07/05/2010

L’armée suisse ne sera jamais une troupe de CRS

On est soulagé d’apprendre que Ueli Maurer n’a pas défendu les propositions extravagantes de son propre département sur l’avenir de l’armée lors des entretiens de Watteville. Il n’empêche: cette affaire est tout simplement grotesque.

On se demande d’ailleurs qui a organisé ces fuites abracadabrantes (à télécharger sur www.commentaires.com), et pourquoi. En gros, ce document-mystère, manifestement destiné à brouiller les cartes, consiste à accepter sans conditions toutes les exigences du Groupement pour une Suisse sans armée et des milieux pacifistes. En substance donc, l’armée n’a plus pour mission la défense militaire du territoire, mais devient un corps de police subalterne, destiné à aider les polices cantonales en cas de besoin. Ses blindés et tout son armement sont à mettre à la ferraille! On pourrait comparer ce modèle à celui des compagnies de CRS en France – exaltante perspective pour notre jeunesse, non?

Un tel changement de paradigme dans la défense nationale mériterait assurément mieux qu’une fuite miteuse, que des explications fumeuses de la part d’un conseiller fédéral qui dit une chose et son contraire à 24 heures de distance, et que des applaudissements déplacés de la part du vice-président de la Société suisse des officiers. Après tout, la suppression pure et simple de l’armée devrait quand même inquiéter les officiers supérieurs, plutôt que les réjouir!

Toute cette affaire est terriblement mal emmanchée, et porte un préjudice considérable à une institution déjà très affaiblie par ceux-là même qui devraient la défendre. On ne sait pas à quoi jouent les penseurs du département de la défense, mais c’est assurément un jeu indigne et contreproductif, propre à agacer une population écœurée par la désinvolture et l’incompétence de sa classe politique en matière de défense.

On ose même ajouter que le moment est particulièrement mal choisi pour baisser la garde. L’Europe et le monde son en train de s’enfoncer dans un tunnel de crises multiples et durables – financière, énergétique, climatique, démographique… – dont personne ne sait sur quoi elles déboucheront. Une hypothèse parmi d’autres est qu’elles engendreront des réactions violentes, populaires ou autoritaires (les colonels en Grèce, ce n’est pas si loin), et que tout le continent européen, politiquement inexistant, pourrait s’en trouver déstabilisé, jusqu’à la guerre. Oui, même la guerre: il ne faut jamais exclure le pire lorsqu’on envisage l’avenir, car à vouloir exclure des hypothèses a priori, on s’expose à se retrouver désarmé le moment venu. Pour la Suisse, c’était le cas en 1914, c’était le cas en 1940…

Philippe Barraud
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26/04/2010

L’Eglise catholique face au désastre

L’acharnement dont fait l’objet l’Eglise catholique, suite aux révélations d’abus pédophiles qui se multiplient en cascade, a quelque chose de suspect. Comme si on voulait aller bien au-delà de l’objet du scandale, et viser l’institution elle-même, et son chef, Benoît XVI.

 

Le fait est que toutes sortes de groupes et de mouvements ont intérêt à en rajouter. On trouve des gens animés par un vieux fond d’anticléricalisme désuet, des intégristes de l’athéisme toujours aussi agressifs, et des médias qui se complaisent dans le registre destructeur, convaincus que toute autorité est par essence malfaisante. C’est comme si l’on voulait jeter le discrédit non pas sur quelques individus dévoyés, mais sur l’institution toute entière, et ceux qui la servent. Tous pédophiles?

Il faut tout de même remettre l’église au milieu du village, si on ose cette expression. Dans la société, le 99,9 % des pédophiles ne sont pas des prêtres, mais des citoyens lambda d’apparence respectacle, honnêtes travailleurs, voire bons pères de famille qui, dans la plupart des cas, abusent d’enfants qui leur sont apparentés. On le sait, la majorité des abus sexuels sur des enfants se produit dans le cadre familial. Ainsi, il y a infiniment plus de “tontons abuseurs” que l’Eglise catholique n’a connu de prêtres dans toute son histoire. Donc, méfions-nous de l’effet médiatique grossissant, qui stigmatise la pointe de l’iceberg et ignore tout le reste. Il n’en reste pas moins, faut-il le dire, que les abus commis par un détenteur d’autorité, qui plus est morale, sont d’une gravité particulière, puisque la victime est en état de sujétion ou de dépendance, et croit pouvoir faire confiance.

