27/10/2010

Le Général Guisan, un héros moderne inattendu

Deux nouveaux livres incontournables, autour du Général Guisan, viennent de paraître en cette fin d’octobre, témoins de l’intérêt renouvelé qui se manifeste autour de ce grand personnage de l’Histoire suisse.

Un premier témoignage en a été donné ce printemps, à travers le succès populaire phénoménal du livre de Jean-Jacques Langendorf et Pierre Streit, Le Général Guisan et l’esprit de résistance (Cabédita). Aujourd’hui, ce sont deux livres fort différents qui paraissent. Le premier est dû à un journaliste et historien alémanique, Markus Somm, Général Guisan – Résistance à la mode suisse (1), un livre qui en est à sa troisième édition en Suisse alémanique, où les jeunes ont été emballés; le deuxième est la réédition d’un ouvrage devenu introuvable, PC du Général, de Bernard Barbey, augmenté de Aller et retour – Journal pendant et après la « drôle de guerre », du même Bernard Barbey (2).

Rédacteur en chef de la Basler Zeitung, Markus Somm a entrepris cette nouvelle biographie à la lecture du Rapport Bergier, sous le coup de l’indignation: «Si on s’en tient au Rapport Bergier, écrit-il en préface, le Général Guisan est une note en bas de page de l’Histoire. Et le Réduit un vulgaire épisode. Cela correspond-il à la réalité ? Non. (…) Le Général n’a pas mérité ça. Il ne fut pas un simple figurant de la Seconde Guerre mondiale, l’un des ces personnages interchangeables qui semblent faire partie du décor. Il a tenu au contraire le rôle principal. Le Général Guisan est la personnalité de l’histoire suisse la plus importante du XXe siècle. L’homme de qui tout dépend.»

Féru de la manière anglo-saxonne de raconter l’Histoire, Markus Somm parvient, grâce aux qualités littéraires de son texte, à tisser un récit passionnant, truffé de citations, d’anecdotes et de détails significatifs. Il déploie aussi un beau talent de mise en scène, notamment lorsqu’il met en miroir le discours défaitiste de Marcel Pilet-Golaz, président de la Confédération, le 25 juin 1940, et le fameux Discours du Grütli de Guisan qui suivit le 25 juillet, en cet été de tous les dangers (l’armée française vient d’être écrasée).

Somm souligne admirablement tout ce qui sépare les deux hommes, et ce qu’ils représentent: l’un politicien hautain, imbu de lui-même, qui ne comprend rien au peuple suisse, et parle aux auditeurs abasourdis de la radio de «renaissance intérieure», et laisse entendre que la démocratie a fait son temps. Somm procède à une analyse serrée du discours, et des réactions qu’il a suscitées. En particulier celles des médias, tentés par l’alignement sur l’ordre nouveau qui se dessine, mais aussi celle des officiers conjurés – en fait de vrais patriotes – qui, avec l’énigmatique Hans Hausamann, préparent un putsch sous le nom de Nidwalden, décidés à résister à tout prix à la menace allemande si la Confédération baisse les armes. Ils n’ont plus confiance en Guisan, qui n’a pas pipé mot depuis le discours de Pilet-Golaz.

Mais le 25 juillet sur le Grütli, Guisan remet spectaculairement les pendules à l’heure, et fonde, en vingt minutes décisives, devant des officiers sceptiques (surtout les Alémaniques), l’esprit de résistance qui marquera tout son règle de Général. Les hommes ont entendu «l’appel mystérieux qui monte de cette prairie». Il a eu l’intuition de biffer, dans le discours écrit par Barbey, tous les aspects politiques, pas complètement étrangers aux propos de Pilet-Golaz. Remis à la troupe, un résumé du discours opère un retournement de l’opinion, insuffle un nouvel espoir, et Guisan devient, note Somm, « une sorte de gouvernement d’urgence. Un paradoxe. Guisan, qui se refuse à toute déclaration politique, devient de fait un général politique. (…) Au fond, le courtois général ne fait que réveiller l’esprit de résistance qui sommeillait au sein de la population.»

«Guisan est un phénomène, note Markus Somm. Non pas parce qu’il est un homme exceptionnel – ce n’est pas le cas – mais parce qu’un pays comme la Suisse l’a choisi pour héros. La vie de Guisan en dit plus sur la Suisse que sur lui-même.» Guisan n’appartient pas à la catégorie des parvenus et des outsiders que sont les nouveaux dictateurs; il est issus de ce que Somm appelle les anciennes élites, à l’image de Mannerheim en Finlande, et de Churchill en Angleterre. «Lorsqu’il est élu général, la carrière de ce philanthrope touche déjà à sa fin. Un homme courtois, déjà âgé, et qui semble un peu désuet. Alors que les nouveaux dictateurs avalent les autoroutes dans leurs puissants bolides, Guisan préfère seller son cheval.»

***

PC du Général est un livre à la fois passionnant, et très agréable à lire. Avant d’être chef de l’état-major particulier du Général Guisan, Bernard Barbey était un écrivain, éditeur à Paris, et ce passé littéraire fait merveille dans son journal – exercice souvent sec par nature. Aux côtés du lieutenant-colonel Gonard, Barbey fait partie de ces intellectuels brillants et efficaces dont Guisan a su s’entourer. Biographe de Guisan, Willy Gautschi le décrit comme «maître à penser le plus indispensable du Général. (…) Par ses dons d’analyse, ses vastes connaissances et son talent d’organisateur, il se révéla bientôt indispensable.»

La belle préface de Jean-Jacques Langendorf souligne l’importance de ce personnage, que la guerre a profondément transformé. Elle met aussi en évidence le style littéraire naturel de Barbey qui, a de très nombreuses occasions, enrichit son journal de descriptions brèves et poétiques qui permettent au lecteur de planter le décor, dans une existence incroyablement mouvementée où, avec le Général, il est perpétuellement en route, auprès de la troupe et de ses chefs. Il y a quelque mérite: Barbey écrit souvent sur ses genoux, en train ou en voiture, à toute heure du jour et de la nuit.

Sous la date du 4 avril, Barbey, à la fin d’une sortie à cheval, raconte: «Sur le chemin du retour, je croise parfois le bateau qui descend à reculons vers le lac, ses vieilles roues à palettes battant mollement l’eau verte; ou bien je fais une rencontre: c’est une vénérable dame française, fixée à Interlaken, avec son chapeau perché, sa guimpe et son ombrelle; on dirait une apparition du faubourg Saint-Germain 1910. Je la salue; elle me répond avec un sourire cérémonieux et un grand geste de l’ombrelle. Ce paysage archaïsant, ces petites rues, ces chalets d’Interlaken, où l’on brosse et rince du matin au soir, ces jardinets où l’on cultive gravement des tulipes, quel décor bizarre pour accomplir notre tâche, pour concevoir la bataille moderne que nous ne devons pas nous lasser de préparer, jusqu’à la fin!»

Ce mélange de notations documentaires très précises et d’épanchements littéraires, parfaitement maîtrisé, fait merveille, comme dans cette page du 11 mai 1944, dans les bois de Zwieselberg: «A trois heures du matin, je me lève et reprends ma tournée. Secoué quelques hommes qui, sans être vraiment endormis, s’engourdissent à leur poste de combat. Mais l’ensemble est très attentif, un peu dépaysé comme il se doit, piqué au jeu, parfaitement dévoué. Maintenant, au silence que rompaient seuls le bruit de mes pas, des fougères et des buissons froissés et le cri de quelques oiseaux nocturnes, succède peu à peu le gazouillis qui précède l’aube. La haute futaie s’éveille sous les nuages de plomb.»

On comprend aisément que PC du Général ait été bien accueilli lors de sa parution, en 1946, qui révélait aux Suisses sortant de la guerre les ressorts intimes de l’armée, de l’Histoire et des hommes qui l’ont faite. Lorsqu’il raconte la rencontre de Masson et de l’Allemand Schellenberg, on a l’impression d’y être; et combien étonnant est ce dialogue entre Barbey, l’ancien éditeur parisien, et un Drieu La Rochelle désabusé qui est venu le voir! Mais de ce journal émane surtout la stature du Général, qui s’impose d’elle-même au fil des pages, sans la moindre hagiographie de la part de l’auteur.

1) Somm, Markus: Général Guisan – Résistance à la mode suisse. Traduction de Marie Zanetti-Abbet. Stämpfli Editions SA, Berne.
2) Barbey, Bernard: PC du Général – Journal du chef de l’état-major particulier du Général Guisan. Cabédita, Bière.

Philippe Barraud
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25/10/2010

La francophonie? Un syndicat mondain

Maintenant que les lampions sont éteints, on est en droit de se poser la question: à quoi sert au juste la francophonie?

La question se pose tout naturellement puisque, à notre connaissance du moins, il n’y a pas de grands raouts de la germanophonie, de l’italophonie ou de la russophonie. Pourquoi les francophones, et eux seuls, éprouvent-ils donc le besoin de se rassembler en une sorte de syndicat, ou dans une coalition de défense hargneuse, par rapport à un ennemi qui n’est jamais nommé, et alors que leur langue n’est pas menacée en tant que telle?

Rien n’indique en effet que le français soit sur le déclin, au contraire: le nombre de locuteurs, comme un dit en un mot plutôt laid, est en constante augmentation, grâce en particulier à l’Afrique. De la même manière, on ne voit pas que les pays et régions traditionnellement francophones abandonnent le français, à l’exception minuscule du Val d’Aoste, mais c’est une vieille histoire.
C’est probablement une question de prestige. Les dirigeants francophones, qui ne maîtrisent pas les autres langues puisque tout le monde devrait parler français, sont vexés – même la néo-francophone Doris Leuthard a fait semblant de l’être. Depuis le XVIIIe siècle, le statut du français n’a cessé de se réduire. C’était alors la langue diplomatique, et celle de l’aristocratie européenne, celle qu’il fallait connaître pour paraître. Tempi passati. Il est inutile de pleurer sur cette gloire disparue, puisqu’elle ne reviendra pas. De même qu’il est probablement inutile de célébrer la grande messe du français tous les quatre ans, puisque cela non plus ne sert à rien. Du moins, à rien qui aide vraiment la langue française.

Pour le reste, notre confrère Pascal Décaillet l’a joliment résumé dans le Giornale del Popolo: «La francophonie? Elle sert à engraisser, précisément, une nébuleuse d’improbables et d’inutiles, la Sainte-Alliance des cocktails, ceux qui jacassent et qui pérorent. Ils ne disent rien. Mais ce néant, ils l’expriment en français, s’il vous plaît. Le français: Dieu sait si nous aimons cette langue, qui est nôtre, nous les Suisses romands, comme les Français, les Belges, les Québécois, les Algériens, les Sénégalais. Mais Dieu sait, aussi, s’il convient de se méfier comme de la peste de ce conglomérat de petits copains, de réseaux de la France post-coloniale, de suppôts du Quai d’Orsay, d’universitaires en fin de carrière, de journalistes qui ne pratiquent plus: oui, c’est cela, la francophonie. Et les pires, ce sont les défenseurs de la langue française. Ils ont de cette dernière une conception figée, fossilisée, paléolithique. Ils voudraient qu’on la parle comme dans des traités de grammaire du dix-neuvième siècle, détestent les apports de l’extérieur, vomissent l’anglicisme, veillent sur la langue comme des Gardes rouges. Oui, c’est aussi cela, la francophonie.»

Comme pour illustrer ce dernier propos, l’écrivain Etienne Barilier écrivait récemment dans Le Temps tout ce qu’il fallait à un francophone pour être digne de sa langue, et réussir à se projeter dans le passé et dans l’avenir: «Il y faut des ressources puissantes, et d’abord des ressources verbales: pour que notre futur prenne forme, pour que notre passé ne sombre pas dans le chaos, il faut des mots justes, des images exactes, des nuances généreuses, des constructions limpides. Il faut un langage d’une parfaite précision, d’une attirante beauté, afin que se dresse devant nos yeux la mémoire que nous voulons honorer, la réalité que nous voulons créer.»

Il n’est pas sûr que ce discours, profondément élitaire, soit d’un grand secours au francophone lambda, d’origine ou immigré, qui n’a pas nécessairement les ressources langagières et grammaticales de l’écrivain, du philosophe, voire de Marc Bonnant. N’a-t-il donc pas droit à l’évocation du passé, ou à l’invention de l’avenir, avec les mots qu’il peut?

Bien, dira-t-on, mais ne doit-on pas veiller au moins à conserver notre culture francophone, tellement mise à mal par des «créatifs publicitaires» (sic) qui, en Suisse, ont adopté depuis longtemps l’anglais comme support de leurs messages, par paresse et par souci d’économie? Christophe Gallaz s’inquiétait récemment de voir que, selon lui, l’uniformité gagne notre pays, puisque tout est identique, de Bienne à Genève, et de St-Gall à Péry-Reuchenette. Grave erreur! S’il sortait un peu de son ghetto urbain, mondain et informatique pour aller respirer le grand air du pays, et mettre ses mocassins griffés dans la réalité, voire dans la beuse, il verrait que le seul point commun entre les habitants de ces régions, c’est de subir les publicités débiles et en anglais d’Orange, de Swisscom et de quelques autres acteurs économiques incultes. Pour le reste, il verrait que les gens continuent à avoir leur accent local, leurs valeurs et leurs us et coutumes. S’il allait, comme moi, arpenter le Muotathal, la Maggia, le Val d’Hérens et les autres innombrables merveilles de la Suisse, il verrait que les gens sont encore eux-mêmes, différents et authentiques, et qu’ils se f… pas mal des crottes publicitaires mentionnées plus haut. Pour la bonne raison que, comme la majorité des Suisses, ils ne parlent pas anglais! La publicité, ce n’est pas (encore) le réel des Suisses.

La seule chose que nous puissions faire pour assurer l’avenir du français, c’est de nous efforcer de l’utiliser de manière convenable, non pas par rapport à d’autres langues supposées menaçantes, mais par rapport au français lui-même. L’autre jour à la Radio suisse romande, le directeur d’une grande entreprise valaisanne (Provins) martelait qu’il voulait «solutionner les problématiques.» J’ai cru comprendre qu’il entendait résoudre des problèmes.
A ce stade de massacre du français, j’aimerais autant qu’il s’exprime en anglais…

Philippe Barraud
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20/10/2010

Maurer, Gamelin, Stuxnet

«Les systèmes informatiques de l’armée suisse sont de loin les mieux protégés du monde», a déclaré Ueli Maurer dans une interview au Matin, qui lui fait dire qu’en matière de cyber-guerre, «nous sommes les meilleurs!» Désolé pour la vulgarité du mot mais elle s’impose: un ministre de la défense n’a pas le droit de dire des conneries pareilles.

Cela d’autant plus qu’il en profère quatre en une seule phrase. Démonstration.

● Premièrement, on ne sait pas sur quelles études comparatives et sur quelles statistiques M. Maurer fonde cette affirmation prétentieuse. Et pour cause: la cyber-guerre est une guerre particulièrement sale et sournoise, et dans un domaine aussi secret, aussi soumis à toutes sortes de manipulations, les informations fiables sont quasi inexistantes. Donc, toute comparaison relève de l’amateurisme, de l’imagination ou de l’auto-persuasion, à la manière du Général Gamelin. En 1940, le commandant en chef de l’armée française se contentait d’affirmer que son armée était la meilleure du monde, plutôt que de la préparer au conflit. On sait ce qu’il en advint: elle fut balayée en quelques semaines.

Peut-être bien que la sécurité des systèmes informatiques de l’armée suisse est fortement verrouillée. Mais à ce niveau, le danger ne vient pas de l’extérieur, mais de l’intérieur: l’homme est toujours le maillon faible, le traître est statistiquement presque toujours à l’intérieur de l’institution: les banques suisses ne nous contrediront pas, dont les données secrètes filent à l’étranger. Tous les systèmes de protection n’arrêteront jamais l’individu cupide, ou animé par un esprit de vengeance, qui veut arriver à ses fins.

● Deuxièmement, M. Maurer ne s’y serait pas pris autrement s’il avait voulu lancer un défi aux pirates informatiques, qu’il s’agisse d’amateurs isolés, de réseaux maffieux internationaux, ou d’agences gouvernementales de l’ombre. En cela, M. Maurer a clairement mis en danger la sécurité de l’armée suisse, en disant aux pirates: «Venez-y si vous osez!» Ce n’est pas très responsable, parce qu’ils vont y aller.

● Troisièmement, M. Maurer paraît ignorer que les autres pays ne sont pas restés les bras croisés, mais disposent de moyens incommensurablement plus puissants et étendus que ceux de nos aigles en gris-vert. Prenons pour seul exemple le Réseau Echelon, qui écoute l’ensemble des échanges de la planète en temps réel (donc y compris vos e-mails, vos téléphones, vos transactions bancaires, et même les communications de M. Maurer avec son état-major). Echelon emploie, dans sa seule base de Fort Meade, siège de la National Security Agency (NSA), plus de 20′000 personnes. On veut bien admettre qu’ils sont forcément moins forts que nos cyber-soldats, mais quand même: ce ne sont probablement pas des manches.

● Quatrièmement, M. Maurer manifeste la dangereuse assurance de celui qui croit avoir tout prévu. Or, en tant que ministre de la défense, il devrait savoir qu’un Etat ou une institution a toujours un coup de retard face à ceux qui veulent l’attaquer: aux échecs, on dirait qu’il a les noirs, et non les blancs, qui ont le privilège de l’initiative. Depuis quelques mois, les meilleurs spécialistes de la lutte contre la cyber-criminalité s’arrachent les cheveux pour comprendre le fonctionnement du virus Stuxnet. Selon les experts de la société spécialisée Symantec, qui lui a consacré un dossier il y a quelques jours (1), Stuxnet est l’un des virus les plus complexes jamais étudiés. Il est invisible, et s’attaque non pas aux ordinateurs individuels, mais aux systèmes de pilotage des grandes installations industrielles. Jusqu’ici, deux pays ont été particulièrement touchés, notamment dans leur industrie gazière: l’Iran et l’Indonésie. Les installations les plus infectées sont celles qui utilisent le software Siemens Step 7. Mais plusieurs autres pays ont été attaqués aussi, comme la Corée du Sud et les Etats-Unis.

Stuxnet, qui se reproduit et se diffuse spontanément, vise à reprogrammer, puis à prendre le contrôle des systèmes de régulation de ces installations, dans le but évident de les saboter, en fonction des objectifs des attaquants. Ceux-ci maîtrisent dès lors le tableau de bord de ces complexes industriels, et agissent au moment qu’ils décident. On peut imaginer ainsi qu’ils prennent le contrôle d’une centrale nucléaire, d’un grand barrage alpin, d’un centre hospitalier, d’une raffinerie de pétrole, ou d’un système de contrôle aérien. Pas besoin de faire un dessin pour réaliser l’extrême danger que constitue ce virus et sa capacité de nuisance, dont on ne sait toujours pas d’où il vient, ni qui l’a inventé.

Mais les Suisses peuvent dormir tranquilles: Ueli Maurer l’a dit, nous sommes les meilleurs! Nul doute que le Sheriff Maurer a déjà réglé son compte à l’affreux Stuxnet…

1) Pour télécharger le dossier:

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15:23 Publié dans Politique | Tags : stuxnet, maurer | Lien permanent |  Imprimer

11/10/2010

La zone agricole en péril

La tentative, à Genève, de déclasser une vaste zone agricole pour bâtir des logements sera suivie attentivement dans d’autres cantons, où la frénésie de bétonnage ne désarme pas.

Si ce coup de force réussit, fût-ce sous le prétexte supercool de créer un éco-quartier (mais quel promoteur malin ne construit pas des éco-quartiers aujourd’hui ?) il est à craindre qu’une digue importante ne soit rompue et que, dans toute la Suisse, toutes sortes d’intérêts ne s’y engouffrent. Après tout, diront nos politiciens la bouche en cœur, chaque jour des exploitations agricoles disparaissent, il faut donc reconvertir ces surfaces en logements que la population réclame…

Mais est-ce que la population les réclame vraiment? On pourrait aussi soutenir que ces logements sont construits pour des habitants qui ne sont pas encore là, mais que l’offre de logements neufs encouragera à immigrer en Suisse. Il n’y a de pénurie de logements que parce que les autorités politiques et les milieux économiques créent volontairement des appels d’air, les uns en favorisant le bétonnage du pays (appelez ça construction de logements si vous voulez), les autres en attirant des travailleurs bien moins chers que les Suisses, qu’il s’agisse d’emplois très qualifiés ou non qualifiés.

Dans le domaine de la biodiversité, la Suisse est un assez mauvais élève. Des espèces disparaissent avec une redoutable constance, sans surprise, puisque c’est la conséquence logique de la destruction des habitats naturels. Logements, centre commerciaux, installations sportives pharaoniques, routes et autoroutes, espace de détente… tout contribue à rendre la vie invivable pour la faune et la flore. Et ce n’est pas en les confinant dans d’étroites réserves, voire dans des zoos et des parcs d’attractions, que l’on parviendra à freiner le déclin de la biodiversité. Le malheur est qu’elle est systématiquement considérée comme un critère subsidiaire, dont on tiendra compte seulement si elle n’entrave pas l’activité économique.

Les attaques contre la zone agricole doivent être combattues dans le cadre d’une réflexion écologique globale. Certes, l’agriculture suisse n’est pas forcément un modèle de respect de la nature (notamment la viticulture), mais au moins elle préserve le paysage.  Encore que le volontarisme de certains produise des résultats impressionnants: la vallée de l’Hinterrhein, aux Grisons, est une vallée entièrement vouée à l’agriculture bio, grâce à la volonté commune d’une quarantaine d’agriculteurs, tous d’accord de jouer le jeu, dans une région de montagne où leur métier demande beaucoup de sueur et d’engagement.

Il n’y a en somme qu’un problème écologique vraiment sérieux, autrement dit qui conditionne tous les autres, c’est l’explosion démographique. Cela vaut pour la Suisse comme pour la planète entière, puisque celle-ci compte à peu près trois fois plus d’habitants qu’elle n’en peut supporter sans détruire son capital. Mais parler de démographie est interdit, comme l’a montré une récente conférence de l’ONU supposée réfléchir sur les grands enjeux écologiques. C’est un tabou inébranlable.

Notre société se targue de briser les tabous, comme disent les médias étourdis. Mais en réalité, elle ne brise jamais que des tabous anodins, ou tombés depuis longtemps, typiquement en matière de mœurs et de sexualité, pour en créer de bien plus dangereux, comme en matière de liberté d’expression, ou de problèmes environnementaux.

Parler de surpopulation en Suisse est un néo-tabou particulièrement fort, et les rares politiciens qui se hasardent à s’interroger, Verts compris, se font sèchement remettre en place. C’est pourtant un problème fondamental, dont nous allons mesurer avec de plus en plus de douleur les effets colatéraux, qu’il s’agisse de questions liées à l’environnement et à la qualité de la vie, déjà en chute libre, ou de questions socio-économiques liées à une immigration débridée, encouragée par des salaires élevés (en comparaisons européennes),  l’offre de logements neufs, et une législation résolument laxiste.

Curieusement, l’avis des citoyens n’est jamais sollicité sur ces choix de fond, qui pourtant les touchent au quotidien. Il sera intéressant de voir, avec l’initiative de Pro Natura pour le paysage, qui propose un gel des zones à bâtir pour 20 ans (au reste surdimensionnées), si les Suisses suivent leurs autorités dans leur perpétuelle fuite en avant, ou s’ils refusent de transformer le Plateau suisse en un Osaka européen.

Philippe Barraud
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09:51 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer

01/10/2010

Leuthard: la Dame de fer contre les parasites

La longue intervention de Mme Doris Leuthard, dimanche sur La Première, pour commenter la votation de la révision de la loi sur le chômage, a été reçue comme une gifle par beaucoup de Romands et de chômeurs, les mauvais élèves de la Confédération.

C’était choquant, mais guère surprenant. Notre Dame de fer est une technocrate au coeur sec. Seuls comptent pour elle les chiffres et les statistiques, l’élément humain est totalement subsidiaire.

Ainsi, dans son discours, elle a constaté que la situation économique était excellente, et par conséquent exclu toute concession pour les cantons romands qui souffrent du chômage, qu’il s’agisse d’un moratoire pour l’entrée en vigueur de la loi révisée, ou de mesures cantonales particulières pour les plus touchés.

Non sans fierté, Mme Leuthard a proclamé que dès le 1er janvier 2011, tous les chô- meurs seraient traités de la même manière, de Genève à Appenzell. Vive le fédéralisme!

Les chômeurs, et les cantons touchés par le chômage, n’ont d’autre choix que d’obéir à notre Thatcher nationale: vous n’avez qu’à travailler, dit-elle aux premiers; vous n’avez qu’à créer des emplois, dit-elle aux seconds, avec un peu d’agacement dans la voix, façon Marie-Antoinette entendant les rustres qui réclament du pain.

Voici donc qu’au Conseil fédéral, c’est une élue du PDC, un parti dont on attend éventuellement une certaine attention à la dimension humaine des choses, qui s’érige en leader du néolibéralisme le plus carnassier, celui qui vise à éliminer tous ces parasites qui sucent le sang de l’Etat, c’est-à-dire, entre autres, les agriculteurs, les chômeurs, et demain les retraités AVS.

Mme Leuthard oeuvre fermement à la disparition de la paysannerie suisse, accusée d’être responsable du prétendu «îlot de cherté» suisse. Elle est en passe de réussir: il aura disparu lorsque, ayant liquidé la production de céréales panifiables, nous achèterons notre pain précuit en Pologne, et notre lait à 40 centimes en Nouvelle-Zélande.

Je me plais à imaginer Mme Leuthard dans l’armure de saint Martin de Tours. Au lieu de partager son manteau avec le pauvre hère qui crève de froid, elle lui dit: «Les statistiques montrent que la situation économique de l’Empire romain est excellente, donc tu n’as qu’à travailler!»

Et elle tourne les talons, en se drapant dans son beau manteau d’alpaga. Et le pauvre hère, rasséréné par la bonne santé de l’Empire, crève de froid aussi sec, bien entendu.

Philippe Barraud
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07:54 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer