19/03/2014

Qu’est-ce qu’on attend pour sauver Lavaux ?

Forte pression immobilière, «gentryfication»: le site de Lavaux fait l’objet de toutes les convoitises, et on y construit à tour de bras ! Une protection efficace s’impose enfin, et seule l’initiative Sauver-Lavaux le permettra.

C’est un des paradoxes de l’accession d’une région au Patrimoine mondial de l’UNESCO: cela renforce son attractivité, mais pas seulement touristique ! Ainsi, les milieux immobiliers mettent à profit cette attractivité pour construire du neuf, ou transformer d’anciennes maisons villageoises, partout où c’est possible, mais toujours en direction du haut de gamme, beaucoup plus rémunérateur. L’Association Sauver Lavaux dénonce ainsi le bétonnage de tout ce qui délimite le haut et le bas du secteur relativement protégé actuellement: les crêtes, et les rives du lac.
A cet égard, les parcelles qui surplombent l’autoroute sur l’ex-commune de Grandvaux, désormais Bourg-en-Lavaux, offrent un spectacle choquant: en quelques mois seulement, de vastes terrains agricoles ont été couverts de bâtiments étendus et massifs, une véritable ville-champignon, et qui ne cesse de croître; sur les bords du Léman, entre Cully et Villette, c’est un chantier permanent, où les anciennes maisons sont rasées les unes après les autres pour faire place à des villas de luxe cachées derrière de hautes palissades.
La plupart des Vaudois croient Lavaux sévèrement protégé: n’ont-ils pas plébiscité deux initiatives de Franz Weber ? En réalité, c’est une véritable frénésie immobilière qui y sévit, comme en témoignent les chiffres publiés par Sauver-Lavaux – chiffres officiels qui émanent du SCRIS (Service d’information statistique de l’Etat de Vaud) et de la CAMAC, l’institution qui gère les permis de construire. D’abord la population: entre 1960 et 2000 elle a pratiquement doublé à Lavaux, alors qu’elle reculait à Lausanne et à Vevey. La population vigneronne au sens large ne représente plus, aujourd’hui, que 20% du total.
Mais le plus spectaculaire touche aux demandes de permis de construire. Entre juillet 2011 et février 2014, près de 450 demandes de permis de construire ont été déposées. Parmi celles-ci, seule une douzaine concernait des projets en relation avec la viticulture !
Selon une étude de l’avocat Laurent Fischer, il y a eu autant de mises à l’enquête dans la commune de Bourg-en-Lavaux qu’à Nyon, dont la population est quatre fois supérieure; et il y a eu autant de mises à l’enquête dans les communes du territoire protégé par la loi actuelle qu’à… Lausanne, où la population est dix fois plus importante.
Une seule conclusion s’impose à la lecture de ces chiffres: les possibilités de construire à Lavaux sont aussi larges qu’ailleurs dans le canton, voire davantage ! Ce n’est manifestement pas ce qu’on voulu les Vaudois, qui par deux fois ont exigé une protection particulière de ce patrimoine.
Face à l’initiative Franz Weber III, le gouvernement et le Grand Conseil ont bricolé un contre-projet profondément inutile, puisqu’il ne change pratiquement rien à la pratique actuelle, et confie encore et toujours l’avenir de Lavaux aux communes, libres de gérer à leur guise, «entre soi», les nombreuses zones à bâtir qui entourent les villages, et qui sont actuellement plantées en vigne. Mais pour combien de temps ? La crise de la viticulture risque de provoquer des ventes massives de terrain aux promoteurs, et donc la construction de villas en périphérie des villages historiques. La vigne est vite arrachée, comme on le voit à Lutry, à Chexbres, ou à l’approche de Vevey: la vigne a pratiquement disparu.
La loi que propose l’initiative est claire, rigoureuse, et elle est applicable immédiatement. Elle n’empêche nullement les vignerons de construire les équipements dont ils ont besoin; par contre, elle empêche la poursuite du mitage et du grignotage du paysage de Lavaux à des fins purement financières. Elle a le soutien des principales organisations de protection de l’environnement, telles que le WWF, Pro Natura et Pro Riviera. Et puisque la campagne d’affichage biscornue des opposants met en avant un faux Franz Weber sous le titre «Notre Franz Weber», autant préférer l’original à la copie…

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