07/02/2013

1942: les révélations-bidon de la RTS

Pure coïncidence sans doute: le jour même où Ueli Maurer faisait son discours à l’occasion de la Journée en souvenir des victimes de l’Holocauste, la Télévision alémanique lançait, photos à l’appui, de prétendues révélations selon lesquelles le Conseil fédéral «savait» dès 1942, mais n’avait pas réagi. Or, ces photos ne sont nullement inédites, mais connues depuis longtemps!

C’est notre confrère Luc Debraine, spécialiste de la photographie, qui le révèle dans L’Hebdo: «Berne savait, mais n’a rien fait: tel serait le message livré par ces lettres, télégrammes, rapports et photos présentés par des médias comme inédits, ou longtemps laissés dans l’ombre. Rien n’est moins vrai. Si l’on prend le seul cas de la demi-douzaine de photos, celles-ci sont connues depuis longtemps par les chercheurs.»
Et pas seulement par les chercheurs, affirme notre confrère, puisqu’elles ont été vues par les milliers de visiteurs des musées de l’Holocauste, notamment à Paris et à Bucarest, sans parler de leur publication dans le catalogue du Mémorial de la Shoah de Paris.
Dès lors, on comprend mal les explications du directeur des Documents diplomatiques suisses, Sacha Zala, selon lequel ces photos n’ont pas été publiées à ce jour, parce que les Documents diplomatiques suisses ne sont pas illustrés, et parce que c’est seulement en 2011 que son institution a pu les scanner et les mettre en ligne. M. Zala donnait ainsi à croire au citoyen médusé qu’elles étaient inédites avant cette date, et que par conséquent, elles étaient une nouvelle preuve de l’ignominie du Conseil fédéral de l’époque. Ignorance? Tentative de manipulation? Il serait intéressant d’avoir les explications de M. Zala sur ce point. Lequel, jusqu’ici, a cherché à calmer le jeu: le 2 février dans 24 Heures, il expliquait: “Je n’aurais jamais pensé que cette publication aurait un tel écho. A aucun moment, nous n’avons dit que ces photos étaient “la” preuve ultime que Berne connaissait les exactions nazies. Nous ne faisons pas de sensationnalisme.” (sic)
Une fois de plus, les médias se sont emballés sur une information fausse, trop heureux de remettre une briquette sur le feu de la critique systématique de la Suisse dans le passé. 24 Heures a fait particulièrement fort sur son site, en illustrant l’article avec une photo du… Général Guisan! Aucun rapport évidemment, mais une occasion de nuire n’est jamais perdue, n’est-ce pas?
Tout à la joie de mettre Ueli Maurer dans l’embarras, les médias ont, comme c’est de plus en plus souvent le cas, négligé de vérifier leurs sources avant de lancer leur pétard mouillé. Tout va si vite, n’est-ce pas ! Habile calcul sans doute: le mal sera fait, le consommateur de média n’en demandera pas plus, et ne lira pas les éventuelles mises au point… Aucun d’entre eux, à part L’Hebdo, ne s’est donné la peine de chercher un peu plus loin, de se demander si ces révélations tenaient la route. On s’est contenté, comme M. Rochebin dans son 19:30, de répéter sans réserve ce que les autres disaient: si tout le monde le dit, cela doit être vrai…
On ne tranchera jamais la question de savoir si le Conseil fédéral de la guerre eut une attitude indigne, ou s’il a sauvé la Suisse face à la machine de guerre allemande, ou tous les deux en même temps. Mais du moins devrait-on faire preuve d’une certaine prudence, et d’une grande conscience professionnelle, lorsqu’on brandit à grand tapage des révélations potentiellement dévastatrices. Surtout si ces révélations, en réalité, n’en sont pas.

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04/02/2013

Jusqu'où ira l'arrogance des chasseurs?

L’arrogance des chasseurs vaudois n’a d’égal que leur haine de la faune sauvage, lorsque celle-ci trouve ses propres équilibres. Aujourd’hui, ils exigent de la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro qu’elle ordonne des tirs d’élimination d’un certain nombre de lynx sur le territoire du canton. Ils exigent aussi l’élimination du ou des rares lynx vivant sur le Plateau, celui-ci étant déclaré «inadapté à la présence permanente du lynx». Autre argument des chasseurs: les lynx mettraient en péril la… biodiversité ! Contribuerait-on donc à la biodiversité en éliminant les lynx, et les prédateurs en général?
Le discours des chasseurs et leurs exigences, aussi arrogantes que démesurées, doivent être fermement combattus, car ils ne reposent que sur du vent. Quelle autorité, dans le domaine de la biologie, a dit que le Plateau était «inadapté à la présence permanente du lynx», alors que manifestement, il y trouve son compte? Aucune, bien entendu: c’est une de ces affirmations gratuites et à l’emporte-pièce dont les chasseurs se sont fait une spécialité. Quels «dégâts» les lynx occasionnent-ils parmi les ongulés, sinon celui d’assainir le cheptel? Les chiffres de la chasse, qui comptent les pièces abattues par milliers, vont eux-mêmes à l’encontre des affirmations des chasseurs.
Et quand bien même, si les chasseurs tiraient moins de gibier? De quel droit ces personnes peuvent-elles exiger d’avoir chaque année, quoi qu’il arrive, le même nombre d’animaux sauvages à abattre? Cela démontre bien que la «régulation» qu’ils brandissent comme un talisman n’a en réalité qu’un seul objectif: leur assurer un nombre constant d’animaux à tuer, comme la Migros peut l’exiger par contrat d’un éleveur. Sauf qu’on ne gère pas la nature comme un élevage de porcs ou de poulets.
Il faut toujours revenir aux chiffres. Il y a dans le canton de Vaud quelque 800 chasseurs. Il représentent donc 0,1% de la population. Ce n’est pas beaucoup. Il est intolérable que cette infime minorité impose ses vues au 99,9% restant de la population vaudoise en matière de gestion de la faune sauvage – si tant est que vouloir gérer la faune sauvage ait un sens. Intellectuellement, c’est un non-sens. Contrairement à ce que pensent les chasseurs, les «autres» Vaudois ne sont pas des ignorants en matière de faune, ou des écolos forcément débiles, ou des pantouflards indifférents qui ne sortent pas de leurs tours urbaines. La faune du Pays de Vaud est celle de tous les Vaudois, elle leur appartient, et c’est à eux, cas échéant, qu’il faut demander s’ils veulent des mesures d’élimination de certains animaux. Cela relativiserait de manière très opportune le pouvoir exorbitant dont les chasseurs se sont emparés, parfois avec la complicité du monde politique.
Depuis son arrivée au Conseil d’Etat, Mme Jacqueline de Quattro fait l’objet d’un harcèlement récurrent de la part des chasseurs, qui pensent sans doute qu’étant une femme, elle est plus facile à intimider et à manipuler. Heureusement, et elle l’a déjà montré par le passé, Mme de Quattro n’est pas femme à se laisser impressionner. Les Vaudois savent qu’ils peuvent compter sur elle pour défendre leurs intérêts à tous, plutôt que ceux d’une minorité vociférante.
Il est temps que les chasseurs en rabattent, et que parallèlement, les Vaudois s’expriment. Notre faune n’est pas en très bon état, la biodiversité s’effiloche à grande vitesse, notamment à cause du déséquilibre artificiellement maintenu par l’élimination des prédateurs. Ceux-ci sont, de plus, gravement menacés par la nouvelle ordonnance fédérale sur la chasse, introduite en catimini et sans le moindre débat public, l’an passé, à la demande des chasseurs. Il faut donc se battre pour protéger ce qui peut l’être encore, et opposer une ferme fin de non-recevoir aux lamentations de ceux qui veulent éliminer nos rares lynx. (1)

1. Rappelons à ce propos qu’on peut s’engager en signant l’initiative fédérale Pour la protection des grands prédateurs. Des listes sont disponibles auprès de Pro Fauna.

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02/02/2013

Ueli Maurer, un président de rupture

Ueli Maurer sait que les grands médias, notamment le service public, n’attendent que l’occasion de le fusiller, et de préférence dans le dos. Or pour l’heure, le Président de la Confédération semble bien parti pour être un président surprenant et populaire, loin de la déprimante grisaille de ses prédécesseurs, ce qui ne fait qu’attiser l’agressivité à son endroit.
À l’occasion de ses vœux de Nouvel An en français approximatif, on avait déjà tenté de monter un scandale, mais l’opération avait fait long feu: les gens ont trouvé cela plutôt touchant! Son discours au Forum de Davos, qui présentait une image positive de la Suisse, et mieux encore, une Suisse fière d’être ce qu’elle est, a agacé les gardiens de la pensée dominante: comme on était loin de cette Suisse qui, selon eux, devrait s’excuser d’exister, d’être prospère, d’être indépendante. Là aussi, Maurer a marqué des points de popularité.
Nouvelle tentative de déstabilisation dimanche soir: dans son 19:30, la RTS a profité de la Journée en souvenir des victimes de l’Holocauste pour parler, non pas de la journée en elle-même, mais des prétendues omissions du président dans son discours. Ueli Maurer a mis en avant l’engagement de la Suisse à l’époque, devenue “un refuge pour de nombreuses personnes menacées et traquées” – ce qui est parfaitement conforme à la vérité historique.
Il n’en fallait pas davantage pour que la RTS consacre l’essentiel de la séquence aux “oublis scandaleux” d’Ueli Maurer, comme si ladite séquence n’avait été programmée que pour pouvoir l’attaquer. En effet, les médias s’intéressent rarement aux manifestations commémoratives, mais en l’occurrence, c’était une belle occasion de descendre le président UDC. Les journalistes de la RTS sont donc, comme d’habitude, allés consulter leur mentor, l’historien d’extrême-gauche Hans-Ulrich Jost, qui a dénoncé “un scandale”, à l’unisson avec, paraît-il, “d’autres historiens”, dont on ne connaîtra pas le nom, hélas!
Jost a, comme de coutume, dit tout le mal qu’il fallait penser des autorités suisses de l’époque – on est tellement plus intelligent trois quarts de siècle après les événements. Ueli Maurer aurait-il donc dû refaire toute l’histoire de la Suisse pendant la Deuxième Guerre mondiale? Ce n’était évidemment pas le but d’un tel discours.
Mais qu’importe, tant cela est petit et mesquin. Malgré les pièges et les chausse-trappes, Ueli Maurer fera probablement un parcours sans faute, de manière très personnelle et inattendue. Mais surtout, et c’est là l’essentiel, il sera un président de rupture: celle qui rendra aux Suisses la fierté d’être ce qu’ils sont, celle qui les débarrassera du fardeau de culpabilité et de honte dont on les chargés pendant des années, celle enfin qui osera s’opposer de front à la tyrannie du politiquement correct auquel, jusqu’ici, nos présidents se sont hélas soumis.

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22/01/2013

La tempête arrive, et il n'y pas de pilote dans l'avion

Il souffle un vent mauvais sur la place financière suisse – et sur la Suisse toute entière. Entre les banquiers privés qui veulent casser le secret bancaire pour un plat de lentilles, et le gouvernement qui précède les demandes des pays voisins, les Suisses ont des raisons d’être inquiets.
Il y a quelques mois encore, le secret bancaire était une forteresse imprenable: “Non négociable”, disait-on d’une voix ferme. Mais ces mâles résolutions, assez ridicules avec le recul puisqu’on ne s’en donne pas les moyens, ont volé en éclats. Le Conseil fédéral et la Ministre des finances multiplient les déclarations ambiguës, laissant entendre que l’échange automatique d’informations serait finalement envisageable, dans le grand marchandage en cours avec l’UE: voici la base de données des comptes bancaires, servez-vous! Ils sont encouragés en cela par les banques, et en particulier par les banquiers privés, qui paraissent quelque peu aux abois, et sont prêts à tous les sacrifices pour pouvoir aller faire des affaires librement sur le marché européen.
Il faut admettre cette réalité: dans le dossier fiscal avec ses voisins, la Suisse patauge. Elle n’a aucune ligne, se laisse porter par le vent, bref, il n’y a pas de pilote dans l’avion. Au moment d’aborder une tempête, c’est angoissant. Car il ne faut pas se leurrer: la Suisse a bientôt fini de tirer sa prospérité de son attractivité fiscale. Il y a plusieurs raisons à cela.
La première est que les conditions offertes par la Suisse aux exilés fiscaux est de moins en moins attractive. Entre le coup de force français sur les successions, qui a passé comme une lettre à la poste, et les tours de vis donnés au forfait fiscal par les cantons, en attendant l’échange automatique d’informations sur lequel on cédera, bien entendu, les candidats à l’exil fiscal commencent à réfléchir. Eux qui détestent plus que tout l’insécurité, considèrent que la Suisse n’est plus un refuge sûr et fiable. La Belgique, Londres et d’autres pays ne changent pas leurs lois comme de chemise, et ne se couchent pas dès que Paris ou Berlin haussent le ton.
Vous n’y croyez pas? Vous pensez que la Suisse reste un refuge fiscal envié et inexpugnable? Lisez donc l’excellente enquête du magazine Le Point du 17 janvier. Ce titre par exemple: “La Suisse n’est plus ce qu’elle était”. On y apprend que les conditions sont de moins en moins attractives, que la taxation des successions touchera les résidents français en Suisse, que pour bénéficier du forfait il faut beaucoup de temps et les services d’un avocat, alors que les choses sont plus simples et plus rapides à Londres ou en Belgique. Voici ce qu’écrit l’hebdomadaire français: “Le statut de refuge fiscal de la Suisse est sérieusement entaché. Certes, elles défend encore corps et âme le secret bancaire, mais elle accorde de multiples concessions qui sèment le doute. (…) Entre janvier 2007 et septembre 2012, les avoirs étrangers en Suisse ont ainsi chuté de 24%, selon la Banque nationale suisse.”
Il faut faire très attention à ces évolutions très rapides, et cesser de croire que rien ne changera jamais. Les exilés, qui ne sont pas que fiscaux, prennent des décisions rapides. Les finances publiques des cantons pourraient en pâtir rapidement. Mais pas seulement les finances: l’exemple de la France montre que ce ne sont pas seulement les riches qui partent à Londres, à Los Angeles ou à Hong-Kong. Ce sont surtout les jeunes, bien formés, ambitieux et créatifs, qui s’en vont, privant leur pays de leur dynamisme, de leurs entreprises et des emplois qu’elles vont générer. Selon un cabinet spécialisé à Londres, cinquante demandes arrivent chaque jour pour créer des start-ups – il suffit, paraît-il, d’un quart d’heure et de 15 livres sterling pour créer une société. Diabolisés dans leur pays, accablés d’impôts et de charges avant d’avoir planté le premier clou, les jeunes entrepreneurs français trouvent un terreau extrêmement favorable de l’autre côté de la Manche, ou ailleurs dans le monde.
La France socialiste s’enfonce délibérément dans le marasme et nous, en Suisse, ricanons du haut de notre historique Schadenfreude envers notre voisin. Veillons pourtant à ce que nous ne suivions pas le même chemin! Si les grandes entreprises étrangères délocalisent parce que le climat devient incertain en Suisse, si les exilés fiscaux au forfait s’en vont, nous verrons aussi filer nos jeunes talents, nos belles rentrées fiscales et, pour finir, notre prospérité. Et à ce moment-là, qui va boucher les trous des caisses publiques, croyez-vous?¨

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23/08/2012

Attention, dérive antidémocratique !

En reportant au 1er janvier 2013 l’entrée en vigueur de l’article constitutionnel sur les résidences secondaires (Initiative Weber), le Conseil fédéral montre qu’une fois de plus, il agit non pas en fonction des intérêts supérieurs du pays, mais en fonction des pressions exercées sur lui.

«Pragmatisme sous pression»: cette judicieuse formule est du professeur de droit constitutionnel Michel Rossinelli. Jeudi matin sur La Première, il a expliqué de manière particulièrement claire combien l’ordonnance du Conseil fédéral sur l’initiative Weber était malheureuse et surtout, indéfendable du point de vue du droit.
Il a notamment rappelé qu’une ordonnance, par rapport à une norme constitutionnelle, était de bien peu de poids, une péripétie. Voilà pourquoi ceux qui se rengorgent aujourd’hui d’avoir fait plier le gouvernement risquent bien de se retrouver le bec dans l’eau dans quelques mois, avec leurs centaines de projets de résidences secondaires déposés à la hâte, forcément mal fichus, catastrophiques pour le paysage, et donc en violation flagrante de la volonté populaire. Mais qui se soucie encore de la volonté populaire? En tout cas pas le Conseil fédéral.
Il ne faut pas trop compter sur les autorités communales pour faire le tri parmi ces projets – elles font, elles aussi, du «pragmatisme sous pression». En revanche, les juges sont, en principe, tenus à une plus grande attention au droit. Et c’est là que les choses vont se gâter pour ceux qui voudraient, vite, parachever l’enlaidissement des stations que chacun connaît. Mais attendons les premiers jugements, et les arrêts du Tribunal fédéral pour y voir plus clair: la méfiance devient telle qu’on en vient à douter parfois aussi de l’indépendance de la justice…
Ce nouvel épisode confirme ce qu’on savait déjà, savoir que le Conseil fédéral prend largement ses aises avec le droit et avec la morale, dès lors que les lobbies ou des États étrangers lui font les gros yeux. Il cède, ou renvoie la balle à d’autres instances, en l’occurrence les tribunaux, qui se préparent quelques années de surchauffe. Le professeur Rossinelli rappelait l’époque où la Confédération pouvait s’appuyer sur des juristes de haut vol, qui avaient les épaules suffisamment larges pour se faire entendre du gouvernement. En clair, leur avis était décisif, et le politique s’y pliait. Les juristes actuels de la Confédération sont probablement des personnes compétentes, mais si elles savent se faire écouter, elles ne sont manifestement plus entendues. Lorsque les lobbies parlent, leurs avis deviennent quantité négligeable.
Cela signifie qu’au yeux du Conseil fédéral, le droit, la Constitution, les lois sont une chose, mais que la politique en est une autre. Au nom de quoi on peut sans états d’âme bafouer nos propres lois – sur la protection des données par exemple –, et bafouer la volonté populaire.
Cette forme de démission du Conseil fédéral face à des responsabilités trop lourdes à porter est dévastatrice. Les lobbies comme les États étrangers ont parfaitement compris le message. Sachant le gouvernement faible et impressionnable, ils s’enhardissent, accroissent la pression, et finalement obtiennent tout ce qu’ils veulent.
Les Suisses ne veulent pas d’un pays dirigé par les lobbies, ou des juges et des administrations fiscales étrangères. Par la faute du Conseil fédéral actuel, la Suisse entre lentement dans une dérive antidémocratique, où le pouvoir passe lentement du peuple à des forces souterraines et occultes. Attention, danger !

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13/08/2012

Widmer-Schlumpf, l'esprit de Vichy

 

Comment un État peut-il collaborer à la dénonciation de ses propres citoyens à une puissance étrangère, et à la transmission de données confidentielles? De tels agissements ne se sont plus vus depuis le régime de Vichy.
Certes la comparaison est forte, mais elle n’est pas absurde. Dans les deux cas l’État, normalement sensé protéger ses propres citoyens, s’est mis au service d’une puissance étrangère qui l’exigeait. Voici donc des milliers de citoyens suisses, fidèles employés de leur banque, balancés, donnés en pâture aux officines fiscales américaines, dont on connaît l’activisme paranoïde. Pour eux c’est clair: pour le restant de leurs jours, ils ne mettront plus les pieds aux Etats-Unis – sauf à ne plus en sortir – et même des voyages en Europe pourront s’avérer à hauts risques, si l’IRS veut absolument arracher leur témoignage pour coincer un fraudeur.
On aurait pu attendre de la part du Conseil fédéral une attitude non seulement plus courageuse face aux prétentions américaines, mais tout simplement morale et responsable à l’égard de ses propres citoyens. Au lieu de quoi, on se couche devant des demandes de plus en plus exorbitantes, on consent à une collaboration indigne, quitte à chercher des excuses par la suite, quitte à recourir au sempiternel «ce n’est pas de ma faute».
Mme Widmer-Schlumpf est devenue une spécialiste du genre, n’hésitant pas à accuser les banques, après les avoir encouragées à sacrifier leurs employés. Ainsi, au fil des jours, on apprend qu’elle manipule sans cesse son monde, dit des demi-vérités et de vrais mensonges, pour camoufler l’enchaînement vertigineux des abandons et des trahisons.
Car il n’y a pas que les employés des banques à être sacrifiés sur l’autel fiscal: il y a les résidents français en Suisse, et les Suisses propriétaires en France, assurés que leurs bien immobiliers seront désormais soumis aux prélèvements confiscatoires de l’impôt français sur les successions. La France l’a exigé ? Alors on dit oui, en prétextant que cela aurait pu être bien pire ! C’est la diplomatie de la trouille, Maréchal nous voilà !
Enfin, il y a ce projet d’accord avec l’Allemagne qui risque de plus en plus de capoter, tandis que des employés-félons s’en mettent plein les poches en vendant les clients de leur banque à l’Allemagne. Combien d’arrestations en Suisse, à ce jour ? Aucune puisque, selon les services de Mme Widmer-Schlumpf, «aucun achat de CD contenant des données bancaires n’a été officiellement confirmé.» C’est sûr, les voleurs et le fisc allemand vont faire à chaque nouveau CD une déclaration officielle à Berne…
Bref, dans la panade où se trouve la Suisse, on réalise que Mme Widmer.Schlumpf agit en roue libre, confisque le pouvoir du Conseil fédéral, agit seule en son nom, et dissimule une partie de ce qu’elle fait tant qu’elle le peut. Comme le disait un avocat genevois, une conseillère fédérale a dû démissionner pour un mensonge bien plus anodin.
Le Conseil fédéral est collectivement responsable de ce qui se passe. Et dans celui-ci, le ministre des Affaires étrangères porte une lourde responsabilité. Le comportement de Didier Burkhalter est stupéfiant, et totalement insuffisant. Que voit-on ? La Suisse est dans les plus grandes difficultés avec ses principaux partenaires – l’Union européenne, les Etats-Unis, l’Allemagne – mais le ministre des affaires étrangères n’existe pas: il fait le Calmy-Rey au Moyen-Orient, essaie de vendre des bons offices dont personne ne veut, joue de la harpe humanitaire. Est-il chargé des relations publiques de la Confédération ?
Il est évident que Didier Burkhalter devrait être sans cesse entre Berlin, Washington et Bruxelles, à mouiller sa chemise pour mettre de l’huile dans les rouages, à convaincre, à expliquer, bref, à construire la politique étrangère de la Suisse, s’il en existe une – c’est son boulot. Au lieu de quoi, il a abandonné cette tâche essentielle à une ministre des finances qui perd les pédales, et court après les départs de feu qui se succèdent. Comment peut-il accepter cela, une telle mise à l’écart ? Et comment le Conseil fédéral peut-il accepter qu’un ministre confisque ainsi ses prérogatives collégiales, qui plus est pour aligner les bourdes?
M. Burkhalter peut encore se rattraper, en prenant conscience de la tâche qui est la sienne, et en la prenant enfin en mains; s’il laisse aller, ce sera une faute politique grave. Quant à Mme Widmer-Schlumpf, il faut que le Conseil fédéral, puis le Parlement, l’auditionnent, et tirent les conclusions qui s’imposent.
Car de toute évidence, Mme Widmer-Schlumpf dessert les intérêts de la Suisse et des Suisses. Il ne faut pas citer Churchill à toutes les sauces, mais en l’occurrence sa plus célèbre phrase s’impose: «Vous aviez le choix entre le déshonneur et la guerre; vous avec choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre.» Car bien entendu, les Etats-Unis, l’Allemagne et l’UE poursuivront la guerre de plus belle, malgré, ou plutôt à cause, des abandons piteux de la Suisse. Cela, c’est une certitude.

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11/07/2012

Ours, lynx et loups doivent être protégés: signez l’initiative

Les prédateurs que sont le loup, le lynx et l’ours ont leur place dans notre pays. Ils y étaient avant nous, et constituent un chaînon essentiel de la biodiversité. Il faut signer l’initiative visant à les protéger.
La population suisse est massivement favorable à la présence de ces animaux sur notre territoire. On le comprend: on ne peut pas parler de biodiversité si on en exclut des acteurs essentiels.
Comment se fait-il alors qu’ils soient de plus en plus menacés? C’est hélas bien simple: dans notre pays, la gestion de la faune n’appartient pas aux services publics concernés ni aux scientifiques, elle est entre les mains d’un lobby qui représente moins de 0,1% de la population: les chasseurs. Ce sont eux qui ont obtenu du Conseil fédéral que la Suisse engage une procédure pour se retirer de la Convention de… Berne, un traité international de protection du loup. Et ce sont eux qui ont obtenu une révision de l’ordonnance sur la chasse, favorable à leurs activités bien entendu.
Contrairement à une propagande soigneusement entretenue, les chasseurs ne contribuent pas à une saine gestion de la faune sauvage, au contraire: en éliminant les prédateurs ils créent de graves déséquilibres; puis, en chassant les plus beaux spécimens (pour les trophées…), ils contribuent à l’appauvrissement génétique des populations d’ongulés. Les prédateurs, au contraire, prélèvent les animaux malades et âgés, favorisant ainsi la reproduction des individus les plus sains et les plus forts.
Il faut dire que ces prédateurs, le loup particulièrement, occupent une niche très importante dans les écosystèmes. Dans certains grands parcs canadiens, des loups ont été réintroduits parce que les populations de cerfs devenaient incontrôlables.
Le loup, en effet, influence à la fois les autres prédateurs, leurs proies, les nécrophages (les animaux qui se nourrissent d’animaux morts), et même la végétation, en réduisant la pression des ongulés. «La compétition du loup avec d’autres prédateurs pour le territoire peut faire augmenter le niveau de la biodiversité: si par exemple les populations de prédateurs plus petits diminuent, leurs proies potentielles s’en trouvent favorisées, comme les oiseaux et les micro-mammifères. Les restes de prédation abandonnés par les loups peuvent être consommés par de nombreuses autres espèces, ce qui contribue à la biodiversité à différents niveaux», explique Ramona Viterbi, collaboratrice scientifique au Parc national du Grand-Paradis, au Val d’Aoste – où il y a des loups !
Bien sûr, la présence retrouvée de grands prédateurs dans nos forêts n’ira pas sans difficultés puisque, après les avoir exterminés, nous nous sommes habitués à occuper une nature déséquilibrée. Ce qui a permis, entre autres, l’invasion des Alpes par des quantités aberrantes de moutons, souvent abandonnés à leur sort dans la montagne puisqu’ils produisent surtout des subventions. Mais comme tout changement, celui-ci suscitera forcément aussi des solutions, qu’il faudra développer et financer – rien là d’extraordinaire.
La Suisse ne peut pas d’un côté tenir de fiers discours sur la biodiversité, et d’un autre empêcher le retour des prédateurs naturels, piliers de cette biodiversité. Il faut donc soutenir l’initiative de Pro Fauna, la signer et la faire signer. On peut télécharger des feuilles de signature ICI.
Habitées de leurs prédateurs naturels, nos forêts ne seront pas plus dangereuses, mais elles seront plus belles, car plus riches et plus vraies – de vraies forêts, génératrices d’émotions et de découverte.

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17/01/2012

Les Réformés doivent relever la tête

Dans un monde en perte de repères, les Réformés ont quelque chose à dire. Encore faut-il qu’ils retrouvent la fierté de s’affirmer, et de ne pas céder sur l’essentiel: tout n’est pas égal à tout. Tel est le message des pasteurs Eric Fuchs et Pierre Glardon, dans un formidable livre de combat*.
Savez-vous ce qu’est l’acédie ? Cette disposition se caractérise par la paresse spirituelle, le renoncement à un minimum d’ascèse, le refus de l’effort inscrit dans la durée, le consentement irréfléchi à l’activisme, l’éternel désir d’un ailleurs. L’acédie, c’est un mal qui ronge clairement l’Eglise réformée.
Comme celle-ci serait utile, pourtant, en ces temps d’acédie généralisée, pour apporter aux femmes et aux hommes de ce temps les réponses spirituelles qui leur font tant défaut – à leur insu souvent, d’ailleurs !
Le constat posé par les pasteurs et professeurs Eric Fuchs et Pierre Glardon, dans leur livre est impitoyable. Impitoyable, mais hélas juste. Voici quelques jalons posés par les deux auteurs.
L’Eglise réformée se demande désespérément pourquoi son message paraît de plus en plus récusé, pourquoi elle peine à ce point à séduire et à rassembler, pourquoi tant de fidèles ont déserté. Mais elle cherche les réponses ailleurs que là où il le faudrait, de peur peut-être de devoir se poser les vraies questions; bref, elle tourne autour du pot, et cherche des solutions auprès de spécialistes de la gestion RH ou de la communication, de juristes, de sondeurs d’opinion. Et les auteurs d’ironiser: «Puisqu’une église est un fournisseur de prestations, que peut-on faire pour améliorer le produit et, si l’on ose dire, sa «commercialisation»? Cette approche ne peut apporter aucune solution durable et sera, quoi que l’on pense, vouée à l’échec tant que l’on ne prendra pas la peine de s’interroger spirituellement.»

Le déni et le deuil

Pour Fuchs et Glardon, nos Eglises souffrent non seulement d’acédie, mais encore de déni et de deuil. Qu’entendent-ils par là? Le déni, c’est le refus de se confronter à une réalité pénible: «Nous pensons que (…) nos Eglises sont dans le déni lorsqu’elles refusent de prendre acte de la pauvreté, voire de l’insuffisance, d’un certain nombre de leurs prestations, dans les domaines prédicatifs, catéchétiques, formatifs, liturgiques, etc…»
C’est que les communautés et les pasteurs se dispersent et s’égarent dans des «activités» innombrables, jonglent avec l’agenda, délaissent la prière pour les plannings et les rapports… Surchargés et dépassés par la tâche, ils n’ont plus le temps de se nourrir spirituellement, de se remettre en question et d’évoluer.
Le deuil dont parlent les auteurs, et auquel sont confrontés les Protestants, c’est celui d’un passé réformé structuré, dont l’influence s’est aujourd’hui effondrée; c’est aussi le deuil d’une certaine crédibilité, qui débouche parfois sur une mésestime de soi; c’est enfin la perte d’une vie communautaire engageante, face à un avenir incertain.

A quoi sert une théologie post-libérale et agnostique ?

Les pasteurs Fuchs et Glardon sont particulièrement sévères à l’égard de la décision du professeur Pierre Gisel de couper la Faculté de théologie de l’Université de Lausanne de ses racines chrétiennes – en quoi on est libre de voir une authentique trahison des clercs. En effet, depuis 2010, elle «n’est plus une Faculté organisée en fonction du christianisme». C’est une énormité, mais qui ne suscita guère de réactions dans la société vaudoise et au ministère des cultes – un accès d’acédie, sans doute… Analysant la démarche du doyen Gisel, le pasteur Shafique Keshafjee (cité par les auteurs), remarquait que la théologie de Gisel, «à la suite de Platon, est devenue philosophique et ne se veut plus chrétienne.» Or, une telle démarche ne peut que générer une perte d’identité, analysait-il: Si une théologie post-libérale et agnostique devait «sans autre être reproduite dans une Eglise (…), la perte de l’identité chrétienne de cette Eglise n’en serait qu’accélérée.»
Une des conséquences de la «déchristianisation» de la Faculté de théologie est une formation insuffisante des pasteurs, dont les diplômes pourraient n’être plus reconnus dans d’autres cantons. Et là, Fuchs et Glardon tirent le signal d’alarme, surtout lorsque une faculté accueille des gens qui visent à détruire l’institution: «Face à ce que nous considérons comme des dérives par rapport à la foi et à la théologie réformée, nous réagissons comme Luther, invoquons la clause de conscience: «Non possumus».Dans ce sens, si la Faculté – ou tel enseignant de la faculté – n’est plus en état d’apporter ni aide, ni exemple, ni lumières à un ministre en ces domaines, l’Eglise se doit d’autant plus de prendre le relais que la formation professionnelle de douze mois qu’elle dispense ne pèse pas lourd face aux cinq à six années passés sur les bancs de l’Académie.»

Oser s’affirmer, car tout n’est pas égal à tout

Pour Fuchs et Glardon, l’avenir des Réformés est dans un retour aux sources, aux valeurs spirituelles, à l’Evangile, et à l’affirmation de soi. «Après des années de silence et de tolérance molle, le temps est venu pour les réformés de s’interroger sur ce qu’ils défendent et ce dont ils se distancent désormais, sur les conférenciers qu’ils invitent, et sur ceux au services desquels il n’est plus nécessairement pertinent de recourir régulièrement pour contribuer à l’édification du peuple de l’Eglise. Sur les fondements qu’ils entendent se donner et ceux qu’ils récusent désormais. Le postmodernisme implique aussi – soyons cohérents – dans un monde à ce point multiculturel et multireligieux, la volonté, le droit et la capacité de s’affirmer face à d’autres, voire les contester si besoin est.»
Ce besoin d’affirmation de soi, qui n’est jamais que la manifestation courageuse d’une Foi, doit aussi se traduire dans les rapports à l’Autre, et aux autres religions. Les pasteurs Fuchs et Glardon osent le dire, et on les en remercie: «Le christianisme réformé de demain, s’il veut perdurer, ne peut ainsi que redevenir plus apologétique et plus polémique qu’il ne l’est aujourd’hui. Il est des compréhensions de la théologie, du pluralisme, du multitudinisme, de la déontologie et de l’éthique, voire de l’oeucuménisme, et du dialogue interreligieux auxquels il convient désormais de s’opposer en toute charité: tout n’est pas égal à tout.»
Les réformés, porteurs d’un message «spécifique et irremplaçable», selon André Gounelle, doivent absolument «retrouver une réelle fierté à le communiquer dans un monde en totale perte de repères. Ils peuvent parfaitement le faire, non de manière déguisée (en évoquant des «valeurs chrétiennes à portée universelle»), mais bien comme disciples de Jésus de Nazareth (reconnu comme Christ), et comme membres d’Eglises qui se savent responsables de partager – à temps et parfois à contretemps – une Parole interpellante de remise en cause et de libération face à toutes les idoles et à tous les asservissements du temps. Paroles débouchant immanquablement sur une éthique.»

Une immense soif de repères

Cette affirmation d’un «message spécifique et irremplaçable» est fondamentale en effet, puisque, comme le soulignent les pasteurs Fuchs et Glardon, notre société souffre d’une dramatique pertes de repères. Nous sommes dans une société «hyperpermissive, dont les modèles structurants (véhiculés par la télévision, les affiches et les magazines) ne sont plus de patriarches bibliques, des héros grecs ou des saint(e)s, mais des people, des traders, des actrices et acteurs de cinéma, des animateurs TV, des footballeurs, idoles d’un moment.»
L’absence de repères n’est pas une libération, car l’individu sans repères et sans valeurs est mûr pour toutes les manipulations. Beaucoup de nos contemporains souffrent profondément de cette perte de repères, preuve en soi l’engouement dont jouissent les mouvements évangéliques, qui précisément proposent des repères – ou le choix du Général Guisan comme Romand du XXe siècle.
C’est à cette soif de sens et de valeurs que les Eglises réformées doivent répondre. Certes, elles se préoccupent beaucoup de la faim dans le monde, et multiplient les oeuvres caritatives; mais la faim de spiritualité de nos concitoyens est au moins aussi dramatique que la pénurie alimentaire en Afrique, et demande des réponses fortes, qui hélas ne viennent pas.

* Editions Ouverture, 2011.

Prochain article: Mariage, homosexualité… L’Eglise a-t-elle trop concédé ?

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03/11/2011

Maillard, homme d'Etat

Pierre-Yves Maillard a la carrure d’un homme d’État – espèce rare s’il en est. Au-delà des divergences idéologiques, les Vaudois ont tout à gagner de son accession au Conseil fédéral. Il faut donc soutenir sans réserves sa candidature.

Qu’est-ce qui fait un homme d’État ? Il n’y a pas de recette précise, et c’est tant mieux: un homme d’État (cela vaut aussi pour une femme, faut-il le préciser) s’impose et se perçoit comme tel, sans qu’on ait besoin de le mesurer à l’aune d’improbables paramètres. Disons qu’il doit avoir du charisme, verbal mais aussi physique, en ce sens que par sa seule présence, il crée une ambiance particulière et attire l’attention. Il lui faut une structure personnelle forte, fondée sur des valeurs acquises tôt, et défendues avec constance. Il faut un sens aigu et intuitif de l’intérêt général, et la volonté de s’y consacrer. Il faut une autorité naturelle positive, qui agit non pas par la crainte qu’elle inspire, mais par la motivation qu’elle suscite.
Pierre-Yves Maillard a ces qualités, et d’autres encore. En particulier, il a des traits de caractère propres à séduire les grands électeurs de l’autre bord – on pense en particulier à ceux de l’UDC. Comme eux d’une certaine façon, il est droit dans ses bottes, ce qui rassure: on sait à qui on affaire, en tout cas pas à une girouette. Il est certes prêt à transiger, comme tout membre d’un collège exécutif, mais pas au-delà de la limite qu’il s’est fixée, ce qui mettrait en cause ses convictions profondes. Il répugne aux manœuvres de couloir et aux magouilles électorales, qu’il semble juger – à juste titre – comme indignes de la fonction. Et il est capable de sortir de ses gonds, ce qui est toujours bon signe chez un dirigeant, preuve qu’il n’est pas un froid calculateur.
Le ministre vaudois de la santé cultive également des valeurs qu’on pourrait qualifier de conservatrices, dans le meilleur sens du terme, notamment en termes de souveraineté. Par exemple, il est assez à cheval sur l’auto-approvisionnement de la Suisse, à l’heure où tant de politiciens rêvent de liquider l’agriculture sur l’autel de la mondialisation, de l’intégration européenne et de l’urbanisation galopante. Écoutons ce qu’il disait le 2 novembre dans Le Temps:
«Le degré d’auto-approvisionnement brut était de 62% en 2008, en légère baisse. Le taux garanti devrait donc être fixé à peine au-dessous. Au moment où il est question d’augmenter le libre-échange, notre société doit affirmer qu’elle veut et peut produire une part notable de ce qu’elle consomme. Nous sommes confrontés à une industrialisation de la production agricole qui a généré des risques sanitaires et une augmentation des transports nuisible à l’environnement. Si une population ne peut pas se donner des garanties de sécurité alimentaire, sanitaire et sociale, si elle ne garde pas le contrôle sur une certaine part des biens et des services existentiels, alors elle ne dispose pas d’une vraie souveraineté.»
Sans doute, Pierre-Yves Maillard peut-il susciter des inquiétudes à droite, car il pèsera – quoi qu’il arrive – d’un poids décisif dans les futures orientations de la politique de santé, en particulier dans l’avènement, inévitable, de la caisse unique pour l’assurance de base. Mais certes: qui, à droite, peut encore décemment défendre la situation actuelle ? La droite ouverte et entrepreneuriale devrait être plutôt rassurée par sa vision en matière de développement énergétique, qui vise à dégager la piste pour les projets qu’il est indispensable de mettre en œuvre sans délais: moins d’obstacles administratifs, davantage de financement.
Depuis plusieurs années, le Conseil fédéral est réputé être un gouvernement faible. La première responsable de cette situation est l’Assemblée fédérale, qui choisit systématiquement des politiciens mous du genou, plutôt que des personnalités fortes susceptibles de lui résister – dernière victime en date: l’excellente Karin Keller-Sutter. Plus que jamais, notre gouvernement a besoin de leaders, plutôt que d’administrateurs doués. Il en va de sa crédibilité face aux citoyens, et face au reste du monde. En ce sens, la présence de Pierre-Yves Maillard au Palais fédéral serait un bienfait, qui apporterait, longtemps après le regretté Jean-Pascal Delamuraz, une présence vaudoise bien profilée au gouvernement, forte d’un mélange de retenue et de rondeur, d’efficacité et d’obstination, et surtout d’une vision politique à long terme pour le pays.

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30/10/2011

Nordmann et Cherix ou la tentation autoritaire


MM. Roger Nordmann et François Cherix, socialistes capricants, ont mis leurs forces en commun pour écrire un livre de trente-quatre pages et demi, en gros caractères, publié par les Editions Favre, sous le titre: "La Suisse ou la peur". Ils l'ont fait traduire en allemand, pour que nos Confédérés ne soient pas injustement privés du fruit de leur pensée.

Leur prose a séduit les médias – c'était le but, on y reviendra – mais dans des proportions qui laissent songeur. L'Hebdo, par exemple, leur a consacré un boulevard dont le lignage devait être du double ou du triple de celui du livre ! 24 Heures a aussi publié un gros article, et tout comme L'Hebdo, sans approche critique, juste la pommade. Et de grandes photos. Ah! Les photos ! MM. Normann et Cherix se sont fait photographier à Berne, dans des poses à la James Bond, tenant leur opuscule à la manière d'une arme à feu. Il semble que le profond ridicule de cette mise en scène leur ait échappé...
Mais venons-en au fond car, pour faire mentir l'odieuse calomnie selon laquelle les journalistes ne lisent pas les livres dont ils parlent, nous avons lu ce maigre poulet (au sens littéraire du terme), dans l'espoir d'y trouver matière à quelque féconde indignation. Hélas ! Ce n'est qu'une avalanche de lieux-communs, de postures politiquement correctes, de bavardage à la fois creux et grandiloquent, quelque part entre le maire de Champignac et Achille Talon – en moins rigolo. Voulez-vous des exemples ? Voici une phrase tirée de la partie rédigée par M. Cherix, qui s'adresse à nos compatriotes alémaniques: «Je vous propose d'élire une Assemblée constituante, qui discutera librement des institutions et soumettra aux citoyens des propositions globales et cohérentes. Marquer un temps d'arrêt dans le vie de la Confédération, analyser ses défauts, imaginer des solutions, voilà le défi nécessaire et passionnant. Ensemble, toutes cultures et visions réunies, nous pouvons aider la Suisse à franchir un nouveau seuil qualitatif.»
Écrasons une larme...
Si M. Cherix se sent investi d'une mission sacrée, à la manière du Major Davel entendant des voix, Roger Nordmann révèle un peu davantage des intentions profondes de son projet. D'abord, l'Assemblée constituante que les deux auteurs proposent apparaît comme une machine de guerre supposée mettre en échec l'initiative de l'UDC en faveur de l'élection du Conseil fédéral par le peuple (que d'éminents socialistes soutiennent par ailleurs, tels Pierre-Yves Maillard).
Mais il y a plus grave: malgré de prudentes circonlocutions, M. Nordmann s'engage en faveur d'une diminution radicale des pouvoirs des cantons, jugés exorbitants au point de museler le Conseil fédéral. Qui sait si, dans un deuxième temps, il ne s'agira pas de supprimer purement et simplement les cantons, structures jugées archaïques qui empêchent l'établissement d'un pouvoir fédéral fort. Rien de neuf à gauche au reste: il y a 25 ans déjà, Mme Yvette Jaggi qualifiait les cantons d'
encoubles. Car un Conseil fédéral fort pourrait enfin prendre, faut-il le dire, des décisions claires, ce qu'on peut traduire, à notre sens, par autoritaires.
En effet, Roger Nordmann rêve d'un Conseil fédéral aux pouvoirs étendus qui, comme dans un régime présidentiel, serait capable de «comprendre les besoins, conduire les changements, défendre l'intérêt général et anticiper les défis à venir. (...) La Suisse a urgemment besoin d'un gouvernement capable de donner des orientations.»
Cet appel à un pouvoir central fort, qui suivrait l'éradication du fédéralisme, se double d'une tendance plus sournoise, si sournoise que nos auteurs ne l'abordent pas de front: c'est le démantèlement des droits populaires. Car pour MM. Nordmann et Cherix, la démocratie directe est comme le fédéralisme: une institution qui a rendu des services, mais qui est devenue obsolète, car elle empêche le Conseil fédéral de gouverner seul et de «conduire les changements.»
Une phrase de M. Cherix a de quoi inquiéter à cet égard: «La facilité avec laquelle il est possible de convoquer le peuple pour lui soumettre n'importe quelle modification de la Constitution, même dangereuse pour la dignité humaine, n'est plus adaptée au 21e siècle; (...) le droit d'initiative est en train de devenir une farce inquiétante. Nous savons bien vous et moi qu'il ne suffit pas qu'une décision soit prise à la majorité pour qu'elle soit légitime; encore faut-il qu'elle ne détruise pas les principes et le cadre qu'elle prétend servir.» Est-ce assez clair? Demain, c'est du parti socialiste que viendront les attaques contre la démocratie directe.
Résumons: nos auteurs veulent un Conseil fédéral fort, débarrassé de toute
encouble – les cantons, le peuple, voire le parlement. Pour faire quoi? Anticiper et «relever les défis», comme disent les politiciens fatigués ? En réalité, il s'agit de donner les mains libres au Conseil fédéral pour nous pousser dans l'Union européenne, sans possibilité de résistances cantonales ou populaires. C'est dans ce but que ces deux messieurs se répandent dans la presse, pour petit à petit convaincre le peuple que la Suisse se trouve dans une impasse institutionnelle.
Actifs tous deux dans ce qu'on appelle la
com, ils savent très bien que les médias, qui sont du même bord qu'eux, sont beaucoup plus vulnérables au discours anti-suisse que le peuple, qui a davantage de jugeotte. C'est pourquoi ils ont ciblé – avec succès – les grands médias, sachant d'avance qu'il suffit de se montrer critique envers les institutions suisses, et de parler d'Europe, pour qu'un magazine comme L'Hebdo vous offre dix pages de promotion; avec, si tout va bien, l'appui d'un édito du rédacteur en chef – voire, adoubement suprême, un édito de Jacques Pilet !
Leur espoir est qu'à force d'entendre parler d'
impasse institutionnelle, les Suisses finissent par croire que c'est vrai, et qu'ils se prêtent alors au démantèlement de leurs propres droits démocratiques, courbent l'échine et passent sous les fourches caudines de l'Union européenne, qui nous fera payer cher notre fierté passée car, selon Roger Nordmann, la Suisse se conçoit «en opposition à l'Europe et au reste du monde, dans une névrose oscillant entre la paranoïa et un complexe de supériorité trahissant davantage d'angoisse que de confiance. La xénophobie, le nationalisme, l'autocélébration sont devenus le langage commun, comme si la Suisse pouvait être une île de bonheur et de prospérité au milieu d'un océan d'échecs et de médiocrité.»
Il n'y a qu'une seule réponse à donner à MM. Nordmann et Cherix, qui manifestement n'aiment pas la Suisse telle qu'elle est, et telle que la veulent la majorité des Suisses: oui, la Suisse est une île de bonheur et de prospérité au milieu d'un océan d'échecs et de médiocrité, il suffit de regarder autour de nous. Et elle le restera tant qu'une majorité se lèvera pour dire non aux incendiaires.

Philippe Barraud
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