14/06/2010

Le temps des couleuvres est terminé. Place aux rétorsions contre la Libye

Les Suisses n’ont pas fini de mesurer l’ampleur de la victoire du clan Kadhafi, et par conséquent l’ampleur de leur déshonneur. Les rançonneurs de Tripoli vont maintenant beaucoup s’amuser du spectacle des règlements de compte, indispensables hélas, entre autorités suisses.

La libération du dernier otage suisse en Libye est un soulagement, mais suscite dans le même temps une immense frustration. C’est la victoire de l’arrogance sur l’Etat de droit, le triomphe des méthodes de gangsters, face à des politiciens qui se cramponnent à des principes diplomatiques qu’ils sont les seuls à respecter.

Une fois de plus, la Suisse s’est couchée devant plus brutal qu’elle. Une fois de plus, la Libye arrive à ses fins crapuleuses, en prenant des otages (souvenons-nous du sort effroyables des infirmières bulgares), puis en les libérant contre des rançons colossales – soyez assurés que nous ne connaîtrons jamais les vrais chiffres. S’il se vérifie que l’Etat de Genève a bien versé une rançon de deux millions de francs à Hannibal Kadhafi, alors ce serait une faute politique majeure. D’abord, que l’on sache, aucun tribunal n’a attribué une quelconque indemnité au fils du tyran; ensuite, ce serait reconnaître de facto une culpabilité complète des autorités genevoises dans cette affaire !

Et comme si la couleuvre n’était pas assez grosse, il faut encore avaler cet absurde tribunal arbitral en Allemagne où, n’en doutons pas, on mettra en scène le procès de la Suisse, bien entendu condamnée d’avance. Il ne serait pas surprenant que les Libyens aient dicté, dans une clause secrète du document présenté par Micheline Calmy-Rey, le verdict du tribunal.

Mais le temps des couleuvres et terminé. Les otages sont de retour en Suisse, il est temps de reconquérir notre honneur perdu. Et cela passe par un inévitable règlement de comptes, en Suisse et entre autorités suisses. Il faudra en passer par une grande lessive, aussi bien pour savoir exactement pourquoi nos autorités ont systématiquement fait tout faux, que pour pouvoir un jour tirer un trait sur cette affaire, grotesque de bout en bout. Pour une fois, la mise sur pied d’une commission d’enquête parlementaire serait totalement justifiée.

Sur le plan extérieur, le Conseil fédéral doit s’empresser d’enterrer l’accord signé à Tripoli, ou à tout le moins traîner les pieds, et empêcher la mise en place d’un tribunal d’opérette, inventé pour plaire à Kadhafi et humilier, une fois de plus, la Suisse. Bien sûr, on doit respecter ses engagements. Mais lorsque ceux-ci sont arrachés sous la contrainte, avec des otages à la clé, ils n’ont aucune valeur. La Suisse doit donc se sentir libre, et nullement engagée par ce traité.

On nous dira que les milieux d’affaires s’impatientent, que la Libye est un marché juteux. Nous répondons que les coûts politiques de l’accès à ce marché sont beaucoup trop élevés. Chaque entreprise qui investit dans ce pays et y envoie des délégués, fait courir à la Suisse le risque évident de nouvelles prises d’otages. Or, la Suisse à montré qu’elle était incapable de faire face à ce genre de banditisme d’Etat. Par conséquent, les exigences des milieux d’affaires sont excessives. Moins il y aura d’argent suisse en Libye, mieux la Suisse s’en portera.

Dans cette crise, on à souvent reproché aux acteurs suisses de n’avoir pas pris la mesure du sens de l’honneur des Libyens. Désormais, il est temps que les Libyens apprennent que les Suisses aussi, ont le sens de l’honneur, et qu’on ne peut pas impunément le fouler aux pieds. La Suisse, aujourd’hui, non seulement peut, mais doit, prendre des mesures de rétorsion face à la Libye et à ses intérêts en Suisse.

Philippe Barraud
www.commentaires.com

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07/06/2010

Pétain sous la Coupole

Peut-on monnayer politiquement un acte déshonorant? C’est la pantalonnade à laquelle on a assisté sous la coupole fédérale: livrons des gens piégés par leur banque au fisc américain, mais en échange, donnez-nous une taxe sur les bonus. Quelle ignominie!

Le seul débat digne, dans cette affaire, eût été de s’interroger sur ses dimensions éthiques et morales: a-t-on le droit, en tant qu’Etat souverain, de livrer des personnes jouissant de la présomption d’innocence, à une administration quasi totalitaire telle que l’IRS, l’agence responsable du fisc aux Etats-Unis? Et cela, sachant que des citoyens suisses sont concernés?

Le côté abstrait de la question – ce ne sont pas des réfugiés à la frontière – masque malheureusement ces questions essentielles. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne règle pas une question morale en demandant une compensation pour son déshonneur, ni en brandissant des risques de représailles. Dans le premier cas, c’est de la prostitution (l’histoire du plat de lentilles), dans le second, c’est une capitulation devant les pressions.

Hélas la Suisse, ces derniers temps, est devenue experte en écrasement face aux menaces extérieures, qu’il s’agisse du psychopathe de Tripoli, des dirigeants aux abois de l’Union européenne, ou des Vopos de l’IRS. Il est à craindre que cette fois encore, elle pliera, se vautrera dans le déshonneur – qu’importe, pourvu qu’on sauve nos contrats! Et pas question que le peuple ait l’opportunité de sauver l’honneur: on fera tout pour empêcher un référendum.

En réalité, nous nageons en plein pétainisme, qu’on pare des oripeaux un peu moins dégueulasses du pragmatisme. Mais le fait est là: nous cédons, nous plions toujours sur les questions moralement essentielles, et livrerons ainsi à l’IRS, sans recours possible, 4′500 individus dont le seul tort est d’avoir fait confiance à nos institutions. Oui, nos institutions: il est trop facile de se défausser sur l’UBS, qui trahit ses clients pour sauver sa peau. Le secret bancaire est bel et bien une responsabilité politique, preuve en soit le fait que c’est le gouvernement et le parlement qui le torpillent  aujourd’hui en toute bonne conscience, de peur de se faire taper dessus. Quelle honte!

Philippe Barraud
www.commentaires.com

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