03/11/2011

Maillard, homme d'Etat

Pierre-Yves Maillard a la carrure d’un homme d’État – espèce rare s’il en est. Au-delà des divergences idéologiques, les Vaudois ont tout à gagner de son accession au Conseil fédéral. Il faut donc soutenir sans réserves sa candidature.

Qu’est-ce qui fait un homme d’État ? Il n’y a pas de recette précise, et c’est tant mieux: un homme d’État (cela vaut aussi pour une femme, faut-il le préciser) s’impose et se perçoit comme tel, sans qu’on ait besoin de le mesurer à l’aune d’improbables paramètres. Disons qu’il doit avoir du charisme, verbal mais aussi physique, en ce sens que par sa seule présence, il crée une ambiance particulière et attire l’attention. Il lui faut une structure personnelle forte, fondée sur des valeurs acquises tôt, et défendues avec constance. Il faut un sens aigu et intuitif de l’intérêt général, et la volonté de s’y consacrer. Il faut une autorité naturelle positive, qui agit non pas par la crainte qu’elle inspire, mais par la motivation qu’elle suscite.
Pierre-Yves Maillard a ces qualités, et d’autres encore. En particulier, il a des traits de caractère propres à séduire les grands électeurs de l’autre bord – on pense en particulier à ceux de l’UDC. Comme eux d’une certaine façon, il est droit dans ses bottes, ce qui rassure: on sait à qui on affaire, en tout cas pas à une girouette. Il est certes prêt à transiger, comme tout membre d’un collège exécutif, mais pas au-delà de la limite qu’il s’est fixée, ce qui mettrait en cause ses convictions profondes. Il répugne aux manœuvres de couloir et aux magouilles électorales, qu’il semble juger – à juste titre – comme indignes de la fonction. Et il est capable de sortir de ses gonds, ce qui est toujours bon signe chez un dirigeant, preuve qu’il n’est pas un froid calculateur.
Le ministre vaudois de la santé cultive également des valeurs qu’on pourrait qualifier de conservatrices, dans le meilleur sens du terme, notamment en termes de souveraineté. Par exemple, il est assez à cheval sur l’auto-approvisionnement de la Suisse, à l’heure où tant de politiciens rêvent de liquider l’agriculture sur l’autel de la mondialisation, de l’intégration européenne et de l’urbanisation galopante. Écoutons ce qu’il disait le 2 novembre dans Le Temps:
«Le degré d’auto-approvisionnement brut était de 62% en 2008, en légère baisse. Le taux garanti devrait donc être fixé à peine au-dessous. Au moment où il est question d’augmenter le libre-échange, notre société doit affirmer qu’elle veut et peut produire une part notable de ce qu’elle consomme. Nous sommes confrontés à une industrialisation de la production agricole qui a généré des risques sanitaires et une augmentation des transports nuisible à l’environnement. Si une population ne peut pas se donner des garanties de sécurité alimentaire, sanitaire et sociale, si elle ne garde pas le contrôle sur une certaine part des biens et des services existentiels, alors elle ne dispose pas d’une vraie souveraineté.»
Sans doute, Pierre-Yves Maillard peut-il susciter des inquiétudes à droite, car il pèsera – quoi qu’il arrive – d’un poids décisif dans les futures orientations de la politique de santé, en particulier dans l’avènement, inévitable, de la caisse unique pour l’assurance de base. Mais certes: qui, à droite, peut encore décemment défendre la situation actuelle ? La droite ouverte et entrepreneuriale devrait être plutôt rassurée par sa vision en matière de développement énergétique, qui vise à dégager la piste pour les projets qu’il est indispensable de mettre en œuvre sans délais: moins d’obstacles administratifs, davantage de financement.
Depuis plusieurs années, le Conseil fédéral est réputé être un gouvernement faible. La première responsable de cette situation est l’Assemblée fédérale, qui choisit systématiquement des politiciens mous du genou, plutôt que des personnalités fortes susceptibles de lui résister – dernière victime en date: l’excellente Karin Keller-Sutter. Plus que jamais, notre gouvernement a besoin de leaders, plutôt que d’administrateurs doués. Il en va de sa crédibilité face aux citoyens, et face au reste du monde. En ce sens, la présence de Pierre-Yves Maillard au Palais fédéral serait un bienfait, qui apporterait, longtemps après le regretté Jean-Pascal Delamuraz, une présence vaudoise bien profilée au gouvernement, forte d’un mélange de retenue et de rondeur, d’efficacité et d’obstination, et surtout d’une vision politique à long terme pour le pays.

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