16/12/2009

N’ayons pas peur du livre électronique

Prononcez le mot « livre électronique », et vous êtes sûr de déclencher une guerre de religions. Et pourtant, les deux types de livres peuvent cohabiter de manière particulièrement heureuse.

Le fait est qu’il y a des objets, dans notre quotidien, qui sont fortement chargés d’émotions et d’affectif. C’est le cas du livre, avec lequel beaucoup de gens partagent une véritable histoire d’amour – c’est notre cas – depuis leurs premières lectures.

L’évolution technologique ne pouvait pas passer à côté du livre traditionnel. Après de longs balbutiements, le livre électronique est au point, et le découvrir est très stimulant. Et bien entendu, on peut le faire sans trahir le  le bouquin historique, cette sorte de miracle qui nous permet de transporter des univers multiples dans notre poche ou au fond d’un sac.

Le livre-objet est irremplaçable et c’est tant mieux. On n’a donc d’autant moins de raisons de refuser une innovation dans ce qu’elle a d’éminemment positif. Après tout, nombre de gens ont solennellement juré qu’ils n’auraient jamais la télévision, et plus tard pas internet, ni de téléphone portable.

Serments vite oubliés, car le côté pratique des choses a tout naturellement pris le dessus. Il en ira de même pour le livre électronique. Pour l’heure quasi exclusivement anglophone, le Kindle d’Amazon.com, livré désormais en deux jours en Suisse, met à portée de votre main plus de 300′000 livres, dont chacun peut être téléchargé en moins d’une minute, gratuitement, pourvu qu’il y ait un réseau téléphonique à proximité. Sachant que le prix moyen des livres va de 3 à 12 dollars, c’est une affaire. Et soyons rassurés: les auteurs sont payés!

Alors voilà: vous avez dans votre écran quelques centaines de bouquins; le confort de lecture est excellent, sans rayonnement (c’est de l’encre électronique), parfois meilleur que dans un livre de poche, car on peut choisir d’agrandir les caractères en six corps différents. On peut aussi se faire lire les livres, en voiture ou en voyage. Votre écran affichera, si vous le voulez, des dizaines de quotidiens et de magazines du monde entier – y compris francophones – ou vous jouera de la musique.

Le livre électronique est un objet typiquement contemporain, qui utilise les moyens de communication de la manière la plus intelligente possible: en vous facilitant la vie, sans prise de tête technique.

Notre quotidien s’en trouve merveilleusement augmenté: un bon vieux livre en papier dans la poche, un livre électronique dans la serviette! L’essentiel, fondamentalement, est que les gens lisent des livres. Qu’importe le support, pourvu qu’on ait le rêve!

Philippe Barraud
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15/12/2009

Va-t-on enfin interdire les chiens qui attaquent les enfants?


Parce que les autorités politiques ne prennent pas leurs responsabilités, on n’a pas fini de déplorer des attaques d’enfants par des molosses. Il faut les interdire.

C’est étonnant, non ? Il faut lire la presse alémanique pour savoir ce qui se passe à Prévenrenges, dans le canton de Vaud ! Serait-ce que la police vaudoise filtre subtilement l’information qu’elle délivre, lorsqu’elle n’est pas à son avantage? Si c’est le cas, elle ferait mieux de filtrer ses décisions plutôt que l’information, comme celle de rendre un chien agresseur à ses propriétaires trois heures après une attaque grave – en toute illégalité, d’ailleurs.

Bref rappel des faits: le 9 décembre, à Préverenges, un pitbull qu’une femme promenait avec trois autres chiens s’est rué sur un enfant de onze mois et l’a mordu au visage, à quelques centimètres de l’œil gauche. La gendarmerie est intervenue et a emmené le chien. Trois heures plus tard, elle le rendait à sa propriétaire, estimant qu’il n’était pas dangereux. Conseillère d’Etat en charge de la police, Mme Jacqueline de Quattro s’est saisie de l’affaire, a ordonné des investigations, et a finalement fait séquestrer le chien.

C’était la moindre des choses, dans la mesure où, il faut bien le dire, la police a non seulement bâclé son travail, mais a outrepassé ses compétences. En effet, la décision de rendre un chien mordeur à son propriétaire ne relève pas de la police, mais du préfet et du vétérinaire cantonal, décision qui ne peut être rendue qu’après observation de l’animal pendant un certain temps. Plus grave, les policiers ne se sont manifestement pas enquis de la conformité du chien et de sa propriétaire à la législation: or, l’enquête diligentée par Mme de Quattro a montré que la propriétaire n’était pas en possession d’une autorisation de détention pour ce type de chien, et qu’elle n’avait pas suivi les cours obligatoires, pas davantage que le chien d’ailleurs. Cerise sur le gâteau, la police aurait éconduit le père de l’enfant qui voulait déposer plainte.

Ce genre de bavure est déplorable, et il est heureux que la ministre de tutelle ait réagi vite et fort. On regrette d’autant plus qu’elle n’aille pas jusqu’au bout du raisonnement, qui consiste à préconiser l’interdiction des chiens dangereux. Elle a expliqué que «quand on commence à interdire, on ne sait plus où on s’arrête». C’est l’argument classique de ceux qui ne veulent rien faire. En politique, on sait au contraire très bien où on s’arrête: on s’arrête là où on a décidé de s’arrêter.

C’est une évidence qu’il faut répéter encore et encore: personne, strictement personne, n’a besoin d’un chien de combat (ou de trois, ou de quatre, comme les personnes impliquées dans cette affaire). Un simple citoyen n’a pas le droit de se promener dans la rue avec une arme automatique chargée, et chacun accepte cette règle: la liberté individuelle ne va pas jusque là. Or un molosse n’est rien d’autre qu’une arme chargée, dépourvue de cran de sécurité par ailleurs. Et pourtant, il est permis de mettre en danger la vie d’autrui, au gré de chacun, en sortant ces fauves dans les lieux publics, en particulier là où il y a de jeunes enfants. C’est parfaitement inadmissible.

Malheureusement, le pouvoir politique semble tétanisé face aux lobbies des fanatiques des molosses et des vétérinaires cantonaux qui, pour des raisons qui nous échappent, s’opposent obstinément aux interdictions. Balayons tout cela! La population n’a pas à subir les menaces des molosses, même si ceux-ci jouent le rôle de béquille psychologique pour des propriétaires déséquilibrés. Faudra-t-il, là encore, une initiative populaire pour convaincre les politiques de faire leur boulot?

Philippe Barraud
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11:11 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer

03/12/2009

RTS: le soviet suprême est déjà en place

 

Surprise: le directeur de l’information de la RTS, la radio-télévision fusionnée, est déjà connu. On aurait pu imaginer que le poste serait mis au concours, mais les choses ne se passent pas ainsi dans la république autonome de la SSR.

A vrai dire, les postes étaient repourvus avant même que la décision de fusionner la RSR et la TSR ne fût formellement prise – sans considération aucune pour les réserves de la société civile, faut-il le dire. C’est ainsi que, tout naturellement, celui qui a voulu et mis en place cette fusion, Gilles Marchand, en devient le patron, sans même que la question d’une mise au concours ne se pose un seul instant: le poste est son bien personnel,  du sur mesure, pas touche. C’est ainsi aussi que Patrick Nussbaum, actuel rédacteur en chef de La Première, devient tout naturellement direction de l’information de la RTS.

On ne connaît pas encore officiellement le nom des deux futurs rédacteurs en chefs, mais toute surprise est exclue puisque tout est verrouillé d’avance. A vrai dire, tout indique que le nouvel organigramme comportait déjà les noms des titulaires, jusqu’au nettoyeur-remplaçant de la cafétéria, ce qui est assez spécial, quand on y pense. Cela signifie que cette institution de service public, financée par le contribuable, chapeautée par des instances politiques suffisamment bien payées pour être inopérantes,  ne rend de comptes à personne, mais s’organise selon son bon plaisir, ou plus exactement au gré des ambitions de ceux qui ont su écraser les autres.

On ne veut pas faire de procès d’intentions à M. Nussbaum, mais on se demande bien à quoi il va servir. Pourquoi, en effet, nommer un directeur de l’information qui coûte cher, alors qu’il y a déjà deux rédacteurs en chef ? De deux choses l’une: ou bien il s’agit d’un placard doré comme il y en a tant à la SSR (on a les moyens), et dans cette hypothèse M. Nussbaum se contente de faire des séances où on tient des paroles verbales – bref, son job ne sert à rien; ou bien  on place en dessous de lui des rédacteurs en chef-lavettes, qui ne prendront jamais de décisions sans l’autorisation du chef, et dans ce cas, M. Nussbaum sera le commissaire politique de la RTS. Ce qui n’est pas pour nous rassurer, car dans le genre politiquement correct, il risque bien d’imposer une uniformité d’alignement bien-pensant dans les deux médias.

En clair, la RTS a raté une belle occasion d’apporter de l’oxygène et du sang neuf parmi ses cadres et ses acteurs. C’est dommage, car ce sont eux qui définiront les nouvelles chaînes, pas les structures.

Philippe Barraud
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18:31 Publié dans Politique | Tags : rts, nussbaum | Lien permanent |  Imprimer

30/11/2009

Ne méprisez pas les craintes des Suisses

Les commentateurs unanimes ont tranché: les Suisses ont voté animés par la peur. Donc ils ont tort, donc ils sont condamnables. L’aveuglement de nos faiseurs d’opinion est dramatique. Voilà pourquoi ils ne font plus l’opinion.

Le fossé entre le citoyen et ses élites supposées est plus profond que jamais. Mais ne croyez surtout pas que ces dernières vont se poser la moindre question: obnubilées par le souci de leur propre image, les élites supposées estiment avoir raison par principe, tandis que le peuple a tort chaque fois qu’il ne les suit pas.

La peur n’est pas nécessairement une faute ou une impuissance. Elle peut être légitime. Et de la même manière qu’on a tort de condamner les gens qui ressentent de l’insécurité dans nos villes, on a tort de ridiculiser la peur de nombreux Suisses face à l’islam. Plutôt que de balayer ces peurs sous le tapis, essayons de voir ce qu’elles sont.

Les Suisses dans leur majorité n’ont pas de problèmes particuliers avec les musulmans de Suisse. Au reste, ils ne les connaissent guère puisqu’ils n’apparaissent pas dans les médias: les communautés tranquilles font rarement les gros titres. En revanche, de l’islam, les Suisses connaissent ce qu’ils lisent et entendent, jour après jour, comme un cauchemar obsessionnel, dans les médias: des attentats aveugles, des femmes et des enfants massacrés au nom d’une lecture particulière de la religion, que ce soit en Irak, en Afghanistan, au Pakistan, en Inde, aux Philippines, entre autres. Ils entendent aussi parler de ces femmes bafouées dans leur dignité, de procès barbares qui finissent en lapidation, têtes ou mains coupées.

Lundi sur France-Inter, Tahar Ben Jelloun disait que cela n’est pas l’islam, que l’islam vrai est dans les textes. On veut bien le croire, mais les gens ne vivent pas dans les textes, et ce qu’ils voient et entendent et terriblement plus réel que les textes. Accordons à l’écrivain que le terrorisme, le jihad et la burqa n’ont pas leur source dans les textes; mais qu’est-ce que cela change? C’est toujours au nom de la religion qu’agissent les porteurs de bombes, quoi que disent les textes, et personne ne peut reprocher aux Suisses, ni à qui que ce soit, d’en ressentir de la peur.

On nous dira: très bien, mais les attentats, le jihad, ce n’est pas ici. Certes, mais les Suisses ne sont pas nés de la dernière pluie. Même si l’islam suisse est paisible, ils savent que les mouvements radicaux recrutent à tour de bras, et avec succès, dans les pays européens, embrigadant de jeunes hommes grandis dans des familles sans histoires et pas particulièrement rigides en matière religieuse. Il se trouve, c’est un fait, que les islamistes voient dans la jeunesse musulmane européenne un terreau favorable, pour toutes sortes de raisons d’ailleurs (manque de repères et de perspectives, désir d’engagement et de discipline, exaltation religieuse, bourrage de crâne, désoeuvrement…).

