08/02/2010

De grâce, taisez-vous !

Interrogé dimanche soir par La Première, le président du Parti libéral-radical, Fulvio Pelli, a tenu un discours d’homme d’Etat, un discours qu’on aimerait entendre davantage au Conseil fédéral.

Qu’a dit M. Pelli? Des choses toutes simples, mais élémentaires et fondamentalement justes. En particulier, il a exhorté le Conseil fédéral à cesser de réfléchir à haute voix, devant les micros, pour élaborer dans le calme et le silence la stratégie cohérente et solide qu’exige la crise que nous traversons. Après quoi, il devra prendre les décisions qui s’imposent, et enfin, les communiquer.

Cela paraît tellement élémentaire qu’on reste confondu de voir le Conseil fédéral oublier ces principes de base de l’action gouvernementale. Au lieu de cela, il court après les médias qui, il faut bien le dire, s’amusent énormément avec ce gouvernement d’opérette: lancez quelques provocations, moquez-vous d’eux, et nos ministres réagissent au quart de tour, se justifient, s’expliquent, se contredisent, et finalement, se ridiculisent collectivement.

De grâce, Mesdames et Messieurs les conseillers fédéraux, taisez-vous! Arrêtez de vous faire tourner en bourrique par les journalistes, arrêtez de dévoiler votre éventuelle stratégie à vos adversaires, arrêtez de capituler avant d’avoir combattu! Bien sûr, une politique de communication enfin maîtrisée fera rugir la presse, qui depuis le temps a pris ses aises, mais quelle importance? La presse qui s’acharne sur le Conseil fédéral se préoccupe moins d’informer la population que de faire elle-même de la politique, c’est tellement grisant: lorsque le pouvoir est faible, la tentation est grande de se substituer à lui.

Le gouvernement de la Suisse doit avoir des priorités plus importantes que de plaire à la presse dominicale. Il doit gouverner dans le calme et la résolution, sur le long terme, indifférent aux vents contraires et aux provocations de ceux qui veulent l’affaiblir. Il faut absolument que le Conseil fédéral entende Fulvio Pelli et reprenne la barre du bateau ivre fédéral.

Il y a quelques jours, Didier Burkhalter déplorait le déficit d’image du Conseil fédéral, et de toute autorité en général, systématiquement dévalorisés et moqués par les médias et, a fortiori, par l’opinion publique. Il a parfaitement raison. La légitimité du pouvoir se fonde sur le respect des citoyens pour ses élus. A force de présenter ceux-ci comme des guignols, à force de saper continuellement leur action, cette légitimité disparaît, et cela, c’est le pire qui puisse arriver à notre pays.

Philippe Barraud
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08:40 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer

04/02/2010

Micheline Calmy-Rey et l’esprit de trahison

 

«Il n’y a aucune stratégie visible. Nous devons nous montrer plus décidés». Qui parle ainsi, à propos de l’absence du Conseil fédéral dans le débat fiscal avec l’Allemagne? Non pas un chef de parti, non pas un journaliste conseilleur comme il y en a tant, mais la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey ! Qui en remet un couche, en déclarant tout de go: «Comme ministre des Finances, j’aurais moi aussi acheté les données des clients des banques». Cela, quelques heures après que Hans-Rudolf Merz ait condamné ces pratiques !

Dans quelle république bananière sommes-nous donc? En pleine crise, est-il tolérable qu’une ministre tire dans le dos d’un collègue en grandes difficultés, dénonce avec mépris une situation dont elle est coresponsable, et enfin prenne le parti de l’Etat qui nous attaque?

Les Suisses peuvent à bon droit se sentir trahis, du haut en bas de l’échelle. En bas, c’est une véritable campagne médiatique anti-suisse qui fait rage: radio et télévision n’invitent, délibérément, que des contempteurs de la Suisse, des journalistes plus allemands que suisses, les Roger de Weck, les Frank A. Meyer, danseur mondain de la jet set berlinoise. A ce «parti allemand» s’ajoutent les politiciens de gauche, les Nordmann, les Levrat, prêts à ruiner leur pays pour complaire au grand voisin du Nord. Et maintenant, c’est à la tête de l’Etat que la trahison s’installe. En Suisse aussi, le poisson pourrit par la tête.

