01/03/2015

Doris Leuthard, la ministre qui sacrifie notre environnement

La lecture de Pro Natura Magazine est une divine suprise: enfin, l’organisation de protection de l’environnement montre les dents, et désigne du doigt la responsable de l’incurie de l’État en la matière: Doris Leuthard, ministre sous influence.

Longtemps l’organisation, qui affiche près de 120’000 membres, s’est employée à une œuvre – évidemment indispensable – d’information et de pédagogie, parallèlement à la gestion de centaines de réserves naturelles. Mais sur le plan politique, elle était plutôt sur une ligne de profil bas, privilégiant la négociation, la persuasion et le consensus. Cette ligne, malheureusement, n’a pas produit les effets escomptés; trop souvent, Pro Natura et les autres associations de protection de la nature se sont «fait avoir» par les milieux politiques, qui ont beaucoup promis par gain de paix, mais n’ont rien tenu de leurs promesses.
Visiblement, les dirigeants de l’organisation en ont eu assez d’être de sympathiques pigeons. Ce qui les amène, aujourd’hui, à appeler un chat un chat et surtout, à prendre position sur le plan politique. On s’en réjouit, car leurs analyses sont remarquablement pertinentes, comme le montrent les différents articles du magazine de février (à télécharger ICI). Petit inventaire non-exhaustif.

L’agriculture. L’Union suisse des paysans voudrait augmenter encore la productivité d’une agriculture déjà très efficiente – du moins sur le plan quantitatif. Le Conseil fédéral ne veut pas autre chose, qui subventionne massivement les achats d’engrais chimiques et de pesticides. Une politique catastrophique à long terme, puisque les tonnes de produits chimiques déversés sur le sol des campagnes et des surfaces viticoles détruisent ce même sol, tout en suscitant des résistances. Aux Etats-Unis, l’usage intensif du glyphosate, toxique pour les abeilles – notamment le fameux Roudup adoré de nos vignerons et des actionnaires de Monsanto – a provoqué le doublement du nombre d’espèces végétales résistantes à ce produit, en seulement vingt ans. Et aujourd’hui, en Suisse, les régions agricoles sont bien moins favorables aux abeilles que les milieux urbains. Logique: monocultures intensives, fauches avant floraison et pesticides ont fait disparaître les fleurs et les abeilles de nos campagnes.
Victoire donc du lobby de l’agriculture industrielle.
Hélicoptères. Depuis des années, les organisations de protection de l’environnement se battent pour interdire la dépose par hélicoptère sur les sommets – actuellement, 42 sont concernés. Après 14 ans de travaux (!) l’Office fédéral de l’aviation civile n’a pas réussi à terminer l’examen de ces places d’atterrissage; en conséquence de quoi le Conseil fédéral a décidé de procéder par ordonnance – procédé vaguement dictatorial, car il n’y a aucune recours démocratique contre ce genre de fait du prince. C’est ainsi que 40 places resteront autorisées.
Victoire du lobby aéronautique et, ajoutera-t-on, du lobby valaisan, dont l’importance est capitale au département de Mme Leuthard, on va le voir.
Résidences secondaires. Le Conseil fédéral et le parlement s’emploient à vider la votation populaire de sa substance – procédé de plus en plus habituel à Berne, voyez la votation du 9 février 2014 sur l’immigration de masse. Lessivée par les députés, la loi d’application de la Lex Weber est une véritable passoire, qui ne changera pratiquement rien à la situation antérieure. Pro Natura promet un référendum – tant mieux.
Mais jusqu’ici, victoire du lobby des promoteurs et des affairistes.
Statut du loup. La protection du loup se réduit comme peau de chagrin. Les anti-loup déclenchent d’intenses campagnes émotionnelles dès qu’un mouton est tué, et lancent de fausses informations sur le comportement des loups et des meutes, histoire d’affoler les populations. Cédant aux pressions, Mme Leuthard use une fois de plus de l’arme de l’ordonnance, et autorise la mise à mort d’une partie des louveteaux. Cela, en attendant la révision de la loi sur la chasse, qui donnera sans doute aux cantons alpins carte blanche pour exterminer le loup. Au reste, il semble que le président du PDC, le chasseur Christophe Darbellay, se soit porté volontaire pour tirer des loups !
Victoire ici du lobby valaisan-chasseurs-PDC.
Et c’est là que les choses deviennent vraiment politiques. Mme Leuthard, conseillère fédérale PDC, apparaît de plus en plus comme une marionnette dont les élus PDC influents, à Berne et en Valais, tirent les ficelles. Selon l’analyse de Pro Natura, le tournant énergétique est sa grande priorité; comme cela n’ira pas tout seul, elle a besoin de tout le ban et l’arrière ban de son parti pour passer en force; et donc, elle procède à «une cynique pesée d’intérêts politiques», cédant sur tous les grands enjeux environnementaux pour obtenir le soutien des caciques du PDC, du président du parti au président de l’USP, en passant par les députés valaisans – opposés à la protection des troupeaux ! – et les motionnaires anti-loup du Conseil des Etats, tous PDC.
Il est désolant de voir une ministre s’écraser chaque fois qu’un lobby, qu’un Darbellay ou un quelconque Fournier élève le ton. Cette veulerie intéressée assurera sans doute sa réélection au Conseil fédéral, mais quelle déception pour les Suisses qui croyaient en elle ! Et surtout, quelle dramatique revers pour notre environnement, et pour une biodiversité en chute libre.

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