18/04/2011

Arrogance et mépris

Etre de droite ne signifie pas mépriser les pauvres. C’est pourquoi la droite politique vaudoise devrait se distancer clairement de la campagne des milieux patronaux contre les «PC familles», objet de la votation du 15 mai. En effet, cette campagne est indigne.
Comment ne pas être choqué des affiches brutales du comité référendaire, qui ose reprendre la rengaine selon laquelle les chômeurs, et les pauvres en général, sont des paresseux qui ne veulent pas travailler?
En ce sens, accuser une mère célibataire, qui se débat dans des difficultés inextricables, de paresse, parce qu’elle ne peut pas travailler à 100%, est indécent. Et les remèdes proposés – «la formation» ­–, sans plus de détails, ne le sont pas moins: comme si quelqu’un qui n’arrive pas à payer ses factures, malgré son travail, pouvait encore distraire du temps et de l’argent pour une hypotéthique «formation».
Dans le collimateur du référendum sont aussi les chômeurs âgés. Déjà assommés par les effets rétroactifs de la révision de l’assurance-chômage, avec des perspectives d’emploi strictement nulles (les employeurs sont placés pour le savoir), ils pourraient encore perdre la planche de salut sous forme de rente-pont prévue par le paquet social du 15 mai.
Cette campagne atteint des sommets d’arrogance, mais aussi de pingrerie, puisqu’elle conteste un prélèvement parfaitement dérisoire sur les salaires – la moitié d’un paquet de clopes par année. Surtout, elle renvoie avec un mépris intolérable les working poors à leurs difficultés, à la façon d’une Marie-Antoinette: «Ils n’ont pas de pain? Qu’ils mangent de la brioche!».
Les partis du centre droit vaudois paraissent promis à une nouvelle déculottée cet automne. Le référendum et la campagne de leurs alliés patronaux y contribueront largement, n’en doutons pas. Il est encore temps pour eux de prendre leurs distances, et de rappeler, mais de manière audible, par des affiches et des annonces, que les «PC familles» ont été largement soutenues par le Grand Conseil.

Philippe Barraud
www.commentaires.com

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11/04/2011

Ecologie et libéralisme, formule gagnante

Les élections cantonales qui se succèdent confirment la montée des Vers libéraux dans le paysage politique suisse. C’est une évolution réjouissante, même si elle se fait parfois au détriment de la droite traditionnelle, plus que jamais crispée sur sa détestation de l’écologie et son déni de l’urgence.

L’émergence rapide des Verts libéraux ne doit rien au hasard, pas même à celui d’une catastrophe nucléaire au Japon. Le souci de préserver la nature et les ressources, des craintes multiples face à un environnement surpeuplé générateur de dangers divers, “travaillent” de plus en plus la population. Mais la majorité des Suisses, qui s’inscrit plutôt dans le camp bourgeois, se méfie comme de la peste des solutions à l’emporte-pièce des Verts historiques, souvent aveuglés par des conceptions idéologiques radicales, voire par des tentations légèrement totalitaires. L’écologie en Birkenstocks à la manière des Verts allemands, non merci! Pour faire court: les Suisses sont plutôt à droite, les Verts sont à la gauche du parti socialiste, il y a donc clairement un problème entre l’offre et la demande.
C’est précisément à cette demande d’une écologie qui ne jette pas le bébé avec l’eau du bain, que répond la montée des Verts libéraux. Ils ne veulent pas casser la baraque ni mettre au pas de manière autoritaire les citoyens gaspilleurs, mais faire le pari, audacieux, de marier le  souci de l’écologie avec des convictions et des valeurs libérales. Ce n’est évidemment pas un chemin facile, car c’est une véritable nouvelle culture politique qu’il s’agit d’inventer, dans un environnement où les places sont chères: par définition, en politique, il faut que d’autres perdent pour que l’on puisse gagner!
A cet égard, la droite a tout faux. Non seulement les partis traditionnels (PLR, UDC et PDC) peinent à convaincre de leur authentique souci de l’environnement, mais encore sont-ils fortement desservis par les grands associations économiques et leurs lobbies. Ceux-ci, cramponnés à leur agacement de tout ce qui touche à l’écologie, adoptent des attitudes dévastatrices pour l’image de la droite traditionnelle. Qu’il s’agisse d’Economiesuisse, des associations patronales, des chambres de commerce ou des fédérations immobilières, ces groupes de pression répondent par le mépris et l’arrogance aux préoccupations d’une part croissante de la population. En cela, ils font preuve de paresse intellectuelle, car il est plus facile de menacer les gens d’un retour au Moyen-Age ou d’un éclairage à la bougie, que de réfléchir à des solutions innovantes, qui pourtant existent et doivent venir, précisément, de l’économie puisque c'est elle, plutôt que l'Etat, qui doit s'impliquer dans ce domaine. Le drame des associations économiques, c’est qu’elles croient être là pour faire en sorte que rien ne bouge, en tout cas rien qui pourrait gêner les intérêts particuliers à court terme de leurs commanditaires.
Cette espèce de bouderie obtuse des associations économiques contribue efficacement au plongeon du parti libéral-radical puisqu’elles en sont, en quelque sorte, les porte-paroles, ou pire, les inspiratrices. Voilà pourquoi les Verts libéraux ont une carte majeure à jouer, et voilà pourquoi ils devront, à terme, investir aussi ces milieux économiques, lorsque ceux-ci auront décidé de se sortir la tête du sable, et de remplacer les casques à boulons qui les empêchent d’évoluer. Pour cela, il faudra attendre que les Verts libéraux deviennent une force incontournable, car comme dans tous les domaines, on ne prête qu’aux riches: “Réussissez, ensuite on vous écoutera!”
L’écologie est une chose trop importante pour être abandonnée aux écologistes de gauche. Car il ne s’agit pas de défendre des positions idéologiques, mais de faire en sorte que l’héritage que nous allons laisser aux générations futures ne soit pas trop misérable (il le sera de toute façon, hélas), en particulier en leur laissant encore quelques lambeaux de nature, et quelques ressources naturelles – voire quelques gouttes de pétrole, qui pourraient servir dans un monde à 9 milliards d’habitants. En ce sens, l’écologie c’est de la grande politique, la plus noble peut-être.

Philippe Barraud
www.commentaires.com

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