10/05/2010

Quand les médias indisposent leur public

Rarement les médias auront été à ce point en porte-à-faux par rapport à l’opinion publique – leur principale cliente! Dans l’affaire du gendarme qui a tué un jeune voyou lyonnais, les médias s’avèrent complètement isolés dans leur lecture de l’événement. A tel point qu’ils font désormais de subtils virages à 180 degrés.

Dans la veine tout-émotionnelle qui est aujourd’hui l’alpha et l’oméga de la presse, nos journaux et notre télévision y sont allés de leurs reportages larmoyants dans la banlieue lyonnaise, pour se faire complaisamment mener en bateau par la famille et les potes de la victime (et crever les pneus de leur voiture, pour ce qui est des reporters de 24 Heures). En revanche, personne ne s’est préoccupé de l’état d’esprit du gendarme, de son vécu de l’événement, de ce qu’endurent sa propre famille et ses collègues. Non, on a préféré l’accabler, le traiter d’assassin, lui promettre déjà une accusation de meurtre par dol éventuel, soit quasiment d’assassinat délibéré! Est-il encore utile de confier une arme à un policier, s’il ne peut plus l’utiliser sans risque 25 ans de prison?

La réaction ne s’est pas faite attendre. Cette attitude inadmissible des médias, qui ont pris d’emblée fait et cause pour les délinquants et leurs avocats, en toute méconnaissance de cause (bonjour l’investigation), a été sanctionnée par une grêle de courrier unanime dans les journaux, déclenchée par des lecteurs très fâchés de ces dérapages, et de cette apologie des voyous représentés en innocentes victimes. Il reste que le premier réflexe des médias a été significatif: la police était forcément dans son tort, étant du côté de l’Etat et de la force publique, donc les voyous étaient des victimes. CQFD.

Cette approche était tellement grossière qu’elle a alarmé jusque dans les hautes sphères médiatiques. Ainsi, on a pu lire dans L’Hebdo, sous la plume de Jacques Pilet soi-même, qu’il ne fallait tout de même pas exagérer, et que le gendarme avait fait son boulot: «Le geste fatal a-t-il été «disproportionné» ? Le policier qui, dans le tunnel, vit arriver sur lui le bolide n’avait sûrement pas le recul et la sagesse du juriste qui examine les faits après coup. Aurait-il dû longuement peser le pour et le contre avant de sortir son arme, songer à toutes les circonstances atténuantes que pourrait invoquer le voyou ? On est là en plein délire humaniste.»

De son côté, 24 Heures a publié le 5 mai (trois semaines après les faits, tout de même) un article nettement moins complaisant à propos des voleurs de voitures en cause, qui étaient bel et bien des récidivistes, et depuis leur plus jeune âge.

On comprend bien la nécessité de ce début d’aggiornamento des médias: leurs clients supportent de plus en plus mal de ne pas se retrouver dans leurs journaux, leurs magazines et leur radio-télévision. Plus que jamais, l’omniprésence des idées de gauche dans ces médias, distillée sur un ton péremptoire par de jeunes journalistes sans expérience de la vie et du monde, insupporte le consommateur-payeur. Entre parenthèses, si les journalistes expérimentés ne devenaient pas tous chefs, on les entendrait et on les lirait plus souvent.

Le consommateur-payeur est devenu un acteur économique très important, à l’heure où les recettes publicitaires ont fondu, à l’heure où les gens vont s’informer sur le net, plutôt que de subir un catéchisme payant. A ce titre, la prétention de la SSR d’obtenir des recettes supplémentaires est totalement irrecevable, et le chantage misérable auquel s’est livré M. Walpen n’a fait que rendre impossible toute idée d’augmenter la redevance.

Il faut espérer que les consommateurs de médias continuent à se manifester, et que les éditeurs prennent rapidement la mesure du problème d’équilibre qui est le leur, sauf à perdre leurs dernières recettes.

Philippe Barraud
www.commentaires.com

09:16 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer