13/09/2010

Assurance-maladie: à quand un vrai sondage, plutôt qu’une manipulation?

Tout va bien dans le domaine de l’assurance-maladie! C’est en tout cas ce que suggèrent deux sondages, qui évitent soigneusement les bonnes questions. Vous avez dit: manipulation?

 

Ces sondages, qui tombent opportunément avant les hausses de primes, émanent l’un de bonus.ch, un site qui vit de commissions versées par… les caisses-maladie, l’autre des magazines K-Tipp et Bon à Savoir. Ils font état d’une large satisfaction des assurés dans leurs relations avec leur caisse-maladie, encore qu’il y ait de fortes différences selon la caisse et le canton.

Faut-il en conclure que tout va bien, et que les critiques acerbes que l’on entend, reprises par l’actuelle campagne publicitaire des assureurs,  ne sont que calomnies et méchanceté gratuite? En réalité, ces sondages sont gravement trompeurs, car ils censurent toute question touchant à la politique de l’assurance-maladie, c’est-à-dire là où est le vrai problème. A preuve le fait que les banques, si décriées aujourd’hui, obtiendraient les mêmes résultats favorables, si elles commandaient un sondage sur la satisfaction des clients dans leurs rapports quotidiens avec la banque ou leur conseiller, mais surtout pas sur l’activité des banques en tant qu’institutions mondialisées.

Afin de faire preuve d’esprit constructif, je suggère à mes confrères une série de questions qu’il serait opportun de poser, lors du prochain sondage. Pour aborder, cette fois, les vraies questions.

1. Acceptez-vous de payer des augmentations de primes supérieures à la hausse des coûts de la santé, sans aucune justification chiffrée?

2. Trouvez-vous normal que les comptes des caisses-maladies faisant de l’assurance sociale soient totalement secrets?

3. Acceptez-vous que les primes trop élevées prélevées dans votre canton soient utilisées par les caisses pour abaisser les primes dans d’autres cantons, gagner de nouveaux clients, et augmenter ainsi leurs bénéfices?

4. Trouvez-vous normal que l’organe de surveillance, l’Office fédéral de la santé publique, n’ait pas le pouvoir de refuser des primes trop élevées?

5. Trouvez-vous normal que de très nombreux députés au Conseil national et au Conseil des Etats touchent de l’argent des caisses-maladie, afin qu’ils votent dans l’intérêt de celles-ci, et non dans l’intérêt des assurés?

6. Trouvez-vous normal qu’un simple employé d’une caisse-maladie puisse exiger de votre médecin l’entier de votre dossier médical, et le faire circuler dans l’entreprise, alors que c’est illégal?

7. Trouvez-vous juste que les caisses pratiquent la sélection des risques dans le domaine de l’assurance de base, qui est obligatoire?

8. Trouvez-vous normal que l’argent de l’assurance de base puisse être utilisé dans l’assurance privée par les caisses, alors que c’est illégal?

Il est à prévoir que les instituts de sondage s’empresseront de ne pas poser ces questions. Qu’importe: avec le lancement de deux initiatives populaires cet automne, les Suisses auront l’occasion de dire ce qu’ils pensent vraiment d’une politique de la santé dans laquelle ce sont les assurances qui dictent les lois, tandis que les politiciens se bornent à jouer les lobbyistes auprès des députés qui ne sont pas stipendiés par les caisses.

On verra, alors, si vraiment tout va bien dans le domaine de l’assurance-maladie.

Philippe Barraud
www.commentaires.com

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