28/07/2015

Un lynchage médiatique estival

Une étrange coalition de journalistes et de caciques de l’UDC exige la tête de la présidente de l’UDC Vaud. Qu’elle cède serait désastreux pour l’image de la politique. Faire face, résister, voilà la seule attitude possible.

Fabienne Despot n’a pas de chance: c’est l’été, les médias n’ont rien à se mettre sous la dent, même Paleo est fini. Il y a bien les pompages d’eau française par l’armée suisse, une bonne occasion de taper sur l’armée que la presse ne va pas rater, mais enfin, on voit bien que la mayonnaise ne prend pas. Alors, on tartine sur l’affaire Despot, comme si c’était une affaire d’Etat. Normal: après tout, il s’agit de l’UDC, l’autre tête de turc des médias, on peut se lâcher dans les rédactions. A considérer le temps d’antenne consacré par les dames de La Première à faire pression sur Mme Despot, par interlocuteurs peu bienveillants interposés, on serait porté à croire que le destin du canton de Vaud est en jeu, et que sa démission serait un sacrifice pour la patrie.
La présidente de l’UDC vaudoise a commis une maladresse. Au demeurant, il s’agit d’une maladresse courante: combien de dirigeants de partis politiques – et de journalistes ! – n’ont-ils pas enregistré en douce, par exemple, des conversations téléphoniques ? Lorsque les médias se livrent à ce genre de quête d’informations, caméra cachée et micro dissimulé, ont les félicite et les tribunaux leur donnent généralement raison. Qu’on ne vienne pas nous dire que c’est pour une noble cause: pour les personnes enregistrées à leur insu, le dommage est le même, et les conséquences parfois lourdes.
Ne jouons donc pas les vierges effarouchées, et surtout, que les médias ne se laissent pas instrumentaliser par les vieux renards de l’UDC vaudoise, trop heureux de se débarrasser, grâce aux journalistes, d’une femme qui dérange. Au demeurant, on ne peut s’empêcher de sentir quelque vieille misogynie dans les propos mi-paternalistes mi-menaçants d’un Guy Parmelin et de quelques autres vieux grigous du marécage politique vaudois.
Fabienne Despot a commis une erreur, elle l’a reconnue, s’en est excusée. Elle serait une excellente représentante de son canton à Berne, si on voulait bien laisser le peuple décider si elle doit briguer un tel poste. Que veut-on de plus? Sa tête, tout simplement, car rien n’excite davantage les médias que l’odeur du sang. Tout cela est médiocre, et donne une image désastreuse à la fois du milieu politique, et des médias. Et on voudrait que les gens s’engagent ?

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