12/03/2013

Vasella et les enfants gâtés

Donc, Daniel Vasella émigre aux Etats-Unis. C'est une mauvaise nouvelle pour la Suisse, et nous ferions bien de considérer ce départ comme un avertissement.
Toute à son euphorie d'avoir donné une claque aux vilains grands patrons en faisant triompher l'initiative Minder, la population dira sans doute: "Bon débarras!" Elle ne se soucie guère de savoir que les Etats-Unis, eux, disent: "Welcome, Daniel!"
Le départ du patron de Novartis va coûter cher à son canton de domicile, Zoug, à sa commune, Risch, et à la Confédération, puisqu'il devait payer un impôt fédéral direct considérable. Mais il pourrait coûter cher aussi à Novartis, car M. Vasella, qui n'est pas lié par une clause de non-concurrence, va probablement mettre ses très grands talents au service d'un groupe pharmaceutique concurrent.
C'est en cela que la polémique sur les fameux 72 millions fut très malheureuse, et instrumentalisée sans vergogne. Sans doute M. Vasella a-t-il un rapport à l'argent qui dérange, une avidité qui choque. Mais c'est un fait, et il ne changera pas. En négociant une clause de non-concurrence, Novartis faisait un investissement avisé, et finalement peu coûteux en regard des conséquences possibles d'un passage de M. Vasella à la concurrence. Quoi qu'il en soit, il s'agissait d'un contrat privé, qui n'impliquait pas le moindre centime d'argent public. Dès lors, en quoi cela regardait-il le grand public, les politiciens et les médias?
On a beaucoup parlé de morale lors de la campagne sur l'initiative Minder, parce que c'est un moyen facile d'attaquer l'économie et, osons le mot, le capitalisme. J'ai voté contre cette initiative, et j'était opposé aussi au contre-projet des Chambres. Je ne crois pas que l'économie ait besoin des conseils et de la surveillance du pouvoir politique pour gérer les entreprises, dès lors que celles-ci respectent le cadre légal. Les managers de grande envergure sont rares, il faut donc les payer ce qu'il faut, c'est la loi de l'offre et de la demande. Et tant pis si cela choque Mme Michu. Au reste, la même Mme Michu trouve parfaitement moral que l'on donne des dizaines de millions à un footballeur ou à un tennisman réfugié fiscal à Monaco...
L'initiative Minder a malheureusement donné des ailes à ceux qui détestent le système économique libéral et la réussite individuelle. Ils y ont vu une brèche, dans laquelle ils vont s'engouffrer.  Ce qui est particulièrement grave, c'est qu'on voit émerger en Suisse la même haine des riches et de ceux qui réussissent, que celle qui plonge la France dans un dramatique clivage social, et une récession désormais inéluctable.
Avant même la votation, flairant la bonne affaire électorale, le président du PS, Christian Levrat, faisait de la surenchère, annonçant les prochaines étapes de la mise au pas de l'économie, qui demain devra défiler au rythme de la musique socialiste. Cela commencera par l'initiative 1:12, qui veut niveler les salaires, en attendant sans doute l'initiative 1:2. Suivra la taxation des transactions financières, qui affaiblira encore davantage la place financière suisse, au profit de ses concurrentes. C'est ainsi que par petits coups de serpe, au nom de la morale et de la justice sociale, on va casser notre prospérité. Faut-il laisser faire?
Il faut que les Suisses descendent de leur nuage. La prospérité dont ils jouissent ne tombe pas du ciel, et elle n'est pas une rente à vie. Elle est née d'un système économique qui fonctionne parce que chacun peut y cultiver l'espoir de gagner davantage. Coupez le ressort de l'intérêt personnel, et vous aurez l'économie des pays où entreprendre est peine perdue, des pays où il n'y a plus beaucoup de riches, mais beaucoup de pauvres.
Est-ce bien cela que veulent les Suisses?

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18:25 Publié dans Politique | Tags : vasella | Lien permanent |  Imprimer