Et comme toujours, personne, jamais, ne demande à l’Allemagne pourquoi tant de ses citoyens essaient d’échapper à son fisc confiscatoire, pourquoi tant d’Allemands veulent fuir leur pays pour venir travailler en Suisse. Oui, pourquoi? Mme Merkel a sans doute une réponse toute faite, mais personne ne la lui posera.

Est-il encore possible au Conseil fédéral de tenir la barre dans ces conditions, lorsque les ministres se tirent dans les jambes, tandis que la Présidente inaugure les chrysanthèmes au lieu de faire son boulot, c’est-à-dire ramener l’ordre au gouvernement, et se dresser avec force contre les attaques qui se multiplient?  La réponse est clairement non. Notre gouvernement est littéralement échoué dans le fossé. Il doit donc, logiquement, reconnaître son impuissance, et démissionner en bloc.

Philippe Barraud
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16:49 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer

02/02/2010

La Suisse, entre les maîtres-chanteurs et le Panzer allemand

La France, l’Allemagne, l’Italie sont, selon les besoins, des Etats de droit ou des Etats voyous. Plutôt que de s’en offusquer, il faut contre-attaquer, et jouer dans le même registre car pour la Suisse, la catastrophe menace.

Les vols de données dans les banques suisses vont se multiplier, puisque ce genre de délit permet de gagner beaucoup d’argent sans prendre de grands risques. Pour les banques, c’est une authentique catastrophe, qui porte en germe une véritable débâcle pour l’ensemble du secteur bancaire, les emplois qu’ils générère, et donc l’économie en général. En effet, la confiance que les établissements suisses avaient réussi à construire au fil des années est en train de s’effondrer comme un château de cartes. Et sans confiance, il n’y a pas de banque, c’est aussi simple que cela.

Hier c’était la France qui fricotait avec les voleurs; aujourd’hui – une fois de plus, il faut le dire – c’est l’Allemagne. Ce comportement, délibérément hostile à la Suisse, est honteux, ignoble, tout ce qu’on voudra, mais il est, et se perpétuera. Dès lors, que faire?

Du côté des banques, il faudra améliorer grandement le recrutement, mais surtout verrouiller encore davantage l’accès aux données sensibles, y compris pour les cadres supérieurs. Personne, rigoureusement personne, du haut en bas de l’échelle, ne devrait avoir accès aux données complètes des clients. Mais ce sont surtout les informaticiens qui doivent être surveillés de très près car, de par la nature de leur travail, ils sont idéalement placés pour tromper la vigilance de leurs supérieurs, souvent dépassés sur le plan technique, et se procurer les mots de passe et codes d’accès nécessaires pour trahir l’entreprise. Mais ne rêvons pas: il y aura toujours des employés félons, et d’autant plus s’ils sont encouragés et stipendiés par des Etats étrangers.

Du côté de la Suisse officielle, elle doit se montrer beaucoup plus ferme dans toutes ses relations européennes, et abandonner cette attitude d’hôtelier bien élevé qu’affecte Hans-Rudolf Merz – jamais un mot plus haut que l’autre, confiance aveugle dans la partie adverse au moment même où elle est – pardon pour l’expression – en train de le baiser.

La Suisse a le droit le plus absolu de geler toutes les négociations en cours, mais aussi d’user d’une riposte graduée en termes de tracasseries diverses, qu’il s’agisse de douanes, de circulation des frontaliers, de transit des poids lourds, de préférence nationale en matière d’emploi (que la Suisse est la seule à ne pas pratiquer en Europe). Il ne s’agit pas de prendre des mesures officielles, mais de suggérer aux fonctionnaires compétents de se montrer un peu plus zélés. Nos chers voisins pratiquent eux-mêmes admirablement l’art de la tracasserie à l’égard de la Suisse, sans avoir l’air d’y toucher en hauts lieux. Tenez: Sarkozy nous jure un amour immense, tout en saisissant chaque occasion de nous taper dessus. Eh bien! Faisons la même chose, arrêtons enfin d’être bien élevés, avant d’être complètement à poil…

Enfin, selon la saine loi du talion, la Suisse pourrait encourager ses services secrets à collecter toutes sortes de données sur nos partenaires étrangers, et en particulier leurs dirigeants, puis au besoin organiser des fuites dans la presse, de manière à disposer d’une monnaie d’échange.

Quant aux voleurs qui fricotent avec Mme Merkel et M. Wœrth, tels le nommé Hervé Falciani, petite frappe méprisable, ils devraient commencer à réaliser qu’ils jouent un peu trop gros, et qu’à force de menacer des intérêts colossaux, ils risquent de connaître le triste, mais juste sort des maîtres-chanteurs:  ils rêvaient de retraite anticipée aux Bahamas, et voilà qu’ils finissent coulés dans un pilier d’autoroute, ou lesté d’un parpaing au fond d’un lac. Un fin très morale, disons-le.

Philippe Barraud
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17:03 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer

23/01/2010

Les ours blancs ne sont-ils là que pour amuser nos enfants ?

Samedi 23 janvier, La Première a diffusé un intéressant reportage sur les cours de sensibilisation à l’environnement dispensés, entre autres, par le WWF dans les classes. A cette occasion, on a pu entendre un bambin de quatre ans réciter la leçon suivante, sans doute entendue à l’école ou à la maison: «On pollue la planète, alors la glace fond et les ours blancs disparaissent, et on ne pourra plus aller les voir sur la banquise.»

La dernière partie de la phrase est un constat d’échec cuisant, et on ose croire que les formateurs WWF ne se laissent pas aller à ce genre de démagogie, même pour convaincre. En matière de biodiversité, en effet, le fait que nous ne puissions plus aller voir des ours en Arctique ou des lions en Afrique, devrait être le dernier de nos soucis. Les espèces, quelles qu’elles soient, ne sont pas là pour l’amusement des humains, et plus précisément pour les plus riches d’entre eux. Le problème est ailleurs. Il est, en particulier, que si l’ours blanc disparaît, il entraînera de nombreuses autres espèces avec lui, pour aller allonger la cohorte déjà longue des espèces disparues par la faute des hommes. Toute créature vivante qui disparaît, spore, plante ou animalcule, provoque la disparition d’espèces associées à son écologie. Aucun être vivant n’est parfaitement indépendant, autonome et autarcique. Par conséquent, la perte de biodiversité est un phénomène qui s’autoalimente, et c’est pour cela qu’il faut y veiller – ce que nous ne faisons pas.

Très souvent, le discours écologiste est entaché d’un anthropocentrisme dévastateur. Si le petit garçon cité plus haut continue à croire que les animaux ne sont là que pour notre amusement, il risque fort, devenu adulte, de cultiver l’idée détestable et très répandue selon laquelle la nature est au service de l’homme, pour le nourrir ou le divertir, et qu’il peut en disposer à sa guise. Raisonnement qui implique que l’homme est au-dessus de la nature, et que par conséquent il n’en fait pas partie. C’est avec ce genre de raisonnement qu’un jour, les ours blancs ne pourront plus venir voir les humains sur la banquise, parce que les hommes auront disparu, victimes d’un tragique malentendu…

Ce biais anthropocentrique se retrouve aussi dans le discours de ceux qui tentent – en vain, hélas – de sauver la forêt pluviale et les espèces végétales qu’elle abrite, qui auront disparu avant même que nous n’ayons pu les identifier: il faut sauver la forêt, disent-ils, car on va y trouver «des médicaments contre le cancer.» Toujours cette idée utilitariste de la nature, qui peut bien crever si elle n’a rien de concret à apporter aux hommes!

Mais sommes-nous capables de dépasser ces inepties? Sommes-nous capables de nous engager pour préserver la biodiversité, même si cela ne nous rapporte rien à court terme? A entendre tant de parents, de profs et d’écologistes, tous pleins de bonne volonté maladroite, j’ai les plus grands doutes.
Philippe Barraud
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15:45 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer

20/01/2010

Claude Béglé: Béglé m'a tué

Le principal artisan de la chute de Claude Béglé, ce n’est ni la presse alémanique, ni les apparatchiks de La Poste. C’est Claude Béglé lui-même.

La démission de Claude Béglé était attendue. Il n’empêche que les médias romands tiennent là un os qui leur est cher: celui de la minorité romande brimée par les Alémaniques. Et ils se lâchent: ils parlent de «victoire des hyènes et des pleutres», de «campagne de haine», de «visionnaire incompris»… Allons, on se calme !

L’analyse de la presse alémanique est moins paranoïaque, mais plus pertinente: Claude Béglé, c’était d’abord une monumentale erreur de casting, qui crevait les yeux de tout le monde, sauf du Conseil fédéral, instance de nomination. Et le principal intéressé s’est employé avec constance à confirmer cette analyse. Comme l’écrit Pierre Veya dans Le Temps, «un président de conseil d’administration qui expose sur la place publique des options stratégiques, mouche ses directeurs, critique ses prédécesseurs et étale ses visions comme le consultant qui cherche un nouveau job finit toujours par se brûler les ailes.»

La Poste est une entreprise extrêmement particulière, en cela notamment qu’elle est étroitement liée au monde politique, mais aussi profondément intégrée dans la population. Partant, le style du manager classique du secteur privé, qui parle de faire des profits à l’étranger – sans dire comment d’ailleurs – ne convient pas. Surtout si ce style mêle autoritarisme et absence d’écoute: les postiers sont attentifs, et ils sont nombreux, de même que leurs relais politiques.

M. Béglé n’est peut-être pas un mauvais communicateur, mais il a commis une faute grave en croyant qu’on pouvait parler de La Poste à bâtons rompus avec les médias, comme si c’était une entreprise comme une autre. La comparaison avec Nestlé lui a sans doute porté le coup de grâce. En cela, il a montré qu’il n’avait pas compris la vraie nature de l’entreprise, ni son importance dans le cœur des Suisses, mais qu’il s’intéressait davantage à sa propre trajectoire qu’à celle de l’institution. C’est un défaut rédhibitoire pour un patron.

Ne nous laissons donc pas aller à la Schadenfreude coutumière du Romand minoritaire et dépressif. M. Béglé avait peut-être des visions, mais ce n’est pas pour cela, ou parce qu’il serait trop brillant, qu’il est tombé: il ne suffit pas d’avoir des visions (Jeanne d’Arc en avait aussi), encore faut-il qu’elles soient bonnes pour l’institution, et pour ceux auxquels elle doit un service public de qualité.

 

Philippe Barraud
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09:31 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer

09/01/2010

Avatar, ou le paradis perdu

Le film Avatar est en passe de devenir un des plus gros succès commerciaux de l’histoire du cinéma. Voilà qui mérite bien le détour.

On est évidemment tenté d’en rester à l’aspect visuel du film, magnifié par la 3D, qui immerge le spectateur dans des paysages d’une beauté stupéfiante, et dans des scènes d’action vertigineuses. Les îles en apesanteur de Pandora resteront sans doute comme une scène d’anthologie. Mais au-delà, il est intéressant de se pencher sur le message de ce film, qui manifestement touche les foules en profondeur – malgré des éléments particulièrement nunuches, en particulier dans les costumes des indigènes.

En réalité, Avatar n’est que la énième version de la guerre des Indiens contre la cavalerie. D’abord célébrée par d’innombrables réalisateurs comme la grande geste fondatrice américaine, elle a de plus en plus viré à l’expiation, lorsque une guerre vue d’abord comme héroïque est devenue, dans la conscience collective, un génocide en bonne et dure forme. Les analogies sont légion: comme les Amérindiens, les habitants de la planète Pandora vivent en symbiose avec la nature, avec laquelle ils sont capables de communiquer, et dans laquelle ils placent leurs dieux. Comme eux, dans une société non-technologique, ils vivent des produits de la nature (chasse, cueillette…) sans entamer le «capital» naturel, et en s’excusant auprès des animaux abattus. Pour chasser et se défendre, ils utilisent des arcs et des flèches, et ils attachent une grande importance aux cérémonies collectives.

Dans le film comme dans la réalité (indienne au 19e siècle, brésilienne et indonésienne aujourd’hui), ce peuple écologique ne pèse rien face à la cupidité de Blancs sans scrupules – des personnages particulièrement gratinés dans le film, notamment les militaires, au titre de la brutalité et de la vulgarité. On peut donc voir dans ce film une démarche expiatoire, une sorte de lettre d’excuses adressée aux Amérindiens en particulier, et aux peuples premiers en général, hier et aujourd’hui.

Mais James Cameron introduit un deuxième message, moins convenu que le premier. On comprend d’emblée que ce qui fait la force des indigènes dans ce film, c’est une forme de vie communautaire, des rites sociaux auxquels chacun doit se soumettre, des devoirs impératifs de l’individu envers le groupe, des valeurs auxquelles on ne doit pas toucher, des tabous acceptés, une foi très forte, le culte des ancêtres… Bref, le réalisateur nous décrit avec amour une société qui est l’image parfaitement inversée de la nôtre, fondée sur l’argent, la technologie triomphante et l’absence de valeurs morales, dépourvue de liens sociaux forts, d’appartenance à un groupe, de devoirs, de rituels, de foi – mais où existe aussi la liberté individuelle et le libre-arbitre, inconnus des sociétés primitives.

