15/04/2013

Biturez-vous, nous nous chargeons du reste

Le nombre de jeunes gens et de jeunes filles entre 18 et 30 ans, admis en urgence au CHUV pour intoxication par l’alcool, a été multiplié par cinq en une dizaine d’années. On y voit aussi de plus en plus d’enfants. C’est ainsi que des soignants dévoués remettent ces jeunes sur pied, qui comprennent ainsi qu’ils pourront recommencer le week end suivant: l’Etat veille sur eux!
On nous passera cette provocation, mais enfin, il y a de quoi grimper les murs. Dans un reportage in situ, la RTS a montré dans quelles conditions le personnel du CHUV recevait ces “clients”, que leur état second n’empêche pas d’être agressifs à l’égard du personnel, sans parler des ambulanciers dont le travail est de plus plus difficile. On imagine une tâche franchement peu gratifiante, mais dont les infirmières et médecins s’acquittent au plus près de leur conscience: chapeau à eux. Si demain le nombre de jeunes en coma éthilique double encore – et il n’y a pas de raisons que ça s’arrête, les marchands d’alcool bradé y veillent – on peut être assuré que les services sanitaires feront le nécessaire.
Est-ce normal, est-ce juste? Nous sommes dans une société où l’Etat est devenu le pompier de citoyens devenus irresponsables. On ramasse chaque soir les jeunes bourrés comme autrefois les brancardiers ramassaient les blessés sur les champs de bataille; on offre aux toxicomanes du matériel d’injection, des lieux sécurisés et du personnel sympathique pour se shooter; des ballets d’hélicoptères recueillent les blessés ou les fatigués de la montagne, de toute façon, l’assurance paie!
Dans tous les cas, les “victimes” ont fait preuve d’irresponsabilité, d’impréparation ou d’imprudence. Mais cela n’a aucune importance parce que ce genre de comportement n’est pas sanctionné. On a le droit d’agir de manière non-responsable, puisque les services de l’Etat sont là, toujours fidèles au poste, pour réparer les dégâts. C’est au point que face à l’explosion de la demande, le CHUV songe à mettre en place une unité spécialisée, une unité que l’on peut qualifier de maternante, à l’image des shootoirs pour les toxicomanes. En effet, il s’agit certes de désengorger les urgences pour des cas moins prévisibles que la biture du samedi soir, mais il s’agit surtout d’offrir à ces jeunes des lits spécialisés, de manière à pouvoir permettre au personnel de… passer davantage de temps avec eux! Pour quoi faire? Pour lessensibiliser – mot magique de la société qui se refuse à sanctionner. Croit-on vraiment que ces jeunes, avec la gueule de bois du petit matin, entendront pieusement les discours paternaliste du médecin sur les dangers de l’alcoolisme?
C’est bien naïf. L’accueil attentif que la structure médicale délivre aux amateurs de cuite rapide est en réalité un message dangereux: “On vous remet vite sur pied, avec un petit sermon si vous voulez bien l’entendre, et vous pourrez recommencer le week end prochain, puisqu’on s’occupe de tout!”
Il est un autre aspect préoccupant dans ce phénomène: dans le compte-rendu que fait 24 Heures du reportage de la RTS, un mot n’apparaît jamais: celui deparents. On doute que ces milliers de jeunes soient tous orphelins. Mais alors, où sont leurs parents? Pourquoi se désintéressent-ils de leurs enfants au point de les laisser flirter avec la mort, ou avec le viol, le week end venu? Sont-ils fatigués? Ont-ils envie, eux aussi, de prendre une cuite? Sont-ils fiers de voir leur gamin ou leur gamine incapable de se tenir sur une chaise roulante, vomir à la ronde et frapper les infirmiers?
Cet effondrement de la responsabilité parentale est malheureusement le corollaire inévitable de l’interventionnisme de l’Etat, qui se substitue aux citoyens, tant ceux-ci sont défaillants. A Zurich, on facture les frais de dégrisage en cellule spécialisée aux parents; dans le canton de Vaud, une telle solution effraie, à cause de son aspect vaguement carcéral, et un petit peu répressif, quelque part…
Et pourtant! Nous ne sommes pas loin de penser que l’expérience glauque de la cellule de dégrisement, puis les coups de gueule des parents qui doivent payer et venir chercher leur gosse,  sont bien plus dissuasifs que les paroles patelines du médecin de service, comme autrefois celles de Monsieur le Curé: c’est un adulte, un c…, quoi !

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