09/02/2014

Des Suisses audacieux et précurseurs

On ignore si le vote du 9 février suscitera une crise entre la Suisse et l’Union européenne. Ce qui est sûr, c’est qu’il signale une crise profonde entre le peuple et ceux qui, politiciens et lobbies, prétendent le gouverner.

Le peuple subit de plein fouet les effets dévastateurs de l’immigration de masse, en termes de qualité de vie en particulier. Cet aspect des choses a toujours été jugé comme négligeable, voire méprisable par le Conseil fédéral et ceux qui tirent les ficelles, les gros lobbies de l’économie. Qui, entre parenthèses, doivent facilement s’entendre avec le ministre en charge de ce département… On n’oublie pas les médias, en particulier ceux de la RTS, qui font de la politique plutôt que d’en rendre compte. Que pèsent, en effet, la protection du paysage ou la sécurité des personnes, par exemple, face aux milliards qui ne demandent qu’à tomber dans la poche de ceux qui exploitent les migrants?
Ce qui a fâché les Suisses aussi, c’est que de la droite à la gauche, on n’avait qu’un seul mot à la bouche: «Croissance, croissance, croissance !» Pour les électeurs socialistes, entendre leurs élus sous la Coupole tenir le langage d’un Schneider-Ammann était un peu fort de café, et les a logiquement fait basculer dans le camp du oui. On ne peut pas tout renier sous prétexte de s’opposer à l’UDC.
Au passage, on regrettera que les électeurs romands ait partagé, un peu naïvement, ces rêves de croissance infinie, et gobé tout cru les menaces sur l’emploi et la prospérité brandies par les patrons romands dont la photo remplissait les journaux. Heureusement qu’il y a les Suisses allemands pour nous protéger contre nous-mêmes ! Déjà, en 1992…
Le vote de ce dimanche, qui nous réjouit, est grave en cela qu’il montre que le Conseil fédéral, le parlement, l’establishment économique et médiatique, n’ont plus la confiance du peuple. Celui-ci s’est estimé trompé, mené et bateau, et donc mal gouverné. On lui a «vendu» la libre-circulation sur la base de données délibérément mensongères. C’est impardonnable. A l’étranger, des gouvernements ont démissionné pour moins que ça. Mais rien ne se passera chez nous, pour une raison simple: nos sept ministres restent convaincus qu’ils avaient raison, et que le peuple a eu tort.
Le score de l’initiative est d’autant plus remarquable que le texte de l’UDC avait contre lui l’ensemble de la classe politico-médiatique, engagée jusqu’au cou dans un débat totalement déséquilibré. Gageons que cet échec cuisant la ferra réfléchir sur sa crédibilité.
Les Suisses n’ont évidemment pas à rougir de leur vote, tout au contraire: ils sont des précurseurs. Déjà, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Belgique, en France, des voix s’élèvent pour saluer ce coup de frein à une libre-circulation débridée – et demander qu’on s’en inspire. En vain sans doute: la démocratie telle que la vivent les Suisses est inimaginable dans une Europe qui se méfie des peuples comme de la peste.
Ah ! La libre-circulation… C’est une chimère composée à moitié d’idéologie de gauche (solidarité universelle), et à moitié de mondialisation sans limites (solidarité financière). Que peut-on attendre d’un bâtard pareil, qui de surcroit ignore complètement les réalités quotidiennes d’une galaxies de pays extrêmement différents les uns des autres? Avec ce système, l’Union européenne va droit dans le mur, comme en témoignent les taux de chômage dans la plupart des pays qui la composent.
Les Suisses peuvent être fiers de cette leçon de démocratie, envoyée à la fois à ceux qui la gouvernent si mal, et à l’Union européenne, sourde et aveugle à la rumeur qui monte des peuples.