sont pas des extrémistes, ils n’ont néanmoins aucune raison d’échanger leurs valeurs contre les nôtres. D’autant que les valeurs chrétiennes, dans nos sociétés – si on excepte la charité envers les migrants… – sont en chute libre. La nouvelle religion, nommée laïcité, et ses intégristes, préparent la société de demain, qui quoi qu’ils en pensent ne sera pas laïque, parce que face à une religion forte, la laïcité est un vide spirituel qui ne fait pas le poids.
Pour nos jeunes, la solution résidera dans… l’émigration outre-mer, mouvement déjà amorcé en France et en Espagne chez les plus qualifiés. Nous avons rencontré de ces jeunes dans l’hémisphère sud. Ils rêvaient de bons jobs en raison de leur impressionnante pile de diplômes; les plus chanceux vendaient des cerises devant les supermarchés, en attendant le prochain petit boulot, et les allocs de Pôle-emploi…
Triste, non ?

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02/06/2014

La mission de l’armée tient en une ligne !

Au lendemain de la votation sur le Gripen, le président du Parti socialiste suisse annonçait, sur un ton jubilatoire, le commencement de la fin pour l’armée, vouée à disparaître conformément au programme du parti. Quelle formidable myopie !

Christian Levrat, aveuglé par ses lunettes idéologiques, a cru pouvoir lire dans le refus de l’avion de combat suédois un rejet de l’armée, une aspiration populaire à la disparition de l’institution. C’était une erreur monumentale, une faute de lecture politique effarante de la part du président d’un parti national. Il est vrai que M. Levrat s’embarque de plus en plus dans des considérations politiques qu’on doit qualifier d’étranges, pour ne pas dire abracadabrantes, et qui devraient préoccuper ses camarades: l’heure de la retraite a peut-être sonné.
Le sondage annuel de l’EPFZ sur la sécurité, paru le 30 mai, est venu réduire en fine poudre les rêves fiévreux du patron du PS: jamais les Suisses n’ont été autant attachés à la neutralité, qu’ils plébiscitent à 96% (99% chez les jeunes de 18 à 29 ans !); la collaboration militaire avec l’étranger n’est pas souhaitée, puisque plus de la moitié des Suisses se prononcent en faveur d’une autonomie militaire complète. Et l’envoi de militaires à l’étranger n’a pas la cote non plus.
On voit encore dans ce sondage que les Suisses sont plus que jamais favorables à l’armée de milice (61%, contre 56% en 2013), et que le budget actuel de l’armée est jugé correct par 49% des personnes interrogées. Enfin, elles souhaitent une participation accrue de l’armée dans les tâches civiles, avec en particulier un soutien militaire aux garde-frontières en cas d’afflux de réfugiés.
Que conclure de ce sondage ? Que les Suisses, de manière peu surprenante, restent attachés à l’armée telle que nous la concevons aujourd’hui, et qu’ils ne souhaitent pas un changement d’orientation, ni des coupes budgétaires, ni une diminution des effectifs. Or, c’est exactement ce que réclame la gauche, dont l’antimilitarisme à la papa paraît bien obsolète dans un monde de plus en plus dangereux.
On discute abondamment, à Berne, de la redéfinition des missions de l’armée. C’est en réalité une problématique stérile, propre à des débordements oratoires sans fin, mais inutiles. La mission de l’armée, en Suisse comme dans n’importe quel pays souverain, se résume en une phrase : défendre le pays et la population. Tout le reste n’est que vain bavardage.
A partir de cette définition simple, c’est au Conseil fédéral et aux militaires d’ajuster l’institution aux besoins, avec rapidité et souplesse, et donc en gardant une indispensable marge de manœuvre: par définition, une armée doit se préparer à des événements imprévisibles. Par conséquent, il est non seulement inutile, mais surtout dangereux, de vouloir définir à une armée une mission et des moyens en allant dans le plus petit détail. L’historien Marc Bloch, par ailleurs officier de renseignement,  nous rappelle qu’en 1940, l’armée française disposait d’imposantes réserves de caleçon longs et de  bandes molletières de la guerre précédentes, tandis que les fantassins manquaient de munitions adaptées à leurs vieux fusils – lorsqu’ils en avaient, ce qui était loin d’être toujours le cas.

Le renseignement d’abord

Il est néanmoins un domaine où les moyens de l’armée doivent être renforcés, en budget et en spécialistes, quelle que soit la perspective dans laquelle on inscrit sa mission: c’est le renseignement. Seul un renseignement efficace et professionnel, civil comme militaire, permet de voir venir le danger, de sentir d’où il viendra. A cet égard, on nous rebat les oreilles de la cyber-guerre, car cela vous pose son politicien. Il ne s’agit pas d’en nier la réalité, qui pour l’heure concerne plutôt l’économie privée, mais de l’inscrire dans une démarche globale, et surtout, de ne pas se payer de mots: la cyber-guerre, c’est le nouvel oripeau du bon vieil espionnage, ni plus ni moins: avec des moyens contemporains, c’est toujours le même espionnage, la même infiltration, les mêmes opérations de cinquième colonne. Parmi d’autres, l’armée chinoise l’a bien compris, qui y consacre de très grands moyens.
C’est pourquoi les moyens du renseignement militaire doivent être fortement renforcés − et non diminués, comme le veux le chef du département −, parce que l’armée doit se donner les moyens de lutter contre toute menace, y compris la cyber-guerre. Et le meilleur moyen de le faire, c’est de pratiquer elle-même la cyber-guerre.

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21/05/2014

Dura LAT, sed LAT !

Le peuple suisse a plébiscité la Loi sur l’aménagement du territoire. Le Conseil d’Etat vaudois s’en moque, et veut l’appliquer selon sa propre fantaisie. Le peuple a dit non à l’immigration de masse; qu’importe ! Le Conseil d’Etat vaudois encourage à fond l’immigration, en construisant des logements pour des habitants qui ne sont pas encore là… A qui cela profite-t-il ?

S’asseoir sur des dispositions votées par le peuple suisse devient une pratique courante dans des cantons qui estiment être plus égaux que les autres: les Romands sont très forts dans ce domaine, que l’on pense aux résidences secondaires, ou au quota d’étrangers.
Le Conseil d’Etat vaudois vient de dire tout le mal qu’il pense de l’ordonnance délivrée par la Confédération en matière d’aménagement du territoire, et exige d’ores et déjà un régime d’exception – ce qu’il demande aussi pour les quota de travailleurs étrangers, d’ailleurs. C’est que le gouvernement, malgré le vote populaire, n’a pas rabattu d’une millimètre sa frénésie de bétonner le canton et de miter ce qui reste de territoire. Nos ministres croient-ils vraiment que c’est en dévastant le paysage et la nature que l’on entre dans l’Histoire ?
L’argument du gouvernement se veut imparable: “Nous attendons 8’000 nouveaux habitants par année dans la décennie qui vient”, proclame-il, il faut donc anticiper et créer des milliers de logements. On comprend certes que, pour le parti libéral-radical, quand le bâtiment va, tout va, et que donc plus on bétonne, plus les entrepreneurs – quel parti financent-ils, croyez-vous ? – sont contents.
Mais l’intérêt de l’industrie de la construction est-il celui à long terme de la population vaudoise ? Bien sûr que non. La qualité de vie des Vaudois diminue inexorablement, en particulier à cause de l’explosion démographique, la biodiversité est en chute libre faut d’habitat adéquat, et notre environnement devient par endroits prodigieusement moche – des zones commerciales et industrielles qui prolifèrent comme un cancer et dévorent, sans espoir de retour, les meilleures terres agricoles et les surfaces encore libres de bâtiments. Allez vous promener du côté de Villeneuve-Rennaz, ou d’Etoy-Aubonne, vous serez édifié. Autour de nos villages poussent, quasi du jour au lendemain, des alignements d’immeubles, les transformant en cités-dortoirs qui éprouveront, demain, les problèmes sociaux des cités-dortoirs.
Un des principaux effets de la Loi sur l’aménagement du territoire doit être, précisément, de ramener un peu de calme sur le terrain, de freiner tant soit peu la croissance obsédante des gabarits, des grues et des bâtiments. C’est pourquoi, puisqu’il faut qu’au moins une voix s’engage résolument contre l’union sacrée de la droite et de la gauche vaudoise, nous encourageons Mme Leuthard et ses services à se montrer fermes, non pas pour embêter qui que ce soit, mais pour faire respecter la volonté populaire, la démocratie et l’égalité entre les cantons, ce qui est tout de même la moindre des choses !
Il est probable que la classe politique vaudoise n’ait pas pris la peine d’évaluer l’impact de la loi avant la votation – ce qui d’ailleurs n’aurait rien changé – et qu’elle s’estime aujourd’hui coincée. Mais pour autant, venir en refuser l’application, sous prétexte que l’on a des projets vitaux à concrétiser, est inadmissible. Et la mobilisation générale de la classe politique dans la presse, ce 21 mai, de Jacqueline de Quattro au Président de la Chambre vaudoise immobilière (ben tiens !), n’y change rien. Au passage, on relève ave délice cette profession de foi d’Olivier Feller, sur son site personnel:  «Je me bats pour que la Suisse reste ce pays démocratique, compétitif, innovant et respectueux de l’environnement qui permet à ses habitantes et habitants de connaître moins de chômage qu’ailleurs, un bien-être matériel et une qualité de vie rarement égalés à travers le monde.»
C’est désespérant, mais c’est comme ça: les politiciens, dans leur tour d’ivoire, ne veulent pas entendre le peuple, dès lors qu’il contrarie leurs intérêts. Mais le peuple est têtu, et ne manquera pas de leur rappeler qu’il refuse de laisser transformer la région lémanique en une vaste conurbation façon Osaka; et de la même manière, qu’il refuse de plier sous l’immigration de masse que persiste à organiser le gouvernement vaudois – sur la base de chiffres a prioricontestables: combien d’implantations de grandes entreprises dans le canton, cette année, au juste? Aucune ? Too bad…

