23/02/2015

Comment vous chaufferez-vous l’hiver prochain ?

Les vert’libéraux ne laissent pas de nous étonner – et pas en bien. Entre le mariage pour tous et la taxe sur l’énergie, on voit une formation politique qui part dans tous les sens, comme une caricature de parti politique ordinaire.

N’insistons pas sur le mariage pour tous: c’est une posture démagogique en vue des élections fédérales, un gadget pour faire jeune et moderne. Le peuple dira non, et c’est très bien comme ça (les électeurs ne sont pas les sondés, faut-il le rappeler). L’ennui, c’est que jusque là il nous faudra subir de filandreux débats, et une propagande lourdingue: après nous avoir bassiné des mois durant avec l’islam, devenu une véritable obsession car nos médias se sentent coupables – un comble ! – ceux-ci vont pérorer pendant des mois sur l’homosexualité. Sujet très tendance certes: comment un artiste peut-il ne pas être homosexuel de nos jours, s’il veut réussir ? Ensuite, il faudra aussi subir les récriminations des bi-, des trans- et j’en oublie, dont les droits sont bien entendu odieusement bafoués.
Mais pour l’heure, intéressons-nous à la taxe sur l’énergie, que les vert’libéraux voudraient voir instituer, à la place de la TVA. Soyons clair: bien sûr qu’il faut sortir du nucléaire le plus vite possible ! Personne n’a envie de voir le Plateau suisse devenir un no man’s land façon Fukushima pendant 30 ans ou mille ans suite à un accident – bien entendu impossible, disent les experts – ou suite à un attentat, ou à un piratage informatique, éventualités beaucoup moins impossibles, n’est-ce pas ?
Bien sûr aussi, qu’il faut réduire notre dépendance aux combustibles fossiles mais, avec la solution des vert’libéraux, cette réduction sera le résultat de la ruine d’un grand nombre d’entreprises, et surtout des ménages. Tuer le malade n’est clairement pas la bonne manière de soigner son addiction.
Comme toujours, en Suisse, on ne s’intéresse qu’au devenir des entreprises et de l’industrie, grâce au poids écrasant des lobbies de l’économie, qui ont placé un des leurs au Conseil fédéral – et Dieu sait s’il les défend bien ! Mais qui défend le simple citoyen, le populo, quoi ? Personne ! Même le Forum des consommateurs soutient l’initiative, ce qui vaut son pesant d’huile de chauffage.
Car c’est là que l’initiative se saborde elle-même. On nous dit tranquillement que le litre de mazout que vous mettez dans votre citerne passera de 80 centimes à plus de quatre francs – augmentation qui croîtra inexorablement par la suite. Pour la présidente du Forum des consommateurs, Babette Sigg Frank, cela vous permettra de «mieux exercer vos responsabilités en matière écologique.» Mais comment donc ! Nous vivrons à 8°C plutôt qu’à 19°C, où est le problème ?
Peut-être bien que Mme Sigg Frank a la chance de vivre dans une maison hyper-minergie qui n’a besoin d’aucun système de chauffage; mais le 99,9% des Suisses, qu’ils soient propriétaires ou locataires, ont besoin de se chauffer, soit avec des combustibles fossiles, soit avec du bois, soit avec de l’électricité, et pour quelques années encore. Dès lors, il est évident que la plupart des personnes qui possèdent leur logement ne pourront tout simplement pas supporter la multiplication par quatre de leur facture de chauffage; quant aux habitats collectifs, qui, croyez-vous, va payer la facture ? Le propriétaire de l’immeuble, par grandeur d’âme ? Évidemment non ! Ce seront les locataires, qui accepteront sans doute sans broncher la multiplication par quatre des suppléments de chauffage.
Or ce n’est évidemment pas la suppression de la TVA qui va compenser ce désastre: 8% de moins pour compenser 400% d’augmentation, le compte n’y est pas. Le problème est le même pour les coûts liés aux déplacements: si les cars postaux, les bus urbains, les cars scolaires et les transporteurs professionnels paient leur carburant 4.50 fr. le litre, les coûts à la charge du consommateur et des collectivités publiques vont exploser, et beaucoup d’entreprises feront faillite. Les vert’libéraux nous diront qu’au moins, un chômeur n’a plus besoin de transports, assumant ainsi sa responsabilité écologique…
Encore une fois, il est regrettable que dans la campagne, on ne parle que des ressources de la fiscalité de la Confédération, et des difficultés prévisibles des entreprises, mais pas du désastre social que cette initiative entraînerait pour l’ensemble de la population – et pas seulement les bas revenus, comme le dit étourdiment le Conseil fédéral: même avec de bons revenus, 400% d’augmentation, c’est insupportable.
On ne sait quelle mouche a piqué les vert’libéraux de lancer cette initiative biscornue, qui de plus est gravement contre-productive: la transition énergétique est un défi extrêmement difficile, compliqué à faire passer dans la population, et combattu par toutes sortes de lobbies. Mais c’est un défi incontournable; dès lors, il est regrettable qu’une initiative électoraliste vienne torpiller une politique qui ne peut réussir que sur la durée, et avec un taux raisonnable d’adhésion populaire.

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