30/03/2011

Démographie vaudoise: résister, ou subir?

L’explosion démographique annoncée par M. Broulis et ses voyantes extralucides pour le canton de Vaud n’est pas inéluctable. On peut, on doit y résister.

En politique, il est nécessaire d’anticiper. Encore faut-il disposer de données de base fiables. Dans les années 60 et 70 déjà, des projections démographiques légèrement délirantes avaient stupéfait les Vaudois – d’autant qu’elles s’étaient avérées grossièrement fausses. Aujourd’hui, diverses sources non-concordantes prédisent une explosion démographique dans le canton de Vaud, la plus forte de Suisse semble-t-il, causée essentiellement par l’immigration. Quelle immigration? Personne ne le sait.

Face à la perspective d’une hausse d’environ 30% à 40% de la population en 2020, selon les scénarios, le Conseil d’Etat se précipite dans un train de mesures, concernant notamment le logement et les transports, en prenant bien soin de ne pas se poser trois questions préalables fondamentales:

– Ces prévisions sont-elles crédibles, et sur quoi reposent-elles?

– Cette explosion démographique est-elle un bien pour le canton, et pour les Vaudois?

– Faut-il à tout prix se soumettre à la perspective d’une immigration massive, ou faut-il y résister?

Les projections des voyantes extra-lucides de l’Etat de Vaud et de la Confédération postulent une croissance économique constante durant les dix ou vingt ans à venir en Suisse, qui justifierait une immigration forte. Or, rien n’indique de manière irréfutable que nous soyons à l’aube d’une réédition des Trente Glorieuses. Entre l’explosion inéluctable des coûts de l’énergie, des denrées alimentaires de base et des matières premières au niveau mondial, il y a là des facteurs qui contredisent clairement l’idée d’une croissance économique fulgurante.

Certes le canton de Vaud bénéfice actuellement d’une attractivité considérable, mais on sait combien tout cela est fragile: il suffit de quelques délocalisations majeures pour gripper la machine, et freiner l’immigration de cadres et d’employés qualifiés. Que survienne une nouvelle crise mondiale – ce que personne ne peut exclure – et le profil de cette immigration pourrait changer radicalement. Ce ne seraient plus alors des cadres et des employés qualifiés venant de l’Union européenne, mais des réfugiés économiques en provenance d’Afrique du Nord et d’Afrique sub-saharienne. Ce qui ne fera pas l’affaire des promoteurs occupés à construire des private residences à plusieurs millions…

Les Vaudois, on le sait, éprouvent des difficultés considérables à choisir un logement qui leur convient, au point que, précisément, ils doivent prendre ce qui se présente, plutôt que ce qu’ils voudraient. Une augmentation de 40% de la population va aggraver sérieusement le problème, voire obliger des Vaudois à déménager dans les cantons voisins, ou en France voisine, faute de pouvoir assumer les loyers demandés dans leur canton d’origine. Car il est certain que l’offre de logements ne satisfera pas la demande, en quantité ou en qualité, même si l’Etat accapare les parcelles en expropriant les propriétaires qui ne veulent ou ne peuvent pas construire.

En tout état de cause, et quoi qu’en pense M. Broulis, l’arrivée massive d’une population allogène dans le canton risque d’avoir bien plus d’inconvénients que de bénéfices pour la population résidente. Promiscuité accrue, trafic engorgé, transports publics dépassés, frictions culturelles et religieuses, difficultés de logement… Autant de difficultés que ne compenseront pas des recettes fiscales supplémentaires qui demeurent hypothétiques et qui, si elles existent, suffiront à peine à couvrir les dépenses d’infrastructures rendues nécessaires par ces nouveaux habitants.

Mais le plus grave sur le plan politique et philosophique, c’est la soumission automatique et sans esprit critique de nos dirigeants à ces perspectives, sombres à nos yeux, même si M. Broulis et les médias les trouvent très chouettes. Attitude logique au demeurant: si on évite soigneusement de se demander si cette évolution est favorable, on évite aussi le souci de la remettre en question. Or, nous sommes convaincus que les Vaudois ne se réjouissent pas de devoir se serrer encore un peu plus, de voir la pression s’accroître sur une nature déjà exsangue, de voir les communes exproprier les propriétaires qui refusent de bétonner leur parcelle, de voir pousser encore des hectares de centres commerciaux hideux.

On peut, on doit résister à l’explosion démographique. Elle n’arrive pas comme la neige en hiver, elle arrive parce qu’on fait tout pour cela, par exemple en créant un appel d’air avec de nouveaux logements. Plus on crée de logements, plus de gens viendront en profiter, soit pour travailler, soit pour bénéficier de nos prestations sociales. Est-ce vraiment ce que veulent les Vaudois? On le répète: un jour ou l’autre, il faudra leur poser la question, puisque leurs dirigeants refusent de se la poser.

Des ministres bourgeois contre la propriété

La proposition la plus explosive du gouvernement vaudois pour faire face à la vague d’immigration annoncée, la surtaxation et l’expropriation des propriétaires qui refusent de bétonner leur parcelle, est parfaitement extravagante. Et dire que ses promoteurs sont un ministre radical, et un ministre UDC!

La manœuvre de MM. Broulis et Mermoud est d’autant plus choquante qu’elle s’accompagne d’une détestable manipulation des esprits. Le 30 mars, 24 Heures titrait, citant M. Mermoud: «Le canton entre en guerre contre la spéculation immobilière.» Voilà où en est le Conseil d’Etat vaudois: jeter l’opprobre sur les propriétaires. Un propriétaire qui ne bétonne pas l’intégralité de son bien est forcément un vil spéculateur! Bientôt, le radical Broulis nous dira que «la propriété, c’est le vol». Non Messieurs ! La plupart des propriétaires vaudois sont des personnes attachées à leur bien, pour lequel ils se sont souvent saignés aux quatre veines. Ce ne sont pas des spéculateurs avides qui attendent le moment propice pour s’en mettre plein les poches.

Dans l’esprit du gouvernement vaudois, un propriétaire aurait donc le devoir de construire jusqu’au dernier mètre carré disponible, même s’il n’en a pas envie, et surtout, même s’il n’en a pas les moyens. On sait que de nombreux petits propriétaires vivent chichement, même si leur terrain vaut de l’or, et que tout projet de construction leur est interdit pour des raisons économiques. Seront-ils donc forcés de vendre à la commune, et d’aller se loger ailleurs? C’est la première étape d’une étatisation pure et simple du sol.

Le projet du gouvernement vaudois semble avoir été rédigé par Pierre-Yves Maillard, MM. Broulis et Mermoud n’en étant que les porte-parole dévoués. Il prévoit d’autres mesures de contrainte à l’égard des propriétaires: vous ne voulez pas construire? Alors on vous colle un impôt spécial supplémentaire, histoire de voir jusqu’où vous tiendrez avant de craquer, pour vendre enfin à la collectivité. Parallèlement, l’Etat encouragera financièrement les communes qui auront accaparé votre bien. Logique.

Ces propositions sont inacceptables, et contraires à l’esprit de la Constitution, qui garantit la propriété. Nul doute que le Grand Conseil, puis le peuple cas échéant, les renverront dans les poubelles du Château, où est leur vraie place.

Philippe Barraud
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