07/05/2010

L’armée suisse ne sera jamais une troupe de CRS

On est soulagé d’apprendre que Ueli Maurer n’a pas défendu les propositions extravagantes de son propre département sur l’avenir de l’armée lors des entretiens de Watteville. Il n’empêche: cette affaire est tout simplement grotesque.

On se demande d’ailleurs qui a organisé ces fuites abracadabrantes (à télécharger sur www.commentaires.com), et pourquoi. En gros, ce document-mystère, manifestement destiné à brouiller les cartes, consiste à accepter sans conditions toutes les exigences du Groupement pour une Suisse sans armée et des milieux pacifistes. En substance donc, l’armée n’a plus pour mission la défense militaire du territoire, mais devient un corps de police subalterne, destiné à aider les polices cantonales en cas de besoin. Ses blindés et tout son armement sont à mettre à la ferraille! On pourrait comparer ce modèle à celui des compagnies de CRS en France – exaltante perspective pour notre jeunesse, non?

Un tel changement de paradigme dans la défense nationale mériterait assurément mieux qu’une fuite miteuse, que des explications fumeuses de la part d’un conseiller fédéral qui dit une chose et son contraire à 24 heures de distance, et que des applaudissements déplacés de la part du vice-président de la Société suisse des officiers. Après tout, la suppression pure et simple de l’armée devrait quand même inquiéter les officiers supérieurs, plutôt que les réjouir!

Toute cette affaire est terriblement mal emmanchée, et porte un préjudice considérable à une institution déjà très affaiblie par ceux-là même qui devraient la défendre. On ne sait pas à quoi jouent les penseurs du département de la défense, mais c’est assurément un jeu indigne et contreproductif, propre à agacer une population écœurée par la désinvolture et l’incompétence de sa classe politique en matière de défense.

On ose même ajouter que le moment est particulièrement mal choisi pour baisser la garde. L’Europe et le monde son en train de s’enfoncer dans un tunnel de crises multiples et durables – financière, énergétique, climatique, démographique… – dont personne ne sait sur quoi elles déboucheront. Une hypothèse parmi d’autres est qu’elles engendreront des réactions violentes, populaires ou autoritaires (les colonels en Grèce, ce n’est pas si loin), et que tout le continent européen, politiquement inexistant, pourrait s’en trouver déstabilisé, jusqu’à la guerre. Oui, même la guerre: il ne faut jamais exclure le pire lorsqu’on envisage l’avenir, car à vouloir exclure des hypothèses a priori, on s’expose à se retrouver désarmé le moment venu. Pour la Suisse, c’était le cas en 1914, c’était le cas en 1940…

Philippe Barraud
www.commentaires.com

18:25 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer