09/08/2010

Crier au loup, ou attraper les voleurs ?

En matière de sécurité publique, les messages de prévention finissent par alimenter le sentiment d’insécurité. Si on attrapait les voleurs, au lieu de crier au loup?

La lecture des faits divers, même petits, est révélatrice de l’évolution d’une société. Ou plus exactement, c’est la réponse que la société donne à ces événements qui est révélatrice.

Les faits divers, c’est souvent ce que l’on appelle, à tort, de la «petite délinquance». Car tout est question de point de vue: c’est vrai sans doute pour les statisticiens, mais certainement pas pour les victimes. A témoin, cette retraitée lausannoise, toujours traumatisée plusieurs semaines après le braquage dont elle a été victime, devant sa maison, par un étranger qui en voulait à sa voiture (24 Heures du 4 août).

On sait que les atteintes aux biens se multiplient: il y a peu encore, on pouvait laisser sa voiture dans la rue sans la verrouiller, le risque de se faire voler était modéré. Aujourd’hui, on casse les vitres des voitures à Lausanne ou à Genève de la même manière qu’à Lyon ou à Marseille; on se fait voler ses effets dans le train ou dans les gares, car les pickpockets pullulent; les mendiants roms se multiplient, en attendant la déferlante que provoquera, dans deux ans, l’accession de la Roumanie et de la Bulgarie à la libre circulation.

Le constat est là, mais on ne sait pas qu’en faire. La retraitée mentionnée plus haut a rapporté que la police lui aurait dit que «après le drame de l’A1, ils ne poursuivaient plus les voitures volées».

Ce n’est probablement pas la vérité, mais cette réponse est emblématique d’un réel malaise. Face à une opinion publique qui ressent avec émotion et crainte la montée de la criminalité, la police se sent bien seule pour répondre à ces peurs, et surtout peu soutenue. Elle souffre manifestement d’un vrai problème de motivation, voire d’une crise de conscience. D’un côté, on voudrait qu’elle soit partout, disponible et efficace; d’un autre côté, on ne cesse de lui taper dessus, de traquer la moindre bavure, de la placer sous la surveillance soupçonneuse de délateurs à téléphone portable et d’avocats spécialisés. La moindre intervention est disséquée à la une des médias, les «victimes», réelles ou non, étalent leur témoignage sans vérification ni contradiction, les avocats distillent impunément les fuites qui les arrangent dans la presse. Quant à la justice, elle se mure derrière le secret de l’enquête. Résultat: la police a tout faux!

C’est une situation dangereuse car, se sachant dans le collimateur, les forces de l’ordre sont tentées de faire profil bas, et d’intervenir à la retirette («On ne poursuit plus les voitures volées»). Et comme le milieu politique, qui devrait les défendre et les motiver, préfère étaler ses divisions et ses divergences idéologiques, elles sont abandonnées à elles-mêmes, à leurs rancœurs, à une déprime malsaine.

Au niveau politique, l’alternative est simple: ou bien on empoigne vraiment le problème, à tous les étages, des communes à la Confédération; ou bien on considère que la dégradation de la sécurité publique est une fatalité, comme la neige en hiver, et on ne fait rien, ou de la prévention, ce qui revient au même et ne coûte pas cher. Par exemple, la police lausannoise multiplie les campagnes de sensibilisation («Videz votre voiture avant qu’on ne vous la vide»); les CFF diffusent des messages dans les wagons pour mettre en garde contre les pickpockets dans les trains et dans les gares.

Le citoyen-contribuable, lui, qui a quelque bon sens, se dit qu’au lieu de culpabiliser et d’inquiéter les gens, on ferait mieux d’arrêter les pickpockets et les voleurs de voitures. Il n’est pas très rassurant d’être à journée faite confronté à des mises en garde contre la criminalité; on peut même voir dans cette prévention obsédante une des causes du sentiment d’insécurité. Ce n’est pas en criant au loup qu’on rassurera la population, mais en révisant les lois qui doivent l’être, et en donnant à la police les moyens de sa tâche, y compris les moyens psychologiques dont elle a besoin, à savoir la confiance et le soutien affiché des responsables politiques.

Dans ce contexte, et puisque la balle est – comme toujours – dans le camp de la politique, il faut se demander, et si possible avant que toute la misère de l’Europe de l’Est ne déferle dans nos cantons, si la libre-circulation des personnes est vraiment un bénéfice pour notre pays, ou s’il serait judicieux de réintroduire un minimum de contrôle aux frontières. Après tout, des pays très civilisés, comme les Etats-Unis, exercent un contrôle strict des entrées. Il n’y a ni honte ni mal à protéger sa population.

Philippe Barraud
www.commentaires.com

07:35 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer