05/11/2014

Asile: les juges de Strasbourg annulent les Accords de Dublin

L’arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme qui interdit à la Suisse d’expulser une famille afghane en Italie, est une catastrophe majeure pour la Suisse, qui remet fondamentalement en cause la politique d’asile.

Cette décision est la négation même des accords de Dublin, qui permettent à chaque État signataire de renvoyer des requérants déboutés dans le premier pays d’accueil, celui où ils ont débarqué en Europe. Si ces accords ne s’appliquent plus, alors un invraisemblable chaos va apparaître dans l’ensemble de la zone.
En effet, cette décision crée une jurisprudence explosive, puisque demain, tout requérant débouté pourra s’en prévaloir pour refuser l’expulsion en Italie: si une famille a bénéficié de cette mesure, il n’y a pas de raison que les autres requérants subissent un traitement moins favorable. Par la même occasion, ce bouleversement juridique majeur va créer un appel d’air considérable, particulièrement en Suisse puisqu’un très grand nombre de requérants arrivent d’Italie.
Que pourront faire les États des requérants déboutés, s’il est interdit de les refouler? Que pourra faire la Suisse ? Elle pourrait commencer par agir en État souverain, et passer outre à la décision de la Cour de Strasbourg. Celle-ci est contestable sur de nombreux points, notamment parce qu’elle viole clairement des accords internationaux, et parce qu’elle porte sur l’Italie un jugement de valeur insultant et discutable. La cour estime que l’Italie ne peut pas garantir un logement, une assistance et des soins médicaux suffisants; mais faut-il vraiment pousser aussi loin le souci de l’accueil? Les juges de Strasbourg s’intéressent-ils aux conditions de vie de tous les requérants qui débarquent en Europe, ou à celles qui règnent dans les centaines de bidonvilles roms qui ceinturent Paris?
Malheureusement, il est à peu près certain que l’Office fédéral de la justice va s’écraser devant les juges étrangers, et que par conséquent, nous allons nous retrouver avec des dizaines de milliers de requérants déboutés sur les bras. Où les mettrons-nous? Que seront-ils devenus dans dix ans?
Puisque les accords de Dublin sont vidés de leur substance, la Suisse n’a d’autres options – sauf à accorder l’asile à tous les nouveaux arrivants! – que de s’en retirer, et de boucler ses frontières aux requérants d’asile. Mais cela non plus, Berne ne le fera pas.
Nous avons donc là un très gros problème politique, à un moment de l’Histoire où les questions migratoires et d’asile sont en tête des préoccupations des Suisses. Mais pas de leurs gouvernants: Mme Sommaruga, qui déjà patauge dans les procédures d’asile, et se soumettra bien entendu aux exigences de Strasbourg, fait par ailleurs le forcing pour reporter à 2016 le débat sur l’application de l’initiative contre l’immigration de masse! Un véritable déni de démocratie, dans l’espoir évidemment vain de faire revoter les Suisses sur la libre-circulation.
Dans ces deux domaines, Mme Sommaruga a fait la démonstration de son incompétence et de son incapacité à faire face aux problèmes. A quelques mois des élections fédérales, il est temps que la Parti socialiste se pose les bonnes questions. A moins qu’il ne tienne absolument à dérouler le tapis rouge devant l’UDC. Déjà, les juges de Strasbourg l’ont fait: l’initiative en faveur de la primauté du droit suisse voit s’ouvrir un boulevard devant elle!

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27/10/2014

Conseil fédéral: panique à bord

La virulence inouïe des attaques des conseillers fédéraux envers l’initiative Ecopop montre que les chances de celle-ci devant le peuple sont bien réelles. C’est qu’il y a là un enjeu démocratique qui dépasse cet objet.

Jamais les Suisses n’ont entendu leurs ministres déraper à ce point dans une campagne électorale. Mme Sommaruga, MM. Berset et Schneider-Ammann se sont comportés en chefs de bande, dépassant dans l’outrance les dirigeants de leurs partis respectifs. On comprend bien qu’ils sont sous forte pression de l’économie, et qu’ils doivent bien obéir. Mais cela ne les autorise en aucun cas à mépriser et à insulter les partisans de l’initiative – ne serait-ce que pas prudence politicienne: il se peut bien que ces partisans soient, demain, une majorité ! Seront-ils encore crédibles face à une majorité de la population qu’ils ont traitée de raciste ?
L’initiative Ecopop pose deux questions fondamentales à la société helvétique, l’une de manière directe, l’autre de manière indirecte. La première est de savoir si la Suisse doit mettre en place une véritable politique migratoire, ou non. Aujourd’hui ce n’est pas le cas. La politique migratoire de la Suisse, ou ce qui en tient lieu, est décidée et imposée par l’Union européenne, notre gouvernement et notre parlement ne sont rien d’autre que les exécutants d’une politique décidée ailleurs. Notre marge de manœuvre est nulle, à l’image des autres États européens qui eux, étant membres de l’Union, n’ont plus le choix.
Et c’est là qu’Ecopop pose, sottovoce, une deuxième question essentielle: la Suisse peut-elle encore être considérée comme un État souverain ? Est-elle encore en mesure de décider de son destin, puisque de toute évidence, la politique démographique est un enjeu fondamental pour l’avenir à long terme ?
En cela, Ecopop va au devant de l’initiative que vient de lancer l’UDC pour affirmer, dans la Constitution, la primauté du droit national sur le droit imposé par l’étranger. Notons au passage que cela devrait aller de soi ! Mais dans l’Europe d’aujourd’hui, avec la classe politique qui est la nôtre, jouet complaisant des lobbies, veule et prompte à tous les abandons, il vaut mieux que tout soit écrit noir sur blanc. En ce sens, il est inimaginable que les dirigeants de l’UDC fassent encore mine de s’opposer à Ecopop. On voit bien que ce n’est rien d’autre qu’une posture tactique, mais elle ne fait pas le poids face à la fronde de la base du parti qui, elle, est clairement favorable à l’initiative. Et pour cause: elle va exactement dans le sens de la votation du 9 février, avec l’avantage de fixer des objectifs précis.

