19/10/2011

Tunisie, Egypte: une révolution à la dérive

Les médias continuent à surfer sur les aspects anecdotiques du printemps arabe, l’utilisation des réseaux sociaux, les jeunes blogueurs, un supposé vent de liberté… En attendant, les islamistes tissent leur toile dans la plus grande discrétion, et ça, ce ne sera pas une «révolution Facebook».

Voyez la Tunisie: on nous couvre de reportages et d’interviews de jeunes gens, anciens combattants déjà de la révolution. Ce n’est pas sans intérêt, mais c’est bien répétitif. Surtout, cela ne nous dit pas grand chose de ce qui va émerger de ces événements, on nous berce dans un romantisme post-révolutionnaire cool qui n’est plus du tout de mise, hélas.
Ainsi, on apprend incidemment que les islamistes, désormais constitués en parti (interdit sous le régime Ben Ali), sont crédités de 20% des suffrages aux prochaines élections à la constituante, leur mouvement étant d’emblée le «grand favori» des élections.
Puis on entend d’une oreille inquiète que le film iranien
Persépolis fait scandale dans le pays, au point qu’à Tunis, à l’appel des salafistes, la télévision privée Nessma a fait l’objet d’une tentative d’incendie. Et on a vu fleurir sur Facebook – oui, les réseaux sociaux sont utilisés pas tous – des appels à «brûler Nessma et à tuer les journalistes.» Ces manifestations d’intolérance, sous un prétexte futile, mais qui donne la mesure du radicalisme qui s’installe, sont d’autant plus préoccupantes qu’elles émanent non pas de quelques barbus incultes, mais d’intellectuels, parmi lesquels de nombreux avocats.
Selon le site d’information Algérie 360°, les accrochages entre islamistes et partisans de la laïcité sont loin d’être isolés. Ainsi, peut-on lire sur le site, «samedi dernier, la faculté des Lettres de Sousse a été envahie par près de 200 personnes après l’interdiction faite à une étudiante portant le niqab de s’inscrire sur le campus. Les enseignants et le doyen ont appelé le ministère de tutelle à maintenir le refus du niqab à l’université et à lutter contre toute forme de fanatisme religieux.»
En Egypte, les perspectives sont tout aussi inquiétantes. Les Chrétiens y sont de moins en moins tolérés, ils désertent le pays – comme ils désertent, sous la violence, la plupart des pays d’un Moyen-Orient de plus en plus tenté par l’islamisme radical, sous le regard indifférent du monde occidental, si peu chrétien désormais, il est vrai. En Egypte aussi, les extrémistes ont le vent en poupe, et pourraient bien imposer leur loi encore plus durement, alors que déjà la constitution repose sur la charia.
Il faut certes se garder de tout excès de pessimisme, mais on peut craindre que le couvercle islamiste écrase bientôt les libertés récemment conquises par le renversement des dictateurs, et ce en toute légalité, puisque ce sera à travers les urnes. Que deviendront, alors, les sympathiques blogueurs du printemps arabe? Et nous, Occidentaux, comment réagirons-nous?

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