07/06/2010

Pétain sous la Coupole

Peut-on monnayer politiquement un acte déshonorant? C’est la pantalonnade à laquelle on a assisté sous la coupole fédérale: livrons des gens piégés par leur banque au fisc américain, mais en échange, donnez-nous une taxe sur les bonus. Quelle ignominie!

Le seul débat digne, dans cette affaire, eût été de s’interroger sur ses dimensions éthiques et morales: a-t-on le droit, en tant qu’Etat souverain, de livrer des personnes jouissant de la présomption d’innocence, à une administration quasi totalitaire telle que l’IRS, l’agence responsable du fisc aux Etats-Unis? Et cela, sachant que des citoyens suisses sont concernés?

Le côté abstrait de la question – ce ne sont pas des réfugiés à la frontière – masque malheureusement ces questions essentielles. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne règle pas une question morale en demandant une compensation pour son déshonneur, ni en brandissant des risques de représailles. Dans le premier cas, c’est de la prostitution (l’histoire du plat de lentilles), dans le second, c’est une capitulation devant les pressions.

Hélas la Suisse, ces derniers temps, est devenue experte en écrasement face aux menaces extérieures, qu’il s’agisse du psychopathe de Tripoli, des dirigeants aux abois de l’Union européenne, ou des Vopos de l’IRS. Il est à craindre que cette fois encore, elle pliera, se vautrera dans le déshonneur – qu’importe, pourvu qu’on sauve nos contrats! Et pas question que le peuple ait l’opportunité de sauver l’honneur: on fera tout pour empêcher un référendum.

En réalité, nous nageons en plein pétainisme, qu’on pare des oripeaux un peu moins dégueulasses du pragmatisme. Mais le fait est là: nous cédons, nous plions toujours sur les questions moralement essentielles, et livrerons ainsi à l’IRS, sans recours possible, 4′500 individus dont le seul tort est d’avoir fait confiance à nos institutions. Oui, nos institutions: il est trop facile de se défausser sur l’UBS, qui trahit ses clients pour sauver sa peau. Le secret bancaire est bel et bien une responsabilité politique, preuve en soit le fait que c’est le gouvernement et le parlement qui le torpillent  aujourd’hui en toute bonne conscience, de peur de se faire taper dessus. Quelle honte!

Philippe Barraud
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