18/10/2015

Le plus méconnu de nos grands savants

Jean-Philippe Loys de Cheseaux est le plus méconnu des grands savants vaudois et suisses: aucune biographie ne lui avait été consacrée à ce jour. C’est désormais chose faite !

Mis à part un article paru dans le Bulletin de la Société vaudoise des sciences naturelles en 1913, il n’existait jusqu’à aujourd’hui aucuneProjet couverture_réduitpublication rassemblant ce que l’on sait sur ce jeune prodige, mort à 33 ans après avoir produit un nombre impressionnant de travaux scientifiques, mais aussi après s’être engagé fortement au secours des protestants de France.
Formé par son grand-père, Jean-Pierre de Crousaz, philosophe et pédagogue connu dans toute l’Europe savante, le jeune Jean-Philippe voit ses premiers essais de physique publiés par l’Académie des sciences, à Paris, alors qu’il n’a que 17 ans !
Il impressionnera encore davantage le monde scientifique du continent avec ses travaux sur la comète de 1743, qu’il découvrit un soir de décembre de cette année-là. Adepte de Newton – ce qui n’allait pas de soi en ce 18e siècle encore cartésien – Loys de Cheseaux calcule la trajectoire prévisible de la comète pour les mois à venir, et envoie aussitôt ses calculs et ses dessins aux principaux astronomes d’Europe. A leur grande surprise, la comète suit fidèlement la route que lui a tracée le jeune homme. Cet exploit lui vaut l’admiration de ces savants, et débouche sur la publication très rapide du Traité de la Comète qui le rendra célèbre, un ouvrage remarquable non seulement par sa richesse scientifique et l’autorité éclatante de l’auteur, mais aussi par son souci d’être compris du plus grand nombre: Jean-Philippe Loys de Cheseaux a pris le soin d’écrire une première partie destinée à «ceux qui n’entendent pas les mathématiques».
Avant sa trentième année, Jean-Philippe Loys de Cheseaux avait été associé aux plus grandes académies européennes; l’Impératrice de Russie lui avait proposé un pont d’or pour devenir directeur de l’Observatoire de St-Pétersbourg – ce qu’il refusa, pour des motifs divers que le livre explicite. Il avait aussi découvert plusieurs nébuleuses et autres amas d’étoiles, grâce en particulier à une acuité visuelle exceptionnelle; calculé l’altitude du Mont-Blanc avec une méthode autre que la trigonométrie; établi une magnifique carte de la Suisse – publiée anonymement et reproduite dans le livre – pour l’historien Loys de Bochat; écrit de nombreuses dissertations dans le domaine de la physique.
Mais à côté de ses travaux scientifiques, Jean-Philippe Loys de Cheseaux s’était plongé dans ce qu’on appelait alors l’astronomie transcendante, autrement dit, l’art d’utiliser les mathématiques pour expliciter les prophéties de la Bible, notamment celles, chiffrées mais particulièrement obscures, de Daniel. Newton lui-même s’y était essayé.
Protestant fervent, Cheseaux consacra beaucoup d’énergie à soutenir ses coréligionnaires de France, férocement persécutés et dont les pasteurs, qui encouraient torture et pendaison, allaient de communauté en communauté, cachés et déguisés. Des centaines d’entre eux furent formés au Séminaire de Lausanne, que Cheseaux présida, et dont les comptes ultra-secrets étaient tenus par des banquiers genevois qui avaient nom Pictet, Lullin…
Fils du Banneret Loys de Cheseaux, Jean-Philippe n’en était pas moins proches de ses gens et de ses paysans, veillant à leur instruction et à leur santé. Il était aussi engagé dans la vie intellectuelle lausannoise, puisqu’il participa assidûment aux séances de la Société du Comte de la Lippe, un jeune prince allemand venu, comme tant d’autres, recevoir sa formation de futur souverain à Lausanne.
Son premier voyage, à Paris, qu’il raconte dans des lettres pleines de fraîcheur, fut aussi le dernier: lui qui avait une santé particulièrement fragile se dépensa sans compter entre les milieux scientifiques et ses amis protestants, avant de mourir entouré d’eux, le 30 novembre 1751. Il sera enterré le lendemain, de nuit, et n’eut même pas l’honneur d’une pierre tombale: celle que voulaient lui offrir ses amis fut refusée.

Pour en savoir plus et commander le livre: www.loysdecheseaux.ch

 

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