02/02/2014

Le créationnisme n’a pas sa place dans les cours de sciences

Certaines écoles privées, à Genève et dans le canton de Vaud, enseignent le créationnisme dans le cadre des cours de sciences. Sans faire de bruit ni s’en vanter… C’est un non-sens pédagogique, et un abus de pouvoir sur de jeunes esprits.

Pour le créationnisme, très en vogue aux Etats-Unis et de plus en plus en Europe semble-t-il, le monde et les êtres vivants ont été créé en sept jours, il y a environ 6’000 ans, et n’ont pas évolué depuis. La faveur nouvelle dont jouit cette lecture strictement littérale de la Genèse peut s’expliquer par la montée des mouvements évangéliques, dont la caractéristique principale est, précisément, une lecture littérale de la Bible.

Mais que faire donc du Big Bang, de la vie et de la mort du Soleil, des fossiles, des découvertes de la paléontologie et de l’archéologie, de Lucy et de l’Homme de Néandertal ? Rien, fadaises anti-religieuses…
Or, on peut être chrétien et refuser absolument le créationnisme, qui insulte à la fois l’intelligence des hommes et… la Bible elle-même ! La Bible n’est pas un livre de science ni un livre d’Histoire, et vouloir la ramener à cela, c’est en bafouer la grandeur et l’essence spirituelle, c’est s’en servir pour asservir l’individu.
Le grand danger, pour la société, consiste à entrer dans le jeu des créationnistes, qui veulent faire du créationnisme une théorie scientifique comme les autres, comme par exemple celle de la formation des étoiles et des planètes, celle de l’évolution des espèces de Darwin, ou celle de la relativité d’Einstein. Une théorie qui, par conséquent, aurait toute légitimité pour être enseignée parallèlement aux autres.
C’est un peu comme si on voulait mettre sur le même pied l’astrophysique et l’astrologie, laquelle repose sur des bases fausses (les étoiles et les planètes ne sont pas là où elles sont dans le vrai ciel), et des interprétations fantaisistes… mais rémunératrices !
Or le propre d’une théorie scientifique, susceptible d’être enseignée comme telle à l’école, c’est qu’elle repose sur des données reproductibles et vérifiables, données issues des mathématiques, de la physique, de la chimie, ou de la nature elle-même: les fossiles sont des témoins particulièrement éloquents, et on voit mal où trouver, dans la Genèse, l’explication de leur présence dans dans couches très anciennes du sol. Y avait-il des dinosaures dans l’Arche de Noé ?
Bien sûr, pour que s’imposent les théories scientifiques, il a d’abord fallu faire des hypothèses avant de proposer des conclusions; mais ces hypothèses ont été vérifiées, très progressivement, après avoir été dans un premier temps contestées – c’est ainsi qu’avance la science. La dérive des continents d’Alfred Wegener, par exemple, a mis très longtemps à s’imposer, malgré certaines évidences visuelles de l’imbrication ancienne de ces continents !
On peut aussi signaler, dans le même registre, la belle et difficile destinée de Mary Anning, jeune fille très pauvre de Lyme Regis, dans le Dorset, qui découvrit, dès les années 1810, quantité de fossiles extraordinaires sur les plages et les falaises de la région, bouleversant ainsi le savoir de l’époque. Elle se heurta très vite à l’hostilité à la fois de l’Eglise, parce qu’elle remettait en cause l’origine du monde, et au monde scientifique, parce qu’elle était une femme, et de plus, de basse extraction…1
L’école ne doit pas faire l’impasse sur le créationnisme, mais elle ne doit pas le présenter comme une explication scientifique à l’apparition de l’Univers; elle peut l’enseigner dans le cadre de cours sur les religions – au reste, chaque religion a sa propre vision de la création du monde, et celle des créationnistes chrétiens n’est pas celle des Hindous, des Mayas ou des Maoris!
Lorsque la religion empiète sur le terrain du savoir et de la science, cela finit généralement mal, parce que précisément, ce n’est pas son terrain (et réciproquement d’ailleurs: la science n’a pas à se mêler de religion). L’Europe est placée pour le savoir, qui a mis sous le boisseau pendant dix siècles les prodigieux savoirs de l’Antiquité.

1. Lire à ce sujet le très beau roman de Tracy Chevalier : «Prodigieuses créatures» («Remarkable Cratures»), Folio 2010.

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