En ce sens, on pourrait décrire ce film comme conservateur ou nostalgique – à moins qu’il ne soit désespéré: chacun comprend que ce type de société, aux parfums de paradis perdu dans lequel chacun a tout naturellement sa place, est définitivement révolu. Un modèle idéal, à dimension humaine, broyé comme la nature de Pandora par les trax géants des conglomérats industriels.

Philippe Barraud
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15:21 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer

08/01/2010

Abus de pouvoir médiatique

Depuis quelques semaines, La Première fait des efforts pathétiques pour tenter de réchauffer la soupe froide de l’adhésion à l’Union européenne. La radio de service public a, paraît-il, senti un «frémissement». Elle est bien la seule.

Et pour cause: jamais sans doute, l’idée de l’adhésion n’a été aussi loin des préoccupations des Suisses. Même les jeunes, selon des sondages, ne manifestent plus le moindre intérêt. Mais ils sont comme ça, les fanatiques de l’adhésion: moins le peuple a envie d’en entendre parler, plus il faut le travailler au corps, car il par nature stupide, il n’a pas vu la lumière brandie par l’élite de l’avant-garde (dont les journalistes de La Première font partie, comme leur ton en témoigne).

Sans surprise, on voit que malgré les moyens considérables mis en œuvre – avec notre redevance –, le débat ne décolle pas. L’argument selon lequel les bilatérales sont à bout de souffle ne convainc personne, pas davantage que la chimère d’une «participation aux décisions» à laquelle plus personne ne croit – même à l’intérieur de l’Union.

Malgré des heures de forums, de grand huit, d’invités du matin et de chroniqueurs certifiés politiquement corrects, les débats n’en sont pas (il n’y a que des partisans, durs ou mous), qui ne réussissent à réunir que des seconds couteaux – voire des troisièmes couteaux: même le Petit Ventilateur est resté en dehors, même les politiciens abonnés (Savary, Sommaruga, Nordmann…) sont absents.

Obstinée malgré le flop qui s’annonce, La Première a construit son opération, décidée on ne sait par qui, sur des déclarations anodines d’un fiscaliste jusqu’ici inconnu, disant qu’il fallait réactiver la demande d’adhésion. Comme c’est original ! Qu’à cela ne tienne: on a fait croire aux auditeurs que cet illustre inconnu était la Pythie de Delphes, et qu’il avait «lancé un pavé dans la mare». Depuis, M. Xavier Oberson est devenu le gourou de La Première, un peu surpris sans doute qu’on lui donner tant d’importance, lui qui n’en a pas plus que vous et moi.

Cette campagne est exemplaire des abus auxquels peuvent conduire les   situations de monopole médiatique, qui plus est de monopole disposant de ressources financières très importantes. C’est un dérapage classique hélas, de journalistes qui veulent faire de la politique, au lieu d’en rendre compte. Gaston Bachelard (admirable philosophe, qu’on devrait relire) disait que rêver d’une puissance, c’est déjà en abuser. Soyons juste: la radio de service public n’est pas la seule à vouloir faire de la politique à la place des politiciens: la télévision ne fait pas mieux, et la presse écrite non plus.

Le malheur, c’est que les journalistes ne sont pas de bons politiciens. Impatients, brouillons, parfois incultes, d’une inconstance légendaire (demain, le thème de l’adhésion ne les amusera plus), ils excellent à obscurcir un paysage politique déjà compliqué, en y brassant de l’air et beaucoup de brouillard.

Ce qui les motive et les excite, au fond, c’est qu’ils sont les seuls interlocuteurs directs des politiciens. Logiquement, ce devrait être le peuple, mais le peuple ne s’exprime pas au jour le jour. Et les médias, malheureusement, ne représentent pas le peuple, loin s’en faut: ils ne l’aiment pas, ils s’en méfient, ils le méprisent lorsqu’il vote conservateur, et ce désamour est réciproque. Assis sur leurs privilèges, seuls face au politique, enivrés du pouvoir énorme qui leur est confié sans aucun contrôle démocratique, les journalistes croient ainsi être les uniques répondants face au politique. C’est un malentendu tragique, qui explique en partie la désaffection croissante du public à l’égard de médias qui ne représentent plus qu’eux-mêmes.

Philippe Barraud
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10:07 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer

05/01/2010

En 2010, brûlez les horoscopes !

Chaque fin d'année, ça recommence: journaux et magazines dégoulinent d'horoscopes et de prédictions astrologiques plus délirantes les unes que les autres. Nos médias contribuent ainsi efficacement à l'abrutissement des foules, et à l'enrichissement de ceux qui abusent de la crédulité des autres.

Une bonne résolution, pour 2010, serait d'arrêter enfin de consommer ces fadaises grossières. Car on vous le révèle: tout est faux, tout est absolument faux, dans les horoscopes qu'on vous vend. Démonstration.

Le signe sous lequel vous croyez être né n'est pas le bon. Si vous étiez né il y a 3′000 ans, ce serait un peu moins faux. Mais aujourd'hui, la précession des équinoxes est passée par là, le ciel a beaucoup changé - sauf pour les astrologues, qui se moquent du vrai ciel au-dessus de nos têtes. Eux, en sont restés au modèle de l'Antiquité, vieille horloge en bois simpliste et dépassée. Si bien qu'aujourd'hui, tous les signes sont décalés. Des exemples? Je suis né un 12 avril, donc, je suis Poisson, et non Bélier, comme on me l'a répété toute ma jeunesse: le 12 avril, le soleil est incontestablement dans la constellation des Poissons, comme n'importe quel logiciel d'astronomie en ligne vous le confirmera. Né le 24 juillet, mon père était un Cancer, et non le Lion dont il était fier; quant à ma mère, née un 6 juillet, elle est Gémeau, et non Cancer. Eh oui! C'est dur à avaler, hein?

Pour ne rien arranger, la course du soleil à travers les constellations ne correspond pas au modèle simple et propret des astrologues. Le Soleil, dans sa course annuelle, traverse  bel et bien treize constellations, et non douze ! C'est le Serpentaire, en latin Ophiucus (30 novembre - 18 décembre) qui a été liquidé, alors même qu'il dure trois fois plus longtemps que le Scorpion (23-29 novembre). La Vierge, elle (17 septembre - 31 octobre), abrite le soleil pendant 45 jours, soit huit fois plus longtemps que le Scorpion. Surprise: d'après les astrologues, il y a autant de Scorpions que de Vierges, ce qui est mathématiquement impossible.

Vous le voyez, les élucubrations des astrologues ne méritent pas que vous vous en gâchiez l'existence, et que les éditeurs de vos journaux et magazines dépensent sottement l'argent de vos abonnements pour payer, fort cher, ces inanités. Même si les écailles vous tombent des yeux (ce que j'espère), ne vous désespérez point: de toute façon, les astres n'ont aucune influence sur nos destinées. Les planètes sont bien trop éloignées, et bien trop diverses  en termes de taille et de masse, pour avoir ce pouvoir. Et les astrologues en oublient quelques-unes: Sedna, Quaoar, Varuna, qu'en ont-ils fait, au juste ?

Quant aux 88 constellations répertoriées, elles ne sont rien d'autres que des lignes imaginaires tirées arbitrairement entre des étoiles qui n'ont aucune rapport entre elles, et ne sauraient donc peser sur votre caractère. Au reste, la symbolique est parfois peu convaincante: lorsqu'ils cherchent le Sagittaire, les astronomes repèrent plus volontiers une théière, qu'un archer bien difficile à identifier...

Durant de nombreuses années, j'ai été persuadé, en bon protestant, que le monde allait vers le mieux, vers le progrès, vers le savoir universellement répandu. Il me faut déchanter. Je crois aujourd'hui que nous assistons, impuissants, au triomphe de l'ignorance et de la futilité.

Philippe Barraud
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23/12/2009

Noël : revoici les champions du reniement

A chaque Noël ça recommence: la traque aux dernières manifestations du christianisme dans la société s’intensifie.

Cette année, c’est le règlement scolaire du canton de Zurich qui retient l’attention. Un article, apparemment ajouté à la sauvette et sans débat, invite les enseignants à éviter les références chrétiennes dans les chants de Noël à l’école – ce qui pose tout de même certains problèmes, si on veut bien se souvenir que Noël, en cherchant bien, reste bel et bien une fête vaguement chrétienne !

Ainsi, il est conseillé de s’en tenir à la tradition païenne (Mon beau sapin, le solstice…), plutôt que d’évoquer le Divin Enfant dans des classes où il pourrait y avoir des élèves musulmans. Dame: dans leur tradition, Jésus n’est qu’un prophète parmi d’autres, l’école publique ne saurait donc prendre le risque de les traumatiser avec la révélation qu’il est le fils de Dieu.

C’est ainsi que petit à petit, s’opère l’éradication des valeurs chrétiennes de notre société, devenue si multiculturelle qu’elle en a perdu toute identité. Enfin, c’est ce que croient les politiciens intégristes de la laïcité, et les dévots de la pensée politiquement correcte. En réalité, au fond des âmes, l’enracinement chrétien reste fort, même s’il hésite à se manifester: après tout, personne n’aime prendre des coups et des insultes.

Le paradoxe, c’est que ce nettoyage ethno-religieux est avant tout le fait de l’Etat et… des Eglises ! Par paresse et par souci de sa propre tranquillité, l’Etat rejette le phénomène religieux dans les marges des affaires privées, en oubliant qu’il s’est lui-même construit sur les valeurs chrétiennes.

Les Eglises officielles, quant à elles, s’égarent à tel point dans l’activisme de l’accueil de l’Autre, qu’elles en arrivent à taire leurs propres valeurs, à renier leur propre foi, sans même que le coq eût à chanter. Vous trouverez beaucoup de pasteurs et de prêtres pour vous dire que le plus important est de ne pas choquer les non-chrétiens, quitte à remballer son crucifix et ses cloches. Désolé, mais pour nous, le devoir d’accueil ne va pas jusque là.

Alors quelle pitié, que de voir des serviteurs de l’Eglise mettre leur foi (s’ils l’ont encore) sous le boisseau, en témoignage d’accueil envers l’autre ! Et surtout, quelle erreur ! Comment voulez-vous que l’autre vous reconnaisse et vous respecte, si vous n’avez plus d’identité, plus de forme, plus d’aspérités, et si vous ne vous respectez pas vous-mêmes ! Et que penser de serviteurs de l’Eglise qui vous parlent du prosélytisme comme d’une provocation, voire d’une faute ? Surtout ne pas tenter d’amener l’autre à la foi dans laquelle on croit, non, ce ne serait pas bien ! Mais alors, que vaut cette foi, si elle est indigne d’être propagée ? Et que représente encore le Christ, s’il n’est plus qu’un agitateur palestinien?

En société, et surtout dans une société qui se délite comme la nôtre, les individus ont besoin de sentiments d’appartenance. Or c’est précisément ce que leur refusent les Eglises, pour qui ce sentiment d’appartenance à la communauté chrétienne est porteur de valeurs négatives, puisqu’elles marquent une différence par rapport à l’Autre. Ce faisant, les Eglises contribuent très activement à la désertion des fidèles, qui ne voient pas pourquoi ils devraient avoir honte de leur foi. Au reste, soyons juste: toutes les églises ne se vident pas. Les mouvements évangéliques recrutent à tour de bras dans le monde, précisément parce qu’ils n’ont pas honte de leur foi en Christ. Nous ne partageons clairement pas leur lecture de la Bible, bien trop littérale, mais rendons hommage à la vigueur de leur foi, qui ose s’afficher et s’exprimer.

Si elles veulent retrouver le cœur de leurs fidèles, passés ou présents, mais tous découragés, les serviteurs des Eglises feraient bien d’assumer leur message. Si la seule conclusion qu’elles puissent donner à leurs fidèles est que toutes les religions se valent, alors on peut tout aussi bien transformer les églises en salles de concerts ou en centres de loisirs. Multiculturels, cela va de soi.

Philippe Barraud
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17/12/2009

Ils parlent d’intégration, mais qui en veut ?

En somme, et avec un peu de recul, on peut dire que la votation du 29 novembre sur les minarets a été extrêmement utile, au-delà même de son objet: elle a permis de soulever le couvercle d’une marmite qui, en Europe, aurait tôt ou tard explosé.

Le plus remarquable, en effet, ne s’est pas produit en Suisse – où en gros il ne s’est rien passé. Certains médias, et pas mal de politiciens, en ont été profondément frustrés: malgré leurs honteux appels du pied, on n’a pas vu de jeunes excités brûler des drapeaux suisses, aucun attentat n’a eu lieu, et les appels au retrait de fonds des banques suisses ont fait un flop. Les investisseurs sont plus intelligents et plus sages que les agitateurs.

