25/06/2014

«Les élites contre le peuple»

La tension devient palpable entre le peuple et les élites qui le gouvernent en son nom. C’est que la distance entre les deux s’accroît, parce que les élites vivent dans un monde de plus en plus abstrait, et dans des États de moins en moins libres de leurs mouvements.

Bien sur, la distance est plus ou moins grande selon le passé démocratique de chaque pays. En Suisse, elle reste limitée, mais elle s’accroit pourtant à grande vitesse. Dans un pays comme la France, la distance est gigantesque, historique, délibérée. Inconsolables de la perte de la monarchie, orphelins d’un chef qui décide pour eux (« Vive le Maréchal ! »), les Français sont traités non pas en citoyens mais en sujets – tout naturellement, pourrait-on dire, tant ce rapport de forces est intégré et socialement accepté. Les élites savent, le peuple n’y connaît rien. Normal: les élites sortent des hautes écoles, donc, de par une sorte de supériorité génétique, elles sont forcément compétentes.
En Suisse, les élites sont issues des métiers, de l’économie ou de la fonction publique, et donc, d’une certaine façon, du peuple. Mais rien n’est simple ! Pour beaucoup de politiciens, être élu, c’est justement l’occasion de s’élever socialement, d’échapper à la plèbe, et d’accéder aux cénacles du pouvoir, où coulent le lait et le miel, la notoriété, quelques privilèges, et bien sûr, les leviers de commande.
En Suisse comme ailleurs en Europe, les ressorts du pouvoirs sont de plus en plus situés hors du pays; ils nichent dans des instances supranationales, dans des cours diverses qui émettent des conventions contraignantes pour tous – sans considération pour l’opinion des peuples.
C’est toute la perversité de ces conventions internationales qui, aussi bien en politique qu’en économie, nous lient les mains, et nous rendent impuissants. Qu’il s’agisse d’immigration, de lutte contre la criminalité, ou de normes commerciales, ces règles sont implacables et par conséquent, les élites s’empressent de s’y soumettre, et d’y soumettre les peuples, faute d’oser y résister.
De la libre-circulation des personnes au Cassis de Dijon, en passant par le statut des criminels étrangers et la mondialisation des échanges, les élites n’ont pas grand chose à dire, puisqu’elles ont abdiqué tout pouvoir national. Elles ne peuvent donc que se retourner contre le peuple, pour tenter de le contraindre, et de le faire taire, enfin !
Ah ! Ce maudit peuple ! Ignorant des contraintes liées aux traités internationaux, dont il peine à admettre la légitimité car ils lui sont imposés, il persiste à penser à ses propres intérêts, à ceux de ses concitoyens, et à ceux du pays avant tout. Et il se méfie de plus en plus de ses élites, parce qu’elles paraissent défendre davantage des intérêts autres, prétendument supérieurs, que ceux du pays. Quand Mme Widmer-Schlumpf s’emploie à liquider le secret bancaire pour les Suisses, afin de complaire à diverses instances internationales, elle apparaît comme un ministre qui travaille contre les Suisses; quand une commission du Conseil des États prétend invalider une initiative populaire sous prétexte qu’elle est contraire à des traités internationaux, alors même que le peuple pose ses exigences, ce conseil paraît agir contre les intérêts des Suisses.
Or, les citoyens – le peuple – élisent des hommes et des femmes pour qu’ils défendent leurs intérêts et ceux du pays, dussent-ils ce faisant avoir des explications difficiles avec ces juges étrangers qui, de plus en plus nombreux, se penchent sur notre pays sans aucune bienveillance. Le Conseil fédéral et les Chambres ne sont pas élus pour défendre des intérêts internationaux abstrait contre les Suisses; ils sont là pour défendre et protéger les Suisses contre les pressions étrangères, contre l’avidité financière de certains voisins, contre les tentatives de prédation de la part du monde anglo-saxon sur notre place financière.
Autant dire qu’on est loin du compte, et que les vagues populistes n’ont pas fini de déferler sur la Suisse et sur l’Europe. La formule «les élites contre le peuple» est malheureusement de plus en plus vraie.

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10/06/2014

La Marina Militare, ou le piège des bons sentiments

Chaque jour, maintenant que l’été revient, des milliers de migrants débarquent sur les côtes du sud de l’Italie. La marine italienne et l’organisation européenne Frontex sont devenus les principaux passeurs de migrants en Méditerranée.