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23/04/2014

Requiem pour l’identité française

Avec l’ «Identité malheureuse», Alain Finkielkraut livre une analyse décapante de la descente aux enfers d’une France qui renie tout ce qu’elle a été.

L’élection du philosophe à l’Académie française, qu’on se plaît à saluer ici, remet en lumière son récent essai L’identité malheureuse*. L’establishment parisien a vertement critiqué ce livre, ce qui constitue une bonne raison de le lire, en plus du fait qu’il s’agit d’un réquisitoire impitoyable, et d’une belle érudition, contre l’effondrement de l’identité nationale.
Il faut toujours lire les livres dérangeants, et celui-ci l’est incontestablement. Finkielkraut tient un discours conservateur au sens le plus noble du terme, à partir d’un vaste bagage philosophique et culturel. Par exemple, à l’indifférentiation généralisée des êtres et des cultures, il oppose les usages, l’héritage du passé, la connaissance, l’Histoire – bref, la civilisation. A la déconstruction de toute autorité, il oppose le respect dû, entre autres, par les élèves à leurs professeurs, parce qu’objectivement, ils ne sont pas égaux. A la volatile culture cybernétique, il oppose ces classiques de la littérature et de la philosophie que les jeunes ignorent, pour leur malheur futur. «Qu’est-ce qu’un classique en effet ? demande Finkielkraut; C’est un livre dont l’aura est antérieure à la lecture. Nous n’avons pas peur qu’il nous déçoive mais que nous le décevions en n’étant pas à la hauteur.»
La France, comme l’Europe, est tombée sous la coupe d’un politiquement correct cosmopolitiste, pétri de haine de soi. L’Europe ? «Elle n’est pas un «club chrétien.» Elle n’est pas davantage un club déchristianisé. Elle n’est pas un club. Elle n’est pas une communauté d’ascendance. Elle n’est pas même une identité post-nationale. Elle est l’entrée des Européens dans l’âge post-identitaire. L’Europe a choisi de se déprendre d’elle-même, de se quitter pour sortir, une fois pour toute, des ornière de sa sanglante histoire. (…) L’Europe elle-même ne fait plus partie de l’Europe. Elle ne se laisse pas circonscrire dans l’espace qui porte son nom. Ce qui fait de l’Europe l’Europe, disent aujourd’hui les porte-parole vigilants de la conscience européenne, c’est l’arrachement, le déracinement et, pour finir, la substitution des droits de l’homme à toutes les mystiques du sang et du sol. (…) Le temps est venu pour l’Europe de n’être ni juive, ni grecque, ni romaine, ni moderne, ni rien
Cette volonté de dépouillement affecte naturellement aussi l’idée de nation, la nation française en l’occurrence. Cette volonté de la défaire de sa propre identité, de son héritage, de son histoire et de sa culture, se retrouve dans les propos, proprement hallucinants, du ministre Eric Besson, en 2010, à l’occasion de la vive polémique qui enflammait alors le débat sur l’identité nationale: «La France n’est ni un peuple, ni une langue, ni un territoire, ni une religion, c’est un conglomérat de peuples qui veulent vivre ensemble. Il n’y a pas de Français de souche, il n’y a qu’une France de métissage.»
A ce langage de l’abdication, de la veulerie et de la haine de soi, Alain Finkielkraut oppose ce que disait de Gaulle sur le même sujet – une figure tutélaire promptement liquidée par la droite française, apparemment: «Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne.» Qui, aujourd’hui, oserait encore tenir un tel discours?
Il serait en tout cas dénoncé par les innombrables collectifs supposés représenter la diversité française, comme ce collectif contre l’islamophobie qui décrète que «personne dans ce pays n’a le droit de définir pour nous ce qu’est l’identité française.» Un collectif qui a lancé une campagne sous le slogan: «La nation, c’est nous.»
Dans son essai, le philosophe consacre de nombreuses pages à l’éducation et à la transmission du savoir, victimes du communautarisme et de l’hégémonie des nouvelles technologies, peut-être moins favorables à la transmission des savoirs qu’on ne le croît naïvement. Le livre est quasi mort, et l’école «a rendu les armes», en courant par taqblettes interposées après les thèmes non dépaysants pour les élèves – le divorce des parents ou la lutte contre le racisme, plutôt que Le Cid, disparu des programmes. «L’identité nationale est ainsi broyée, comme tout ce qui dure, dans l’instantanéité et l’interactivité des nouveaux médias.» Supposé être la nouvelle demeure de l’esprit, le cyberespace à laminé tout le reste, qui est «vieux» – suprême déchéance. «Être vieux, autrement dit, ce n’est plus avoir de l’expérience, c’est, maintenant que l’humanité a changé d’élément, en manquer. Ce n’est plus être dépositaire d’un savoir, d’une sagesse, d’une histoire ou d’un métier, c’est être handicapé. Les adultes étaient les représentants du monde auprès des nouveaux venus, ils sont désormais ces étrangers, ces empotés, ces culs-terreux que les digital natives regardent du haut de le cybersupériorité incontestable. Aux anciennes générations d’entamer leur rééducation. Aux parents et aux professeurs de calquer leurs pratiques sur les façons d’être, de regarder, de s’informer et de communiquer dans la ville dont les princes sont des enfants.»
A cet égard, l’auteur cite de nombreuses anecdotes vécues par des enseignants dans ces cités maudites stigmatisées par des acronymes hypocrites, les ZUP, Zones d’éducation prioritaire, d’où l’éducation a pratiquement disparu. (Le terme éducation est-il d’ailleurs encore acceptable dans le langage néo-conformiste ?). Par exemple, il y a le cas de cette enseignante qui a eu le courage, ou l’inconscience, d’aller en classe en portant une jupe. Les élèves l’ont traitée de lopsa et de tepu - le verlan et l’insulte, ils maîtrisent – et, en réponse à ses appels au secours, l’Education nationale lui a répondu que le port du pantalon pour les femmes était le résultat d’une rude conquête féministe, et qu’elle n’avait qu’à s’y tenir… Dans ces banlieues d’ailleurs, même le pantalon est interdit aux filles, car jugé trop suggestif: seul le training baggy et la casquette sont tolérés par les petits talibans qui, si on en croit les ministres, forment désormais l’identité française…

*  L’identité malheureuse. D’Alain Finkielkraut. Stock, 229 pages.

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14/04/2014

“Le Temps”: un patrimoine en danger

Il est particulièrement difficile d’imaginer le futur du journal Le Temps. On n’entend en effet que les patrons de Ringier et du quotidien, mais guère d’analyses indépendantes. Normal: quel journaliste peut encore se permettre d’émettre un avis, voire une critique, à l’égard d’employeurs omniprésents? Il reste que les perspectives sont inquiétantes.