Curieusement, si les médias “mettent le paquet” pour recueillir – ou susciter – les témoignages et les dénonciations de prêtres pédophiles, ils s’intéressent beaucoup moins aux abus qui sont commis dans d’autres institutions religieuses, comme les écoles coraniques ou les monastères bouddhistes. Etonnant, non? Chaque année, dans ces institutions, des milliers de gamins, venant souvent de milieux très pauvres, sont “pris en charge” par des adultes qui ne sont pas tous de purs esprits. Or curieusement, on ne parle jamais de cela. Sans doute l’enquête journalistique est-elle trop difficile, mais plus vraisemblablement, il est probable que le scandale ne prendrait pas.

Il faut dire que la pédophile n’a pas toujours été regardée comme une abomination. Au XXe siècle (même sur la fin !), nombre d’écrivains, de photographes, de chanteurs et d’artistes divers se sont construit une notoriété certaine dans ce registre, avec des oeuvres qui aujourd’hui suscitent le dégoût. Pendant longtemps, l’homme le plus riche d’Allemagne, Friedrich Alfred Krupp, a pu abuser un nombre incalculable de jeunes Italiens à Capri, à l’Hôtel Quisisana, au vu et au su de tout le monde, puisque des photos de ces orgies circulaient. L’hôtel, aujourd’hui, mentionne Krupp parmi les grands personnages qui ont fréquenté ses suites et contribué au développement touristique de l’île, aux côtés de Hemigway, Tom Cruise ou Jean-Paul Sartre…

Retour à l’Eglise catholique. Les conseilleurs, qui savent tout mieux que personne, enjoignent le Vatican de supprimer l’obligation du célibat des prêtres, et le tour sera joué. Comme si les prêtres pédophiles se rabattaient sur les enfants, faute de pouvoir se marier ! Sans doute la possibilité donnée au prêtres de pouvoir se marier, comme ils ont pu le faire jusqu’au XIIe siècle, résoudrait un certain nombre de problèmes, à commencer par le recrutement de séminaristes. Mais pour le reste, cela n’a rien à voir: la pédophilie est une déviance sexuelle, qui résulte notamment de l’incapacité d’un adulte à développer des relations affectives normales, y compris sexuelles, avec d’autres adultes. Par conséquent, un individu frappé de cette déviance, qu’il soit laïc ou religieux, ne résoudra pas son problème dans le mariage avec un femme.

Le plus urgent pour l’Eglise est de reconnaître les crimes qui ont été commis et de tenter de les réparer. Mais surtout, elle doit tout mettre en oeuvre pour éviter que de telles horreurs ne se reproduisent à l’avenir, et c’est là un chantier considérable. Mais c’est seulement ainsi qu’elle pourra réparer les dommages incalculables faits à son image, et donc par conséquence à son autorité morale et spirituelle.

Philippe Barraud
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22/04/2010

Comment transformer les coupables en victimes

Le Conseiller d'Etat Philippe Leuba est dans le collimateur. En tant que responsable de la police et de la justice, il doit faire face à un classique renversement des responsabilités: si deux délinquants sont morts des conséquences directes de leurs actes, c'est de sa faute!

Premier acte. Un détenu met le feu à sa cellule à Bochuz. Il ne peut pas ignorer qu'il prend là un risque mortel. Les gardiens et les secours cafouillent, si on en croit les conversations obtenues - on ne sait comment - par les médias (apparemment, les lignes de la police ne sont pas sécurisées, bonjour la confidentialité). Finalement le détenu décède. La responsabilité en est attribuée aux gardiens et aux secours, et donc in fine au conseiller d'Etat. Etrange.

Deuxième acte. Un jeune homme, membre d'une de ces innombrables bandes de voyous lyonnais qui écument la Suisse romande, est tué lors d'un vol de voitures. Lui aussi devait savoir qu'il prenait un risque considérable en allant, le week end, voler des voitures de luxe en Suisse. Qu'importe: le délinquant est devenu au fil des jours une victime innocente. 24 Heures gratifie ainsi ses lecteurs d'un reportage larmoyant dans le quartier et la famille de la victime, qui parle de "malentendu", d'un garçon sage et parfait. On comprend la douleur de cette famille, mais on n'est pas tenu de prendre ce qu'elle dit pour argent comptant.  Surtout, on n'est pas obligé de "marcher" dans la stratégie médiatico-politique qui consiste à présenter les délinquants en anges du ciel, et les policiers et l'Etat en démons assoiffés de sang.