 

«Foutre la trouille au peuple»

 

Cela aussi, le Conseil fédéral l’a bien senti. Et c’est pourquoi, armé de la documentation de campagne fournie par économiesuisse (ceux qui commandent, quoi…), les ministres socialistes eux-mêmes entonnent la chanson du catastrophisme économique et social – chanson mensongère évidemment, mais lorsqu’on est à court d’arguments, la tactique qui consiste à «foutre la trouille au peuple» s’avère parfois payante. Elle peut aussi faire long feu, comme l’éprouva Charles de Gaulle…
Et pourtant ! Les salariés suisses trouveraient leur intérêt dans un cadre législatif où la préférence nationale ne serait pas réservée aux étrangers, comme c’est le cas en Suisse romande, où les responsables RH des grandes entreprises sont souvent français, et donnent la priorité à leurs compatriotes. Formidable renversement des choses ! Les chômeurs de Suisse retrouveraient une petite chance de décrocher un job, alors qu’aujourd’hui, la concurrence bon marché des jeunes frontaliers ou immigrés est imbattable. Vous dites ? Le chômage est au plus bas ? Forcément, lorsqu’on sort des statistiques les personnes en fin de droit, échouées à l’aide sociale! Impeccables, les statistiques ! Or il y en a beaucoup, de ces salariés tombés de Charybde en Sylla alors qu’ils se croyaient bien en selle, comme l’a montré une récente émission de la RSR: au-delà de 45 ou 50 ans, vous êtes cuit… Trop vieux, trop cher.
La conclusion provisoire de tout ceci est que d’une part, il est plus que jamais essentiel que le peuple garde le dernier mot, et reste le dépositaire de la souveraineté nationale, puisque ses élus sont prêts à la bazarder. D’autre part, il est évident que la Suisse trouvera les solutions adéquates pour mettre en œuvre cette initiative, comme toujours car la Suisse est armée pour faire face à toutes les situations – elle a même un certain génie pour cela. Souvenons-nous de la votation sur l’EEE, et du bénéfice que notre pays en a tiré…

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14/10/2014

Oui à Ecopop, pour que survive la Suisse

La virulence des attaques contre l’initiative Ecopop dépasse toutes les bornes, comme si l’establishment, gauche et droite confondue, percevait clairement la très grande séduction qu’elle exerce sur le peuple, fatigué des tromperies de ceux qui le gouvernent.
Car le peuple est assurément tenté de dire oui, et nous espérons qu’il dira oui. Le 9 février, il a adopté une initiative pour lutter contre une immigration pléthorique. Or, gouvernement et politiciens n’ont pas planté le premier clou d’une loi d’application – et pour cause: ils ne veulent pas réduire l’immigration, et sont prêts à toutes les entourloupes pour galvauder la volonté populaire.
Pendant ce temps, l’immigration se poursuit de plus belle: 90’000 personnes par année, à quoi il faut ajouter les clandestins (on peut sans doute doubler le chiffre), et des dizaines de milliers de requérants d’asile non-expulsables, puisque les Erythréens, qui débarquent en masse ces temps-ci, ne peuvent pas être renvoyés dans leur pays. Et comme l’Italie refuse de les enregistrer, la Suisse devient leur premier pays d’accueil – le tour est joué, ils sont là pour de bon !
Avant le vote catastrophique sur la libre-circulation des personnes, le Conseil fédéral avait embobiné le peuple en lui assurant que la population n’augmenterait que de 8’000 personnes par année. Il y avait là une volonté délibérée de tromper l’électeur, ou alors il faut virer l’Office fédéral de la statistique dans son ensemble ! Nous en sommes aujourd’hui à vingt fois plus et, si les migrations continuent à augmenter, notamment grâce au réseau de transport que l’UE va mettre en place en Méditerranée, la situation va vite devenir insupportable.
C’est cela qui est dangereux, c’est cela qui menace très directement la Suisse. Et assurément pas une initiative qui vise uniquement à réduire non pas la population, mais l’augmentation de la population, à raison d’environ 17’000 personnes par an – ce qui n’est pas négligeable.
Les adversaires d’Ecopop sont des champions de la courte-vue, des drogués de la croissance à tout prix – patrons et syndicats bras-dessus bras-dessous, c’est assez comique ! – et surtout, des adeptes sans scrupules du «après moi, le Déluge». Car c’est bien le Déluge que nous préparent les immigrationnistes, qui ruinera la qualité de vie des Suisses, et pourrira le climat social et politique. Le seuil de tolérance n’est pas très loin – écoutez les gens, entendez leur colère qui monte, et pas seulement les propos lénifiants des propagandistes qui ont ligne ouverte sur les ondes de la RTS, les Nordmann, les Savary, les Amarelle et j’en passe, et des… moins bons !
L’immense mérite de l’initiative Ecopop est aussi sa faiblesse: elle voit beaucoup plus loin, élève le débat largement au-dessus des contingences quotidiennes et des chiffres d’affaire. En cela, elle est fondamentalement écologique, dans le meilleur sens du terme: elle nous invite à penser l’avenir, l’avenir des Suisses, et la qualité de vie qu’ils peuvent espérer dans dix ou vingt ans.
Avec une population de 12 ou 15 millions d’habitants, il ne fera pas bon vivre en Suisse. C’est pourtant cela que nous préparent les adversaires de l’initiative, politiciens, médias et pasteurs confondus, incapables qu’ils sont d’imaginer une Suisse sortie des schémas de croissance infinie, une Suisse où l’avenir serait fait d’autre chose que de promiscuité, de concurrence professionnelle, de stress et de violence. Pour sûr, nous voterons oui à Ecopop, et invitons nos concitoyens à faire de même. Avant qu’il ne soit trop tard…

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08/10/2014

LAT: le Conseil d’Etat déraille

L’Etat de Vaud s’obstine à exiger de la Confédération un régime de faveur en matière d’aménagement du territoire, pour pouvoir bétonner à sa guise et accroître l’immigration, contre l’avis du peuple. C’est inadmissible.

Ces jours-ci, la Conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro mène une campagne de communication en règle pour convaincre les Vaudois du bien-fondé des sollicitations du canton de Vaud à Berne. Il est des jours où nos gouvernants manifestent des tendances valaisannes… «Accordez-nous des exceptions, parce que nous sommes différents des autres cantons, notre modèle de développement est incompatible avec votre loi.» En substance, le gouvernement vaudois refuse d’appliquer la règle qui est la pierre angulaire – bien que trop faible – de la LAT: la compensation systématique et immédiate de toute nouvelle zone à bâtir par le déclassement d’une zone de surface équivalente.
Toute nouvelle loi, en particulier en matière d’aménagement du territoire, a certes des effets concrets sur le terrain, c’est même fait pour ça ! Dès lors, ou bien on remet sa politique à plat en fonction des nouvelles exigences, validées sans ambiguité par le peuple en l’occurrence, ou bien on décide qu’on est plus intelligent que les autres, que notre politique ne saurait se soumettre à la loi commune, et donc, que l’on mérite un régime de faveur.
Dans un article de 24 Heures, Mme de Quattro écrit: «Avec 10’000 nouveaux habitants par année, le canton de Vaud est en pleine expansion. Ce qui signifie davantage de logements et d’infrastructures. Un exemple: 4 000 places seront nécessaires pour scolariser les enfants.»
Pas un instant, ni Mme de Quattro, ni ses collègues ne se posent la seule question qui vaille: est-ce raisonnable, est-ce souhaitable ? Nous y répondons à leur place: non, ce n’est pas raisonnable du tout ! 10’000 habitants de plus par an (sans compter les clandestins), c’est une nouvelle ville de Renens tous les quatre ans. Où la met-on ?
C’est là qu’est le scandale, et c’est bien plutôt sur ce scandale que le Château devrait interpeller Berne. Avant le vote sur la libre-circulation, on a «vendu» au peuple l’hypothèse de 8’000 habitants de plus par année pour l’ensemble de la Confédération; aujourd’hui, on tourne à 100’000 par année, en ne comptant que les immigrants ayant des papiers en règle. En d’autres mots, c’était une escroquerie en bonne et due forme, dont nous payons le prix aujourd’hui.
Mais le scandale est autant à Lausanne qu’à Berne ! Comment en effet un gouvernement, supposé prévoir, peut-il entériner sans réflexion, sans sa poser de questions, le chiffre de 10’000 nouveaux résidents par année ? La réponse est hélas simple: à Lausanne comme à Berne, le monde politique a donné les clés de la politique migratoire aux milieux économiques: ceux-ci posent leurs exigences, l’Etat en prend bonne note et construit les infrastructures nécessaires. Aucune réflexion politique à long terme, aucune réflexion sur les conséquences de cette explosion démographique sur la qualité de vie des Vaudois. Personne ne se demande si on peut et si on doit infléchir la courbe: la politique est aux abonnés absents, soumise aux milieux économiques dont elle anticipe même les besoins: des logements, des logements! Et on crée ainsi un appel d’air.
Or, il n’est pas certain que les exigences du Centre patronal, et de l’économie en général en matière d’immigration, soient en harmonie avec les besoins à long terme des Vaudois. C’est même évidemment le contraire. Regardez autour de vous: toutes les infrastructures atteignent leurs limites: nos routes sont saturées en permanence; les classes d’école manquent; le système de santé est au bord de la rupture (allez jeter un coup d’œil aux urgences du CHUV ou de La Source…); les dépenses sociales deviennent insupportables pour les communes; le bétonnage de la nature se poursuit à un rythme effréné – même en Lavaux, tiens donc ! Tout cela, sans parler de l’irritation croissante des Vaudois face à une immigration qui petit à petit les marginalise, tant elle est nombreuse et allogène.
Et ce que vous voyez aujourd’hui n’est rien ! Dans un an, ce sera pire, puisqu’il y aura 10’000 habitants de plus, donc 5’000 voitures de plus aussi. Et dans dix ans, c’est une Lausanne de plus qu’il faudra bien caser quelque part.
En clair, nous allons droit dans le mur, et il est impardonnable que nos élus ne cherchent même pas à appuyer sur le frein. Ils mènent aujourd’hui une politique de beau temps, mais le beau temps n’est pas inscrit dans la Constitution. Qu’en sera-t-il, pour ne prendre que cet exemple, lorsque les entreprises commenceront à dégraisser sérieusement, comme l’horlogerie et la finance ont commencé à le faire ? Qui assumera la facture sociale, et le bouillon des promoteurs ?
Sans réagir, Mme de Quattro et ses collègues regardent brûler la mèche de la bombe qui va nous sauter à la figure, en la parant du nom magique decroissance. Mais une bombe est une bombe et, même si cela fait momentanément les petites affaires de nombreux secteurs économiques, cette politique dégrade objectivement la qualité de vie des Vaudois, qui ne se mesure pas qu’à l’aune du PIB, et leur environnement, dont les atteintes qu’il subit sont irréversibles.
Aujourd’hui déjà, on vit moins bien dans le Canton de Vaud – trop de monde, trop de stress, trop d’insécurité. Espérons que le peuple saura saisir la perche qui lui est tendue fin novembre, pour rappeler à leurs élus que l’obsession du court terme conduit à la ruine.

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02/10/2014

Laissons partir les djihadistes

Rarement, dans l’histoire récente, le monde civilisé n’aura été confronté à un ennemi aussi énigmatique que le prétendu État islamique. Ses avancées fulgurantes exigent que le monde sorte de sa stupeur, et agisse.

Un ennemi sans visage, sans discours politique construit, échappant à tous les codes de compréhension, mais qui recrute à tour de bras, et dispose de moyens financiers et militaires très importants… Autant d’énigmes et de questions qui restent sans réponse, mais qui provoquent des conséquences bien réelles, comme les flots de réfugiés qui fuient la terreur.
Pour une fois, l’engagement américain, certes minimaliste, n’est pas aussitôt condamnés par les anti-atlantistes: il faut bien faire quelque chose… Pour une fois aussi, les bonnes âmes ne sont pas là pour dire qu’il faut favoriser la voie diplomatique, négocier. Normal: les islamistes ne veulent rien négocier, leur seul but étant de construire un califat épuré de tout individu non conforme, bref, un État fondé sur l’exclusion, un État raciste. Pour cela, nul besoin de discuter avec qui que ce soit, il suffit de prendre les villes et les campagnes par la force, de décapiter les récalcitrants et de violer les femmes et les fillettes avant de les vendre. En Irak, en Syrie, le message a été compris.
Alors oui, l’engagement américain n’est pas ouvertement condamné, d’autant que les autres pays voudraient bien que les États-Unis se chargent tout seuls du sale boulot. C’est qu’ils pourraient prendre des coups… Mais ne nous faisons pas d’illusions: si les choses tournent mal, il sera bien assez tôt pour dire que c’est la faute des Américains. Soit parce qu’ils n’en auront pas assez fait, soit parce qu’ils n’auront pas fait ce qu’il faut. À cet égard, il n’est pas certain que parier seulement sur les combattants kurdes sur le terrain soit suffisant.
Le plus préoccupant pour nous autres Occidentaux, c’est la fascination que ce projet insensé exerce sur une foule de jeunes Européens, souvent même pas musulmans, ou seulement convertis de fraîche date. Mais certes, l’adolescence ne se satisfait pas d’eau tiède, elle aime les utopies radicales, les engagements absolus, le jusqu’auboutisme dans la violence: souvenons-nous de la Rote Armee Fraktion, des Brigades Rouges, et même de nos braves intellos qui défilaient à Lausanne en brandissant des portraits de Mao, de Lénine et de Guevara,  tous de grands démocrates…
Pour les jeunes de 2014, l’idée d’aller guerroyer dans le désert à la chasse aux Infidèles, comme dans un jeu vidéo, en toute impunité et en étant bien payé, peut séduire des jeunes qui mènent une vie sans relief et, souvent, sans perspectives autres que la galère dans une société qui les regarde de travers.
La plupart des pays occidentaux, parce qu’il  faut bien faire quelque chose, choisissent d’empêcher les départs, par le biais de diverses mesures administratives et policières. Mais dans une Europe où règne la libre-circulation, ces mesures sont dérisoires et inefficaces pour des individus très motivés. Elles sont même contre-productives et pourraient nous coûter cher. En effet, qui peut imaginer un seul instant qu’un ado qui a subi un intense lavage de cerveau renonce du jour au lendemain à aller mener la Guerre Sainte, et retourne à ses bancs d’école, ou à l’établi, après une admonestation paternaliste ? On rêve ! On se trouve là dans un conditionnement de type sectaire, dont il est très difficile de faire sortir une personne qui n'en n'a pas la volonté. Ils seront donc repris en charge par leurs réseaux, et remis dans le circuit.
Bien sûr, ce sont nos enfants; mais en même temps, ce ne sont plus nos enfants, ils sont devenus quelqu’un d’autre. Qui nous regarde comme l’ennemi, celui qui les empêche de répondre à l’appel du Jihad, et collabore donc avec le complot des Infidèles. De là à penser qu’ils mèneront la Guerre Sainte là où ils sont, comme on le leur a sans doute appris, il n’y a qu’un pas. Par conséquent, loin de rentrer dans le rang, ils pourraient bien se radicaliser encore davantage, et passer à l’action dans leur banlieue de Paris, de Londres ou de Frauenfeld.
Nos États ont pour responsabilité première d’assurer la sécurité des personnes et des biens. La protection de jeunes fanatiques, malgré eux, ne devrait pas être une priorité, car ils représentent un danger trop important là où ils sont. Le mieux serait de les laisser partir, car ils représentent pour nos populations un danger moindre en Irak, en Syrie, ou ailleurs demain. Et tout ce que l’on peut leur souhaiter, c’est de réaliser leur rêve ultime: mourir en martyrs de l’Islam en combattant les Infidèles, les armes à la main. Le taux de retour de cette pitoyable chair à canon était d’environ 50% avant l’engagement de la coalition; il devrait fortement diminuer dans les mois qui viennent.
Vision cynique ou vision pragmatique ? A chacun de se faire une religion, en se posant cette question: doit-on faire preuve de compassion envers des individus qui n’ont plus aucun respect pour la personne humaine, qui n’hésitent pas à mettre en scène des assassinats abjects, juste pour le plaisir de révulser les Infidèles, et susciter l’admiration des médias pour leur usage professionnels des réseaux sociaux ?

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09/09/2014

La propagande russe a son porte-parole en Suisse

Le journal Horizons et débats, version francophone de Zeit-Fragen, semble être devenu le vecteur privilégié de la propagande russe en Suisse.

Dans le dernier numéro, pas moins de cinq articles, généralement très longs, dénoncent les Etats-Unis, soupçonné de vouloir détruire la Russie, et l’Europe, officiellement «vassalisée» à la puissance américano-anglo-israélienne dans cette entreprise. Un vrai festival !
Cela commence par une interview d’Oskar Freysinger, qui nous explique que «de toute évidence l’UE s’est laissée dégrader au rôle de vassal des Etats-Unis», et que Poutine, «au vu du pouvoir d’ingérence, des manipulations et des activités bellicistes sans scrupules exercées par les Américains depuis des décennies et au niveau planétaire, (il) paraît inoffensif.» C’est une façon de voir…
Elle est partagée par Willy Wimmer, ancien Secrétaire d’Etat allemand à la défense, qui dans un autre article déclare que «l’Allemagne est réduite au rôle de vassal.»  Mais il fait beaucoup mieux: il nous apprend à propos de l’Ukraine que «l’OTAN est partie prenante dans cette guerre civile, contrôlant notamment les armées privées américaines, ayant obtenu de l’Etat américain la mission de «nettoyer» l’Ukraine orientale des habitants russophones.»
Là, on se gratte le crâne… Les mercenaires russes présents en Ukraine et luttant contre Kiev seraient donc des Américains exterminant les russophones ? On dirait bien que la vodka coule à flots à Horizons et débats !
Et ce n’est pas l’interview interminable d’Evgeny Fedorov qui le démentira: Fedorov est député à la Douma, du parti Russie unie, le parti de Poutine. Interviewé par une chaîne de télévision russe, il affirme carrément qu’ «il est déjà clair que les Américains vont lancer une attaque sur la Russie avec une frappe sur Saint-Pétersbourg. C’est-à-dire qu’ils vont frapper leur premier coup en septembre, pendant l’élection du gouverneur.»
Si on interprète correctement la logorrhée hallucinante de M. Fedorov, il ne s’agirait pas d’une attaque militaire, mais de l’organisation d’une «révolution orange» à St-Petersbourg, un mouvement critique fondé sur le taux d’opposition élevé à la politique de Poutine dans cette région. Selon M. Fedorov en effet, le taux d’opposition s’élèverait à 40%, car dans cette ville relativement occidentale, il y a des idées libérales… C’est affreux !
St-Petersbourg serait donc la tête-de-pont des Américains, seulement la tête-de-pont car «ils veulent toute la Russie, pas seulement St-Petersbourg.» Selon lui, la cinquième colonne est déjà en place, avec beaucoup d’argent et des moyens considérables: «Le nombre total de combattants en Russie, préparés par les Américains, se situera entre 50’000 et 100’000.»
Le délire d’Evgeny Fedorov est effarant, mais il est révélateur de trois choses, qui peuvent expliquer l’impossibilité qu’il y a à dialoguer avec les dirigeants russes: d’une part, il semble régner à Moscou une paranoïa débridée, qui conduit les dirigeants à croire vraiment que les Américains vont bientôt planter leur drapeau sur le Kremlin; ensuite, et plus subtilement, cette paranoïa, délibérément entretenue par des médias aux ordres, permettra de condamner et de museler d’emblée toute manifestation de l’opposition russe, puisqu’alors elle apparaîtra comme l’instrument des Etats-Unis. Les opposants politiques deviennent du coup tous des traîtres, payés par l’étranger ! Jolie façon de garder le pouvoir… Enfin, cette manipulation des esprits permettra de justifier les aventures militaires qui se préparent, en Ukraine bien sûr, mais peut-être aussi en Estonie et en Pologne.
Ce que confirme le journaliste Thierry Meyssan, qui explique que la Russie sera bien obligée d’envoyer bientôt des troupes en Ukraine, peut-être même «après la chute de la République populaire de Donetsk.» Et il rejoint Fedorov dans la calomnie de l’opposition, selon lui couverte d’argent par les Américains, qui par ailleurs auraient envoyé 50’000 agitateurs ukrainiens, mêlés aux réfugiés, à St-Petersbourg en vue des élections… Rappelons que Thierry Meyssan, fidèle soutien de Kadhafi et de Bachar el Assad, qui réside en Syrie, est selon Wikipedia «très présent dans les médias russes, latino-américains et moyen-orientaux, où il est présenté comme «dissident» ou «révolutionnaire».
Arrêtons-nous là dans la lecture édifiante de la propagande russe que nous offre Horizons et débats, car elle est terriblement lourde et indigeste. Et demandons-nous pourquoi un hebdomadaire suisse de réflexion "favorisant la pensée indépendante, l'éthique et la responsabilité", croit devoir répercuter ces manipulations grossières, telles quelles, comme s’il s’adressait à des Russes dépourvus de moyens de s’informer.

08/09/2014

Les femmes sauveront-elles le climat ?

«La vie sera beaucoup moins agréable dans beaucoup de régions», avertit le climatologue Jean Jouzel, parlant de la France. Pourtant, les hommes politiques ne bougent pas. Mais bien les femmes, au premier rang desquelles Hillary Clinton.

Pour celle qu’on espère être la future présidente des Etats-Unis, le changement climatique constitue «le faisceau de défis le plus significatif et le plus urgent que nous ayons à affronter en tant que nation et en tant que monde. Les constats sont impitoyables, quoi que prétendent les négationnistes. Le niveau des océans s’élève. Les calottes glaciaires fondent. Les tempêtes, les sécheresses et les incendies de forêt deviennent incontrôlables». Au moment où parlait Mme Clinton, le Parc du Yosemite diffusait des images terribles du Half Dome entouré de flammes et de fumée – tout un symbole.
Hillary Clinton a l’ambition de faire des Etats-Unis «la superpuissance de l’énergie propre au XXIe siècle», pour peu que «nous unissions nos forces pour prendre les grandes options indispensables, réaliser les investissements les plus intelligents en termes d’infrastructures, de technologie et de protection de l’environnement.» Car il ne faut pas s’y tromper: Mme Clinton n’est pas animée par de douces visions mêlant Rousseau et Thoreau. L’énergie propre, c’est avant tout des emplois et des revenus, de la compétitivité et des exportations. Or pour le moment, ces emplois très productifs n’existent pas encore, ou pas suffisamment. Un bel exemple de smart investment est la création de la méga-usine de batteries au lithium par l’entreprise Tesla au Nevada.
A peu près au même moment, la Ministre de l’environnement en France montre qu’elle prend au sérieux le dernier rapport du GIEC, dont les conclusions sont très pessimistes pour le secteur agro-alimentaire français. Mais la tâche est colossale, tant les négationnistes, les naysayers, sont puissants, surtout aux Etats-Unis du côté républicain, appuyés lourdement par le lobby pétrolier. Il n’en reste pas moins que l’émergence des femmes politiques dans ce débat, jusqu’ici très masculin, est extrêmement bienvenu, et pourrait même enfin renverser la tendance du après moi le déluge, qui est encore la règle aujourd’hui: ce n’est pas à coup de conférences sans suites et de commerce de droits de polluer qu’on peut prétendre sérieusement empoigner les problèmes!
C’est à peine surprenant: l’humanité n’a jamais été capable de voir plus loin que le bout de son nez, par quoi il faut comprendre ici les intérêts immédiats de quelques-uns, voire du plus grand nombre, pour qui la seule chose qui compte dans l’existence est de pouvoir mettre de l’essence dans sa voiture.
Bon nombre de nos politiciens et capitaines d’industrie savent bien, au fond d’eux-mêmes, que nos descendants vivront moins bien que nous. Parce qu’ils vivront dans un monde de pénurie dans tous les secteurs, et donc dans un climat de guerre permanente pour les ressources; un monde de terres rétrécies dans les régions les plus peuplées de la planète; un monde frappé par des événements météorologiques de plus en plus dévastateurs. Un monde, surtout, qui sera marqué par des mouvements migratoires d’une ampleur dont nous n’avons encore aucune idée, et auxquels les pays développés, même appauvris, devront faire face.
Mais nos politiciens et capitaines d’industrie mettent de côté cette minuscule épine dans leur conscience, et poursuivent le but que leur impose le système: toujours plus de croissance, toujours plus de profit, jusqu’à l’effondrement général.
Il est bien possible que les femmes soient plus libre de réfléchir et d’agir dans ce domaine, parce qu’elles sont moins coincées dans des réseaux de pouvoir et d’influence, et peut-être aussi simplement parce que, davantage que les hommes, elles sont sensibles au devenir de leurs enfants et petits-enfants, qui passent avant les objectifs de croissance. Le fait que Mmes Clinton et Royal n’appartiennent pas à un parti écologiste, mais à des grands partis traditionnels, est un formidable pas en avant; il leur donne un large crédibilité, et leur permet de s’appuyer sur les grands bataillons d’électeurs de ces partis.
Il faut donc espérer que l’exemple de Mme Clinton et de quelques autres suscitera des vocations. Plus les femmes politiques seront résolues dans ce domaine, moins la température moyenne augmentera d’ici la fin du XXIe siècle. Et entre +2°C et +5°C, il y a la qualité de vie, voire la survie, de milliards d’êtres humains…