Les patrons de presse ont une faiblesse: ils communiquent mal – ce qui est un comble. En termes de langue de bois en effet, ils sont au niveau d’un Politburo soviétique. Que ce soient les patrons de Ringier ou le président du Temps, ils en font des kilos sur leur amour de ce quotidien prestigieux, sur leur attachement viscéral à la Suisse romande – tellement que personne ne les prend au sérieux.
Les sauveurs du Temps apparaissent plutôt comme des pillards, qui vont mettre à profit la relative bonne santé du quotidien pour sauver L’Hebdo, qui péclote. Ils font penser à ces raiders de la finance qui rachètent des entreprises, en pompent la substance, puis les liquident. Comment les choses pourraient-elles se passer différemment, lorsque les vrais patrons, les éditeurs zurichois, exigent un rendement dépassant les 10% ?
Les patrons de Ringier, qui se sont arrangés avec Tamedia pour lancer un appel d’offres-bidon destiné à faire baisser le prix (merci aux Amis du Tempspour leur complicité involontaire…), ont aussitôt parlé de synergies avec les autres titres de Ringier Romandie. Il faut toujours se méfier du mot synergiedans ce genre d’occasion, car il présage rarement quelque chose de bon. On peut certes penser à des synergies publicitaires, puisque les mêmes annonceurs, essentiellement les grandes marques horlogères, portent ces publications à bout de bras. Mais pour le reste, vouloir rapprocher Le Temps etL’Hebdo sur le plan rédactionnel signerait la fin de l’un et de l’autre. La filiation avancée entre Le Nouveau Quotidien et Le Temps est abusive: le premier était une sorte de clone de L’Hebdo, et il n’en susbiste nulle trace dans Le Tempsactuel.
L’Hebdo perd des lecteurs parce qu’il a oublié d’évoluer avec son marché. Son eurolâtrie forcenée apparaît terriblement ringarde, marquée au coin des années 70, ce qui est tout de même assez lointain. Il agace la clientèle, qui ne s’abonne pas à un magazine pour subir chaque semaine un catéchisme pro-européen et anti-UDC, avec de surcroît un grand-écart branlant entre idéologie bobo-de gauche et adhésion totale à l’économie de marché. Il faut parfois choisir son camp…
On peut craindre, dans la nouvelle configuration, une contamination du Tempspar ces orientations maladroites, sous prétexte de synergies et de rationalisation. A cet égard, mettre tous les journalistes de Ringier Romandie dans une sorte de bocal unique, à Lausanne ou ailleurs, où ils généreraient, à la demande, des articles, de la vidéo ou du numérique pour l’un ou l’autre titre, conduirait à une perte de susbstance désastreuse. Les bons journalistes ne sont pas des pions à qui on dit: “Aujourd’hui tu fais ça, Coco. Et si ça ne te plaît pas, j’en ai douze derrière la porte.” C’est tout à leur honneur, mais dans le climat actuel, on pourrait bien voir, à l’avenir, de bons journalistes chômeurs.

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09/04/2014

Migrations: l’Europe, spectatrice impuissante d’un véritable tsunami

En deux jours, la marine italienne a recueilli 4’000 migrants en mer. Un autre chiffre circule, cité par France-Inter: 500’000 à 600’000 migrants seraient prêts à embarquer sur les côtes d’Afrique du Nord. Que faire ?

Avec le retour de conditions météorologiques favorables, l’armée italienne s’attend à voir exploser le flux de migrants en Méditerranée. Ceux-ci ne vont évidemment pas s’installer en Italie, qui fait beaucoup en leur faveur mais peine néanmoins à les accueillir. A ces chiffres effarants, il faut ajouter les intenses flux migratoires qui passent par l’Est et le Sud de l’Europe, et par l’Espagne.
C’est donc l’ensemble de l’Europe qui est concernée, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que ni la Commission ni leur Parlement européen ne semble se soucier beaucoup de la situation des pays exposés au Sud, l’Italie, la Grèce et l’Espagne: c’est un problème considéré comme national, et donc des subventions devraient suffire à le gérer. On comprend certes la gêne des dirigeants européens, car les politiciens ne détestent rien tant que les problèmes sans solution. Surtout lorsque les problèmes, comme celui-ci, sont politiquement sensibles, et mal perçus par la population.
Il reste que si cette noria migratoire se poursuit dans une Europe en crise, les tensions vont devenir plus vives. Les grandes villes d’Europe, déjà, connaissent un véritable changement de civilisation, à commencer par… Bruxelles! On ne le voit pas encore très clairement, parce que la politique de ces pays est le fait des anciennes élites, des familles installées depuis longtemps, des pouvoirs économiques en place, qui ne sortent guère des beaux quartiers; entassés dans des cités misérables et surpeuplées, les migrants ne votent pas, ne se font pas élire, ils vivent en marge de la nation. Mais pour combien de temps ? Un jour, les pouvoirs en place réaliseront qu’ils ne s’appuient plus que sur une frange vieillissante de la population, toujours plus mince, il qu’il leur faudra bien faire un peu de place, ou carrément céder la place.
Il circule sur la Toile un documentaire réalisé en France par la Télévision russe, reportage à charge d’une grossièreté crasse, mais qui met quand même le doigt sur certaines réalités: dans les images tournées à Barbès, à Paris, vous pouvez toujours chercher le visage d’un Blanc !
Tout indique que cette vague migratoire ne fait que commencer, tant les conditions de vie sont devenue insupportables dans une partie de l’Afrique, à la fois en raison de guerres innombrables et barbares, et de l’incompétence des dirigeants – bien qu’on nous ressasse que ce continent connaît un boom économique ! Quant aux réfugiés syriens, ils ne sont pas près de rentrer chez eux, dans un pays en ruines où la haine entre communautés fleurira encore pendant des décennies. Après les pays voisins, ces réfugiés tenteront forcément leur chance ailleurs.
Alors que faire ? Il serait inhumain de demander à la Marine italienne de ne plus récupérer les migrants en mer; il est impossible de les renvoyer de l’autre côté de la mer; il est vain de vouloir exiger des pays d’Afrique du Nord qu’ils empêchent la mise à l’eau des bateaux: en Libye, il n’y a plus d’Etat, les seuls à faire marcher l’économie locale sont les passeurs !
Il semble bien que l’Europe n’ait d’autre choix éthiquement acceptable que de se laisser envahir. Nous laisserons donc à nos descendants un continent explosif, ce qui est un bien triste héritage. Les plus optimistes, ou les plus naïfs, diront qu’au moins, ce sera un continent multiculturel… Multiculturel, ou a-culturel, ou livré au choc des civilisations ?

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02/04/2014

Le faux-pas du président allemand

Imagine-t-on Didier Burkhalter, en visite officielle en Allemagne ou en France, se mettre à critiquer le système politique du pays qui l’accueille ? C’est inimaginable. C’est pourtant ce que s’est permis le président allemand, Joachim Gauck. C’était un faux-pas grossier.

On nous dira que dans le système politique allemand, le président ne représente pas grand’chose. Qu’importe: il était reçu selon le protocole habituel par la Suisse officielle, ce n’était pas une visite privée, et donc la portée des déclarations que l’on fait n’est pas nulle. Ce statut implique, en particulier, que l’on respecte les usages du pays hôte, et que l’on réserve d’éventuelles critiques aux entretiens en tête-à-tête.
M. Gauck a dénoncé ce qu’il voit comme des «dangers» dans la démocratie directe, dès lors qu’il s’agit de «sujets complexes», par quoi il faut comprendre les sujets importants. Merci au président allemand de prendre les citoyens suisses pour des imbéciles, incapables de comprendre les enjeux des «sujets complexes».
«Lorsque, comme c’est arrivé récemment, une impressionnante coalition de responsables politiques, économiques, culturels et religieux émet une recommandation de vote qui n’est pas acceptée par une majorité de votants, l’Etat et la société se retrouvent dans une situation vraiment difficile», a encore professé M. Gauck. Lequel méconnaît hélas la beauté de la chose: en Suisse, le peuple n’est pas soumis à l’establishment, qui voudrait tant gouverner en rond. Pour M. Gauck c’est insupportable; pour nous, c’est au contraire la preuve que ce peuple est adulte et libre, dans le sens le plus noble du terme.
La simple idée de limiter la démocratie directe à des sujets anodins, comme la construction d’une tour, ou l’ouverture des magasins des stations-service, est la négation même de la démocratie directe telle que nous la concevons en Suisse. C’est un tout, qui implique inévitablement que le peuple est adulte, et capable de comprendre tous les sujets qui lui sont soumis.
La démocratie directe, même – et surtout – sur les sujets complexes, est le seul moyen pour le peuple suisse de rester maître de son destin. A la différence d’autres pays – qui n’ont pas eu le choix – les Suisses ne veulent pas confier les décisions essentielles à un gouvernement faible et à un parlement corrompu et manipulé. Il doit donc résister aux tendances qui, à l’intérieur de la Suisse et même à l’extérieur, comme on le voit, visent au démantèlement progressif de la démocratie directe, de manière à empêcher les Suisses de se prononcer souverainement sur les «sujets complexes», en particulier en rapport avec l’Union européenne.
Didier Burkhalter a sobrement rappelé au président allemand que «la démocratie directe est une partie du sang qui coule dans notre corps». C’était bien la moindre des choses.

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