Des centaines de milliers de migrants sont prêts à embarquer, et embarqueront demain, sur une côte de Libye devenue zone de non-droit absolu, comme la Somalie et quelques autres régions maudites du monde. Finalement, c’était mieux du temps de Khadafi…
Le nombre de ces candidats à l’immigration en Europe explose de manière exponentielle, largement parce que la traversée, désormais, est beaucoup plus sûre qu’autrefois: la marine italienne veille, et se porte à l’aide des rafiots surchargés qui naviguent vers le Nord. Il s’est ainsi créé un formidable appel d’air, qui d’un côté incite les candidats à l’immigration en Europe à tenter leur chance et à gagner la Libye, et d’un autre côté pousse les passeurs libyens à vendre à prix fort le passage sur n’importe quelle embarcation susceptible de tenir la mer pendant quelques heures, le temps que la Marina Militare prenne le relais.
Certes le problème éthique est considérable: on ne peut pas laisser sombrer des navires chargés de femmes et d’enfants. Certes encore, on ne peut pas les reconduire là d’où ils viennent, même si ce serait de la part de l’Europe une mesure de protection comparable aux reconduites à la frontière – pratique quotidienne et admise.
Cela montre que les bons sentiments sont parfois de terribles pièges, dont il est impossible ensuite de se dégager. L’Union européenne, dans cette affaire, porte une lourde responsabilité, parce qu’elle a créé une situation impossible pour l’Italie, et surtout, parce qu’elle s’en lave les mains: pratiquement tous les jours, le gouvernement italien réclame de l’aide, mais personne n’écoute. À Bruxelles, la Commission européenne a pris des décisions d’apparence généreuse, mais elle a laissé l’Italie se dém… comme elle le peut, c’est-à-dire mal. Pour un pays qui entame avec peine un redressement difficile, le débarquement quotidien de centaines, voire de milliers de réfugiés n’est pas un cadeau. Et ni l’Union en tant que telle, ni les pays membres ne font mine de venir à l’aide de l’Italie, commode partenaire sur lequel on se décharge de l’accueil des migrants.
Pour un temps. Car les pays européens et la Suisse font preuve de naïveté s’ils croient pouvoir indéfiniment se défausser sur l’Italie. Ces centaines de milliers de migrants – quand passera-t-on le cap du million annuel ? – ne vont pas rester en Italie, où les perspectives sont inexistantes en-dehors de la prostitution et du trafic de drogue. Ils viendront donc s’ajouter aux groupes de migrants déjà présents ou qui affluent, et dont les gouvernements ne savent que faire: raser périodiquement leurs bidonvilles ne résout aucun problème !
Il y a des pays dans le monde où la main-d’oeuvre, voire la population, manquent. Mais allez savoir pourquoi, les migrants ne veulent pas aller en Russie, en Chine ou au Japon. De toute façon, ces pays sont barricadés. Seule l’Europe, engluée dans un chômage endémique – il ne se résorbera jamais, il faut se faire à cette idée – reste ouverte à tous les vents, comme si elle avait la capacité d’accueillir toute la misère du monde, alors qu’elle n’est même plus capable de donner un travail digne à sa jeunesse.
Ce faisant, elle construit la misère des générations futures. L’Europe croit bâtir une société multiculturelle, elle ne fait que construire un bricolage multi-ethnique. Un bricolage explosif, car les valeurs des groupes qui le constituent sont inconciliables. Voyez ce qui se passe dans les écoles britanniques: la mouvance islamique tente d’y imposer ses valeurs rétrogrades, notamment quant à l’éducation des filles. Et ça marche, parce que les responsables vivent dans la peur d’être accusés de discrimination ou d’intolérance. Classique: on s’impose à soi-même des discriminations, pour ne pas être soupçonné d’en imposer aux autres.
Notre responsabilité est grande. Certes nous devons aider ceux qui sont dans le besoin, mais nous devons aussi penser à l’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants. Si nous ne faisons rien, ils vivront dans une société européenne placée sous l’influence prépondérante des valeurs islamiques, c’est-à-dire moins de libertés, surtout pour les femmes, et une régression culturelle massive. Ce n’est qu’une question de chiffres: l’immigration en Europe est largement musulmane (ces jours-ci, Syrie et Soudan) et, si ceux qui arrivent ne sont pas des extrémistes, ils n’ont néanmoins aucune raison d’échanger leurs valeurs contre les nôtres. D’autant que les valeurs chrétiennes, dans nos sociétés – si on excepte la charité envers les migrants… – sont en chute libre. La nouvelle religion, nommée laïcité, et ses intégristes, préparent la société de demain, qui quoi qu’ils en pensent ne sera pas laïque, parce que face à une religion forte, la laïcité est un vide spirituel qui ne fait pas le poids.
Pour nos jeunes, la solution résidera dans… l’émigration outre-mer, mouvement déjà amorcé en France et en Espagne chez les plus qualifiés. Nous avons rencontré de ces jeunes dans l’hémisphère sud. Ils rêvaient de bons jobs en raison de leur impressionnante pile de diplômes; les plus chanceux vendaient des cerises devant les supermarchés, en attendant le prochain petit boulot, et les allocs de Pôle-emploi…
Triste, non ?

