02/10/2014

Laissons partir les djihadistes

Rarement, dans l’histoire récente, le monde civilisé n’aura été confronté à un ennemi aussi énigmatique que le prétendu État islamique. Ses avancées fulgurantes exigent que le monde sorte de sa stupeur, et agisse.

Un ennemi sans visage, sans discours politique construit, échappant à tous les codes de compréhension, mais qui recrute à tour de bras, et dispose de moyens financiers et militaires très importants… Autant d’énigmes et de questions qui restent sans réponse, mais qui provoquent des conséquences bien réelles, comme les flots de réfugiés qui fuient la terreur.
Pour une fois, l’engagement américain, certes minimaliste, n’est pas aussitôt condamnés par les anti-atlantistes: il faut bien faire quelque chose… Pour une fois aussi, les bonnes âmes ne sont pas là pour dire qu’il faut favoriser la voie diplomatique, négocier. Normal: les islamistes ne veulent rien négocier, leur seul but étant de construire un califat épuré de tout individu non conforme, bref, un État fondé sur l’exclusion, un État raciste. Pour cela, nul besoin de discuter avec qui que ce soit, il suffit de prendre les villes et les campagnes par la force, de décapiter les récalcitrants et de violer les femmes et les fillettes avant de les vendre. En Irak, en Syrie, le message a été compris.
Alors oui, l’engagement américain n’est pas ouvertement condamné, d’autant que les autres pays voudraient bien que les États-Unis se chargent tout seuls du sale boulot. C’est qu’ils pourraient prendre des coups… Mais ne nous faisons pas d’illusions: si les choses tournent mal, il sera bien assez tôt pour dire que c’est la faute des Américains. Soit parce qu’ils n’en auront pas assez fait, soit parce qu’ils n’auront pas fait ce qu’il faut. À cet égard, il n’est pas certain que parier seulement sur les combattants kurdes sur le terrain soit suffisant.
Le plus préoccupant pour nous autres Occidentaux, c’est la fascination que ce projet insensé exerce sur une foule de jeunes Européens, souvent même pas musulmans, ou seulement convertis de fraîche date. Mais certes, l’adolescence ne se satisfait pas d’eau tiède, elle aime les utopies radicales, les engagements absolus, le jusqu’auboutisme dans la violence: souvenons-nous de la Rote Armee Fraktion, des Brigades Rouges, et même de nos braves intellos qui défilaient à Lausanne en brandissant des portraits de Mao, de Lénine et de Guevara,  tous de grands démocrates…
Pour les jeunes de 2014, l’idée d’aller guerroyer dans le désert à la chasse aux Infidèles, comme dans un jeu vidéo, en toute impunité et en étant bien payé, peut séduire des jeunes qui mènent une vie sans relief et, souvent, sans perspectives autres que la galère dans une société qui les regarde de travers.
La plupart des pays occidentaux, parce qu’il  faut bien faire quelque chose, choisissent d’empêcher les départs, par le biais de diverses mesures administratives et policières. Mais dans une Europe où règne la libre-circulation, ces mesures sont dérisoires et inefficaces pour des individus très motivés. Elles sont même contre-productives et pourraient nous coûter cher. En effet, qui peut imaginer un seul instant qu’un ado qui a subi un intense lavage de cerveau renonce du jour au lendemain à aller mener la Guerre Sainte, et retourne à ses bancs d’école, ou à l’établi, après une admonestation paternaliste ? On rêve ! On se trouve là dans un conditionnement de type sectaire, dont il est très difficile de faire sortir une personne qui n'en n'a pas la volonté. Ils seront donc repris en charge par leurs réseaux, et remis dans le circuit.
Bien sûr, ce sont nos enfants; mais en même temps, ce ne sont plus nos enfants, ils sont devenus quelqu’un d’autre. Qui nous regarde comme l’ennemi, celui qui les empêche de répondre à l’appel du Jihad, et collabore donc avec le complot des Infidèles. De là à penser qu’ils mèneront la Guerre Sainte là où ils sont, comme on le leur a sans doute appris, il n’y a qu’un pas. Par conséquent, loin de rentrer dans le rang, ils pourraient bien se radicaliser encore davantage, et passer à l’action dans leur banlieue de Paris, de Londres ou de Frauenfeld.
Nos États ont pour responsabilité première d’assurer la sécurité des personnes et des biens. La protection de jeunes fanatiques, malgré eux, ne devrait pas être une priorité, car ils représentent un danger trop important là où ils sont. Le mieux serait de les laisser partir, car ils représentent pour nos populations un danger moindre en Irak, en Syrie, ou ailleurs demain. Et tout ce que l’on peut leur souhaiter, c’est de réaliser leur rêve ultime: mourir en martyrs de l’Islam en combattant les Infidèles, les armes à la main. Le taux de retour de cette pitoyable chair à canon était d’environ 50% avant l’engagement de la coalition; il devrait fortement diminuer dans les mois qui viennent.
Vision cynique ou vision pragmatique ? A chacun de se faire une religion, en se posant cette question: doit-on faire preuve de compassion envers des individus qui n’ont plus aucun respect pour la personne humaine, qui n’hésitent pas à mettre en scène des assassinats abjects, juste pour le plaisir de révulser les Infidèles, et susciter l’admiration des médias pour leur usage professionnels des réseaux sociaux ?

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