13/03/2011

Obama, l’Europe et Kadhafi: le nouvel esprit de Munich

La communauté internationale observe, les bras croisés, le retour de Kadhafi au pouvoir en Lybie. Dans quelques heures, au mieux dans quelques jours, l’insurrection sera écrasée. Viendra alors le temps des représailles. Que dirons-nous à Kadhafi ? Mme Calmy-Rey ira-elle s’excuser d’avoir exprimé sa joie un peu vite ?

Tout dans leur attitude  indique que l’Europe et les Etats-Unis avaient parié dès le départ sur un retour au pouvoir de Kadhafi, malgré un discours trompeur. Ils n’ont pas levé le petit doigt, et ne le lèveront pas, pour venir en aide aux insurgés. Il faut juste encore un peu de patience, un peu de bavardage pour tromper les populations, et on pourra tourner la page et revenir aux affaires. Partout, les dirigeants politiques sont à la traîne de Barak Obama, l’archétype du social-démocrate incapable de prendre des décisions: depuis des semaines, il «envisage toutes les options», pour être sûr de n’en prendre aucune. Le président des Etats-Unis devrait être un leader, ce n’est qu’une sorte de Chamberlain moderne, impuissant et pitoyable.

Cette attitude est infâme et ne peut inspirer qu’un profond dégoût. Elle est aussi, paradoxalement, d’une grande imprudence. Revenu au faîte de sa puissance, Kadhafi n’aura rien de plus pressé que de liquider la rébellion, puis de faire payer à l’Europe et aux Etats-Unis leur soutien à ses adversaires. Kadhafi et sa bande sont des experts en terrorisme, ils l’ont prouvé maintes fois par le passé. Et la Suisse ne sera pas la moins gâtée par le tyran de Tripoli, non seulement à cause du vieux contentieux genevois, mais encore après la satisfaction affichée un peu vite par la Présidente de la Confédération de le voir tomber.

Dimanche, le pouvoir libyen invitait les compagnies pétrolières étrangères à reprendre le travail. Nul doute qu’elles obtempèreront. Et que les différents gouvernements, en Europe et aux Etats-Unis, les approuveront, car le pétrole, il n’y a que ça de vrai.

On vous le dit: quelques jours de patience encore, et ce sera business as usual. Ce sera la plus pénible leçon des révolutions arabes, au demeurant bien plus modestes finalement qu’on ne l’aurait cru, et auxquelles nous nous sommes intéressés surtout parce qu’elles semblaient issues des réseaux sociaux – comme c’est tendance! En sommes, nous nous sommes intéressés davantage à Facebook qu’aux individus qui étaient derrière. Ils n’étaient, après tout, que des «amis», on ne les connaissait pas vraiment.

Si le monde avait retenu la leçon des Accords de Munich, il aurait choisi la seule issue possible, en 1938 comme aujourd’hui: l’élimination immédiate du tyran et de son régime. Faute de cet élémentaire courage, le monde a connu hier, et connaîtra demain, le déshonneur et le malheur.

Philippe Barraud
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