C’est en Europe que le vote des Suisses a eu les effets les plus spectaculaires. Et, comme on pouvait s’y attendre, la Suisse n’a pas été mise au ban des nations civilisées, mais elle a tout au contraire été admirée, félicitée, enviée. Du moins par les peuples, et de manière éclatante, moins par les élites, et on comprend tout de suite pourquoi: la Suisse, cette tache énervante sur le drapeau de l’Empire, a montré qu’elle pratiquait, même au 21e siècle, une démocratie vivante et forte, expression d’un peuple moins trouillard, ou moins résigné, que ses dirigeants. De quoi faire venir le rouge au front desdites élites européennes, dans les pays de laquelle la démocratie a été réduite à sa plus misérable expression: l’élection, tous les quatre ou cinq ans, d’une majorité qui passera la législature à défaire ce qu’a fait la précédente. Cela, souvent au moyen de systèmes électoraux particulièrement inégalitaires, voyez la France.

L’effet le plus spectaculaire du vote suisse a été de faire émerger en Europe, jusqu’à la prise de conscience, un problème bien réel, mais obstinément censuré par les gouvernements. L’Europe, on ose enfin le reconnaître, a un problème avec l’islam, ou plus précisément avec l’image qu’elle s’en fait, certes déformée, à travers une actualité quotidienne terrifiante, à cause aussi de l’ambiguïté des musulmans d’Europe à l’égard de la violence islamiste. Ce n’est pas attenter à la paix civile que de le dire et de le reconnaître. Au contraire: pour apaiser des tensions connues de tous, il est préférable d’en débattre plutôt que de les cacher sous le tapis et d’en interdire la discussion.

Dans de nombreux pays européens, la votation du 29 novembre a fait émerger et discuter quantités de problèmes et de malentendus. Cela ne signifie pas qu’on les a résolus, évidemment. En France, les médias osent exposer «ce qui ne va pas», au niveau du quotidien vécu par les Français. Le Figaro a publié le 15 décembre un article révélateur sur les exigences croissantes des musulmans dans l’entreprise, dans les écoles, dans les hôpitaux. Ainsi, dans les cantines, où le porc est interdit, le fait qu’il y ait de la viande halal à côté de la viande «normale» ne suffit plus: ce voisinage n’est plus accepté, il faut des cantines séparées; de même il est exigé que le personnel de service féminin porte des manches longues. On réclame encore des lieux de culte dans les entreprises, et la reconnaissance des jours fériés musulmans. A l’hôpital, les incidents sont quotidiens, notamment dans les services d’obstétrique, où les médecins hommes sont régulièrement agressés par des maris ou des frères.

On nous dira que d’autres communautés religieuses ont, elles aussi, des exigences particulières, pas forcément conformes aux us et coutumes locaux. C’est parfaitement exact mais, dans la plupart des cas, ces communautés ne commencent pas par exiger et menacer; se sachant minoritaires, elles préfèrent la négociation, voire l’adaptation contre son gré, à l’arrogance et au bras de fer. Faire profil bas, s’il le faut, est encore le meilleur moyen de vivre en paix lorsqu’on veut préserver des valeurs qui ne sont pas celles de la majorité.

Ces difficultés, qui vont aller croissant pour de simples raisons démographiques, montrent que l’intégration fraîche et joyeuse prônée par nos pasteurs, curés et politiciens bien-pensants est une vue de l’esprit, qui n’intéresse pas grand monde, en tout cas pas les musulmans. Pour des raisons qui leurs sont propres, il sont attachés, dans la vie en société, au communautarisme et non à l’intégration. Ce n’est ni un crime ni une vertu, juste une réalité. Pour beaucoup, l’intégration signifierait s’adapter à un mode de vie impur, et ce serait bien la pire des trahisons à l’égard de leur religion. D’une certaine manière, l’intégration est la négation même de la manière dont ils veulent vivre leur foi, eux et leur famille, là où ils sont établis. Il faut en prendre acte, car il est inutile de culpabiliser sans cesse les Suisses, les Français ou les Hollandais pour qu’eux seuls cultivent l’intégration. Pour faire une bonne intégration, c’est comme dans le mariage: il faut être deux.

Philippe Barraud
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