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27/08/2014

Langues: cette insupportable outrecuidance romande…

Il n’est pas toujours utile de monter sur ses grands chevaux lorsqu’on est le plus petit. On peut comprendre qu’un certain nombre de Romands soient vexés du peu de cas que nos confédérés alémaniques font du français. De là à crier à l’effondrement de la cohésion nationale, il y a un pas qu’il ne faut pas franchir.

Donc, les écoliers de Thurgovie – charmant canton, avec une belle agriculture et de bons restaurants – apprendront le français au niveau secondaire, et non plus au primaire. La belle affaire ! C’est une tendance lourde: il faut s’attendre à ce que d’autres cantons fassent de même, après une période d’apaisement face aux réactions romandes. Il reste que les petits Thurgoviens et les autres apprendront toujours le français, mais juste un peu plus tard !
De telles décisions, de compétence cantonale, répondent à des préoccupations pragmatiques: le français ne sera utile, professionnellement, qu’à une minorité d’élèves dans leur carrière, tandis que l’anglais sera indispensable dans la plupart de cas. Donc, les autorités scolaires choisissent l’option la plus réaliste, sans trop se préoccuper, c’est vrai, de la portée symbolique du changement.
On entend des choses hallucinantes dans ce débat, preuve que les positions sont avant tout idéologiques, voire politiciennes. On entend par exemple le conseiller national socialiste Roger Nordmann affirmer que «moins les gens apprennent les langues, moins ils découvrent différents modes de pensées, plus ça les soumet facilement à la pensée blochérienne.» Traduction: les Alémaniques sont des abrutis, des esprits lourds et bouchés qui, faute de la lumière éblouissante du français – et de celle de la pensée de M. Normann – sombreront dans le blochérisme radical.
C’est un bel exemple de l’outrecuidance avec laquelle les Romands envisagent nos relations avec la partie alémanique, cette espèce de supériorité dédaigneuse héritée sans doute de nos voisins de l’Ouest. De la part de décideurs politiques, cette attitude est consternante, et peu constructive. De plus, elle est incohérente: qui se bat pour que l’italien, langue nationale, langue d’ouverture culturelle s’il en est, soit enseigné au niveau primaire ? Qu’en est-il dans les écoles vaudoises ou genevoises ? Le Tessin, quantité négligeable ? On est toujours le minoritaire de quelqu’un…
Sur le plan linguistique, les Alémaniques ont un avantage sur nous: ils ont une langue propre, le Schwiizerdütch, une langue profondément identitaire qui leur permet, notamment, de s’affirmer et de se différencier face au grand voisin du Nord, historiquement peu apprécié. Le dialecte constitue un signe de reconnaissance: les Allemands immigrés, très (trop) nombreux, ne le parlent guère, si bien qu’on distingue aussitôt ces Schwobe, dont on se méfie, des compatriotes. Tout ceci n’a évidemment rien à voir avec Christoph Blocher, dont les politiciens romands exagèrent l’influence, mais tout au plus avec un renforcement du désir identitaire. Ce qui n’est pas très nouveau d’ailleurs: de nombreux Alémaniques de la génération des 20-40 ans parlent l’allemand avec réticence, lorsqu’ils en sont capables: certains ont autant de gêne à parler cette langue, qu’à parler français.
Les Romands n’ont pas, n’ont plus de dialectes, sauf exceptions folkloriques, parce qu’ils les ont activement éradiqués. Les patois, ce n’est pas moderne, n’est-ce pas, c’est un peu ridicule, c’est la langue des paysans… Notre langue identitaire est donc celle du pays voisin, et donc elle ne nous définit pas aussi fortement que le Schwiizerdütch pour les Alémaniques, ou les dialectes alsacien ou catalan, par exemple.
Cela dit, passé les bouffées d’émotion naturelles chez les minoritaires, nous devrions aussi nous inspirer du pragmatisme alémanique. L’allemand que nous apprenons à l’école est indispensable, mais il est loin d’être suffisant. Le Romand qui veut s’intégrer outre-Sarine, ou faire carrière, même ici, dans une entreprise basée à Zurich ou à Bâle, ou encore faire une carrière politique nationale, ou devenir officier supérieur dans l’armée, doit parler leSchwiizerdütch. On ne sort pas de là, c’est une règle implacable et incontournable. Le Romand qui sort son bel allemand de Kleist en Suisse alémanique érige sans le savoir des barricades, même s’il se fait comprendre; celui qui se prend les pieds dans le dialecte mais essaie quand même, est déjà à moitié accepté. C’est ainsi. Et chaque fois qu’un Romand reprend son interlocuteur en lui demandant de parler Schriftdeutsch ou pire, Hochdeutsch, il creuse le fossé, et le blesse dans son identité.
On en est donc là: les petits Romands apprennent une langue nationale difficile qui, sur le terrain, ne leur rendra pas la vie plus facile; les petits Alémaniques apprennent une langue perçue non seulement comme difficile, mais aussi comme inutile: à quoi bon dès lors faire l’effort, quand l’anglais vient opportunément résoudre les problèmes les plus basiques ?
Si nous voulons que l’apprentissage des langues contribue à resserrer le lien confédéral, il faut intensifier très fortement les échanges d’élèves entre les régions, les organiser, les encourager et les financer. Les jeunes sont de moins en moins enclins à sortir de leur petit confort, à se frotter à d’autres réalités, à d’autres langues, à d’autres usages. Les entreprises d’ici s’en plaignent: les langues, chez les jeunes employés ? Connais pas. Et pourtant ! Rien n’est plus formateur que l’immersion, pour six mois ou une année, dans une autre famille, où le petit Romand apprendra tout naturellement à parler leSchwiizerdütch, et mieux encore, à comprendre comment «fonctionnent» ses compatriotes – et réciproquement pour les jeunes Alémaniques.
Cette méthode de maîtrise des langues fonctionne, parce que c’est la meilleure. Regardez les Romands et les Tessinois qui ont réussi en Suisse alémanique: ils parlent le dialecte, n’exigent pas qu’on leur parle en allemand, ou pire, en français, parce qu’ils ont  très vite compris que l’intégration et la réussite passent par là.
Il y a là un beau et lourd défi pour les cantons. Car c’est leur boulot, et ils feraient bien de s’adapter aux réalités sociétales d’aujourd’hui, plutôt que de pleurnicher sur leurs illusions perdues. Sinon, c’est la Confédération qui reprendra la main, et les fédéralistes pourront, eux aussi, pleurnicher. Ils feraient mieux de pousser les cantons à se montrer entreprenants !

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25/08/2014

Au dessert, Tête de nègre et blanc battu

 Régulièrement, des parents d’élèves provoquent un scandale parce que leur enfant a été invité à participer au jeu de l’homme (en) noir, dans un cadre scolaire ou sportif. Jeu raciste, disent-ils. Au secours, on étouffe !

L’origine du nom de ce jeu remonte loin dans le temps – sans doute à une époque où il n’y avait pas beaucoup de Noirs dans nos sociétés. Ce jeu de poursuite (voir les règles en fin d’article, pour savoir de quoi l’on parle), fait intervenir un personnage qui, à l’origine, était vêtu de noir – et qui à la fin du jeu, notons-le en passant, gagne toujours !
Pour ces parents, il s’agit d’un jeu raciste, qui provoque une discrimination envers les élèves noirs ou métis. Souvent très agressifs, comme récemment un professeur de l’IMD, ces parents exigent, condamnent, menacent de déposer plainte, d’aller jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme. Pour un jeu d’enfants… Ils ne réalisent pas qu’ils ne font que jeter de l’huile sur le feu, et justifier les préjugés que la majorité peut avoir envers les minorités, jugées excessivement revendicatives.
Bien entendu, les instances fédérales en charge de la police du langage abondent dans le sens des plaignants. Même le professeur Jean-Pierre Lehmann, qu’on a connu plus inspiré, s’est fendu d’un commentaire au Temps, disant que «il est choquant, sinon, hélas, malheureusement pas surprenant, qu’en 2014 de telles formes insidieuses de racisme susceptibles d’influencer les esprits d’enfants existent encore». Et sur la Toile, alertée par un des parents, les condamnations ont fusé du monde entier, en particulier des Etats-Unis, certains allant même jusqu’à rappeler l’existence, autrefois, des «Têtes de nègre» que l’on mangeait – rendez-vous compte ! – et qui pourtant n’ont pas rendu les Suisses plus racistes que ça – en tout cas pas plus que les Américains, semble-t-il. C’était au temps où l’on ne voyait pas le mal partout, au temps où on pouvait s’exprimer sans devoir peser chaque mot. Comme c’est loin !
En Valais, on a bien tenté de remplacer le Jeu de l’homme noir par le Jeu du loup mais, en disant «qui a peur du loup ?», «on va s’attirer d’autres ennuis», a observé un chef de service avisé…
En tout cas, ces protestations contre un jeu anodin sont un bel exemple des ravages du politiquement correct, qui devient plus aigre et plus obtus à mesure que monte le racisme dans nos sociétés. Faut-il y voir un rapport de cause à effet ? Possible. Les gens ne sont pas dupes des métaphores, des périphrases et des cache-sexe que les talibans du langage inventent au sein d’obscures commissions bien-pensantes; et ces artifices de langage – «issu de la diversité», «demandeur d’emploi», «couple non traditionnel» -, supposés cacher ce qu’on n’a pas le droit de dire, ne font qu’attirer l’attention sur, précisément, ce qu’on n’a pas le droit de dire, et ce qu’on veut nous cacher. Et les gens n’aiment pas les cachotteries, et surtout, ils n’aiment pas qu’on les prenne pour des imbéciles, et pour des racistes congénitaux.
La Commission fédérale contre le racisme devrait d’ailleurs faire preuve d’un souci de symétrie, afin de ne discriminer personne. Après avoir banni du langage des expressions telles que matière noire, ceinture noire, roman noir etpistes noires, elle doit dénoncer aussi des mots scandaleusement discriminatoires comme le blanc battu et le coup de blanc (incitations à la violence), le blanc-manger (incitation au cannibalisme), et toutes sortes d’expressions clairement attentatoires à l’égalité telles que arme blanche, blanc de blanc, blanc comme neige, blanc bonnet – bonnet blanc, enfin bref, toutes ces expressions cousues de fil blanc – pardon, de fil non coloré.

 Le jeu de l’ «homme noir»

Pour ce jeu, il faut délimiter un terrain de jeu avec deux camps. Un joueur (“l’homme noir”) se met seul dans l’un des camps, le reste des joueurs dans l’autre. L’homme noir demande: “Qui a peur de l’homme noir?” et les autres répondent: “pas nous” – “Et s’il vient?” – “On court!”. Les deux camps doivent alors changer de côté. Ceux qui sont touchés par l’homme noir doivent se mettre dans son camp et, lors de la partie suivante, doivent l’aider à attraper des joueurs. Le jeu continue jusqu’à ce qu’il ne reste plus personne dans l’autre camp.»
(Source : JaMaDu, Coop).

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14/08/2014

Le livre, entre Nouveau Monde et Ancien Monde

 

A propos de la guerre commerciale que se livrent Amazon et Hachette, un expert parlait à la radio de Nouveau Monde et d’Ancien Monde. Plutôt bien vu: ces deux continents philosophico-culturels sont séparés par un océan, où se mêlent certes avidité financière et refus du changement, mais surtout d’immenses opportunités.
La France n’aime guère l’innovation et le changement, c’est bien connu: les Français rejettent systématiquement les réformes qu’ils réclament pourtant à cor et à cris. Il n’en va pas autrement dans le monde de l’édition. En France, le livre numérique ne représente que quelques pourcents du marché… selon les éditeurs tout au moins. Aux Etats-Unis, il dépasse les 50%. Encore serait-il plus juste de parler de contenu numérique, puisqu’il se consomme beaucoup de journaux et de magazine sur tablette.
Une explication simple de cette différence tient au fait qu’en France, éditeurs et responsables politiques pratiquent un protectionnisme féroce: aujourd’hui encore, il est très difficile d’obtenir des livres français récents en version numérique, parce que les éditeurs font de l’obstruction. Logique: le livre numérique se vend moins cher qu’un livre papier, même de format poche.
Alors qu’une bataille commerciale considérable fait rage entre un groupe américain, Amazon, et un groupe… franco-américain, Hachette, la ministre de la culture s’est crue obligée de prendre parti, comme peu avant le zébulon Montebourg avait cru devoir se mêler d’une autre bataille commerciale. Interférences politiciennes stupides et généralement vaines, mais qui montrent bien l’attitude de repli et de conservatisme borné à laquelle s’accrochent les politiques, qui en l’occurrence ne sont même pas les décideurs.
On voit bien que ces résistances farouches à l’innovation sont motivées en partie par une forme de nostalgie, soigneusement entretenue, autour de l’objet-livre. Pourtant, personne ne songe sérieusement à le faire disparaître, preuve en soit le fait que les auteurs qui publient en numérique s’empressent de… faire imprimer leurs ouvrages !
Quitte à jeter un pavé dans la mare consensuelle de la nostalgie, on ose dire que l’édition numérique offre des solutions quasi-miraculeuses aux auteurs, et c’est particulièrement vrai en Suisse romande: entre le moment où un manuscrit est achevé et son apparition en librairie, il peut s’écouler plusieurs années – dans le meilleur des cas, car la grande majorité des manuscrits reçus resteront dans les piles qui encombrent les bureaux des éditeurs. Et si certains auteurs ont la chance d’être retenus, ils devront parfois mettre discrètement la main à la poche pour que leur livre paraisse dans des délais raisonnables, surtout si les instances officielles refusent d’accorder une subvention (ce qui tend à être la règle dans le canton de Vaud, si on n’est pas du même bord que la ministre de la culture). Enfin, dans la plupart des cas ils ne toucheront pas de droits d’auteur, soit parce que les ventes sont trop faibles sur notre minuscule marché, soit parce que l’éditeur n’a pas les moyens d’honorer le contrat, s’il existe.
Voilà pourquoi de plus en plus d’auteurs font le pari de l’édition numérique, parce qu’elle offre des possibilités infinies, une souplesse très grande et une maîtrise complète des opérations. Les uns passeront par des officines spécialisées, qui font le travail d’édition du livre contre rémunération. Les autres choisiront l’autoédition, pour laquelle Amazon a développé une plateforme très performante et… gratuite. L’auteur importe son manuscrit, le met en page, élabore sa couverture avec les outils fournis, et le met en ligne au prix qu’il veut. En général les prix sont bas, entre 2 et 10 francs. Mais l’auteur n’y perd rien, bien au contraire, puisqu’Amazon lui reverse environ 75% du prix des ventes, à la fin de chaque mois, ce qu’aucun éditeur traditionnel ne peut offrir. De plus, il bénéficie d’outils de promotion propres à faire connaître son livre, en particulier les redoutables algorythmes de personnalisation du site et, clé de voûte du système, les commentaires des lecteurs, bien plus efficaces que les critiques – ou l’absence de critiques – des médias.
Aux Etats-Unis, mais aussi en France, de nombreux auteurs connaissent un succès considérable en autoédition; certains parviennent même à en vivre, du moment que leurs livres sont notés positivement et largement commentés. Une de nos connaissances, l’auteur californien Michael Grumley, en est à son quatrième thriller, et il se félicitait de l’efficacité du système dans sa réponse à nos questions: «Self publishing with Amazon is a dream compared to working with traditional publishers.  The royalties are much higher, your books are online within hours, and you have total control.» Son excellent premier roman, Breakthrough, a fait l’objet de plus de 2’000 commentaires, ce qui lui assure une sérieuse promotion.
Comme de nombreux auteurs de thrillers et de science-fiction en ligne, il adopte parfois la pratique des sequels ou des prequels, autrement dit des romans qui font suite à un précédent ouvrage, et qui seront automatiquement proposés aux lecteurs de celui-ci.
Certes, tout ceci donne le vertige et bouleverse nos habitudes… Cela va sans doute trop vite pour un ministre français de la culture. Mais quoi ! Les auteurs ne sont pas obligés d’être des écrivains maudits, qui publient dans la souffrance et ne gagnent pas un sou. La plupart des écrivains écrivent pour être lus, et non pas seulement «pour eux», sinon, ils ne chercheraient pas désespérément à être publiés. Les solutions numériques leur offrent la possibilité de sortir de la confidentialité et surtout, une forte motivation pour continuer.
Et si vraiment ils ne jurent que par le papier, on l’a dit, ils peuvent faire imprimer leur livre pour quelques francs, à deux, cent ou mille exemplaires. Ce qui est vrai d’ailleurs pour tout ouvrage numérisé. Nous avons fait imprimer un fac-similé, avec couverture cartonnée et tout, d’un livre-culte rigoureusement introuvable sur le marché: le Traité de la Comète qui a paru en décembre 1743, de l’astronome vaudois Jean-Philippe Loys de Cheseaux, publié en 1744 par Marc-Michel Bousquet, à Lausanne et à Genève.
Comme quoi le Nouveau Monde ouvre aussi de belles portes sur l’Ancien Monde !

10:24 Publié dans Culture | Lien permanent |  Imprimer