08/09/2014

Les femmes sauveront-elles le climat ?

«La vie sera beaucoup moins agréable dans beaucoup de régions», avertit le climatologue Jean Jouzel, parlant de la France. Pourtant, les hommes politiques ne bougent pas. Mais bien les femmes, au premier rang desquelles Hillary Clinton.

Pour celle qu’on espère être la future présidente des Etats-Unis, le changement climatique constitue «le faisceau de défis le plus significatif et le plus urgent que nous ayons à affronter en tant que nation et en tant que monde. Les constats sont impitoyables, quoi que prétendent les négationnistes. Le niveau des océans s’élève. Les calottes glaciaires fondent. Les tempêtes, les sécheresses et les incendies de forêt deviennent incontrôlables». Au moment où parlait Mme Clinton, le Parc du Yosemite diffusait des images terribles du Half Dome entouré de flammes et de fumée – tout un symbole.
Hillary Clinton a l’ambition de faire des Etats-Unis «la superpuissance de l’énergie propre au XXIe siècle», pour peu que «nous unissions nos forces pour prendre les grandes options indispensables, réaliser les investissements les plus intelligents en termes d’infrastructures, de technologie et de protection de l’environnement.» Car il ne faut pas s’y tromper: Mme Clinton n’est pas animée par de douces visions mêlant Rousseau et Thoreau. L’énergie propre, c’est avant tout des emplois et des revenus, de la compétitivité et des exportations. Or pour le moment, ces emplois très productifs n’existent pas encore, ou pas suffisamment. Un bel exemple de smart investment est la création de la méga-usine de batteries au lithium par l’entreprise Tesla au Nevada.
A peu près au même moment, la Ministre de l’environnement en France montre qu’elle prend au sérieux le dernier rapport du GIEC, dont les conclusions sont très pessimistes pour le secteur agro-alimentaire français. Mais la tâche est colossale, tant les négationnistes, les naysayers, sont puissants, surtout aux Etats-Unis du côté républicain, appuyés lourdement par le lobby pétrolier. Il n’en reste pas moins que l’émergence des femmes politiques dans ce débat, jusqu’ici très masculin, est extrêmement bienvenu, et pourrait même enfin renverser la tendance du après moi le déluge, qui est encore la règle aujourd’hui: ce n’est pas à coup de conférences sans suites et de commerce de droits de polluer qu’on peut prétendre sérieusement empoigner les problèmes!
C’est à peine surprenant: l’humanité n’a jamais été capable de voir plus loin que le bout de son nez, par quoi il faut comprendre ici les intérêts immédiats de quelques-uns, voire du plus grand nombre, pour qui la seule chose qui compte dans l’existence est de pouvoir mettre de l’essence dans sa voiture.
Bon nombre de nos politiciens et capitaines d’industrie savent bien, au fond d’eux-mêmes, que nos descendants vivront moins bien que nous. Parce qu’ils vivront dans un monde de pénurie dans tous les secteurs, et donc dans un climat de guerre permanente pour les ressources; un monde de terres rétrécies dans les régions les plus peuplées de la planète; un monde frappé par des événements météorologiques de plus en plus dévastateurs. Un monde, surtout, qui sera marqué par des mouvements migratoires d’une ampleur dont nous n’avons encore aucune idée, et auxquels les pays développés, même appauvris, devront faire face.
Mais nos politiciens et capitaines d’industrie mettent de côté cette minuscule épine dans leur conscience, et poursuivent le but que leur impose le système: toujours plus de croissance, toujours plus de profit, jusqu’à l’effondrement général.
Il est bien possible que les femmes soient plus libre de réfléchir et d’agir dans ce domaine, parce qu’elles sont moins coincées dans des réseaux de pouvoir et d’influence, et peut-être aussi simplement parce que, davantage que les hommes, elles sont sensibles au devenir de leurs enfants et petits-enfants, qui passent avant les objectifs de croissance. Le fait que Mmes Clinton et Royal n’appartiennent pas à un parti écologiste, mais à des grands partis traditionnels, est un formidable pas en avant; il leur donne un large crédibilité, et leur permet de s’appuyer sur les grands bataillons d’électeurs de ces partis.
Il faut donc espérer que l’exemple de Mme Clinton et de quelques autres suscitera des vocations. Plus les femmes politiques seront résolues dans ce domaine, moins la température moyenne augmentera d’ici la fin du XXIe siècle. Et entre +2°C et +5°C, il y a la qualité de vie, voire la survie, de milliards d’êtres humains…

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