17/08/2010

Retour du loup: Couchepin montre la voie

L’intervention de Pascal Couchepin, lundi soir à Forum sur La Première, pourrait bien marquer un tournant dans la gestion du retour du prédateur dans les Alpes.

A vrai dire, on ne s’attendait pas à une expression aussi libre et, disons, «avancée», de la part de l’ancien conseiller fédéral, qui portait ainsi, indirectement, un regard poliment critique sur l’action du gouvernement valaisan.

Qu’a dit Pascal Couchepin? Voici la citation exacte: «Je suis convaincu qu’avec le temps, le loup reviendra, qu’on ne peut pas continuer à tuer ces bêtes. Il faut trouver une solution avec les partenaires (les bergers, les cantons). D’année en année, il y a plus de loups qui reviennent. Il semble inévitable que le loup réoccupe une partie des Alpes, et on ne pourra pas avoir une politique dans les cantons de Vaud et de Fribourg, différente de celle qui est pratiquée dans le canton du Valais. Pour l’instant, on abat le loup lorsqu’il fait trop de dégâts, mais ce n’est pas une solution à long terme.»

Rien de provocateur, mais juste un discours de bon sens, froid et sans passions. Qu’on est loin de ces déclarations de guerre enfiévrées à l’animal, de ces accusations de «réintroduction» clandestines de loups par des écologistes pervers, de ces exagérations sur l’impact des prédateurs sur l’économie pastorale, de cette mythologie du bon berger éploré!

Dans le désastre silencieux de la disparition de la biodiversité, en particulier en Suisse, le retour naturel et obstiné d’une espèce exterminée – comme tant d’autres – par nos ancêtres, est un signe encourageant et rare. Mais il faut garder la tête froide pour en mesurer l’impact, plutôt que de tomber dans des guerres de religions. Sur le plan économique, les choses sont claires: chaque année en Suisse, les prédateurs (chiens compris!) prélèvent environ 200 ovins. Les accidents de montagne, eux, causent la mort de 10′000 ovins en moyenne. Qui réclame des mesures urgentes pour limiter les accidents de moutons dans les ravins? Personne. C’est un risque économique que prennent et assument les éleveurs. C’est ce qui explique que le marcheur en montagne rencontre des moutons dans des endroits invraisemblables, à des altitudes aberrantes, des moutons qui n’ont plus vu un éleveur depuis longtemps, et qui errent selon leur bon vouloir, ou l’herbe disponible.

On voit donc que le loup, objectivement, ne dérange personne, puisque les dégâts qu’il occasionne sont statistiquement dérisoires, et de surcroît peuvent être largement limités par des mesures de précaution éprouvées. Le Valais est à juste titre fier de sa faune, il ne devrait pas a priori s’étouffer de la voir s’enrichir d’un magnifique prédateur – fût-ce à l’éventuel détriment des chasseurs, pléthoriques par ailleurs.

Le constat de Pascal Couchepin signale une évolution psychologique remarquable, que l’on a pu mesurer d’ailleurs ces derniers jours dans la communication du conseiller d’Etat Jacques Melly: loin des rodomontades infantiles de son prédécesseur, il a montré l’embarras que lui causait ce dossier, et aussi la volonté de trouver des solutions plus appropriées que le tir – aveu d’échec s’il en est.

Cela prendra du temps, puisqu’il y a beaucoup de chèvres et de choux à ménager dans le Vieux Pays. L’exemple des cantons voisins est là pour aider. Vaudois, Bernois, Fribourgeois gardent leur calme, et manifestent une philosophie d’ouverture et d’humilité face à un phénomène naturel tout à fait remarquable dans notre monde mécanisé et bétonné. C’est l’irruption du sauvage là où on ne l’attendait plus, qui vient à propos nous rappeler que les autres espèces ont aussi droit à leur espace vital. Le loup n’est pas policé, le loup n’est pas bien élevé, le loup est opportuniste, c’est vrai: et c’est bien ce qui fait de lui notre double ancestral, ressorti de la profondeur du temps et des forêts. Et ça, c’est vraiment très beau.

Philippe Barraud
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