22/12/2010

La droite vaudoise se tire une balle dans le pied

Commencer un marathon en se tirant une balle dans le pied n’est pas le meilleur moyen de faire un bon résultat. En lançant un référendum contre l’aide aux familles pauvres, à quelques mois d’un marathon électoral, la droite vaudoise savonne la planche sous les pas de  ses propres candidats.

Les mesures décidées en automne par le Grand Conseil pour venir en aide aux familles pauvres qui travaillent, et aux chômeurs âgés, sont parfaitement raisonnables. Ce sont celles-ci pourtant que le référendum attaque. Parmi ces familles pauvres – les fameux working poor –, il y a de nombreuses familles monoparentales, qui sont toujours plus étranglées par l’augmentation incessante des charges, des impôts, des assurances, des transports et du panier de la ménagère: seul le pouvoir d’achat n’augmente pas.

D’un autre côté, il était urgent d’entreprendre quelque chose pour ce qu’on appelle les «chômeurs âgés», autrement dit les femmes et les hommes de plus de 55 ans (voire moins) qui, en raison précisément de leur âge, n’ont aucune chance de retrouver un emploi. C’est une réalité soigneusement occultée, hélas, car peu flatteuse pour les employeurs.

Au total, cette aide viendra au secours de quelque 6′550 citoyens. Elle sera financée par le canton, par les communes, par les employeurs et par les salariés. C’est sur ces deux dernières participations au financement que les partis du centre-droite et les milieux patronaux lancent le référendum. Selon eux, on fait payer aux employeurs et aux salariés des prestations qui, à leurs yeux, devraient être financées exclusivement par l’Etat. L’argument n’est pas très solide: de toute façon, si l’Etat couvrait l’entier de ces aides, les salariés et les employeurs participeraient aussi, par le biais des impôts qu’ils paient. Sachant que la part de ces deux partenaires sera de 0,06% du salaire, on doit bien admettre qu’il ne s’agit pas d’une ponction brutale et scandaleuse: c’est trois francs, pour un salaire de 5′000 francs.

L’effet produit par ce refus d’aider les familles les plus pauvres est désastreux en termes d’image. Les partis de la droite vaudoise vont apparaître comme ceux des nantis qui méprisent les «petits», et refusent toute solidarité à l’égard de ceux qui galèrent, bien qu’ils travaillent. On leur prêtera aussi, non sans raison, des raisonnements spécieux puisant à des sources contestables, genre Marie-Antoinette et Nicolas Sarkozy: ils n’ont pas assez pour vivre? Ils n’ont qu’à travailler plus! Sans dire comment s’organiser pour le faire quand on est une mère seule, ou comment ne pas torpiller son propre CV par la seule mention de la date de naissance…

Le tour de vis imposé à l’assurance-chômage, dès 2011, va envoyer un grand nombre de Vaudois à l’aide sociale. En ce sens, le canton avait le devoir de prendre des contre-mesures pour amortir le choc; il l’a fait, et bien fait. Avec ce référendum, la droite vaudoise a manifestement été manipulée par les milieux patronaux, qui lui ont fait miroiter un bon moyen de se profiler avant les élections, elle qui a tant de mal à exister face à l’UDC. En réalité, c’est un très mauvais moyen de se profiler. Les stratèges de la droite, hélas, n’ont pas vu le piège. Une balle dans le pied, on le répète. Peut-être même dans les deux pieds…

Philippe Barraud
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09:32 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer