25/08/2014

Au dessert, Tête de nègre et blanc battu

 Régulièrement, des parents d’élèves provoquent un scandale parce que leur enfant a été invité à participer au jeu de l’homme (en) noir, dans un cadre scolaire ou sportif. Jeu raciste, disent-ils. Au secours, on étouffe !

L’origine du nom de ce jeu remonte loin dans le temps – sans doute à une époque où il n’y avait pas beaucoup de Noirs dans nos sociétés. Ce jeu de poursuite (voir les règles en fin d’article, pour savoir de quoi l’on parle), fait intervenir un personnage qui, à l’origine, était vêtu de noir – et qui à la fin du jeu, notons-le en passant, gagne toujours !
Pour ces parents, il s’agit d’un jeu raciste, qui provoque une discrimination envers les élèves noirs ou métis. Souvent très agressifs, comme récemment un professeur de l’IMD, ces parents exigent, condamnent, menacent de déposer plainte, d’aller jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme. Pour un jeu d’enfants… Ils ne réalisent pas qu’ils ne font que jeter de l’huile sur le feu, et justifier les préjugés que la majorité peut avoir envers les minorités, jugées excessivement revendicatives.
Bien entendu, les instances fédérales en charge de la police du langage abondent dans le sens des plaignants. Même le professeur Jean-Pierre Lehmann, qu’on a connu plus inspiré, s’est fendu d’un commentaire au Temps, disant que «il est choquant, sinon, hélas, malheureusement pas surprenant, qu’en 2014 de telles formes insidieuses de racisme susceptibles d’influencer les esprits d’enfants existent encore». Et sur la Toile, alertée par un des parents, les condamnations ont fusé du monde entier, en particulier des Etats-Unis, certains allant même jusqu’à rappeler l’existence, autrefois, des «Têtes de nègre» que l’on mangeait – rendez-vous compte ! – et qui pourtant n’ont pas rendu les Suisses plus racistes que ça – en tout cas pas plus que les Américains, semble-t-il. C’était au temps où l’on ne voyait pas le mal partout, au temps où on pouvait s’exprimer sans devoir peser chaque mot. Comme c’est loin !
En Valais, on a bien tenté de remplacer le Jeu de l’homme noir par le Jeu du loup mais, en disant «qui a peur du loup ?», «on va s’attirer d’autres ennuis», a observé un chef de service avisé…
En tout cas, ces protestations contre un jeu anodin sont un bel exemple des ravages du politiquement correct, qui devient plus aigre et plus obtus à mesure que monte le racisme dans nos sociétés. Faut-il y voir un rapport de cause à effet ? Possible. Les gens ne sont pas dupes des métaphores, des périphrases et des cache-sexe que les talibans du langage inventent au sein d’obscures commissions bien-pensantes; et ces artifices de langage – «issu de la diversité», «demandeur d’emploi», «couple non traditionnel» -, supposés cacher ce qu’on n’a pas le droit de dire, ne font qu’attirer l’attention sur, précisément, ce qu’on n’a pas le droit de dire, et ce qu’on veut nous cacher. Et les gens n’aiment pas les cachotteries, et surtout, ils n’aiment pas qu’on les prenne pour des imbéciles, et pour des racistes congénitaux.
La Commission fédérale contre le racisme devrait d’ailleurs faire preuve d’un souci de symétrie, afin de ne discriminer personne. Après avoir banni du langage des expressions telles que matière noire, ceinture noire, roman noir etpistes noires, elle doit dénoncer aussi des mots scandaleusement discriminatoires comme le blanc battu et le coup de blanc (incitations à la violence), le blanc-manger (incitation au cannibalisme), et toutes sortes d’expressions clairement attentatoires à l’égalité telles que arme blanche, blanc de blanc, blanc comme neige, blanc bonnet – bonnet blanc, enfin bref, toutes ces expressions cousues de fil blanc – pardon, de fil non coloré.

 Le jeu de l’ «homme noir»

Pour ce jeu, il faut délimiter un terrain de jeu avec deux camps. Un joueur (“l’homme noir”) se met seul dans l’un des camps, le reste des joueurs dans l’autre. L’homme noir demande: “Qui a peur de l’homme noir?” et les autres répondent: “pas nous” – “Et s’il vient?” – “On court!”. Les deux camps doivent alors changer de côté. Ceux qui sont touchés par l’homme noir doivent se mettre dans son camp et, lors de la partie suivante, doivent l’aider à attraper des joueurs. Le jeu continue jusqu’à ce qu’il ne reste plus personne dans l’autre camp.»
(Source : JaMaDu, Coop).

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