19/10/2011

Tunisie, Egypte: une révolution à la dérive

Les médias continuent à surfer sur les aspects anecdotiques du printemps arabe, l’utilisation des réseaux sociaux, les jeunes blogueurs, un supposé vent de liberté… En attendant, les islamistes tissent leur toile dans la plus grande discrétion, et ça, ce ne sera pas une «révolution Facebook».

Voyez la Tunisie: on nous couvre de reportages et d’interviews de jeunes gens, anciens combattants déjà de la révolution. Ce n’est pas sans intérêt, mais c’est bien répétitif. Surtout, cela ne nous dit pas grand chose de ce qui va émerger de ces événements, on nous berce dans un romantisme post-révolutionnaire cool qui n’est plus du tout de mise, hélas.
Ainsi, on apprend incidemment que les islamistes, désormais constitués en parti (interdit sous le régime Ben Ali), sont crédités de 20% des suffrages aux prochaines élections à la constituante, leur mouvement étant d’emblée le «grand favori» des élections.
Puis on entend d’une oreille inquiète que le film iranien
Persépolis fait scandale dans le pays, au point qu’à Tunis, à l’appel des salafistes, la télévision privée Nessma a fait l’objet d’une tentative d’incendie. Et on a vu fleurir sur Facebook – oui, les réseaux sociaux sont utilisés pas tous – des appels à «brûler Nessma et à tuer les journalistes.» Ces manifestations d’intolérance, sous un prétexte futile, mais qui donne la mesure du radicalisme qui s’installe, sont d’autant plus préoccupantes qu’elles émanent non pas de quelques barbus incultes, mais d’intellectuels, parmi lesquels de nombreux avocats.
Selon le site d’information Algérie 360°, les accrochages entre islamistes et partisans de la laïcité sont loin d’être isolés. Ainsi, peut-on lire sur le site, «samedi dernier, la faculté des Lettres de Sousse a été envahie par près de 200 personnes après l’interdiction faite à une étudiante portant le niqab de s’inscrire sur le campus. Les enseignants et le doyen ont appelé le ministère de tutelle à maintenir le refus du niqab à l’université et à lutter contre toute forme de fanatisme religieux.»
En Egypte, les perspectives sont tout aussi inquiétantes. Les Chrétiens y sont de moins en moins tolérés, ils désertent le pays – comme ils désertent, sous la violence, la plupart des pays d’un Moyen-Orient de plus en plus tenté par l’islamisme radical, sous le regard indifférent du monde occidental, si peu chrétien désormais, il est vrai. En Egypte aussi, les extrémistes ont le vent en poupe, et pourraient bien imposer leur loi encore plus durement, alors que déjà la constitution repose sur la charia.
Il faut certes se garder de tout excès de pessimisme, mais on peut craindre que le couvercle islamiste écrase bientôt les libertés récemment conquises par le renversement des dictateurs, et ce en toute légalité, puisque ce sera à travers les urnes. Que deviendront, alors, les sympathiques blogueurs du printemps arabe? Et nous, Occidentaux, comment réagirons-nous?

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17/10/2011

Mais dans quel camp jouent le WWF et Pro Natura?

On s’attendait à ce que l’annonce du lancement d’une initiative pour la protection du loup, du lynx et de l’ours dans la Constitution fédérale suscite, chez les associations de défense de l’environnement, un grand enthousiame. Las! Pro Natura et le WWF n’ont réussi qu’à ratiociner et déconsidérer cet excellent projet.
La protection des rares prédateurs qui peuplent encore nos forêts et nos montagnes s’affaiblit. Avec obstination, le lobby des chasseurs, qui est grossièrement surreprésenté au Parlement, travaille à faire tomber la protection relative dont jouissent ces animaux indigènes. Une option, pour le moment refusée, mais ils reviendront à la charge, consistait à confier la gestion des prédateurs aux cantons.
Une idée absurde: comment gérer à ce niveau des animaux extrêmement mobiles, qui ne se soucient pas des frontières cantonales? C’est comme si l’on voulait confier la planification des autoroutes aux cantons! De plus, il n’est pas rare que les conseillers d’Etat responsables soient eux-mêmes chasseurs, tout comme les surveillants de la faune: autant dire qu’on ne peut leur accorder qu’une confiance limitée.
Ce n’est pas partout le cas, soyons justes: les Vaudois peuvent se réjouir d’avoir en Mme de Quattro une responsable de la faune aux idées modernes, et fondées sur des considérations scientifiques davantage que cynégétiques. Mais à quelle adversité n’est-elle pas confrontée, de la part de ceux qui rêvent d’éradiquer les prédateurs pour pouvoir justifier leurs cruels amusements!
On ne sait pas encore précisément qui lancera l’initiative pour la protection des grands prédateurs; on parle d’un mouvement genevois qui, par le passé, a remporté de remarquables succès auprès des électeurs. Quoi qu’il en soit, la réaction de Pro Natura et du WWF est consternante de pusillanimité et de molesse. Ils craignent, ont dit leurs porte-paroles à la radio, de “réveiller les passions”; ils affirment préférer agir “par la prévention”. On croirait entendre quelque concepteur de campagnes du Département fédéral de la santé publique, à l’appui de ces campagnes de prévention qui ne servent à rien, mais coûtent très cher.
Le rôle de telles associations n’est pas seulement d’éviter les débats et de  faire de la “prévention”, il est d’agir chaque fois que cela est possible. Il est aussi de soutenir les initiatives qui vont dans le bons sens, même si elles émanent d’autres cercles, plutôt que de les torpiller.
Au reste, on se demande comment les fonctionnaires de ces associations peuvent porter des jugements aussi péremptoires, sachant qu’une grande majorité de la population – et des membres de ces associations! – sont pour une protection efficace des prédateurs. La moindre des choses serait qu’ils fassent preuve d’une certaine humilité, avant de choquer ceux qui les paient.
Il est à souhaiter que l’initiative pour la protection des prédateurs aboutisse, et que le peuple puisse se prononcer. La présence de ces animaux dans nos forêts est essentielle au bon équilibre de la faune, et en assure une gestion autrement plus naturelle que celle de la grenaille et du plomb. Quant au WWF et à Pro Natura, on attend d’elles qu’elle adoptent une attitude un peu plus écologique et un peu moins politicarde, sans quoi beaucoup de leurs membres, à notre image, suspendront leur cotisation!

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01/07/2011

Le conservatisme paresseux d'un ministre vert

Le conseiller d’Etat François Marthaler est le meilleur ennemi des Vaudois qui se préoccupent de protection de l’environnement. Il n’a pas son pareil pour décevoir les attentes les plus élémentaires. Il appartient au parti des Verts.
Le ministre responsable des infrastructures prépare pour cet automne une spectaculaire régression du canton de Vaud en matière d’énergie solaire. Jusqu’à maintenant, les projets d’équipement photovoltaïque ont été systématiquement entravés, retardés ou torpillés par les pléthoriques services de l’Etat, qui rivalisent de procrastination ou d’incompétence pour décourager toute initiative individuelle. Dernier épisode en date: l’église catholique de Cully, qui de guerre lasse s’équipera en chauffage au gaz, puisque le canton a balayé ses projets photovoltaïques.
On aurait pu espérer que, Fukushima aidant, les choses allaient s’améliorer. Hélas, ce sera pire… Aux dires de M. Marthaler en effet  (24 Heures du 30 juin), les projets photovoltaïques seront purement et simplement interdits dans les territoires inscrits à l’Inventaire fédéral des sites construits à protéger en Suisse. Facile: plutôt que de rechercher des solutions techniques et esthétiques innovantes, on interdit tout ! Voilà qui est particulièrement stimulant pour l’industrie et les architectes… Pour le conseiller d’Etat, «il est stupide d’aller mettre de tels panneaux sur les toits des maisons dans les villages. Je veux favoriser les grands projets de compagnies électriques», à ses yeux plus rentables et raisonnables.
Ce discours est particulièrement consternant. Il va à l’encontre de toute idée de décentralisation de la production d’électricité, alors même que c’est possible et souhaitable, pour conserver aux sociétés électriques (dont l’Etat et les communes sont actionnaires…) un juteux monopole en la matière. Il faut espérer qu’il se trouvera une majorité au Grand Conseil pour refuser cette politique rétrograde, et qu’au contraire la personne qui succédera à M. Marthaler au Conseil d’Etat saura ouvrir les portes, plutôt que de verrouiller toute innovation.
On dit cela car il est inconcevable que M. Marthaler continue à faire de l’anti-écologisme primaire au gouvernement. En la matière, sa plus grande réussite réside dans le fait qu’en huit ans, aucune piste cyclable digne de ce nom – c’est-à-dire séparée du trafic motorisé – n’a été créée dans le canton. Il fallait le faire!
L’énergie solaire photovoltaïque est la plus prometteuse des sources d’énergies renouvelables, son potentiel de production est énorme. Mais pour pouvoir en tirer les avantages avant la fin du nucléaire, il faut autre chose que le frein à main géant d’un ministre sans inspiration, autre chose que la tyrannie d’une administration en roue libre. Si une partie de la population vaudoise paraît faire une fixation sur les éoliennes, il n’en va pas de même pour les panneaux solaires, guère plus visibles que les velux qui percent les toitures. Les communes sont généralement aussi favorables à cette diversification bienvenue. Seul l’Etat freine, empêtré dans un conservatisme paresseux. Il faut que ça change.

Philippe Barraud
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09:32 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer

17/05/2011

“PC familles”: la Bérézina du PLR

Que les Vaudois aient accepté les “PC familles” à plus de 61% est une excellente chose. Ils ont montré que face à la précarité qu’endurent, de plus en plus nombreux, nos concitoyens, le mépris et l’arrogance ne sont pas des options dignes. Mais quel désastre pour les libéraux-radicaux, qui ont retourné leur veste et se sont mis aux ordres du patronat! Cette énorme bourde politique leur enlève encore un peu du crédit qui leur reste.
Dès l’annonce du lancement du référendum par le Centre patronal, nous avons dit que la droite se tirait une balle dans le pied. Un avertissement évidemment pas pris au sérieux, tant l’outrecuidance et la cécité politique (cela va en général de pair) sont grandes chez les radicaux-libéraux. Ils auraient dû vigoureusement se distancer du référendum, monter au créneau pour défendre une loi qu’ils ont votée, et qui est une bonne loi. Or, ils ont fait exactement le contraire: ils se sont mis aux ordres du patronat – génial pour l’image! – et n’ont même pas eu la décence de se distancer des aspects les plus méprisants de la campagne, assimilant les familles pauvres à des paresseux: c’est bien connu, si on est pauvre, c’est qu’on fait exprès!
Cette duplicité du centre-droite vaudois est certainement l’aspect le plus détestable d’une campagne particulièrement pénible du fait de la brutalité des référendaires. Au Grand Conseil, nombre de députés des partis radical et libéral ont voté en faveur de la loi sur l’aide aux familles en difficultés. Mais durant la campagne, l’officialité de ces deux partis s’est sottement rangée sous la bannière de ceux qui ont lancé le référendum, prenant le risque de dévaster davantage encore l’image de partis à la réputation déjà bien faisandée. Quelques députés ont sauvé l’honneur en soutenant publiquement la loi; mais la plupart ont fait preuve d’une profonde couardise, au mieux, et de double langage, au pire. L’électeur a de la mémoire, il s’en souviendra dans quelques mois. Préparez vos mouchoirs…
Le PLR a commis dans cette campagne une autre erreur de lecture magistrale. Ils se sont rassemblés non contre un projet de loi, mais contre le conseiller d’Etat qui l’a portée à bout de bras. Ils ont cru pouvoir bricoler, avec l’aide des associations économiques, une machine de guerre anti-Maillard. Or pour se lancer dans ce genre d’entreprise, il faut avoir les moyens. Ils ne les avaient pas, d’autant que leur combat était mauvais sur le fond. Aujourd’hui, celui qu’ils voulaient affaiblir est plus fort que jamais, et ils ne doivent pas s’attendre à ce qu’ils leur fasse des cadeaux.
Les milieux patronaux ont subi une défaite politique importante. Gageons qu’elle leur ouvrira les yeux, voire le coeur, sur une réalité sociale bien plus complexe, et souvent bien plus dramatique, qu’ils ne l’imaginent du haut de leur palais de verre. Mais eux du moins n’ont pas besoin d’être réélus. Tranquilles, ils peuvent passer  à l’ordre du jour lundi matin. Pas les politiciens. Eux doivent être élus, eux doivent rendre des comptes devant le peuple. Le passage à la caisse sera douloureux. Puissent les politiciens de droite qui se sont démarqués en profiter!

Philippe Barraud
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08:23 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer

14/05/2011

Merz a bon dos !

Il a bon dos, Hans-Rudolf Merz ! Par des fuites soigneusement organisées, Mme Widmer-Schlumpf laisse entendre que les réformes fiscales mises en place par son prédécesseur auront des conséquences beaucoup plus graves que prévu sur les finances fédérales.
Pour ce faire, elle se fonde sur des estimations élaborées par l’administration. Or, cette administration est la même qui conseillait Hans-Rudolf Merz. Les mêmes chefs d’office, les mêmes actuaires, les mêmes fonctionnaires. Alors de deux choses l’une: ou bien ils élaborent des estimations “politiques”, optimistes ou pessimistes, à la demande du patron; ou bien ce sont des manches, qui ont été incapables de renseigner correctement leur conseiller fédéral. Dans tous les cas, ils devraient assumer leurs responsabilités, plutôt que de servir la soupe à Mme Widmer-Schlumpf pour accabler son prédécesseur.

09:29 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer

10/05/2011

Pourquoi la NASA ne fait plus rêver

Il est loin le temps où les missions Apollo, les navettes et les premières images du télescope spatial Hubble faisaient rêver le monde entier, bien au-delà du monde scientifique. L’agence gouvernementale américaine avait du souffle, elle ouvrait des horizons inimaginables, et tous les gamins voulaient devenir astronautes. Qu’en reste-t-il ?

Les navettes ne volent plus – la toute dernière partira… on ne sait pas quand, et c’est tout un symbole –, et les projets de missions habitées vers la Lune ou Mars sont au point mort: trop cher. Plus dérisoire encore: dès la mise au rancart des navettes spatiales, les Etats-Unis, première puissance mondiale, n’auront aucun moyen propre d’envoyer des hommes dans l’espace! Il faudra solliciter la Russie, en attendant que le secteur privé américain ne développe des moyens de transport.

Bien sûr, la crise est passée par là, la dette américaine a les dimensions d’un trou noir, et le président Obama n’a qu’un intérêt modéré pour l’exploration spatiale. Mais si la NASA ne fait plus rêver, elle en est la première responsable. C’est en tout cas l’avis de Daniel Baker, directeur du Laboratoire pour la physique de l’atmosphère et de l’espace de l’Université du Colorado. Selon lui, l’agence est gangrenée par une aversion au risque paralysante, qui non seulement bride l’imagination et l’audace de ses chercheurs, mais induit une explosion des coûts, puisqu’il faut à tout prix éviter les échecs et les accidents. Daniel Baker cite l’exemple du futur télescope spatial James Webb et du nouveau véhicule robotisé martien, dont le lancement est sans cesse reporté, et dont les coûts explosent: pour le premier, la facture atteint les 7 milliards de dollars, et plus de 2 milliards pour le second. Sans parler des projets, enterrés par le président Obama, d’envoyer des hommes sur Mars, voire seulement sur la Lune.

Le déclin de la NASA peut-il être stoppé? Daniel Baker en est convaincu, mais il faudra en payer le prix. Et ce sera moins un enjeu financier que psychologique. Il faut d’abord que l’échec d’une mission à haut risque devienne de nouveau une option acceptable, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. On ne parle pas ici de missions habitées bien entendu, mais de missions robotiques. Ensuite et surtout, il faut à la NASA un appui politique constant et durable, sans quoi aucun projet ambitieux n’est possible: «Pour stopper le déclin et propulser les Etats-Unis vers un leadership international indiscutable, la NASA doit être autorisée – mieux, encouragée – à prendre les risques inhérents à la poursuite de missions audacieuses et ambitieuses, riches de défis scientifiques et techniques. (…) Il faut demander à la NASA d’entreprendre des missions de découverte d’une audace inimaginable, dans tout le spectre de ses activités. La NASA doit répondre à l’appétit du public pour l’aventure, à l’imagination d’Hollywood pour des exploits audacieux, et au besoin stratégique de la nation de sans cesse faire avancer la technologie ».1

Il est évidemment difficile de dire si c’est le déclin de la NASA qui a suscité le déclin de l’intérêt du public pour l’exploration de l’espace, ou l’inverse: mais le fait est que le manque de motivation du monde politique américain pour cette cause a eu des effets dévastateurs. Remotiver la NASA passe donc par un soutien renouvelé du Congrès, de la présidence et des universités, afin qu’elle ose à nouveau prendre des initiatives fortes et mobilisatrices, et se lance dans des projets que beaucoup croiront impossibles à réaliser. En d’autres mots, que la prise de risques devienne un moteur, plutôt qu’un frein.