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02/06/2014

La mission de l’armée tient en une ligne !

Au lendemain de la votation sur le Gripen, le président du Parti socialiste suisse annonçait, sur un ton jubilatoire, le commencement de la fin pour l’armée, vouée à disparaître conformément au programme du parti. Quelle formidable myopie !

Christian Levrat, aveuglé par ses lunettes idéologiques, a cru pouvoir lire dans le refus de l’avion de combat suédois un rejet de l’armée, une aspiration populaire à la disparition de l’institution. C’était une erreur monumentale, une faute de lecture politique effarante de la part du président d’un parti national. Il est vrai que M. Levrat s’embarque de plus en plus dans des considérations politiques qu’on doit qualifier d’étranges, pour ne pas dire abracadabrantes, et qui devraient préoccuper ses camarades: l’heure de la retraite a peut-être sonné.
Le sondage annuel de l’EPFZ sur la sécurité, paru le 30 mai, est venu réduire en fine poudre les rêves fiévreux du patron du PS: jamais les Suisses n’ont été autant attachés à la neutralité, qu’ils plébiscitent à 96% (99% chez les jeunes de 18 à 29 ans !); la collaboration militaire avec l’étranger n’est pas souhaitée, puisque plus de la moitié des Suisses se prononcent en faveur d’une autonomie militaire complète. Et l’envoi de militaires à l’étranger n’a pas la cote non plus.
On voit encore dans ce sondage que les Suisses sont plus que jamais favorables à l’armée de milice (61%, contre 56% en 2013), et que le budget actuel de l’armée est jugé correct par 49% des personnes interrogées. Enfin, elles souhaitent une participation accrue de l’armée dans les tâches civiles, avec en particulier un soutien militaire aux garde-frontières en cas d’afflux de réfugiés.
Que conclure de ce sondage ? Que les Suisses, de manière peu surprenante, restent attachés à l’armée telle que nous la concevons aujourd’hui, et qu’ils ne souhaitent pas un changement d’orientation, ni des coupes budgétaires, ni une diminution des effectifs. Or, c’est exactement ce que réclame la gauche, dont l’antimilitarisme à la papa paraît bien obsolète dans un monde de plus en plus dangereux.
On discute abondamment, à Berne, de la redéfinition des missions de l’armée. C’est en réalité une problématique stérile, propre à des débordements oratoires sans fin, mais inutiles. La mission de l’armée, en Suisse comme dans n’importe quel pays souverain, se résume en une phrase : défendre le pays et la population. Tout le reste n’est que vain bavardage.
A partir de cette définition simple, c’est au Conseil fédéral et aux militaires d’ajuster l’institution aux besoins, avec rapidité et souplesse, et donc en gardant une indispensable marge de manœuvre: par définition, une armée doit se préparer à des événements imprévisibles. Par conséquent, il est non seulement inutile, mais surtout dangereux, de vouloir définir à une armée une mission et des moyens en allant dans le plus petit détail. L’historien Marc Bloch, par ailleurs officier de renseignement,  nous rappelle qu’en 1940, l’armée française disposait d’imposantes réserves de caleçon longs et de  bandes molletières de la guerre précédentes, tandis que les fantassins manquaient de munitions adaptées à leurs vieux fusils – lorsqu’ils en avaient, ce qui était loin d’être toujours le cas.

Le renseignement d’abord

Il est néanmoins un domaine où les moyens de l’armée doivent être renforcés, en budget et en spécialistes, quelle que soit la perspective dans laquelle on inscrit sa mission: c’est le renseignement. Seul un renseignement efficace et professionnel, civil comme militaire, permet de voir venir le danger, de sentir d’où il viendra. A cet égard, on nous rebat les oreilles de la cyber-guerre, car cela vous pose son politicien. Il ne s’agit pas d’en nier la réalité, qui pour l’heure concerne plutôt l’économie privée, mais de l’inscrire dans une démarche globale, et surtout, de ne pas se payer de mots: la cyber-guerre, c’est le nouvel oripeau du bon vieil espionnage, ni plus ni moins: avec des moyens contemporains, c’est toujours le même espionnage, la même infiltration, les mêmes opérations de cinquième colonne. Parmi d’autres, l’armée chinoise l’a bien compris, qui y consacre de très grands moyens.
C’est pourquoi les moyens du renseignement militaire doivent être fortement renforcés − et non diminués, comme le veux le chef du département −, parce que l’armée doit se donner les moyens de lutter contre toute menace, y compris la cyber-guerre. Et le meilleur moyen de le faire, c’est de pratiquer elle-même la cyber-guerre.

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