17/05/2011

“PC familles”: la Bérézina du PLR

Que les Vaudois aient accepté les “PC familles” à plus de 61% est une excellente chose. Ils ont montré que face à la précarité qu’endurent, de plus en plus nombreux, nos concitoyens, le mépris et l’arrogance ne sont pas des options dignes. Mais quel désastre pour les libéraux-radicaux, qui ont retourné leur veste et se sont mis aux ordres du patronat! Cette énorme bourde politique leur enlève encore un peu du crédit qui leur reste.
Dès l’annonce du lancement du référendum par le Centre patronal, nous avons dit que la droite se tirait une balle dans le pied. Un avertissement évidemment pas pris au sérieux, tant l’outrecuidance et la cécité politique (cela va en général de pair) sont grandes chez les radicaux-libéraux. Ils auraient dû vigoureusement se distancer du référendum, monter au créneau pour défendre une loi qu’ils ont votée, et qui est une bonne loi. Or, ils ont fait exactement le contraire: ils se sont mis aux ordres du patronat – génial pour l’image! – et n’ont même pas eu la décence de se distancer des aspects les plus méprisants de la campagne, assimilant les familles pauvres à des paresseux: c’est bien connu, si on est pauvre, c’est qu’on fait exprès!
Cette duplicité du centre-droite vaudois est certainement l’aspect le plus détestable d’une campagne particulièrement pénible du fait de la brutalité des référendaires. Au Grand Conseil, nombre de députés des partis radical et libéral ont voté en faveur de la loi sur l’aide aux familles en difficultés. Mais durant la campagne, l’officialité de ces deux partis s’est sottement rangée sous la bannière de ceux qui ont lancé le référendum, prenant le risque de dévaster davantage encore l’image de partis à la réputation déjà bien faisandée. Quelques députés ont sauvé l’honneur en soutenant publiquement la loi; mais la plupart ont fait preuve d’une profonde couardise, au mieux, et de double langage, au pire. L’électeur a de la mémoire, il s’en souviendra dans quelques mois. Préparez vos mouchoirs…
Le PLR a commis dans cette campagne une autre erreur de lecture magistrale. Ils se sont rassemblés non contre un projet de loi, mais contre le conseiller d’Etat qui l’a portée à bout de bras. Ils ont cru pouvoir bricoler, avec l’aide des associations économiques, une machine de guerre anti-Maillard. Or pour se lancer dans ce genre d’entreprise, il faut avoir les moyens. Ils ne les avaient pas, d’autant que leur combat était mauvais sur le fond. Aujourd’hui, celui qu’ils voulaient affaiblir est plus fort que jamais, et ils ne doivent pas s’attendre à ce qu’ils leur fasse des cadeaux.
Les milieux patronaux ont subi une défaite politique importante. Gageons qu’elle leur ouvrira les yeux, voire le coeur, sur une réalité sociale bien plus complexe, et souvent bien plus dramatique, qu’ils ne l’imaginent du haut de leur palais de verre. Mais eux du moins n’ont pas besoin d’être réélus. Tranquilles, ils peuvent passer  à l’ordre du jour lundi matin. Pas les politiciens. Eux doivent être élus, eux doivent rendre des comptes devant le peuple. Le passage à la caisse sera douloureux. Puissent les politiciens de droite qui se sont démarqués en profiter!

Philippe Barraud
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08:23 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer