13/08/2012

Widmer-Schlumpf, l'esprit de Vichy

 

Comment un État peut-il collaborer à la dénonciation de ses propres citoyens à une puissance étrangère, et à la transmission de données confidentielles? De tels agissements ne se sont plus vus depuis le régime de Vichy.
Certes la comparaison est forte, mais elle n’est pas absurde. Dans les deux cas l’État, normalement sensé protéger ses propres citoyens, s’est mis au service d’une puissance étrangère qui l’exigeait. Voici donc des milliers de citoyens suisses, fidèles employés de leur banque, balancés, donnés en pâture aux officines fiscales américaines, dont on connaît l’activisme paranoïde. Pour eux c’est clair: pour le restant de leurs jours, ils ne mettront plus les pieds aux Etats-Unis – sauf à ne plus en sortir – et même des voyages en Europe pourront s’avérer à hauts risques, si l’IRS veut absolument arracher leur témoignage pour coincer un fraudeur.
On aurait pu attendre de la part du Conseil fédéral une attitude non seulement plus courageuse face aux prétentions américaines, mais tout simplement morale et responsable à l’égard de ses propres citoyens. Au lieu de quoi, on se couche devant des demandes de plus en plus exorbitantes, on consent à une collaboration indigne, quitte à chercher des excuses par la suite, quitte à recourir au sempiternel «ce n’est pas de ma faute».
Mme Widmer-Schlumpf est devenue une spécialiste du genre, n’hésitant pas à accuser les banques, après les avoir encouragées à sacrifier leurs employés. Ainsi, au fil des jours, on apprend qu’elle manipule sans cesse son monde, dit des demi-vérités et de vrais mensonges, pour camoufler l’enchaînement vertigineux des abandons et des trahisons.
Car il n’y a pas que les employés des banques à être sacrifiés sur l’autel fiscal: il y a les résidents français en Suisse, et les Suisses propriétaires en France, assurés que leurs bien immobiliers seront désormais soumis aux prélèvements confiscatoires de l’impôt français sur les successions. La France l’a exigé ? Alors on dit oui, en prétextant que cela aurait pu être bien pire ! C’est la diplomatie de la trouille, Maréchal nous voilà !
Enfin, il y a ce projet d’accord avec l’Allemagne qui risque de plus en plus de capoter, tandis que des employés-félons s’en mettent plein les poches en vendant les clients de leur banque à l’Allemagne. Combien d’arrestations en Suisse, à ce jour ? Aucune puisque, selon les services de Mme Widmer-Schlumpf, «aucun achat de CD contenant des données bancaires n’a été officiellement confirmé.» C’est sûr, les voleurs et le fisc allemand vont faire à chaque nouveau CD une déclaration officielle à Berne…
Bref, dans la panade où se trouve la Suisse, on réalise que Mme Widmer.Schlumpf agit en roue libre, confisque le pouvoir du Conseil fédéral, agit seule en son nom, et dissimule une partie de ce qu’elle fait tant qu’elle le peut. Comme le disait un avocat genevois, une conseillère fédérale a dû démissionner pour un mensonge bien plus anodin.
Le Conseil fédéral est collectivement responsable de ce qui se passe. Et dans celui-ci, le ministre des Affaires étrangères porte une lourde responsabilité. Le comportement de Didier Burkhalter est stupéfiant, et totalement insuffisant. Que voit-on ? La Suisse est dans les plus grandes difficultés avec ses principaux partenaires – l’Union européenne, les Etats-Unis, l’Allemagne – mais le ministre des affaires étrangères n’existe pas: il fait le Calmy-Rey au Moyen-Orient, essaie de vendre des bons offices dont personne ne veut, joue de la harpe humanitaire. Est-il chargé des relations publiques de la Confédération ?
Il est évident que Didier Burkhalter devrait être sans cesse entre Berlin, Washington et Bruxelles, à mouiller sa chemise pour mettre de l’huile dans les rouages, à convaincre, à expliquer, bref, à construire la politique étrangère de la Suisse, s’il en existe une – c’est son boulot. Au lieu de quoi, il a abandonné cette tâche essentielle à une ministre des finances qui perd les pédales, et court après les départs de feu qui se succèdent. Comment peut-il accepter cela, une telle mise à l’écart ? Et comment le Conseil fédéral peut-il accepter qu’un ministre confisque ainsi ses prérogatives collégiales, qui plus est pour aligner les bourdes?
M. Burkhalter peut encore se rattraper, en prenant conscience de la tâche qui est la sienne, et en la prenant enfin en mains; s’il laisse aller, ce sera une faute politique grave. Quant à Mme Widmer-Schlumpf, il faut que le Conseil fédéral, puis le Parlement, l’auditionnent, et tirent les conclusions qui s’imposent.
Car de toute évidence, Mme Widmer-Schlumpf dessert les intérêts de la Suisse et des Suisses. Il ne faut pas citer Churchill à toutes les sauces, mais en l’occurrence sa plus célèbre phrase s’impose: «Vous aviez le choix entre le déshonneur et la guerre; vous avec choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre.» Car bien entendu, les Etats-Unis, l’Allemagne et l’UE poursuivront la guerre de plus belle, malgré, ou plutôt à cause, des abandons piteux de la Suisse. Cela, c’est une certitude.

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