1. Sky&Telescope, juin 2011.

Philippe Barraud
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18/04/2011

Arrogance et mépris

Etre de droite ne signifie pas mépriser les pauvres. C’est pourquoi la droite politique vaudoise devrait se distancer clairement de la campagne des milieux patronaux contre les «PC familles», objet de la votation du 15 mai. En effet, cette campagne est indigne.
Comment ne pas être choqué des affiches brutales du comité référendaire, qui ose reprendre la rengaine selon laquelle les chômeurs, et les pauvres en général, sont des paresseux qui ne veulent pas travailler?
En ce sens, accuser une mère célibataire, qui se débat dans des difficultés inextricables, de paresse, parce qu’elle ne peut pas travailler à 100%, est indécent. Et les remèdes proposés – «la formation» ­–, sans plus de détails, ne le sont pas moins: comme si quelqu’un qui n’arrive pas à payer ses factures, malgré son travail, pouvait encore distraire du temps et de l’argent pour une hypotéthique «formation».
Dans le collimateur du référendum sont aussi les chômeurs âgés. Déjà assommés par les effets rétroactifs de la révision de l’assurance-chômage, avec des perspectives d’emploi strictement nulles (les employeurs sont placés pour le savoir), ils pourraient encore perdre la planche de salut sous forme de rente-pont prévue par le paquet social du 15 mai.
Cette campagne atteint des sommets d’arrogance, mais aussi de pingrerie, puisqu’elle conteste un prélèvement parfaitement dérisoire sur les salaires – la moitié d’un paquet de clopes par année. Surtout, elle renvoie avec un mépris intolérable les working poors à leurs difficultés, à la façon d’une Marie-Antoinette: «Ils n’ont pas de pain? Qu’ils mangent de la brioche!».
Les partis du centre droit vaudois paraissent promis à une nouvelle déculottée cet automne. Le référendum et la campagne de leurs alliés patronaux y contribueront largement, n’en doutons pas. Il est encore temps pour eux de prendre leurs distances, et de rappeler, mais de manière audible, par des affiches et des annonces, que les «PC familles» ont été largement soutenues par le Grand Conseil.

Philippe Barraud
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11/04/2011

Ecologie et libéralisme, formule gagnante

Les élections cantonales qui se succèdent confirment la montée des Vers libéraux dans le paysage politique suisse. C’est une évolution réjouissante, même si elle se fait parfois au détriment de la droite traditionnelle, plus que jamais crispée sur sa détestation de l’écologie et son déni de l’urgence.

L’émergence rapide des Verts libéraux ne doit rien au hasard, pas même à celui d’une catastrophe nucléaire au Japon. Le souci de préserver la nature et les ressources, des craintes multiples face à un environnement surpeuplé générateur de dangers divers, “travaillent” de plus en plus la population. Mais la majorité des Suisses, qui s’inscrit plutôt dans le camp bourgeois, se méfie comme de la peste des solutions à l’emporte-pièce des Verts historiques, souvent aveuglés par des conceptions idéologiques radicales, voire par des tentations légèrement totalitaires. L’écologie en Birkenstocks à la manière des Verts allemands, non merci! Pour faire court: les Suisses sont plutôt à droite, les Verts sont à la gauche du parti socialiste, il y a donc clairement un problème entre l’offre et la demande.
C’est précisément à cette demande d’une écologie qui ne jette pas le bébé avec l’eau du bain, que répond la montée des Verts libéraux. Ils ne veulent pas casser la baraque ni mettre au pas de manière autoritaire les citoyens gaspilleurs, mais faire le pari, audacieux, de marier le  souci de l’écologie avec des convictions et des valeurs libérales. Ce n’est évidemment pas un chemin facile, car c’est une véritable nouvelle culture politique qu’il s’agit d’inventer, dans un environnement où les places sont chères: par définition, en politique, il faut que d’autres perdent pour que l’on puisse gagner!
A cet égard, la droite a tout faux. Non seulement les partis traditionnels (PLR, UDC et PDC) peinent à convaincre de leur authentique souci de l’environnement, mais encore sont-ils fortement desservis par les grands associations économiques et leurs lobbies. Ceux-ci, cramponnés à leur agacement de tout ce qui touche à l’écologie, adoptent des attitudes dévastatrices pour l’image de la droite traditionnelle. Qu’il s’agisse d’Economiesuisse, des associations patronales, des chambres de commerce ou des fédérations immobilières, ces groupes de pression répondent par le mépris et l’arrogance aux préoccupations d’une part croissante de la population. En cela, ils font preuve de paresse intellectuelle, car il est plus facile de menacer les gens d’un retour au Moyen-Age ou d’un éclairage à la bougie, que de réfléchir à des solutions innovantes, qui pourtant existent et doivent venir, précisément, de l’économie puisque c'est elle, plutôt que l'Etat, qui doit s'impliquer dans ce domaine. Le drame des associations économiques, c’est qu’elles croient être là pour faire en sorte que rien ne bouge, en tout cas rien qui pourrait gêner les intérêts particuliers à court terme de leurs commanditaires.
Cette espèce de bouderie obtuse des associations économiques contribue efficacement au plongeon du parti libéral-radical puisqu’elles en sont, en quelque sorte, les porte-paroles, ou pire, les inspiratrices. Voilà pourquoi les Verts libéraux ont une carte majeure à jouer, et voilà pourquoi ils devront, à terme, investir aussi ces milieux économiques, lorsque ceux-ci auront décidé de se sortir la tête du sable, et de remplacer les casques à boulons qui les empêchent d’évoluer. Pour cela, il faudra attendre que les Verts libéraux deviennent une force incontournable, car comme dans tous les domaines, on ne prête qu’aux riches: “Réussissez, ensuite on vous écoutera!”
L’écologie est une chose trop importante pour être abandonnée aux écologistes de gauche. Car il ne s’agit pas de défendre des positions idéologiques, mais de faire en sorte que l’héritage que nous allons laisser aux générations futures ne soit pas trop misérable (il le sera de toute façon, hélas), en particulier en leur laissant encore quelques lambeaux de nature, et quelques ressources naturelles – voire quelques gouttes de pétrole, qui pourraient servir dans un monde à 9 milliards d’habitants. En ce sens, l’écologie c’est de la grande politique, la plus noble peut-être.

Philippe Barraud
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30/03/2011

Démographie vaudoise: résister, ou subir?

L’explosion démographique annoncée par M. Broulis et ses voyantes extralucides pour le canton de Vaud n’est pas inéluctable. On peut, on doit y résister.

En politique, il est nécessaire d’anticiper. Encore faut-il disposer de données de base fiables. Dans les années 60 et 70 déjà, des projections démographiques légèrement délirantes avaient stupéfait les Vaudois – d’autant qu’elles s’étaient avérées grossièrement fausses. Aujourd’hui, diverses sources non-concordantes prédisent une explosion démographique dans le canton de Vaud, la plus forte de Suisse semble-t-il, causée essentiellement par l’immigration. Quelle immigration? Personne ne le sait.

Face à la perspective d’une hausse d’environ 30% à 40% de la population en 2020, selon les scénarios, le Conseil d’Etat se précipite dans un train de mesures, concernant notamment le logement et les transports, en prenant bien soin de ne pas se poser trois questions préalables fondamentales:

– Ces prévisions sont-elles crédibles, et sur quoi reposent-elles?

– Cette explosion démographique est-elle un bien pour le canton, et pour les Vaudois?

– Faut-il à tout prix se soumettre à la perspective d’une immigration massive, ou faut-il y résister?

Les projections des voyantes extra-lucides de l’Etat de Vaud et de la Confédération postulent une croissance économique constante durant les dix ou vingt ans à venir en Suisse, qui justifierait une immigration forte. Or, rien n’indique de manière irréfutable que nous soyons à l’aube d’une réédition des Trente Glorieuses. Entre l’explosion inéluctable des coûts de l’énergie, des denrées alimentaires de base et des matières premières au niveau mondial, il y a là des facteurs qui contredisent clairement l’idée d’une croissance économique fulgurante.

Certes le canton de Vaud bénéfice actuellement d’une attractivité considérable, mais on sait combien tout cela est fragile: il suffit de quelques délocalisations majeures pour gripper la machine, et freiner l’immigration de cadres et d’employés qualifiés. Que survienne une nouvelle crise mondiale – ce que personne ne peut exclure – et le profil de cette immigration pourrait changer radicalement. Ce ne seraient plus alors des cadres et des employés qualifiés venant de l’Union européenne, mais des réfugiés économiques en provenance d’Afrique du Nord et d’Afrique sub-saharienne. Ce qui ne fera pas l’affaire des promoteurs occupés à construire des private residences à plusieurs millions…

Les Vaudois, on le sait, éprouvent des difficultés considérables à choisir un logement qui leur convient, au point que, précisément, ils doivent prendre ce qui se présente, plutôt que ce qu’ils voudraient. Une augmentation de 40% de la population va aggraver sérieusement le problème, voire obliger des Vaudois à déménager dans les cantons voisins, ou en France voisine, faute de pouvoir assumer les loyers demandés dans leur canton d’origine. Car il est certain que l’offre de logements ne satisfera pas la demande, en quantité ou en qualité, même si l’Etat accapare les parcelles en expropriant les propriétaires qui ne veulent ou ne peuvent pas construire.

En tout état de cause, et quoi qu’en pense M. Broulis, l’arrivée massive d’une population allogène dans le canton risque d’avoir bien plus d’inconvénients que de bénéfices pour la population résidente. Promiscuité accrue, trafic engorgé, transports publics dépassés, frictions culturelles et religieuses, difficultés de logement… Autant de difficultés que ne compenseront pas des recettes fiscales supplémentaires qui demeurent hypothétiques et qui, si elles existent, suffiront à peine à couvrir les dépenses d’infrastructures rendues nécessaires par ces nouveaux habitants.

Mais le plus grave sur le plan politique et philosophique, c’est la soumission automatique et sans esprit critique de nos dirigeants à ces perspectives, sombres à nos yeux, même si M. Broulis et les médias les trouvent très chouettes. Attitude logique au demeurant: si on évite soigneusement de se demander si cette évolution est favorable, on évite aussi le souci de la remettre en question. Or, nous sommes convaincus que les Vaudois ne se réjouissent pas de devoir se serrer encore un peu plus, de voir la pression s’accroître sur une nature déjà exsangue, de voir les communes exproprier les propriétaires qui refusent de bétonner leur parcelle, de voir pousser encore des hectares de centres commerciaux hideux.

On peut, on doit résister à l’explosion démographique. Elle n’arrive pas comme la neige en hiver, elle arrive parce qu’on fait tout pour cela, par exemple en créant un appel d’air avec de nouveaux logements. Plus on crée de logements, plus de gens viendront en profiter, soit pour travailler, soit pour bénéficier de nos prestations sociales. Est-ce vraiment ce que veulent les Vaudois? On le répète: un jour ou l’autre, il faudra leur poser la question, puisque leurs dirigeants refusent de se la poser.

Des ministres bourgeois contre la propriété

La proposition la plus explosive du gouvernement vaudois pour faire face à la vague d’immigration annoncée, la surtaxation et l’expropriation des propriétaires qui refusent de bétonner leur parcelle, est parfaitement extravagante. Et dire que ses promoteurs sont un ministre radical, et un ministre UDC!

La manœuvre de MM. Broulis et Mermoud est d’autant plus choquante qu’elle s’accompagne d’une détestable manipulation des esprits. Le 30 mars, 24 Heures titrait, citant M. Mermoud: «Le canton entre en guerre contre la spéculation immobilière.» Voilà où en est le Conseil d’Etat vaudois: jeter l’opprobre sur les propriétaires. Un propriétaire qui ne bétonne pas l’intégralité de son bien est forcément un vil spéculateur! Bientôt, le radical Broulis nous dira que «la propriété, c’est le vol». Non Messieurs ! La plupart des propriétaires vaudois sont des personnes attachées à leur bien, pour lequel ils se sont souvent saignés aux quatre veines. Ce ne sont pas des spéculateurs avides qui attendent le moment propice pour s’en mettre plein les poches.

Dans l’esprit du gouvernement vaudois, un propriétaire aurait donc le devoir de construire jusqu’au dernier mètre carré disponible, même s’il n’en a pas envie, et surtout, même s’il n’en a pas les moyens. On sait que de nombreux petits propriétaires vivent chichement, même si leur terrain vaut de l’or, et que tout projet de construction leur est interdit pour des raisons économiques. Seront-ils donc forcés de vendre à la commune, et d’aller se loger ailleurs? C’est la première étape d’une étatisation pure et simple du sol.

Le projet du gouvernement vaudois semble avoir été rédigé par Pierre-Yves Maillard, MM. Broulis et Mermoud n’en étant que les porte-parole dévoués. Il prévoit d’autres mesures de contrainte à l’égard des propriétaires: vous ne voulez pas construire? Alors on vous colle un impôt spécial supplémentaire, histoire de voir jusqu’où vous tiendrez avant de craquer, pour vendre enfin à la collectivité. Parallèlement, l’Etat encouragera financièrement les communes qui auront accaparé votre bien. Logique.

Ces propositions sont inacceptables, et contraires à l’esprit de la Constitution, qui garantit la propriété. Nul doute que le Grand Conseil, puis le peuple cas échéant, les renverront dans les poubelles du Château, où est leur vraie place.

Philippe Barraud
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13/03/2011

Obama, l’Europe et Kadhafi: le nouvel esprit de Munich

La communauté internationale observe, les bras croisés, le retour de Kadhafi au pouvoir en Lybie. Dans quelques heures, au mieux dans quelques jours, l’insurrection sera écrasée. Viendra alors le temps des représailles. Que dirons-nous à Kadhafi ? Mme Calmy-Rey ira-elle s’excuser d’avoir exprimé sa joie un peu vite ?

Tout dans leur attitude  indique que l’Europe et les Etats-Unis avaient parié dès le départ sur un retour au pouvoir de Kadhafi, malgré un discours trompeur. Ils n’ont pas levé le petit doigt, et ne le lèveront pas, pour venir en aide aux insurgés. Il faut juste encore un peu de patience, un peu de bavardage pour tromper les populations, et on pourra tourner la page et revenir aux affaires. Partout, les dirigeants politiques sont à la traîne de Barak Obama, l’archétype du social-démocrate incapable de prendre des décisions: depuis des semaines, il «envisage toutes les options», pour être sûr de n’en prendre aucune. Le président des Etats-Unis devrait être un leader, ce n’est qu’une sorte de Chamberlain moderne, impuissant et pitoyable.

Cette attitude est infâme et ne peut inspirer qu’un profond dégoût. Elle est aussi, paradoxalement, d’une grande imprudence. Revenu au faîte de sa puissance, Kadhafi n’aura rien de plus pressé que de liquider la rébellion, puis de faire payer à l’Europe et aux Etats-Unis leur soutien à ses adversaires. Kadhafi et sa bande sont des experts en terrorisme, ils l’ont prouvé maintes fois par le passé. Et la Suisse ne sera pas la moins gâtée par le tyran de Tripoli, non seulement à cause du vieux contentieux genevois, mais encore après la satisfaction affichée un peu vite par la Présidente de la Confédération de le voir tomber.

Dimanche, le pouvoir libyen invitait les compagnies pétrolières étrangères à reprendre le travail. Nul doute qu’elles obtempèreront. Et que les différents gouvernements, en Europe et aux Etats-Unis, les approuveront, car le pétrole, il n’y a que ça de vrai.

On vous le dit: quelques jours de patience encore, et ce sera business as usual. Ce sera la plus pénible leçon des révolutions arabes, au demeurant bien plus modestes finalement qu’on ne l’aurait cru, et auxquelles nous nous sommes intéressés surtout parce qu’elles semblaient issues des réseaux sociaux – comme c’est tendance! En sommes, nous nous sommes intéressés davantage à Facebook qu’aux individus qui étaient derrière. Ils n’étaient, après tout, que des «amis», on ne les connaissait pas vraiment.

Si le monde avait retenu la leçon des Accords de Munich, il aurait choisi la seule issue possible, en 1938 comme aujourd’hui: l’élimination immédiate du tyran et de son régime. Faute de cet élémentaire courage, le monde a connu hier, et connaîtra demain, le déshonneur et le malheur.

Philippe Barraud
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