Voilà pourquoi on ne peut pas évacuer les craintes liées à l’islamisme radical, des craintes qui seraient sans doute un peu apaisées si les musulmans modérés rejettaient clairement les dérives violentes et condamnaient les attentats. Hélas, le silence des associations et des recteurs est assourdissant, et nourrit la méfiance.

Philippe Barraud
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15:10 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer

Minarets: n’ayez pas peur !

Ceux qui s’étonnent de l’acceptation de l’initiative anti-minarets sont des hypocrites: tout le monde savait que, malgré des sondages mensongers, les Suisses allaient dirent oui. S’il faut s’étonner de quelque chose, c’est d’une entreprise détestable de déstabilisation des électeurs, et c’est des appels à la violence dans les médias.

Au cours de la soirée électorale de dimanche soir en effet, les journalistes du monopole de service public (La Première, donc) ont parlé une bonne vingtaine de fois de «drapeaux suisses qui brûlent», d’attentats, de montée de la violence islamique en Suisse, de victoire pour Kadhafi – toutes évolutions purement hypothétiques, mais sans doute secrètement souhaitées, et dont les auteurs de l’initiative étaient rendus par avance responsables.

Cette façon de culpabiliser les Suisses, en les faisant passer pour des crétins qui suivent le premier agitateur venu et ne comprennent rien à rien, comme l’a fait l’ambassadeur Lorétan, est parfaitement odieux. Mais elle permet d’éviter de voir les choses en face. Par leur vote, les Suisses ont montré qu’ils avaient un problème avec l’islam, en particulier avec sa faible capacité d’intégration et d’adaptation aux valeurs qui permettent à la Suisse de tenir debout.  C’est un réel motif de préoccupation, tout le monde le sait, mais personne n’ose le dire. Mieux, on se cache la tête dans le sable, en demandant au peuple de faire de même, pour ne pas déranger les autres confessions.

Les Suisses, comme d’habitude, ont voté en leur âme et conscience et dit tout haut ce qu’ils avaient à dire, sans se laisser manipuler par la classe politico-médiatique, sans se laisser culpabiliser par des Eglises dont on ne sait plus très bien ce qu’elles défendent, et sans se préoccuper de l’image que cela pourrait donner à l’étranger, pour peu que l’étranger s’intéresse à ce qui se passe dans notre pays. En cela, les électeurs suisses sont admirables, ils sont beaucoup plus honnêtes et conséquents que leurs élus, car ils osent, eux, exprimer le fond de leur pensée. Malgré de détestables tentatives pour leur flanquer la trouille avec des menaces imaginaires, malgré les appels des Verts aux juges étrangers pour casser le système démocratique suisse, les électeurs tiennent bon et défendent leur mode de vie.

Quoi qu’on en dise, les Suisses sont tolérants et ouverts, mais ils ne sont pas stupides. Les étrangers désireux de s’intégrer et d’adopter notre mode de vie sont les bienvenus; ceux qui veulent changer ce mode de vie et exiger des Suisses qu’ils s’adaptent à leurs mœurs, ne sont clairement pas les bienvenus. Ce n’est pas faire preuve d’intolérance ou d’ostracisme que de poser clairement les règles du jeu, de dire qu’au-delà de telle limite, rien ne va plus. Toutes les sociétés réagissent ainsi, sauf celles qui ne croient plus en leur destin.

Il ne fait pas de doute que si les Français, les Italiens, les Allemands, les Hollandais ou les Danois avaient été conviés à un tel référendum, ils auraient voté comme les Suisses. Nous avons la chance, mais peut-être plus pour très longtemps, de bénéficier de droits populaires très étendus. On aurait tort de croire qu’ils sont là pour l’éternité. Plus les Suisses votent contre la classe politico-médiatique, plus les manœuvres pour les faire taire vont se multiplier.

Il faudra s’en souvenir, si d’aventure la Cour européenne des droits de l’homme s’avisait de dénoncer le nouvel article constitutionnel. Il faudra rappeler, à cette occasion, que la voix du peuple suisse prime celle des juges de Strasbourg, dont les arrêts ne sont de toute façon pas contraignants. Il faudra d’en souvenir, car dans de tels cas la règle, pour nos gouvernants, est de se coucher.

Philippe Barraud
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07:49 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer

25/11/2009

En somme, qui est le plus manipulé?

A quelques jours du sommet de Copenhague, une manipulation étrange ravit les négateurs du réchauffement. Mais qui tire les ficelles?

Les négateurs du réchauffement, se réjouissent du piratage de milliers de courriels de scientifiques d'un institut britannique, et prétendent y voir l’écroulement de la «citadelle idéologique» des climatologues qui nous alarment sur le réchauffement.

En premier lieu, on s’étonne que certains puissent mettre leur esprit critique en stand-by lorsque survient, comme par hasard à deux semaines d’un sommet important sur le réchauffement, une remise en cause des méthodes d’un petit nombre de scientifiques. Cette publication n’est évidemment pas fortuite, c’est une manipulation en bonne et due forme: elle a été planifiée, organisée et financée par quelqu’un, qui n’a pas hésité à recruter de nombreux criminels du net pour voler et exploiter des données personnelles - et peut-être les  "arranger", qui sait. Ce qui en soi pourrait susciter un semblant de réprobation, non?

La moindre des choses serait donc de faire preuve d’un peu de prudence: en relayant sans réserve ces ragots de bas étage, obtenus par des moyens illégaux, les négateurs du réchauffement se font les complices de lobbies qu’ils ne connaissent même pas, et pour cause, ce qu’ils pourraient regretter le jour où la lumière sera faite sur leur identité et leurs objectifs véritables. On sait qu’aux Etats-Unis, des sociétés pétrolières financent ouvertement des «études scientifiques» dont les conclusions sont définies à l’avance par les commanditaires, selon une vieille tradition pratiquée par l’industrie du tabac, aux Etats-Unis et en Suisse.

Les scientifiques sont des femmes et des hommes comme les autres, avec une éthique bien sûr, mais aussi des faiblesses, des convictions, et la volonté de convaincre. Que tout ne soit pas luxe, calme et volupté dans ce monde-là n’est dès lors en rien surprenant. Mais il ne faut pas confondre l’arbre et la forêt. De la même manière qu’on ne condamne pas l’ensemble de l’armée suisse à cause des agissements d’un cadre incompétent (on parle du drame de la Kander), les indélicatesses éventuelles de quelques scientifiques d'un institut d'un seul seul pays dans leurs relations personnelles, ne remettent évidemment pas en cause le fond de l’affaire, et la réalité du réchauffement. Celui-ci est confirmé chaque jour par les faits, qu’il s’agisse de la disparition des glaciers, de la fonte des calottes polaires, ou de l’aggravation des phénomènes extrêmes. C’est choses-là sont visibles et mesurables: une excursion en montagne suffit! Ainsi, les sceptiques et les manipulateurs peuvent dire ce qu’ils veulent, les faits sont là, et ils sont têtus.

Il se dessine d’ailleurs une position de repli chez les sceptiques, face précisément à l’insistance des faits: elle consiste à dire qu’il y a peut-être bien un réchauffement, mais que les activités humaines n’en sont pas responsables. Et alors? Lorsqu’il y a le feu quelque part, les pompiers n’attendent pas de savoir qui a mis le feu pour décider d’intervenir ou non! L’important est de savoir que le réchauffement aura des conséquences extrêmement graves, quelle qu’en soit l’origine, et que par conséquent il faut s’y préparer, en particulier en n’ajoutant pas encore des gaz à effet de serre à ceux que la nature va relâcher, précisément à cause du réchauffement: la fonte du permafrost en Sibérie et au Canada va libérer des quantités colossales de méthane, un gaz à effet de serre bien plus nocif que le CO 2.

C’est peut-être naïf, mais nous préférons écouter, avec l'esprit critique qui convient, des climatologues qui ont fait leurs preuves, ceux du GIEC et ceux de nos hautes écoles, comme Martin Beniston et Martine Rebetez. Eux du moins ne défendent pas des intérêts économiques secrets, mais l’intérêt général, et ne cherchent pas à nous manipuler pour des motifs inavouables. C’est déjà pas mal, non?

Philippe Barraud
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09:29 Publié dans Politique | Tags : climat, réchauffement | Lien permanent |  Imprimer

18/11/2009

Mme Calmy-Rey joue l’UE contre la Suisse

Il paraît que l’Union européenne «en a assez de la Suisse qui demande tout le temps des solutions particulières sur chaque sujet». C’est notre ministre des Affaires étrangères qui le dit, comme par hasard deux jours après un discours identique de  l’ambassadeur de l’UE. En somme, Mme Calmy-Rey a choisi son camp. Contre la Suisse, et contre les Suisses.

Il est extrêmement inquiétant de voir que le lobbying en faveur de l’adhésion n’est plus seulement l’affaire de groupuscules engagés, mais provient de la tête même de l’Etat. Et la foucade de Mme Calmy-Rey apparaît curieusement coordonnée avec les menaces proférées par l’ambassadeur Reiterer cette semaine dans les médias qui se précipitent. De là à penser que la ministre et le commis-voyageur de l’UE se sont concertés pour administrer un petit électrochoc aux Suisses, il n’y a qu’un pas.

Mme Calmy-Rey a ajouté que les exigences de la Suisse coûtent cher à l’UE, et que plus généralement «la voie des bilatérales n’est pas un chemin parsemé de pétales de rose. Cela devient de plus en plus complexe et l’on prend le risque de se perdre dans les détails et de ne plus voir l’ensemble.»

Personne n’a jamais dit que la voie bilatérale serait facile. Mais il faut rappeler dans le même temps que pour les pays membres, la voie de l’adhésion est encore plus difficile! L’Union à 27 est en réalité une grosse machine à deux vitesses, avec des membres nettement plus égaux que les autres, où le vrai pouvoir se partage entre Paris et Berlin. Le «reste» n’est que menu fretin, condamné à suivre sans piper mot.

L’immense chance de la Suisse consiste précisément, malgré l’effet rouleau compresseur de l’UE, malgré sa petitesse, à pouvoir réclamer des solutions particulières. En dehors de l’Union, elle a encore un petit mot à dire, et tant pis si cela énerve tout le monde; à l’intérieur, elle serait condamnée à suivre sans discuter, et ne pourrait même pas rêver de solutions particulières.

De toute façon, et jusqu’à preuve du contraire dans les urnes, les Suisses tiennent à la voie bilatérale. Dès lors, le rôle du gouvernement en général, et de la ministre des Affaires étrangères en particulier, est de défendre ce choix, non de le dénigrer et de le saboter dans des cercles divers. Les Suisses attendent de leur gouvernement qu’il défende la position qu’ils ont choisie démocratiquement – les bilatérales – et non qu’il joue le jeu de la partie adverse.

Si vraiment Mme Calmy-Rey ne se sent pas en mesure d’assumer sa tâche conformément aux vœux du peuple, personne ne l’oblige à rester à son poste. Il serait même préférable qu’elle le quitte: ce serait la moindre des marques de respect envers les Suisses.

Philippe Barraud
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09:01 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer

09/11/2009

Tous semblables, tous athées!

Savoir qu’un simple citoyen peut tenir tête à une institution ou à l’Etat s’il estime être victime d’une injustice, est plutôt rassurant. C’est à cela que devrait servir la Cour européenne des droits de l’homme. Il est en revanche révoltant de constater qu’une immigrée quérulente puisse, pour ce qui n’est finalement qu’un caprice personnel, heurter frontalement les sentiments culturels et religieux de tout un peuple, qui l’a accueillie en son sein.

A cet égard, l’arrêt de la Cour de Strasbourg qui enjoint l’Italie à retirer de toutes les classes d’écoles les crucifix qui s’y trouvent encore, est un pur scandale, une obscénité juridique, qui devrait amener l’Union européenne à s’interroger sur la mission de cette cour. Et dire que nous, Suisses, sommes aussi soumis à cette juridiction!

Le peuple italien vient de loin. C’est davantage qu’un peuple, c’est une civilisation, qui s’est développée en étroite symbiose avec l’Eglise catholique. Et même si la ferveur religieuse n’est plus ce qu’elle était au-delà des Alpes, la société italienne reste profondément marquée par cette appartenance. En ce sens, la religion représente en Italie bien davantage que l’affaire privée à laquelle les intégristes de la laïcité veulent la réduire. Dès lors, il n’est pas surprenant que l’Italie s’insurge, lorsque les sentiments profonds de dizaines de millions de citoyens sont bafoués au nom d’une idée dévoyée du «droit à l’éducation», revendiquée par une pasionaria de l’athéisme. Selon un sondage, 84% des Italiens sont favorables à la présence d’un crucifix dans les écoles.

Et il est lamentable de voir le Parti socialiste valaisan plonger dans cette misérable brèche pour, lui aussi, rameuter une juridiction étrangère afin de mettre au pas le sentiment religieux des Valaisans.

Le seul aspect positif de l’arrêt de Strasbourg, c’est qu’il va susciter un mouvement de résistance, en Italie et ailleurs, contre les décrets de la tyrannie égalitaire. Tous semblables, tous athées, au nom des droits de l’homme! Il faut y faire très attention: des forces redoutables sont à l’oeuvre pour détruire ce qui fait la richesse des civilisations, autrement dit leur différence.

Il faut encourager nos voisins transalpins, et demain les Valaisans, à refuser l’arrêt de Strasbourg, comme une atteinte à leur intégrité culturelle et religieuse – ce qui relève aussi des droits de l’homme. Quitte à entrer en résistance s’il le faut, quitte à braver les flics de la pensée, lorsqu’ils viendront arracher les crucifix.

Philippe Barraud
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08:33 Publié dans Politique | Tags : crucifix | Lien permanent |  Imprimer

06/11/2009

Assistance au suicide: le droit de mourir relève de la liberté de chacun, pas de l’Etat

La volonté du Conseil fédéral de réglementer scrupuleusement l’aide au suicide est malvenue. Le choix de mourir fait partie de nos libertés intangibles, il ne doit pas dépendre de médecins ou de juristes.

On se trouve typiquement là dans un domaine où trop de droit va à l’encontre des intérêts et de la dignité des citoyens. Les deux options de modification du Code pénal proposées sont inopportunes – pour preuve, elles placent d’emblée les choses sur le plan pénal!

La première option, exigée par un Pascal Couchepin seul de son avis, vise à interdire purement et simplement l’assistance au suicide. Une telle proposition n’a aucune chance d’être acceptée, ni par le parlement ni par le peuple, et c’est tant mieux. La population suisse tient à cette possibilité ultime, qui permet à des personnes ayant fait le choix de mourir de le faire de manière digne et propre.

La deuxième option, moins extrémiste, n’est pas plus souhaitable. On accepte évidemment l’idée que le «suicidant», comme l’exprime le Conseil fédéral, doit avoir fait part d’une volonté librement émise et «mûrement réfléchie», bien qu’on ne sache pas comment mesurer ce dernier critère. En revanche l’exigence de deux avis médicaux est lourde et inopportune, car, en médicalisant le processus, on retire au «suicidant» son libre arbitre, pour confier la responsabilité de sa mort ou de sa vie à des experts extérieurs qu’il ne connaît même pas. Cela est clairement inadmissible. La décision de mourir est de nature philosophique et éminemment personnelle, elle ne doit pas dépendre de médecins qui, bien entendu, ne seront jamais d’accord entre eux. Imaginez la situation: une personne a décidé de mourir, après mûre réflexion; et elle devrait subir, dans sa souffrance, des examens, des interrogatoires, faire des recours interminables, implorer enfin le droit de disparaître à des médecins qui ont confisqué sa volonté?

C’est d’autant plus inadmissible que le Conseil fédéral veut créer des catégories, et inscrire dans la loi qui a le droit de mourir, et qui ne l’a pas. Ainsi, si les deux médecins, ou un seul, concluent que l’issue ne sera pas fatale à brève échéance, le candidat se verra refuser de manière autoritaire la délivrance à laquelle il aspire, fût-il en proie à des souffrances insupportables. De la même manière, une personne victime d’une maladie chronique non mortelle se verra interdit de suicide assisté, et dirigé, contre son gré, vers des soins palliatifs, où il devra «continuer à vivre dans la dignité», selon les mots du gouvernement. Mais pardon: qui décide ce qu’est vivre dans la dignité pour un individu donné? L’administration fédérale, ou la personne en cause? De quel droit veut-on nous infantiliser ainsi?  On voudrait voir M. Couchepin expliquer ce raisonnement à une personne victime, par exemple, d’un locked-in syndrome, décrit dans le livre «Le Scaphandre et le papillon.» Votre vie est un enfer sans doute, mais moi, «je soutiens des projet de vie», pas des «projets de mort».

Président d’Exit, le Dr Jérôme Sobel a vivement réagi à ces propositions, et promis un référendum qui sera facile à gagner si le gouvernement devait persister. Il a profondément raison. Encore une fois, la décision de mourir est par essence subjective et l’Etat n’a pas à réglementer le suicide, qu’il soit assisté ou non. C’est une domaine qui, contrairement à ce que pense Berne, ne relève pas de la médecine et des experts, mais de la conscience individuelle, du libre-arbitre, éventuellement de la foi, et très profondément, de la liberté de chacun. Le choix de mourir fait partie des fardeaux terribles et magnifiques de notre liberté. Ne laissons par l’Etat nous en dépouiller.

Philippe Barraud
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12:25 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer

23/10/2009

La TSR se moque des otages

Pressé d’afficher un décompte des jours de captivité des otages suisse en Libye sur l’écran du Téléjournal, le rédacteur en chef de l’actualité à la TSR, Bernard Rappaz, a dit niet. Il s’en est expliqué dans une interview d’une grande veulerie sur l’antenne de La Première.

Ce procédé télévisuel, utilisé notamment par les chaînes françaises dans le passé, a un grand pouvoir de mobilisation populaire, et manifeste ainsi la solidarité d’un pays avec des compatriotes en grandes difficultés.
Le municipal UDC de Vernier Stéphane Valente, qui correspond régulièrement avec les deux Suisses retenus en Libye, a demandé à la TSR que deux silhouettes, avec un décompte quotidien des jours de détention (458 mardi dernier), apparaissent en incrustation lors du téléjournal des trois chaînes nationales. Le téléjournal de la TSR étant rediffusé sur TV5 Monde, l’audience serait très importante, a-t-il expliqué.
Parfaitement insensible à ces considérations, Bernard Rappaz s’est livré, en réponse à une journaliste très respectueuse sur Médialogues, à un exercice de langue de bois particulièrement détestable. Il a d’abord invoqué le fait qu’il n’avait pas reçu de demande «officielle» (faut-il donc disposer d’un huissier et de papier timbré pour s’adresser au TJ ?) , puis esquiva ses responsabilités en affirmant que c’était à la SSR de prendre une décision dans ce domaine. Voyez avec les chefs et les politiciens, moi, je m’en lave les mains, quoi…

Le chef de l’actualité à la TSR a ajouté: «Sur le dossier libyen, notre ligne de base est de nous en tenir aux faits, à l’actualité. Notre travail n’est pas de faire campagne et de sortir de notre devoir d’information». Pour s’enfoncer encore un peu, M. Rappaz a brandi l’argument selon lequel c’est une affaire très compliquée, et puis on se sait pas tout, et enfin une telle action pourrait être à «double tranchant». Cerise sur le gâteau, Bernard Rappaz a osé avancer que l’un des otages n’était pas complètement suisse! Oui, il a osé.

Ce refus de se mouiller un minimum pour les otages suisses, de la part de la télévision de service public, est une véritable honte. Et s’abriter ainsi derrière des arguments de petit fonctionnaire est indigne d’un journaliste qui participe jour après jour à la formation de l’opinion en Suisse romande, grâce à un monopole digne de la Corée du Nord (ou de la Libye).

Philippe Barraud
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21:04 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer