30/10/2011

Nordmann et Cherix ou la tentation autoritaire


MM. Roger Nordmann et François Cherix, socialistes capricants, ont mis leurs forces en commun pour écrire un livre de trente-quatre pages et demi, en gros caractères, publié par les Editions Favre, sous le titre: "La Suisse ou la peur". Ils l'ont fait traduire en allemand, pour que nos Confédérés ne soient pas injustement privés du fruit de leur pensée.

Leur prose a séduit les médias – c'était le but, on y reviendra – mais dans des proportions qui laissent songeur. L'Hebdo, par exemple, leur a consacré un boulevard dont le lignage devait être du double ou du triple de celui du livre ! 24 Heures a aussi publié un gros article, et tout comme L'Hebdo, sans approche critique, juste la pommade. Et de grandes photos. Ah! Les photos ! MM. Normann et Cherix se sont fait photographier à Berne, dans des poses à la James Bond, tenant leur opuscule à la manière d'une arme à feu. Il semble que le profond ridicule de cette mise en scène leur ait échappé...
Mais venons-en au fond car, pour faire mentir l'odieuse calomnie selon laquelle les journalistes ne lisent pas les livres dont ils parlent, nous avons lu ce maigre poulet (au sens littéraire du terme), dans l'espoir d'y trouver matière à quelque féconde indignation. Hélas ! Ce n'est qu'une avalanche de lieux-communs, de postures politiquement correctes, de bavardage à la fois creux et grandiloquent, quelque part entre le maire de Champignac et Achille Talon – en moins rigolo. Voulez-vous des exemples ? Voici une phrase tirée de la partie rédigée par M. Cherix, qui s'adresse à nos compatriotes alémaniques: «Je vous propose d'élire une Assemblée constituante, qui discutera librement des institutions et soumettra aux citoyens des propositions globales et cohérentes. Marquer un temps d'arrêt dans le vie de la Confédération, analyser ses défauts, imaginer des solutions, voilà le défi nécessaire et passionnant. Ensemble, toutes cultures et visions réunies, nous pouvons aider la Suisse à franchir un nouveau seuil qualitatif.»
Écrasons une larme...
Si M. Cherix se sent investi d'une mission sacrée, à la manière du Major Davel entendant des voix, Roger Nordmann révèle un peu davantage des intentions profondes de son projet. D'abord, l'Assemblée constituante que les deux auteurs proposent apparaît comme une machine de guerre supposée mettre en échec l'initiative de l'UDC en faveur de l'élection du Conseil fédéral par le peuple (que d'éminents socialistes soutiennent par ailleurs, tels Pierre-Yves Maillard).
Mais il y a plus grave: malgré de prudentes circonlocutions, M. Nordmann s'engage en faveur d'une diminution radicale des pouvoirs des cantons, jugés exorbitants au point de museler le Conseil fédéral. Qui sait si, dans un deuxième temps, il ne s'agira pas de supprimer purement et simplement les cantons, structures jugées archaïques qui empêchent l'établissement d'un pouvoir fédéral fort. Rien de neuf à gauche au reste: il y a 25 ans déjà, Mme Yvette Jaggi qualifiait les cantons d'
encoubles. Car un Conseil fédéral fort pourrait enfin prendre, faut-il le dire, des décisions claires, ce qu'on peut traduire, à notre sens, par autoritaires.
En effet, Roger Nordmann rêve d'un Conseil fédéral aux pouvoirs étendus qui, comme dans un régime présidentiel, serait capable de «comprendre les besoins, conduire les changements, défendre l'intérêt général et anticiper les défis à venir. (...) La Suisse a urgemment besoin d'un gouvernement capable de donner des orientations.»
Cet appel à un pouvoir central fort, qui suivrait l'éradication du fédéralisme, se double d'une tendance plus sournoise, si sournoise que nos auteurs ne l'abordent pas de front: c'est le démantèlement des droits populaires. Car pour MM. Nordmann et Cherix, la démocratie directe est comme le fédéralisme: une institution qui a rendu des services, mais qui est devenue obsolète, car elle empêche le Conseil fédéral de gouverner seul et de «conduire les changements.»
Une phrase de M. Cherix a de quoi inquiéter à cet égard: «La facilité avec laquelle il est possible de convoquer le peuple pour lui soumettre n'importe quelle modification de la Constitution, même dangereuse pour la dignité humaine, n'est plus adaptée au 21e siècle; (...) le droit d'initiative est en train de devenir une farce inquiétante. Nous savons bien vous et moi qu'il ne suffit pas qu'une décision soit prise à la majorité pour qu'elle soit légitime; encore faut-il qu'elle ne détruise pas les principes et le cadre qu'elle prétend servir.» Est-ce assez clair? Demain, c'est du parti socialiste que viendront les attaques contre la démocratie directe.
Résumons: nos auteurs veulent un Conseil fédéral fort, débarrassé de toute
encouble – les cantons, le peuple, voire le parlement. Pour faire quoi? Anticiper et «relever les défis», comme disent les politiciens fatigués ? En réalité, il s'agit de donner les mains libres au Conseil fédéral pour nous pousser dans l'Union européenne, sans possibilité de résistances cantonales ou populaires. C'est dans ce but que ces deux messieurs se répandent dans la presse, pour petit à petit convaincre le peuple que la Suisse se trouve dans une impasse institutionnelle.
Actifs tous deux dans ce qu'on appelle la
com, ils savent très bien que les médias, qui sont du même bord qu'eux, sont beaucoup plus vulnérables au discours anti-suisse que le peuple, qui a davantage de jugeotte. C'est pourquoi ils ont ciblé – avec succès – les grands médias, sachant d'avance qu'il suffit de se montrer critique envers les institutions suisses, et de parler d'Europe, pour qu'un magazine comme L'Hebdo vous offre dix pages de promotion; avec, si tout va bien, l'appui d'un édito du rédacteur en chef – voire, adoubement suprême, un édito de Jacques Pilet !
Leur espoir est qu'à force d'entendre parler d'
impasse institutionnelle, les Suisses finissent par croire que c'est vrai, et qu'ils se prêtent alors au démantèlement de leurs propres droits démocratiques, courbent l'échine et passent sous les fourches caudines de l'Union européenne, qui nous fera payer cher notre fierté passée car, selon Roger Nordmann, la Suisse se conçoit «en opposition à l'Europe et au reste du monde, dans une névrose oscillant entre la paranoïa et un complexe de supériorité trahissant davantage d'angoisse que de confiance. La xénophobie, le nationalisme, l'autocélébration sont devenus le langage commun, comme si la Suisse pouvait être une île de bonheur et de prospérité au milieu d'un océan d'échecs et de médiocrité.»
Il n'y a qu'une seule réponse à donner à MM. Nordmann et Cherix, qui manifestement n'aiment pas la Suisse telle qu'elle est, et telle que la veulent la majorité des Suisses: oui, la Suisse est une île de bonheur et de prospérité au milieu d'un océan d'échecs et de médiocrité, il suffit de regarder autour de nous. Et elle le restera tant qu'une majorité se lèvera pour dire non aux incendiaires.

Philippe Barraud
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19/10/2011

Tunisie, Egypte: une révolution à la dérive

Les médias continuent à surfer sur les aspects anecdotiques du printemps arabe, l’utilisation des réseaux sociaux, les jeunes blogueurs, un supposé vent de liberté… En attendant, les islamistes tissent leur toile dans la plus grande discrétion, et ça, ce ne sera pas une «révolution Facebook».

Voyez la Tunisie: on nous couvre de reportages et d’interviews de jeunes gens, anciens combattants déjà de la révolution. Ce n’est pas sans intérêt, mais c’est bien répétitif. Surtout, cela ne nous dit pas grand chose de ce qui va émerger de ces événements, on nous berce dans un romantisme post-révolutionnaire cool qui n’est plus du tout de mise, hélas.
Ainsi, on apprend incidemment que les islamistes, désormais constitués en parti (interdit sous le régime Ben Ali), sont crédités de 20% des suffrages aux prochaines élections à la constituante, leur mouvement étant d’emblée le «grand favori» des élections.
Puis on entend d’une oreille inquiète que le film iranien
Persépolis fait scandale dans le pays, au point qu’à Tunis, à l’appel des salafistes, la télévision privée Nessma a fait l’objet d’une tentative d’incendie. Et on a vu fleurir sur Facebook – oui, les réseaux sociaux sont utilisés pas tous – des appels à «brûler Nessma et à tuer les journalistes.» Ces manifestations d’intolérance, sous un prétexte futile, mais qui donne la mesure du radicalisme qui s’installe, sont d’autant plus préoccupantes qu’elles émanent non pas de quelques barbus incultes, mais d’intellectuels, parmi lesquels de nombreux avocats.
Selon le site d’information Algérie 360°, les accrochages entre islamistes et partisans de la laïcité sont loin d’être isolés. Ainsi, peut-on lire sur le site, «samedi dernier, la faculté des Lettres de Sousse a été envahie par près de 200 personnes après l’interdiction faite à une étudiante portant le niqab de s’inscrire sur le campus. Les enseignants et le doyen ont appelé le ministère de tutelle à maintenir le refus du niqab à l’université et à lutter contre toute forme de fanatisme religieux.»
En Egypte, les perspectives sont tout aussi inquiétantes. Les Chrétiens y sont de moins en moins tolérés, ils désertent le pays – comme ils désertent, sous la violence, la plupart des pays d’un Moyen-Orient de plus en plus tenté par l’islamisme radical, sous le regard indifférent du monde occidental, si peu chrétien désormais, il est vrai. En Egypte aussi, les extrémistes ont le vent en poupe, et pourraient bien imposer leur loi encore plus durement, alors que déjà la constitution repose sur la charia.
Il faut certes se garder de tout excès de pessimisme, mais on peut craindre que le couvercle islamiste écrase bientôt les libertés récemment conquises par le renversement des dictateurs, et ce en toute légalité, puisque ce sera à travers les urnes. Que deviendront, alors, les sympathiques blogueurs du printemps arabe? Et nous, Occidentaux, comment réagirons-nous?

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17/10/2011

Mais dans quel camp jouent le WWF et Pro Natura?

On s’attendait à ce que l’annonce du lancement d’une initiative pour la protection du loup, du lynx et de l’ours dans la Constitution fédérale suscite, chez les associations de défense de l’environnement, un grand enthousiame. Las! Pro Natura et le WWF n’ont réussi qu’à ratiociner et déconsidérer cet excellent projet.
La protection des rares prédateurs qui peuplent encore nos forêts et nos montagnes s’affaiblit. Avec obstination, le lobby des chasseurs, qui est grossièrement surreprésenté au Parlement, travaille à faire tomber la protection relative dont jouissent ces animaux indigènes. Une option, pour le moment refusée, mais ils reviendront à la charge, consistait à confier la gestion des prédateurs aux cantons.
Une idée absurde: comment gérer à ce niveau des animaux extrêmement mobiles, qui ne se soucient pas des frontières cantonales? C’est comme si l’on voulait confier la planification des autoroutes aux cantons! De plus, il n’est pas rare que les conseillers d’Etat responsables soient eux-mêmes chasseurs, tout comme les surveillants de la faune: autant dire qu’on ne peut leur accorder qu’une confiance limitée.
Ce n’est pas partout le cas, soyons justes: les Vaudois peuvent se réjouir d’avoir en Mme de Quattro une responsable de la faune aux idées modernes, et fondées sur des considérations scientifiques davantage que cynégétiques. Mais à quelle adversité n’est-elle pas confrontée, de la part de ceux qui rêvent d’éradiquer les prédateurs pour pouvoir justifier leurs cruels amusements!
On ne sait pas encore précisément qui lancera l’initiative pour la protection des grands prédateurs; on parle d’un mouvement genevois qui, par le passé, a remporté de remarquables succès auprès des électeurs. Quoi qu’il en soit, la réaction de Pro Natura et du WWF est consternante de pusillanimité et de molesse. Ils craignent, ont dit leurs porte-paroles à la radio, de “réveiller les passions”; ils affirment préférer agir “par la prévention”. On croirait entendre quelque concepteur de campagnes du Département fédéral de la santé publique, à l’appui de ces campagnes de prévention qui ne servent à rien, mais coûtent très cher.
Le rôle de telles associations n’est pas seulement d’éviter les débats et de  faire de la “prévention”, il est d’agir chaque fois que cela est possible. Il est aussi de soutenir les initiatives qui vont dans le bons sens, même si elles émanent d’autres cercles, plutôt que de les torpiller.
Au reste, on se demande comment les fonctionnaires de ces associations peuvent porter des jugements aussi péremptoires, sachant qu’une grande majorité de la population – et des membres de ces associations! – sont pour une protection efficace des prédateurs. La moindre des choses serait qu’ils fassent preuve d’une certaine humilité, avant de choquer ceux qui les paient.
Il est à souhaiter que l’initiative pour la protection des prédateurs aboutisse, et que le peuple puisse se prononcer. La présence de ces animaux dans nos forêts est essentielle au bon équilibre de la faune, et en assure une gestion autrement plus naturelle que celle de la grenaille et du plomb. Quant au WWF et à Pro Natura, on attend d’elles qu’elle adoptent une attitude un peu plus écologique et un peu moins politicarde, sans quoi beaucoup de leurs membres, à notre image, suspendront leur cotisation!

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