12/11/2014

Ecopop: gare aux conséquences d’un non !

Un non à Ecopop aurait des conséquences délétères sur l’emploi, les salaires et les ressources naturelles. Car ce n’est pas le peuple suisse qui tirerait les marrons du feu.

Surprise ! Dans 24 Heures, on a pu lire un article favorable à Ecopop, sous la signature de l’ancien député vert Pierre Santschi. Oh ! certes, il était bien encadré par une charge musclée de Mme de Quattro, et un gros bandeau publicitaire signé du conseiller national UDC Jean-Pierre Grin. Un bandeau qui vaut son pesant de cacahouètes lorsqu’on voit notre député vanter les mérites d’une… indispensable immigration ! Pas n’importe laquelle certes, mais de préférence des ouvriers agricoles payés au lance-pierre. Il faudrait tout de même que l’UDC choisisse son camp. Enfin, surtout les chefs, parce que la base, elle, a déjà dit oui à Ecopop.
M. Santschi dit une chose très juste, qui sonne comme un avertissement: «Soyons lucides: en cas de rejet de l’initiative, rien, mais vraiment rien, et absolument rien, au vu de la propagande anti-Ecopop des institutions économiques, ne changera dans les pratiques destructrices de ces dernières. Pire, un non à Ecopop leur donnera un argument de plus pour combattre les propositions politiques en cours pour une économie responsable (…).»
C’est hélas une évidence: un non à Ecopop sera interprété comme l’adhésion enthousiaste de la population à une croissance sans fin, à une Suisse à 15 ou 20 millions d’habitants. Dès lors, la machine à détruire, à surconsommer et à bétonner repartira à plein régime, et nous n’aurons plus que les yeux pour pleurer – enfin, ceux qui ne veulent pas que la Suisse devienne le Shanghai de l’Europe. C’est qu’il y aurait de l’argent à se faire! Mais on peut tourner les chiffres comme on veut: lorsqu’autour d’un gâteau il y a quatre, puis huit, puis seize convives, tout le monde ne mangera pas à sa faim.

Au-delà de 45 ans, votre ticket n’est plus valable

Les jeunes en formation et les jeunes adultes feraient bien de réfléchir aussi, malgré une propagande tonitruante pour les détourner de leurs propres intérêts: on a appris cette semaine que, sur le marché du travail en Suisse, on ne trouve plus d’emploi au-delà de 45 ans, en raison de la concurrence étrangère, moins chère et moins exigeante. Sans parler du dumping salarial dans la sous-traitance, et des emplois au black, scandales sur lesquels on ferme complaisamment les yeux – il faut bien que l’économie tourne, voyez-vous !
45 ans. Cela signifie qu’à l’issue d’une formation poussée, un diplômé de 30 ans aura 15 ans d’espérance de vie professionnelle devant lui, s’il n’a pas la chance de tomber dans une entreprise respectueuse de ses employés, ou dans l’administration. Autrement dit, même pas de quoi constituer une bonne prévoyance, ni de quoi acheter une maison pour sa famille.
Nous avons voulu la libre-circulation, et nos jeunes, demain, vont payer la facture, en concurrence avec une marée de jeunes chômeurs français, espagnols, italiens prêts à tout pour avoir leur part du gâteau. Les vieux de plus de 45 ans, eux, se débrouilleront entre petits boulots, chômage, AI et aide sociale – de quoi ramper jusqu’à la retraite, qui forcément sera mince.
Pierre Santschi a donc raison de dénoncer le cynisme des milieux économiques, qui voient dans un échec d’Ecopop de nouvelles perspectives de profit, de pressions sur les salaires («j’en ai douze derrière la porte qui attendent»), et de ce qu’on pourrait appeler la non-préférence nationale, déjà systématiquement pratiquée – même par les pouvoirs publics, en tout cas au niveau de la culture: un directeur d’institution culturelle, dans le canton de Vaud et à Lausanne, ne saurait être que français. Provincialisme, quand tu nous tiens !
«Notre économie, notre prospérité… », scandent les politiques. Ils ne réalisent pas que ce possessif n’est plus partagé par les Suisses, dont beaucoup ne voient que les miettes de cette prospérité. Mais peut-être nos politiciens pensent-ils, in petto, à leur propre prospérité, plutôt qu’à celle de la collectivité…

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10/11/2014

Eric Zemmour, lanceur d’alerte

Les Français se sont jetés sur l’essai d’Eric Zemmour, «Le Suicide français»1, qui connaît un succès de librairie inouï. On les comprend: hébétés, ils aimeraient savoir comment leur pays en est arrivé là.
Car tout est allé si vite ! Bercés de fadaises sur «la France qui gagne», lorsqu’un succès est mis en épingle pour masquer dix catastrophes, ils constatent aujourd’hui l’ampleur du désastre et surtout, l’absence d’espoir et de perspectives – c’est bien là le pire.
Que voyons-nous, de notre petit observatoire derrière le Jura ? Nous voyons une ancienne grande nation, qui rejette jusqu’au mot de «nation»; ce n’est plus qu’un banal pays dans le patchwork européen, dirigé beaucoup de Bruxelles et un peu de Paris, par un gouvernement sans cap, sans chef et sans crédibilité, et qui accepte benoîtement que les frontières appartiennent au passé, alors qu’elles sont ce qui permet à une nation d’exister. C’est un pays endetté jusqu’au cou, et qui continue à s’endetter pour assurer son ménage courant; et c’est surtout un pays qui, depuis la funeste révolution de Mai 68, s’est abîmé dans une inexorable haine de soi.

 

La tyrannie des «communautés»

 

Un pays qui a honte de ses valeurs, de son origine judéo-chrétienne, de son histoire – une grande nation n’a pas honte de son histoire, fût-elle guerrière – et n’en finit pas de s’en excuser devant d’innombrables communautés qui ont compris le profit qu’elles pouvaient tirer de cette course à l’auto-flagellation.
«Chaque communauté, écrit Zemmour, exigeait sa loi mémorielle et sa journée commémorative, son crime contre l’humanité, son génocide. Chaque «communauté» réclamait à l’État français qu’il payât la dette contractée à son égard. La France n’était plus cette madone adorée dont on célébrait les hauts faits, mais une marâtre détestée qui avait accumulé crimes et injustices dont de sourcillieux créanciers tenaient une comptabilité vétilleuse et vindicative. On abandonnait le temps des «morts pour la France» pour entrer dans le temps hargneux des «morts à cause de la France.»
Sur les revendications arrogantes des sans-papiers, Zemmour a des pages qui envoient le politiquement correct de rigueur cul par-dessus tête: «Le «sans-papiers» n’était pas seulement le Juif idéal. Il était aussi le retour de la figure christique, pauvre étranger persécuté, venu sauver malgré lui une société française qui, décadente et corrompue, avait beaucoup pêché. (…) Le sans-papiers était l’ancien colonisé à qui on devait éternelle réparation, qui ne manquait jamais de nous rappeler notre crime originel pour relativiser et excuser son délit anodin; qui excipait de notre invasion passée de son territoire pour absoudre et occulter son invasion présente de notre territoire. Le sans-papiers est la quintessence, l’ultime et dérisoire avatar de toutes nos utopies millénaires, de nos rêves, de nos mythes, de nos illusions, de nos culpabilités ressassées, de nos honte et haine de soi.»
La haine de soi, précisément: Zemmour a des pages terribles sur le désastre des cités, où les jeunes – Français pourtant selon leur passeport – cultivent la haine du pays, refusent son école et son histoire, méprisent les libertés et les valeurs républicaines autant que la démocratie, pour s’en remettre à une seule patrie, indiscutable et intolérante: l’islam.
Et pourtant ! Comme les intellectuels français  l’avaient voulue et espérée, cette révolution de l’islam ! «Mais elle se révéla un mouvement viril, brutal, impérieux aux antipodes de leurs discours émollients. Implacable. L’Histoire repassait les plats. La prise de la Bastille conduisait à Robespierre, comme la prise du palais d’Hiver à Staline. Ce n’était pas la première fois que certains de nos intellectuels se comportaient en femelles fascinées par la force brutale et virile: dans les années 1930, on se souvient dans quelles transes les voyages initiatiques à Moscou, Rome ou Berlin mirent les Gide, Romain Rolland, Drieu la Rochelle, etc.»

 

La mondialisation qui pourrit tout

 

