26/07/2010

Et revoilà le débat européen!

Faut-il que le creux de l’été soit creux, pour qu’on nous ressorte un poussif débat européen, à l’image d’une vieille radio fatiguée qui recycle ses émissions du printemps…

Il y a quelques jours, La Première nous a offert un accrochage courtois mais ferme entre Doris Leuthard, présidente de la Confédération, et un journaliste de la chaîne. Récitant le chapelet pro-adhésion obligatoire dans tous les médias, ce dernier ne cessait de ressasser le refrain selon lequel «les bilatérales sont à bout de souffle», «l’Europe est fatiguée de la Suisse», et qu’il fallait donc «passer à autre chose, par exemple, l’adhésion».  Mme Leuthard eut beau lui répliquer fermement qu’il était bien le seul à penser cela («Ce n’est pas l’avis du Conseil fédéral, ce n’est pas l’avis de la Commission européenne»), il n’en démordit pas. Dame, on ne change pas ainsi de religion!

Ce dialogue acidulé est à l’image du débat européen que bon nombre de politiciens, en mal de propositions novatrices, tentent maladroitement de raviver. Certes ils disposent d’un avantage massif, sous la forme de l’appui compact et systématique des médias, qui n’hésitent pas à utiliser les ficelles les plus grossières, voire les plus mensongères. Par exemple, venir affirmer que la Suisse est «humiliée» lorsqu’elle reprend le droit européen à la carte, alors qu’il serait «digne» de se le voir imposer sans possibilités de recours, est assez fort de café. En effet, vouloir faire croire aux Suisses qu’après une adhésion, sous une forme ou sous une autre, la Suisse aurait son mot à dire dans l’élaboration du droit européen, est une vaste plaisanterie. Elle serait la vingt-septième roue du char, loin derrière les décideurs de la France-Allemagne, et ne pèserait d’aucun poids. Par contre, on ne la raterait pas comme contributeur massif au financement de l’usine à gaz.

Les fanatiques de l’adhésion prennent en réalité un risque considérable à relancer ce débat à quelques mois des élections fédérales. D’abord parce que d’ici là, rien ne peut être formellement relancé, et encore moins décidé. Quelle que soit l’agitation ambiante, le Conseil fédéral ne prendra, sagement, aucune initiative dans un contexte préélectoral. Donc, on n’assistera, au mieux, qu’à un grand brassage de vent, parfaitement stérile. C’est d’autant plus vrai que le courant adhésionniste, dans la population, est en berne. Même les jeunes sont hostiles à une telle démarche. On comprend nos concitoyens: l’Europe va mal, la Suisse va bien, pourquoi donc devrait-elle se saigner aux quatre veines, et sacrifier ce qui fait sa spécificité et sa prospérité?

Quel paradoxe, tout de même! Dans l’Union européenne, une bonne partie de la population nous envie – il suffit d’écouter, non pas les politiciens, mais les citoyens des pays de l’UE: parfois, on se surprend à penser qu’ils exagèrent, quand même! Mais rien n’y fait: en Suisse, la coterie politico-médiatique continue à rêver une UE qui n’existe pas, s’estime meurtrie de ne pas avoir un passeport européen, s’indigne de ne pas pouvoir infliger à notre population une TVA à 20%, et un droit européen aussi monumental que tatillon – raison pour laquelle il n’est pas vraiment appliqué: la statistique des directives restées lettres mortes dans certains pays, comme l’Italie, est monumentale.

De toute façon, il est objectivement clair que les Suisses ne sont pas prêts à liquider leurs droits populaires, et la démocratie directe. C’est un obstacle massif et incontournable, sur lequel viendront encore longtemps se fracasser les rêves de carrière européenne de nos politiciens aux dents longues.

Philippe Barraud
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