04/02/2013

Jusqu'où ira l'arrogance des chasseurs?

L’arrogance des chasseurs vaudois n’a d’égal que leur haine de la faune sauvage, lorsque celle-ci trouve ses propres équilibres. Aujourd’hui, ils exigent de la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro qu’elle ordonne des tirs d’élimination d’un certain nombre de lynx sur le territoire du canton. Ils exigent aussi l’élimination du ou des rares lynx vivant sur le Plateau, celui-ci étant déclaré «inadapté à la présence permanente du lynx». Autre argument des chasseurs: les lynx mettraient en péril la… biodiversité ! Contribuerait-on donc à la biodiversité en éliminant les lynx, et les prédateurs en général?
Le discours des chasseurs et leurs exigences, aussi arrogantes que démesurées, doivent être fermement combattus, car ils ne reposent que sur du vent. Quelle autorité, dans le domaine de la biologie, a dit que le Plateau était «inadapté à la présence permanente du lynx», alors que manifestement, il y trouve son compte? Aucune, bien entendu: c’est une de ces affirmations gratuites et à l’emporte-pièce dont les chasseurs se sont fait une spécialité. Quels «dégâts» les lynx occasionnent-ils parmi les ongulés, sinon celui d’assainir le cheptel? Les chiffres de la chasse, qui comptent les pièces abattues par milliers, vont eux-mêmes à l’encontre des affirmations des chasseurs.
Et quand bien même, si les chasseurs tiraient moins de gibier? De quel droit ces personnes peuvent-elles exiger d’avoir chaque année, quoi qu’il arrive, le même nombre d’animaux sauvages à abattre? Cela démontre bien que la «régulation» qu’ils brandissent comme un talisman n’a en réalité qu’un seul objectif: leur assurer un nombre constant d’animaux à tuer, comme la Migros peut l’exiger par contrat d’un éleveur. Sauf qu’on ne gère pas la nature comme un élevage de porcs ou de poulets.
Il faut toujours revenir aux chiffres. Il y a dans le canton de Vaud quelque 800 chasseurs. Il représentent donc 0,1% de la population. Ce n’est pas beaucoup. Il est intolérable que cette infime minorité impose ses vues au 99,9% restant de la population vaudoise en matière de gestion de la faune sauvage – si tant est que vouloir gérer la faune sauvage ait un sens. Intellectuellement, c’est un non-sens. Contrairement à ce que pensent les chasseurs, les «autres» Vaudois ne sont pas des ignorants en matière de faune, ou des écolos forcément débiles, ou des pantouflards indifférents qui ne sortent pas de leurs tours urbaines. La faune du Pays de Vaud est celle de tous les Vaudois, elle leur appartient, et c’est à eux, cas échéant, qu’il faut demander s’ils veulent des mesures d’élimination de certains animaux. Cela relativiserait de manière très opportune le pouvoir exorbitant dont les chasseurs se sont emparés, parfois avec la complicité du monde politique.
Depuis son arrivée au Conseil d’Etat, Mme Jacqueline de Quattro fait l’objet d’un harcèlement récurrent de la part des chasseurs, qui pensent sans doute qu’étant une femme, elle est plus facile à intimider et à manipuler. Heureusement, et elle l’a déjà montré par le passé, Mme de Quattro n’est pas femme à se laisser impressionner. Les Vaudois savent qu’ils peuvent compter sur elle pour défendre leurs intérêts à tous, plutôt que ceux d’une minorité vociférante.
Il est temps que les chasseurs en rabattent, et que parallèlement, les Vaudois s’expriment. Notre faune n’est pas en très bon état, la biodiversité s’effiloche à grande vitesse, notamment à cause du déséquilibre artificiellement maintenu par l’élimination des prédateurs. Ceux-ci sont, de plus, gravement menacés par la nouvelle ordonnance fédérale sur la chasse, introduite en catimini et sans le moindre débat public, l’an passé, à la demande des chasseurs. Il faut donc se battre pour protéger ce qui peut l’être encore, et opposer une ferme fin de non-recevoir aux lamentations de ceux qui veulent éliminer nos rares lynx. (1)

1. Rappelons à ce propos qu’on peut s’engager en signant l’initiative fédérale Pour la protection des grands prédateurs. Des listes sont disponibles auprès de Pro Fauna.

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