C'est extrêmement lamentable de mourir d'une balle à la fleur de l'âge pour une bagnole, ou d'asphyxie dans une cellule. Et si, manifestement, les fonctionnaires en cause ont réagi de manière inadéquate, pusillanime ou disproportionnée, cela n'autorise personne à les charger, eux seuls, du fardeau de ces deux malheurs. La police doit-elle protéger la société, ou les délinquants?

Les policiers font un travail de plus en plus difficile, de plus en plus dangereux, de moins en moins considéré, et sous la surveillance constante de badauds qui n'ont rien de plus pressé que de "balancer" de supposées bavures, téléphone portable à la main - des témoignages dont les médias sont friands, même si la vérification est parfois bien légère.

L'attaque en règle menée contre Philippe Leuba et ses services est motivée avant tout par des considérations politiciennes. C'est indigne d'une problématique qui va nous exploser à la figure ces prochaines années, celle de l'augmentation constante de la criminalité, et de la violence des actes commis. Et ce ne sont pas les innombrables ONG et mouvements divers de dénonciation bien-pensants qui fleurissent dans notre canton, qui vont nous en protéger.

Philippe Barraud
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18/04/2010

Défense et armée: revenir aux fondamentaux

Le projet de Rapport sur la politique de sécurité ne cède ni aux caprices des politiciens, ni aux sirènes d’une hypothétique modernité. Il a donc été fusillé dans le dos. Mais quand on entend ce que les uns et les autres, officiers en tête, ont à proposer, on se dit que le Conseil fédéral est peut-être le seul à garder la tête froide.

La publication du projet a donné lieu à de fougueux commentaires, jamais favorables bien évidemment, mais tour à tour méprisants, ricanants ou inquiétants. Et pendant ce temps, face au spectacle d’un Conseil fédéral faible et d’une armée abandonnée par les politiques, les hyènes sortent du bois, du GssA aux Jeunes radicaux, par qui on entend ceux qui veulent supprimer l’obligation de servir dans un premier temps, et l’armée elle-même ensuite.

Il n’aura pas échappé au citoyen que parmi les reproches les plus véhéments adressés au gouvernement, il y a d’une part l’impasse faite sur la cybercriminalité, et d’autre part une conception qui ne mise pas sur les alliances et la coopération avec des armées étrangères. Regardons-y de plus près.

1. Les mirages de la cybercriminalité

Ah ! La cybercriminalité ! En voilà un concept à la mode, qui donne immédiatement l’air intelligent à celui qui l’évoque. Et on peut en parler d’autant plus péremptoirement que personne ne sait de quoi il s’agit. A entendre nos experts indiscutables, il faudrait supprimer l’aviation et les blindés pour les remplacer par quelques régiments de hackers, car la guerre de demain sera un jeu vidéo… Tout cela relève du fantasme d’adolescent.

La cybercriminalité est une réalité, mais elle est davantage du ressort de la police que des forces armées, lorsqu’il s’agit de criminalité économique par exemple, ou d’actes malveillants contre l’Etat d’origine maffieuse. Dans le cadre d’une guerre, il faut se demander à quoi peut servir une cyberattaque, puisqu’elle ne peut pas être une fin en soi.  En réalité, il n’y a là rien de très nouveau sous le soleil: la cyberattaque est simplement (façon de parler!) un moyen supplémentaire à la disposition d’un agresseur pour affaiblir et de désorganiser l’ennemi, au même titre que les sabotages, la cinquième colonne et l’espionnage. Mais de telles actions ne peuvent pas constituer l’essentiel de l’attaque. Il faut rappeler en effet que le but d’une agression reste pratiquement toujours l’occupation d’un territoire, pour en tirer profit, ou le contrôler politiquement. Et cet objectif ne peut pas être atteint par de lointains hackers, mais bien par… des avions, des blindés, de l’artillerie, une nombreuse infanterie, et une lourde logistique. Et là, on retrouve la guerre classique, dans laquelle mieux vaut disposer d’une armée, classique elle aussi. Donc oui, il faut protéger au maximum nos installations informatiques contre les cyberattaques, mais aussi contre l’espionnage et l’ennemi intérieur, et encore contre les armes à neutrons destinées à neutraliser les moyens électroniques non-blindés – c’est-à-dire le 99% des réseaux et des moyens informatiques du pays !

2. Les mirages de la coopération

La coopération maintenant. Bien sûr, en temps de paix, les Etats ont tendance à signer des quantités de traités de coopération, d’amitié indéfectible et de défense commune: ça ne mange pas de pain, et c’est bon pour les échanges commerciaux. Mais au-delà des aspects économiques, de tels documents ne servent à rien en temps de paix, et encore moins en temps de guerre. C’est lorsque tombent les premières bombes qu’on en réalise, en général, la vacuité et l’hypocrisie. La Tchécoslovaquie et la Pologne, pour ne citer que ces deux exemples, peuvent en témoigner douloureusement, parce que les Etats supposés les aider en 1940 ont préféré défendre leurs propres intérêts. Les traités de coopération militaire sont d’autant plus dangereux que les amis d’hier peuvent se retrouver dans le camp des ennemis de demain. En 1940, la Suisse espérait pouvoir compter sur la coopération de la France en cas d’attaque sur son territoire. Las ! La «meilleure armée du monde» a été balayée en quelques jours, et c’est Heinrich Himmler qui plastronnait sur nos frontières du Jura! Un peu plus tard, c’est l’Union soviétique qui s’alliait aux Nazis, pour pouvoir mettre la main ensuite sur l’Europe de l’Est.

Voilà pourquoi la Suisse ne devrait jamais adhérer à un système de défense international, qui volera aussitôt en éclats si une guerre devait éclater, parce que chaque Etat membre, c’est humain, se repliera sur ses propres intérêts.

3. Quand les officiers disent n’importe quoi

Donnons acte au Conseil fédéral que la mission de concevoir les formes que la menace pourrait prendre demain est une mission fondamentalement impossible. Preuve en soit le fait que, même face à une guerre imminente, les Etats sont incapables de s’y préparer. Pour mieux comprendre ce phénomène, voici une citation très éclairante de Douglas Macarthur, héros de la guerre du Pacifique: «L’histoire d’une guerre perdue peut se résumer en deux mots: trop tard ! On comprend trop tard les desseins meurtriers d’un ennemi potentiel; on prend conscience trop tard du danger mortel; on se prépare trop tard; il est trop tard quand on unit toutes les forces possibles, trop tard lorsqu’on s’entend avec ses amis.»

C’est exactement le syndrome qui a provoqué l’effondrement de la France en 1940, dont l’armée avait été affaiblie à la fois par les conceptions dépassées des héros de la Grande Guerre, et par le pacifisme écervelé de la classe politique du Front populaire. A ce moment-là, un certain colonel de Gaulle essayait en vain de secouer le cocotier, mais personne ne l’écoutait.

Le moins que l’on puisse dire est que la réflexion stratégique, en Suisse, part dans tous les sens, ce qui ne fait qu’ajouter à la confusion générale. Et on regrette que des officiers s’abandonnent à des déclarations publiques qui n’ont pas lieu d’être (on pense à André Blattmann), ou à des sortes de délires conceptuels qui font le miel des pacifistes et des ennemis de l’armée en tant qu’institution. Dans 24 Heures des 17-18 avril, le lt-colonel EMG Ludovic Monnerat, qu’on a connu mieux inspiré, livre des déclarations qui sont, précisément, très inquiétantes, non seulement pour l’avenir de l’armée, mais de la Confédération elle-même. Il écrit ainsi: «Il faut le constater: l’Etat-nation helvétique comme entité clairement délimitée, reposant sur une large unité à la fois géographique, populaire et décisionnelle, disparaît peu à peu. La Suisse du XXIe siècle a de moins en moins à voir avec les 41 285 km² de son territoire dit national. Se concentrer sur celui-ci est aussi logique qu’évaluer une partie d’échecs à l’aune d’une fraction de l’échiquier.
Un Etat moderne comme le nôtre se transforme et voit son existence s’inscrire toujours plus dans des espaces inédits, éloignés des montagnes et des lacs qui pourtant l’incarnent. Pour en tracer les frontières et les reliefs véritables, il nous faut des cartes nouvelles, décrivant le terrain sémantique et l’espace cybernétique, les transversales financières et les nœuds énergétiques, les terrains-clefs identitaires, les vulnérabilités juridiques, ou encore les points d’appui diplomatiques.»

Ces propos sont effarants. On est entre le délire psychédélique et le pacifisme sans frontières – sans oublier une furieuse contradiction: puisque, nous dit M. Monnerat, la Suisse n’existe plus (Ben Vautier est dépassé !), à quoi bon réfléchir aux missions de son armée, ou mieux, à quoi bon une armée, à quoi bon une Confédération, puisqu’on va se fusionner dans le Grand Tout?

Nous croyons au contraire que la Suisse a l’obligation de s’affirmer de plus en plus en tant qu’Etat. Les attaques dont elle a fait l’objet ces derniers mois montrent à elles seules l’impérieuse nécessité d’une défense tout azimut, qui implique les moyens politiques, diplomatiques et militaires. Aux yeux de ses voisins, la Suisse n’est pas un aimable pays de paysans de montagne qu’on prendra sous son aile s’il le faut, mais un grenier bien rempli et mal défendu qu’il s’agit de s’approprier. Et ce ne sont sûrement pas ces voisins-là qui nous protégeront en cas de malheur, s’il leur apparaît que ce serait contraire à leurs intérêts à long terme (comme de ne pas se fâcher avec une grande puissance).

C’est triste à dire mais c’est ainsi: dans les relations entre Etats, on peut éventuellement se permettre une confiance limitée en temps de paix. Mais en temps de guerre, c’est chacun pour soi – tâche déjà insurmontable parfois! Il arrive que le pessimisme soit gage de survie…

Philippe Barraud
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16/04/2010

Guisan et les révisionnistes dévoyés

La Première a cru devoir offrir à Jost sa tribune pour vilipender Guisan le 12 avril, le jour même du 50e anniversaire de sa mort. Le journaliste qui lui servait la soupe osa même parler du Réduit comme une forme de “collaboration” avec les Nazis.

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29/03/2010

Le Conseil fédéral déshonore la Suisse

Jusqu’à quand la Suisse se laissera-t-elle humilier par le brigand de Tripoli? Lâchée, sans surprise, par l’UE, elle doit maintenant défendre son honneur, et arrêter se coucher. Elle le doit au peuple suisse.

Son honneur, oui, car les lâchages successifs du Conseil fédéral sont déshonorants. Renoncer à la liste de Libyens interdits de séjour dans l’espace Schengen était une faute politique majeure. C’était notre seul moyen de pression, et il était efficace. Hélas! Notre gouvernement, constitué non d’hommes et de femmes d’Etat, mais de fonctionnaires mous et sans colonne vertébrale, a cédé aux pressions de Tripoli et de ses complices de Bruxelles.

Ah! Elle est belle à voir, l’Union européenne! La voici qui laisse tomber un partenaire fidèle et loyal – bien trop loyal, on le voit – pour s’en aller, littéralement, lécher le cul de Kadhafi à Syrte, devant le monde arabe réuni! L’expression est forte, certes, mais comment qualifier autrement la honteuse prestation de Silvio Berlusconi, qui s’est abaissé à baiser les mains du Duce libyen? Et comment qualifier les excuses des dirigeants de l’UE pour les «désagréments» causés par la liste noire suisse – un pays extérieur à l’Union, a-t-il été précisé –, qui ont par ailleurs promis à Kadhafi que cela ne se reproduirait plus?

Le gouvernement suisse, naïf jusqu’à la caricature, a cru que l’abandon de la liste noire permettrait l’élargissement de Max Göldi. Il a cru aussi aux promesses de quelque ministre espagnol, pressé d’aller caresser le tyran. Quelle candeur! Chacun voit bien qu’à chaque lâchage, le clan Kadhafi s’enivre davantage de sa soif de vengeance, et qu’il en demandera toujours davantage. Alors, même si la Suisse se soumet à l’absurde «arbitrage international» exigé par Tripoli pour laver l’honneur d’une petite frappe, rien ne changera, au contraire. Il faut humilier la Suisse, fort et durablement. Et cela, malheureusement, aux dépens de Max Göldi, que les Libyens ne lâcheront pas de sitôt parce qu’il fait partie de leur plan de vengeance: il devra souffrir, peut-être mourir, pour expier les «crimes» de la Suisse.

Et à cet égard, il ne faut pas trop compter sur l’Union européenne, qui a choisi son camp. En somme, heureusement que nous n’en faisons pas partie! Seule et désormais libre de ses mouvements, la Suisse doit maintenant passer la vitesse supérieure, et cesser d’assumer le rôle de coupable que l’UE et la Libye lui ont assigné. Le Conseil fédéral doit relever la tête, s’il en a une, et ne pas hésiter à se faire menaçant, puisque c’est le seul langage qu’entendent nos ennemis. Il peut très bien réactiver sa liste noire, et s’en prendre aux intérêts libyens en Suisse. Par exemple, en fermant la raffinerie Tamoil, et en demandant aux Suisses du boycotter cette société, ­ s’ils ne le font déjà.

Philippe Barraud
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09:18 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer

28/03/2010

Le Japon, fossoyeur de la biodiversité

La conférence de la CITES de Doha s’achève sur un désastre pour la biodiversité. Mais sur un triomphe pour le commerce international, et pour le Japon, principal artisan de la disparition des espèces marines. Le Japon nous rejoue à l’échelle des océans un remake du sac de Nankin, et ce n’est pas à son honneur.

On se demande bien à quoi peut servir une commission internationale comme la CITES, vouée en principe à la protection des espèces menacées, lorsqu’elle se contente d’approuver les exigences du commerce international. Les décisions prises à Doha sont particulièrement consternantes, notamment en ce qui concerne les espèces marines.

Voir cette commission se coucher devant les exigences irresponsables du Japon ou de… la Libye laisse pantois. Le premier, depuis des décennies, nargue la communauté internationale en pratiquant la chasse à la baleine, alors que ces mammifères sont protégés, mais personne ne songe à seulement dénoncer cette violation caractérisée du droit international. A Doha, le Japon a obtenu de pouvoir continuer à massacrer le thon rouge et les requins, dont les populations se sont pourtant effondrées.

Pour les industriels japonais, la capitulation sans conditions de la CITES ouvre des perspectives économiques brillantes. En effet, plus une espèce est rare, plus elle est chère, c’est bien connu. C’est pourquoi moins il y aura de requins, de thon rouge, de baleines ou de tigres, plus les commerçants s’enrichiront. La timbale reviendra évidemment à celui qui vendra le dernier requin à un restaurateur de prestige.

Du dernier moa tué par les Maoris en Nouvelle-Zélande, au dernier arbre abattu par les habitants de l’Ile de Pâques, en passant par la mégafaune exterminée par nos lointains ancêtres des âges glaciaires, le scénario est toujours le même: la raréfaction d’une espèce utile à l’homme entraîne de manière automatique la surchasse de cette espèce, car cela rapporte gros, et logiquement, elle provoque sa disparition.

En ce sens, la conférence de Doha est un désastre dans la mesure où, par son laxisme, elle encourage la surchasse et la disparition d’espèces fortement menacées. Sans que personne ne sache d’ailleurs quelles seront les conséquences de ces diverses disparitions.

Il faut s’interroger sur le fonctionnement de cette institution, dont l’indépendance est suspecte, et dont les procédures ont quelques relents totalitaires: ainsi, la Libye a réussi à empêcher autoritairement tout débat sur le thon rouge! Le fait est que la CITES paraît en porte-à-faux flagrant par rapport à l’opinion publique, plutôt acquise aux arguments d’un Nicolas Hulot ou d’une Jacques Perrin, qu’à la prospérité insolente des massacreurs nippons.

Malheureusement, dans ce domaine aussi, on sait qui commande.

Philippe Barraud
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19:38 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer

22/03/2010

Une catastrophe écologique qui ravit les politiciens

 

L’explosion démographique de la région lémanique est une authentique catastrophe écologique, et pourtant les politiciens continuent à se féliciter de ce «développement», qui s’accompagne d’un bétonnage frénétique de ce qui reste des campagnes, notamment autour de Lausanne – le Chalet-à-Gobet se transforme en banlieue dortoir, avec des immeubles parmi les sapins – et près de la frontière genevoise. Sur la Riviera vaudoise, les dernières vignes sont envahies de gabarits et de grues, les rares parcelles libres de constructions disparaissent d’une semaine à l’autre.

Les statisticiens nous annoncent 200′000 habitants de plus à Genève en 2025, 130′000 de plus dans le canton de Vaud en 2020. Plus raisonnable, le Valais aura 17′000 habitants de plus, mais cette augmentation sera due uniquement à l’immigration, puisque le «solde naturel», autrement dit les naissances indigènes, va diminuer depuis 2018. En d’autres termes, il y aura de plus en plus d’habitants dans le Vieux-Pays, mais de moins en moins de Valaisans !

Les communes peinent à réaliser le coût réel à long terme de cette démographie incontrôlée, non seulement en termes d’équipement et d’infrastructures, mais aussi en termes de sécurité et de tranquillité publique. Lorsqu’un village paisible et cossu se transforme en ville-dortoir, les premiers habitants réalisent sans plaisir qu’ils ont changé de biotope contre leur gré – bonjour les tags, les incivilités, les vols et les courses nocturnes en vélomoteur !

Le plus surprenant, c’est que cette explosion démographique se produit en dehors de tout contrôle politique. Or, on pourrait imaginer que l’une des tâches de l’Etat, c’est précisément de planifier l’évolution de la population, et non de la subir. On ne peut certes pas fermer les frontières, mais on peut au minimum ne pas encourager l’augmentation de la population. En réalité, on a l’impression que la gestion de la démographie a été abandonnée aux promoteurs, entrepreneurs et grands groupes commerciaux, qui invoquent l’arrivée prévue de nouveaux habitants pour construire à tout va. Ce faisant, ils créent un appel d’air, et la machine s’emballe.

On nous dira qu’il faut bien importer de la main d’œuvre pour faire le travail qu’il y a à faire. C’est un cercle vicieux parfait: plus l’immigration augmente, plus elle génère de travail et de tâches à accomplir, et plus il faut importer de travailleurs! CQFD. Jusqu’ici, seuls les Verts, libéraux et roses, ont osé considérer le problème dans son ensemble, et évoqué – Oh ! timidement – l’idée que le monde politique pourrait prendre ses responsabilités dans ce domaine.

C’est qu’il y a urgence: imaginez Genève avec 200′000 habitants de plus, autrement dit, 200′000 voitures de plus. Amusant, non?

Philippe Barraud
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08:18 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer

04/03/2010

Lausanne: trop de violence, trop de boîtes de nuit

La violence à Lausanne explose et, malgré la censure maladroitement mise en place, personne n’est dupe du discours lénifiant de la gauche au pouvoir. Chaque week end apporte son lot de coups de couteau, de tabassages sauvages, de lésions corporelles infligées en groupe à des inconnus, juste pour le fun.

Le citoyen a le droit de savoir qu’en réalité, il y a bien davantage d’actes de violence que le reflet qu’en donne la presse le lundi matin. Un exemple parmi cent autres: un étudiant en médecine que nous connaissons a été récemment défiguré à coups de pieds et blessé à la colonne vertébrale dans une boîte de nuit, sans que la moindre ligne apparaisse dans les médias. Pourquoi ce silence? Pour une raison simple: l’information est «arrangée», et souvent censurée, comme l’a reconnu à demi-mots le Municipal de la police, Marc Vuilleumier, en rejetant la faute sur les juges. Le lecteur attentif aura remarqué, par exemple, que toute indication relative à l’origine des délinquants a disparu des rares communiqués de police qui paraissent encore, dûment expurgés de toute information utile au citoyen. Inutile de dire que la police ne s’est pas muselée toute seule: elle obéit aux ordres de M. Vuilleumier et de ses camarades. Il ne s’agit plus d’informer le citoyen, mais de le manipuler.

Evidemment, en ne communiquant plus rien, on s’évite l’effort de la réflexion. Et on s’évite surtout de devoir assumer ses responsabilités: plutôt que de prendre les mesures qui s’imposent, la Municipalité et son Conseil communal se noient dans des débats stériles sur les implications philosophiques des caméras de surveillance, alors même que chacun sait qu’elles contribuent très largement, et à moindre frais, à la sécurisation des lieux sensibles. Et comme à Lausanne, l’ensemble du centre ville est devenu un lieu dangereux la nuit venue, il serait souhaitable de ne pas trop perdre de temps: cela sauvera quelques vies, c’est toujours cela de pris. Et il faut non seulement installer des caméras, mais multiplier les patrouilles de police, officielle ou privée, peu importe.

Il existe une autre manière d’appréhender le problème. On sait qu’à Lausanne, il y a plus de… 50 boîtes de nuit ! C’est manifestement excessif, lorsqu’on sait que ces établissements sont très souvent au cœur de la violence nocturne. Il est donc souhaitable que, au niveau du canton, l’Etat mette en route l’introduction d’une clause du besoin en matière d’établissements publics.

Supprimée il y a quelques années, dans un grand courant favorable à la libre concurrence, cette clause manifeste aujourd’hui sa cruelle absence. Et pour deux raisons au moins, économique et sociétale. Sur le plan économique, il est patent que la multiplication des cafés-restaurants est un échec: si tant de tenanciers pleurent misère à longueur d’année, c’est bien qu’il y a une pléthore inutile. Dans ce secteur, on peut imaginer de laisser jouer la concurrence – que disparaissent ceux qui doivent mourir! Il en va autrement des établissements de nuit, qui posent un problème de société qui dépasse largement les considérations économiques. Si les boîtes de nuit ont proliféré de manière anarchique dès la disparition de la clause du besoin, c’est qu’elles constituent un moyen commode de gagner facilement de l’argent – ou de blanchir de l’argent, faut-il le dire. C’est pourquoi elles n’éprouvent en général pas les difficultés matérielles rencontrées par les cafés traditionnels.

Le moment est venu de mettre un peu d’ordre dans un monde nocturne qui a dégénéré, et qui se trouve, nolens volens, au cœur des problèmes de violence que nous connaissons aujourd’hui. Alors vite, une nouvelle clause du besoin!

Philippe Barraud
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22/02/2010

La haine de la prospérité

«La place financière suisse est à genoux, continuons le combat !» Tel est le credo du parti socialiste et de sa nouvelle égérie, Eveline Widmer Schlumpf.

La conseillère fédérale est-elle à ce point convaincue que son siège est perdu, pour se mettre à proposer n’importe quoi, pourvu que cela plaise au parti socialiste? En tout cas, juste après sa proposition de supprimer le secret bancaire pour les Suisses aussi, Mme Widmer Schlumpf a reçu l’onction des burgraves socialistes, trop heureux de voir une conseillère fédérale venir leur prêter main forte dans leur entreprise de démolition de la prospérité suisse.

La gauche a décidément une vision terriblement simpliste des choses. A ses yeux, l’évasion fiscale est sur le point d’être éradiquée d’Europe, il faut donc continuer la lutte, et faire la même chose en Suisse. En réalité, l’évasion fiscale ne s’est jamais si bien portée, comme en témoigne la fuite des capitaux étrangers. Car faut-il le dire, la plus grande partie ne fuit pas dans leur pays d’origine, mais dans des paradis fiscaux plus fiables et plus sûrs que la Suisse: Londres, les îles anglo-normandes, Singapour, les Etats-Unis et leurs protectorats des Caraïbes, où aucun ministre des finances européen n’ira jamais dicter sa volonté, comme on peut le faire à Berne.

La gauche prétend traditionnellement se soucier de l’emploi mais, en réalité, elle fait tout pour casser la prospérité de la Suisse, et donc alimenter le chômage. Il faut rappeler qu’il n’y a rien de plus mobile que l’argent: un clic de souris suffit. Il faut rappeler aussi que nos principaux concurrents dans la gestion de patrimoine ont juré de saigner la Suisse, et de récupérer ses clients – et cela paraît fonctionner plutôt bien. Il faut rappeler enfin que le secret bancaire se décline d’une infinité de manières, dont certaines sont absolument inviolables, comme le trust. Or, la Suisse reste extrêmement timide dans l’exploitation de cet instrument, où les anglo-saxons sont passés maîtres, avec la bénédiction de leurs gouvernements respectifs. Le livre de notre consœur Miret Zaki, Le secret bancaire est mort, vive l’évasion fiscale ! (Ed. Favre) est lumineux à cet égard. Les dirigeants socialistes devraient le lire, au risque de révisions déchirantes il est vrai.

Il est temps que nos autorités se réveillent, et prennent conscience de la vaste entreprise de pillage de la Suisse qui s’organise. Il est désolant à cet égard de voir une conseillère fédérale «bourgeoise» (sic) et des conseillers d’Etat de droite favoriser l’inquisition fiscale chez les citoyens suisses aussi, avec descentes de police dans vos classeurs personnels et perquisitions discrètes dans vos comptes bancaires, comme le fisc le pratique en France.

Heureusement, les Suisses sont attachés au secret bancaire, et les délires inquisitoriaux de Mme Widmer Schlumpf n’ont aucune chance de passer la rampe, sinon du parlement, en tout cas du peuple. Il n’en reste pas moins que face à ces incertitudes et à ces dérapages au plus haut niveau de l’Etat, des capitaux considérables, détenus par des citoyens suisses, sont déjà partis au Delaware, à Miami, aux Bahamas ou à Guernesey. Là au moins, le secret bancaire mérite encore son nom. Et pour longtemps.

Philippe Barraud
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08:51 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer