27/08/2010

Foin de service civil, il faut réinventer l’armée suisse

Plutôt que de cajoler le service civil, qui ne sert à rien, les politiciens feraient mieux de donner enfin une mission claire à l’armée. Et de ne pas changer d’avis tous les six mois.

Le souhait de la Commission de la politique de sécurité de voir réintroduit l’examen de conscience pour ceux qui refusent le service militaire est une bonne chose. On peut prévoir néanmoins que cette proposition sera balayée aussi bien par le Conseil fédéral que par les Chambres, tant l’esprit de démission et un pacifisme eurobéat étouffent nos institutions politiques.

Le fait même que les demandes de service civil aient quintuplé depuis la suppression de l’examen de conscience, montre bien que les jeunes ont parfaitement identifié ce qu’est réellement le service civil: un moyen agréable de se tirer des flûtes, avec des horaires de bureau plutôt tranquilles, et la possibilité de dormir à la maison. Que demander de plus?

Il n’est pas de jour que nos grands quotidiens (voyez 24 Heures) ne nous chantent les merveilles du service civil, tellement moderne, tellement au service de la société, et où l’on apprend à se dévouer plutôt qu’à tuer… Discours démagogique banal, discours irresponsable, discours de journaliste qui ne connaît rien à l’Histoire. Savez-vous que l’un des principaux responsables de la terrible défaite de la France, en 1940, c’est le pacifisme forcené qui a gangrené ce pays durant toutes les années 30?

Le débat, en Suisse, est mal posé. Il ne s’agit pas d’imposer une corvée systématique à tous les jeunes en faveur de la société, sous les drapeaux ou en civil. Le service militaire existe parce que la Suisse, comme n’importe quel pays soucieux de la sécurité de sa population, a besoin de soldats pour assurer sa défense. Où est-il écrit, dans quelle constitution, que les jeunes citoyens doivent accomplir «quelque chose» au service de leur pays, hors de la défense militaire? Nulle part, et c’est très bien ainsi. Déjà, on ne sait pas quoi inventer pour occuper tous ces civilistes; que ferait-on s’il fallait encore incorporer les jeunes femmes dans ces bataillons de corvée? Combien d’emplois prendraient-ils ainsi aux salariés ordinaires?

Ce n’est pourtant pas aux jeunes qui choisissent la voie de la facilité qu’il faut jeter la pierre: après tout, à cet âge-là, c’est une tendance plutôt naturelle. C’est au monde politique qu’il faut demander des comptes, c’est à lui qu’il faut frotter les oreilles, pour lui dire d’arrêter de détruire ce qui reste de la défense nationale.

C’est une constante de l’Histoire: entre les guerres, les politiciens ne pensent pas à la guerre, c’est une chose définitivement révolue. Il n’en va pas autrement ici et maintenant. Les rares politiciens qui ne cèdent pas au délire pacifiste, ou à la volonté de confier notre défense à des pays voisins, se taisent, comme s’il était honteux de vouloir maintenir une capacité de défense autonome crédible.

L’affaire est extrêmement grave parce que, au plus haut niveau de l’Etat, on n’a pas la moindre conception stratégique à long terme. De peur de ne pas faire tout juste, on ne fait rien. En tant que gouvernement, le Conseil fédéral préfère l’absence de conception à une conception qui pourrait être contestée, et qu’il faudrait défendre. C’est une erreur historique. Un vrai gouvernement préconiserait une défense nationale crédible, plutôt que le néant actuel, et s’y tiendrait, osant affronter les critiques et les piaillements des Jo Lang et autres pacifistes psychorigides du GsSA, qui ont bien compris que le gouvernement est faible et les médias, à leur botte.

Dans ce collège sans idées, qui passe beaucoup de temps à décider comment s’y prendre pour ne rien décider, le chef du département de la défense ne dépare pas. M. Ueli Maurer s’ennuie manifestement dans sa fonction, et fait semblant d’être mis sous tutelle par ses collègues, ce qui le dispense de résister aux coupes budgétaires, et de défendre l’armée. Pendant ce temps, les militaires se taisent et, mis à part le babil médiatique stratosphérique de quelques officiers de cour, leur silence est vraiment assourdissant.

Or le peuple suisse, on vous le garantit, apprécierait que l’un ou l’autre de nos généraux tape du poing sur la table, osant, courage inouï, braver les terribles dames de nos conseils qui ne manqueraient pas de réclamer des sanctions exemplaires. Qu’importe! L’important n’est pas de complaire à Mmes Savary, Roth-Bernaconi et consort: l’important est de développer et de maintenir une véritable stratégie de défense nationale, axée sur la protection du territoire puisque, à très long terme, cela reste l’exigence la plus fondamentale, quoi qu’on en pense.

Il faut absolument redonner à l’armée une mission de défense claire, et lui donner les moyens de la réaliser, en évitant de changer d’avis tous les six mois, en cessant de dire que la Suisse (pays le plus riche du monde) n’a pas les moyens de sa défense, argument honteux s’il en est.

Le meilleur remède à l’hémorragie des jeunes vers le service civil, c’est une armée forte et crédible, qui n’a pas honte d’exister mais ose se montrer, une armée qui croit en sa mission, une armée où les jeunes auraient alors envie de s’engager, car ils en sont capables. En revanche, une armée que les politiciens méprisent en la confinant à des tâches subalternes de voirie ou de police à l’étranger, ne fait de toute évidence pas envie à des jeunes férus de technologie et d’action. Mais qui initiera cette véritable révolution mentale? Le prochain Conseil fédéral? Hélas, on ne voit personne. Strictement personne.

Philippe Barraud
www.commentaires.com

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