02/04/2014

Le faux-pas du président allemand

Imagine-t-on Didier Burkhalter, en visite officielle en Allemagne ou en France, se mettre à critiquer le système politique du pays qui l’accueille ? C’est inimaginable. C’est pourtant ce que s’est permis le président allemand, Joachim Gauck. C’était un faux-pas grossier.

On nous dira que dans le système politique allemand, le président ne représente pas grand’chose. Qu’importe: il était reçu selon le protocole habituel par la Suisse officielle, ce n’était pas une visite privée, et donc la portée des déclarations que l’on fait n’est pas nulle. Ce statut implique, en particulier, que l’on respecte les usages du pays hôte, et que l’on réserve d’éventuelles critiques aux entretiens en tête-à-tête.
M. Gauck a dénoncé ce qu’il voit comme des «dangers» dans la démocratie directe, dès lors qu’il s’agit de «sujets complexes», par quoi il faut comprendre les sujets importants. Merci au président allemand de prendre les citoyens suisses pour des imbéciles, incapables de comprendre les enjeux des «sujets complexes».
«Lorsque, comme c’est arrivé récemment, une impressionnante coalition de responsables politiques, économiques, culturels et religieux émet une recommandation de vote qui n’est pas acceptée par une majorité de votants, l’Etat et la société se retrouvent dans une situation vraiment difficile», a encore professé M. Gauck. Lequel méconnaît hélas la beauté de la chose: en Suisse, le peuple n’est pas soumis à l’establishment, qui voudrait tant gouverner en rond. Pour M. Gauck c’est insupportable; pour nous, c’est au contraire la preuve que ce peuple est adulte et libre, dans le sens le plus noble du terme.
La simple idée de limiter la démocratie directe à des sujets anodins, comme la construction d’une tour, ou l’ouverture des magasins des stations-service, est la négation même de la démocratie directe telle que nous la concevons en Suisse. C’est un tout, qui implique inévitablement que le peuple est adulte, et capable de comprendre tous les sujets qui lui sont soumis.
La démocratie directe, même – et surtout – sur les sujets complexes, est le seul moyen pour le peuple suisse de rester maître de son destin. A la différence d’autres pays – qui n’ont pas eu le choix – les Suisses ne veulent pas confier les décisions essentielles à un gouvernement faible et à un parlement corrompu et manipulé. Il doit donc résister aux tendances qui, à l’intérieur de la Suisse et même à l’extérieur, comme on le voit, visent au démantèlement progressif de la démocratie directe, de manière à empêcher les Suisses de se prononcer souverainement sur les «sujets complexes», en particulier en rapport avec l’Union européenne.
Didier Burkhalter a sobrement rappelé au président allemand que «la démocratie directe est une partie du sang qui coule dans notre corps». C’était bien la moindre des choses.

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Commentaires

Effectivement, nous pouvons être fiers de notre démocratie directe. Malheureusement, certains partis, à gauche et à droite, en abusent en lançant des initiatives et des referendums qui jouent sur l'émotion plus que sur le rationnel. A mon avis, il est urgent que notre monde politique modifie les règles d'accès à ces deux outils populaires en les adaptant aux réalités nouvelles : nombre de signatures requises, interdiction des sujets contraires au droit supérieur, interdiction de reprendre un même sujet déjà traité récemment par voie d'initiative, etc. Le temps presse .....

Écrit par : Daetwyler | 03/04/2014

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