Mais pour Eric Zemmour, l’origine du suicide français est à rechercher non seulement dans la haine de soi, ou plus précisément la haine de la France telle qu’elle était au temps de de Gaulle et Pompidou – haine qui se partage aussi bien dans les cités, qu’à la tête de l’État et dans l’élite intellectuelle et artistique; elle est à chercher aussi dans la mondialisation libérale, qui a soigneusement détruit les nationalités, ruiné l’agriculture et le petit commerce, rempli les centres commerciaux et vidé les églises, et plongé l’économie française dans un marché concurrentiel où elle n’avait aucune chance.
Eric Zemmour avertit: «L’Etat n’est plus qu’une coquille vide qui n’a conservé que ses pires travers gaulliens (l’arrogance des élites), sans en avoir la remarquable efficacité. (…) Nous cédons devant l’ennemi intérieur que nous laisson prospérer, et nous pactisons avec les puissances étrangères qui les alimentent de leurs subsides et de leur propagande religieuse – les princes arabes du Golfe ont remplacé le duc de Buckingham, et nous les recevons les bras ouverts et le regard brillant, comme des Anne d’Autriche énamourées. L’idéologie de la mondialisation, antiraciste et multiculturaliste, sera au XXIe siècle ce que le nationalisme fut au XIXe siècle et le totalitarisme au XXe siècle, un progressisme messianique fauteur de guerres; on aura transféré la guerre entre nations à la guerre à l’intérieur des nations.»
La force du livre de Zemmour est non seulement dans l’enchaînement, chapitre par chapitre, des événements significatifs qui ont conduit à la situation actuelle, mais aussi dans un ton froid, descriptif, sans émotion ni invective aucune, qui rend le bilan d’autant plus accablant. D’autant que l’auteur s’exprime à l’imparfait, dont on rappelle qu’il est le temps chéri des auteurs de thrillers apocalyptiques… Comme s’il nous écrivait d’un lointain point de vue, dans le futur, quand tout sera consommé.
Cette évolution est-elle réversible ? La gouvernance mondiale et l’UE le permettraient-elles ? Si le peuple commence à gronder, les élites persistent à penser qu’elles détiennent la vérité. En tout état de cause, ce n’est pas le beauf qui occupe l’Elysée, avec son petit scooter, son cornet de frites, ses mensonges et sa réthorique d’écolier – «la croissance, elle arrive ! » – qui redonnera à la France le sens de sa grandeur, et un statut digne de son long passé. Dans ce climat délétère, il est de moins en moins exclu que Marine Le Pen emporte le morceau en 2017 – même le Premier Ministre s’en avise. Son ascension fulgurante, pour le meilleur et pour le pire, est en tout cas un signe qu’une nouvelle révolution est en marche. Une sorte de contre-Mai 68, qui promet lui aussi d’être haut en couleurs…

 

1. Le Suicide français. D’Eric Zemmour. Albin Michel, 2014.

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05/11/2014

Asile: les juges de Strasbourg annulent les Accords de Dublin

L’arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme qui interdit à la Suisse d’expulser une famille afghane en Italie, est une catastrophe majeure pour la Suisse, qui remet fondamentalement en cause la politique d’asile.

Cette décision est la négation même des accords de Dublin, qui permettent à chaque État signataire de renvoyer des requérants déboutés dans le premier pays d’accueil, celui où ils ont débarqué en Europe. Si ces accords ne s’appliquent plus, alors un invraisemblable chaos va apparaître dans l’ensemble de la zone.
En effet, cette décision crée une jurisprudence explosive, puisque demain, tout requérant débouté pourra s’en prévaloir pour refuser l’expulsion en Italie: si une famille a bénéficié de cette mesure, il n’y a pas de raison que les autres requérants subissent un traitement moins favorable. Par la même occasion, ce bouleversement juridique majeur va créer un appel d’air considérable, particulièrement en Suisse puisqu’un très grand nombre de requérants arrivent d’Italie.
Que pourront faire les États des requérants déboutés, s’il est interdit de les refouler? Que pourra faire la Suisse ? Elle pourrait commencer par agir en État souverain, et passer outre à la décision de la Cour de Strasbourg. Celle-ci est contestable sur de nombreux points, notamment parce qu’elle viole clairement des accords internationaux, et parce qu’elle porte sur l’Italie un jugement de valeur insultant et discutable. La cour estime que l’Italie ne peut pas garantir un logement, une assistance et des soins médicaux suffisants; mais faut-il vraiment pousser aussi loin le souci de l’accueil? Les juges de Strasbourg s’intéressent-ils aux conditions de vie de tous les requérants qui débarquent en Europe, ou à celles qui règnent dans les centaines de bidonvilles roms qui ceinturent Paris?
Malheureusement, il est à peu près certain que l’Office fédéral de la justice va s’écraser devant les juges étrangers, et que par conséquent, nous allons nous retrouver avec des dizaines de milliers de requérants déboutés sur les bras. Où les mettrons-nous? Que seront-ils devenus dans dix ans?
Puisque les accords de Dublin sont vidés de leur substance, la Suisse n’a d’autres options – sauf à accorder l’asile à tous les nouveaux arrivants! – que de s’en retirer, et de boucler ses frontières aux requérants d’asile. Mais cela non plus, Berne ne le fera pas.
Nous avons donc là un très gros problème politique, à un moment de l’Histoire où les questions migratoires et d’asile sont en tête des préoccupations des Suisses. Mais pas de leurs gouvernants: Mme Sommaruga, qui déjà patauge dans les procédures d’asile, et se soumettra bien entendu aux exigences de Strasbourg, fait par ailleurs le forcing pour reporter à 2016 le débat sur l’application de l’initiative contre l’immigration de masse! Un véritable déni de démocratie, dans l’espoir évidemment vain de faire revoter les Suisses sur la libre-circulation.
Dans ces deux domaines, Mme Sommaruga a fait la démonstration de son incompétence et de son incapacité à faire face aux problèmes. A quelques mois des élections fédérales, il est temps que la Parti socialiste se pose les bonnes questions. A moins qu’il ne tienne absolument à dérouler le tapis rouge devant l’UDC. Déjà, les juges de Strasbourg l’ont fait: l’initiative en faveur de la primauté du droit suisse voit s’ouvrir un boulevard devant elle!

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