28/01/2015

Affaire Chiffelle : le Grand Conseil touche le fond

Malade, Pierre Chiffelle a quitté le Conseil d’Etat en 2007. Mais au lieu d’avoir le bon goût de mourir ou de disparaître, voilà qu’il travaille, tout en touchant sa rente! Insupportable pour la droite radicale, qui a réussi à entraîner le parlement vaudois dans une campagne particulièrement minable.
Pierre Chiffelle a quitté le gouvernement vaudois en 2007, à la suite de problèmes de santé. Conformément à la loi, et comme tout autre ancien conseiller d’Etat, il perçoit une pension de l’Etat de Vaud.
Mais voilà: pour certains petits esprits, Pierre Chiffelle aurait dû avoir le bon goût de mourir d’un arrêt cardiaque, ou au moins devenir grabataire, ou siéger gratuitement au conseil de quelque institution publique, ou faire du bénévolat. Alors, il aurait mérité sa pension. Mais non, il ne fait aucun effort : Pierre Chiffelle travaille – rendez-vous compte ! Il travaille, alors qu’il n’en aurait pas besoin.
L’homme est un excellent avocat, acharné, successful, diraient les Américains, et c’est là que, pour la droite mesquine vaudoise, ça coince. Pierre Chiffelle défend Helvetia Nostra, la fondation de Franz Weber qui a gagné la bataille des résidences de secondaires. Et il le fait sans concessions, ne laisse rien passer dans un dossier où, aujourd’hui, tous les combinards et les faux-culs du pays – jusqu’au parlement fédéral – se liguent pour trahir la volonté populaire.
Alors, il faut abattre cet empêcheur de bétonner en rond, il y a trop d’intérêts particuliers en jeu. Voilà pourquoi, un jour, Monsieur le député vaudois Gregory Devaud, PLR, émet des doutes sur la maladie de Pierre Chiffelle, au vu de l’énergie qu’il déploie pour faire de la peine aux gentils promoteurs de nos Alpes déjà bien amochées, et exige un certificat médical.
Ah ! La grande politique que voilà ! Ah ! la grandeur que le Grand Conseil vaudois ajoute à sa couronne, en suivant benoîtement l’imprécateur mesquin ! Car il est bien évident que si Pierre Chiffelle avait été l’avocat de Bernard Nicod ou de quelque coterie radicale, il n’y aurait rien eu à redire. Mais Chiffelle défend Franz Weber et, à travers lui, la volonté populaire. Et ça, c’est insupportable !
Le Grand Conseil vaudois s’est donc abaissé – oui, abaissé – à exiger d’un de ses anciens magistrats qu’il prouve qu’il est malade, et donc qu’il mérite sa rente. Alors même qu’un certificat médical a été fourni l’année passée, et que nul ne peut exiger – sinon une caisse-maladie, ou le Service des autos… – une visite médicale d’un citoyen.
Cette démarche misérable est d’autant plus grotesque que de toute façon, M. Chiffelle n’a aucune obligation de donner suite à l’injonction du parlement; et qu’en plus, sa pension résultant d’une loi, il est impossible de la supprimer. Sauf à changer la loi, pour une seule personne, comme font les rois-nègres qui veulent rester au pouvoir.
Le fait de n’être pas socialiste nous met à l’abri de tout soupçon de copinage envers Pierre Chiffelle. Nous aurions écrit la même chose si quelque député avait remis en cause la rente d’un magistrat, quel qu’il soit, dès lors que celle-ci est conforme à la loi.
En suivant M. Devaud, le Grand Conseil s’est déconsidéré et pire, ridiculisé, puisque sa démarche est vaine. La seule réponse digne eût été de balayer cette proposition. Hélas ! La mesquinerie et la haine nous ramènent à l’état de brutes, et nous font oublier de regarder un peu plus haut.

Commentaires.com

 

 

Les commentaires sont fermés.