01/10/2010

Leuthard: la Dame de fer contre les parasites

La longue intervention de Mme Doris Leuthard, dimanche sur La Première, pour commenter la votation de la révision de la loi sur le chômage, a été reçue comme une gifle par beaucoup de Romands et de chômeurs, les mauvais élèves de la Confédération.

C’était choquant, mais guère surprenant. Notre Dame de fer est une technocrate au coeur sec. Seuls comptent pour elle les chiffres et les statistiques, l’élément humain est totalement subsidiaire.

Ainsi, dans son discours, elle a constaté que la situation économique était excellente, et par conséquent exclu toute concession pour les cantons romands qui souffrent du chômage, qu’il s’agisse d’un moratoire pour l’entrée en vigueur de la loi révisée, ou de mesures cantonales particulières pour les plus touchés.

Non sans fierté, Mme Leuthard a proclamé que dès le 1er janvier 2011, tous les chô- meurs seraient traités de la même manière, de Genève à Appenzell. Vive le fédéralisme!

Les chômeurs, et les cantons touchés par le chômage, n’ont d’autre choix que d’obéir à notre Thatcher nationale: vous n’avez qu’à travailler, dit-elle aux premiers; vous n’avez qu’à créer des emplois, dit-elle aux seconds, avec un peu d’agacement dans la voix, façon Marie-Antoinette entendant les rustres qui réclament du pain.

Voici donc qu’au Conseil fédéral, c’est une élue du PDC, un parti dont on attend éventuellement une certaine attention à la dimension humaine des choses, qui s’érige en leader du néolibéralisme le plus carnassier, celui qui vise à éliminer tous ces parasites qui sucent le sang de l’Etat, c’est-à-dire, entre autres, les agriculteurs, les chômeurs, et demain les retraités AVS.

Mme Leuthard oeuvre fermement à la disparition de la paysannerie suisse, accusée d’être responsable du prétendu «îlot de cherté» suisse. Elle est en passe de réussir: il aura disparu lorsque, ayant liquidé la production de céréales panifiables, nous achèterons notre pain précuit en Pologne, et notre lait à 40 centimes en Nouvelle-Zélande.

Je me plais à imaginer Mme Leuthard dans l’armure de saint Martin de Tours. Au lieu de partager son manteau avec le pauvre hère qui crève de froid, elle lui dit: «Les statistiques montrent que la situation économique de l’Empire romain est excellente, donc tu n’as qu’à travailler!»

Et elle tourne les talons, en se drapant dans son beau manteau d’alpaga. Et le pauvre hère, rasséréné par la bonne santé de l’Empire, crève de froid aussi sec, bien entendu.

Philippe Barraud
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07:54 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer