26/04/2010

L’Eglise catholique face au désastre

L’acharnement dont fait l’objet l’Eglise catholique, suite aux révélations d’abus pédophiles qui se multiplient en cascade, a quelque chose de suspect. Comme si on voulait aller bien au-delà de l’objet du scandale, et viser l’institution elle-même, et son chef, Benoît XVI.

 

Le fait est que toutes sortes de groupes et de mouvements ont intérêt à en rajouter. On trouve des gens animés par un vieux fond d’anticléricalisme désuet, des intégristes de l’athéisme toujours aussi agressifs, et des médias qui se complaisent dans le registre destructeur, convaincus que toute autorité est par essence malfaisante. C’est comme si l’on voulait jeter le discrédit non pas sur quelques individus dévoyés, mais sur l’institution toute entière, et ceux qui la servent. Tous pédophiles?

Il faut tout de même remettre l’église au milieu du village, si on ose cette expression. Dans la société, le 99,9 % des pédophiles ne sont pas des prêtres, mais des citoyens lambda d’apparence respectacle, honnêtes travailleurs, voire bons pères de famille qui, dans la plupart des cas, abusent d’enfants qui leur sont apparentés. On le sait, la majorité des abus sexuels sur des enfants se produit dans le cadre familial. Ainsi, il y a infiniment plus de “tontons abuseurs” que l’Eglise catholique n’a connu de prêtres dans toute son histoire. Donc, méfions-nous de l’effet médiatique grossissant, qui stigmatise la pointe de l’iceberg et ignore tout le reste. Il n’en reste pas moins, faut-il le dire, que les abus commis par un détenteur d’autorité, qui plus est morale, sont d’une gravité particulière, puisque la victime est en état de sujétion ou de dépendance, et croit pouvoir faire confiance.

Curieusement, si les médias “mettent le paquet” pour recueillir – ou susciter – les témoignages et les dénonciations de prêtres pédophiles, ils s’intéressent beaucoup moins aux abus qui sont commis dans d’autres institutions religieuses, comme les écoles coraniques ou les monastères bouddhistes. Etonnant, non? Chaque année, dans ces institutions, des milliers de gamins, venant souvent de milieux très pauvres, sont “pris en charge” par des adultes qui ne sont pas tous de purs esprits. Or curieusement, on ne parle jamais de cela. Sans doute l’enquête journalistique est-elle trop difficile, mais plus vraisemblablement, il est probable que le scandale ne prendrait pas.

Il faut dire que la pédophile n’a pas toujours été regardée comme une abomination. Au XXe siècle (même sur la fin !), nombre d’écrivains, de photographes, de chanteurs et d’artistes divers se sont construit une notoriété certaine dans ce registre, avec des oeuvres qui aujourd’hui suscitent le dégoût. Pendant longtemps, l’homme le plus riche d’Allemagne, Friedrich Alfred Krupp, a pu abuser un nombre incalculable de jeunes Italiens à Capri, à l’Hôtel Quisisana, au vu et au su de tout le monde, puisque des photos de ces orgies circulaient. L’hôtel, aujourd’hui, mentionne Krupp parmi les grands personnages qui ont fréquenté ses suites et contribué au développement touristique de l’île, aux côtés de Hemigway, Tom Cruise ou Jean-Paul Sartre…

Retour à l’Eglise catholique. Les conseilleurs, qui savent tout mieux que personne, enjoignent le Vatican de supprimer l’obligation du célibat des prêtres, et le tour sera joué. Comme si les prêtres pédophiles se rabattaient sur les enfants, faute de pouvoir se marier ! Sans doute la possibilité donnée au prêtres de pouvoir se marier, comme ils ont pu le faire jusqu’au XIIe siècle, résoudrait un certain nombre de problèmes, à commencer par le recrutement de séminaristes. Mais pour le reste, cela n’a rien à voir: la pédophilie est une déviance sexuelle, qui résulte notamment de l’incapacité d’un adulte à développer des relations affectives normales, y compris sexuelles, avec d’autres adultes. Par conséquent, un individu frappé de cette déviance, qu’il soit laïc ou religieux, ne résoudra pas son problème dans le mariage avec un femme.

Le plus urgent pour l’Eglise est de reconnaître les crimes qui ont été commis et de tenter de les réparer. Mais surtout, elle doit tout mettre en oeuvre pour éviter que de telles horreurs ne se reproduisent à l’avenir, et c’est là un chantier considérable. Mais c’est seulement ainsi qu’elle pourra réparer les dommages incalculables faits à son image, et donc par conséquence à son autorité morale et spirituelle.

Philippe Barraud
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22/04/2010

Comment transformer les coupables en victimes

Le Conseiller d'Etat Philippe Leuba est dans le collimateur. En tant que responsable de la police et de la justice, il doit faire face à un classique renversement des responsabilités: si deux délinquants sont morts des conséquences directes de leurs actes, c'est de sa faute!

Premier acte. Un détenu met le feu à sa cellule à Bochuz. Il ne peut pas ignorer qu'il prend là un risque mortel. Les gardiens et les secours cafouillent, si on en croit les conversations obtenues - on ne sait comment - par les médias (apparemment, les lignes de la police ne sont pas sécurisées, bonjour la confidentialité). Finalement le détenu décède. La responsabilité en est attribuée aux gardiens et aux secours, et donc in fine au conseiller d'Etat. Etrange.

Deuxième acte. Un jeune homme, membre d'une de ces innombrables bandes de voyous lyonnais qui écument la Suisse romande, est tué lors d'un vol de voitures. Lui aussi devait savoir qu'il prenait un risque considérable en allant, le week end, voler des voitures de luxe en Suisse. Qu'importe: le délinquant est devenu au fil des jours une victime innocente. 24 Heures gratifie ainsi ses lecteurs d'un reportage larmoyant dans le quartier et la famille de la victime, qui parle de "malentendu", d'un garçon sage et parfait. On comprend la douleur de cette famille, mais on n'est pas tenu de prendre ce qu'elle dit pour argent comptant.  Surtout, on n'est pas obligé de "marcher" dans la stratégie médiatico-politique qui consiste à présenter les délinquants en anges du ciel, et les policiers et l'Etat en démons assoiffés de sang.

C'est extrêmement lamentable de mourir d'une balle à la fleur de l'âge pour une bagnole, ou d'asphyxie dans une cellule. Et si, manifestement, les fonctionnaires en cause ont réagi de manière inadéquate, pusillanime ou disproportionnée, cela n'autorise personne à les charger, eux seuls, du fardeau de ces deux malheurs. La police doit-elle protéger la société, ou les délinquants?

Les policiers font un travail de plus en plus difficile, de plus en plus dangereux, de moins en moins considéré, et sous la surveillance constante de badauds qui n'ont rien de plus pressé que de "balancer" de supposées bavures, téléphone portable à la main - des témoignages dont les médias sont friands, même si la vérification est parfois bien légère.

L'attaque en règle menée contre Philippe Leuba et ses services est motivée avant tout par des considérations politiciennes. C'est indigne d'une problématique qui va nous exploser à la figure ces prochaines années, celle de l'augmentation constante de la criminalité, et de la violence des actes commis. Et ce ne sont pas les innombrables ONG et mouvements divers de dénonciation bien-pensants qui fleurissent dans notre canton, qui vont nous en protéger.

Philippe Barraud
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18/04/2010

Défense et armée: revenir aux fondamentaux

Le projet de Rapport sur la politique de sécurité ne cède ni aux caprices des politiciens, ni aux sirènes d’une hypothétique modernité. Il a donc été fusillé dans le dos. Mais quand on entend ce que les uns et les autres, officiers en tête, ont à proposer, on se dit que le Conseil fédéral est peut-être le seul à garder la tête froide.

La publication du projet a donné lieu à de fougueux commentaires, jamais favorables bien évidemment, mais tour à tour méprisants, ricanants ou inquiétants. Et pendant ce temps, face au spectacle d’un Conseil fédéral faible et d’une armée abandonnée par les politiques, les hyènes sortent du bois, du GssA aux Jeunes radicaux, par qui on entend ceux qui veulent supprimer l’obligation de servir dans un premier temps, et l’armée elle-même ensuite.

Il n’aura pas échappé au citoyen que parmi les reproches les plus véhéments adressés au gouvernement, il y a d’une part l’impasse faite sur la cybercriminalité, et d’autre part une conception qui ne mise pas sur les alliances et la coopération avec des armées étrangères. Regardons-y de plus près.

1. Les mirages de la cybercriminalité

Ah ! La cybercriminalité ! En voilà un concept à la mode, qui donne immédiatement l’air intelligent à celui qui l’évoque. Et on peut en parler d’autant plus péremptoirement que personne ne sait de quoi il s’agit. A entendre nos experts indiscutables, il faudrait supprimer l’aviation et les blindés pour les remplacer par quelques régiments de hackers, car la guerre de demain sera un jeu vidéo… Tout cela relève du fantasme d’adolescent.

La cybercriminalité est une réalité, mais elle est davantage du ressort de la police que des forces armées, lorsqu’il s’agit de criminalité économique par exemple, ou d’actes malveillants contre l’Etat d’origine maffieuse. Dans le cadre d’une guerre, il faut se demander à quoi peut servir une cyberattaque, puisqu’elle ne peut pas être une fin en soi.  En réalité, il n’y a là rien de très nouveau sous le soleil: la cyberattaque est simplement (façon de parler!) un moyen supplémentaire à la disposition d’un agresseur pour affaiblir et de désorganiser l’ennemi, au même titre que les sabotages, la cinquième colonne et l’espionnage. Mais de telles actions ne peuvent pas constituer l’essentiel de l’attaque. Il faut rappeler en effet que le but d’une agression reste pratiquement toujours l’occupation d’un territoire, pour en tirer profit, ou le contrôler politiquement. Et cet objectif ne peut pas être atteint par de lointains hackers, mais bien par… des avions, des blindés, de l’artillerie, une nombreuse infanterie, et une lourde logistique. Et là, on retrouve la guerre classique, dans laquelle mieux vaut disposer d’une armée, classique elle aussi. Donc oui, il faut protéger au maximum nos installations informatiques contre les cyberattaques, mais aussi contre l’espionnage et l’ennemi intérieur, et encore contre les armes à neutrons destinées à neutraliser les moyens électroniques non-blindés – c’est-à-dire le 99% des réseaux et des moyens informatiques du pays !

2. Les mirages de la coopération

La coopération maintenant. Bien sûr, en temps de paix, les Etats ont tendance à signer des quantités de traités de coopération, d’amitié indéfectible et de défense commune: ça ne mange pas de pain, et c’est bon pour les échanges commerciaux. Mais au-delà des aspects économiques, de tels documents ne servent à rien en temps de paix, et encore moins en temps de guerre. C’est lorsque tombent les premières bombes qu’on en réalise, en général, la vacuité et l’hypocrisie. La Tchécoslovaquie et la Pologne, pour ne citer que ces deux exemples, peuvent en témoigner douloureusement, parce que les Etats supposés les aider en 1940 ont préféré défendre leurs propres intérêts. Les traités de coopération militaire sont d’autant plus dangereux que les amis d’hier peuvent se retrouver dans le camp des ennemis de demain. En 1940, la Suisse espérait pouvoir compter sur la coopération de la France en cas d’attaque sur son territoire. Las ! La «meilleure armée du monde» a été balayée en quelques jours, et c’est Heinrich Himmler qui plastronnait sur nos frontières du Jura! Un peu plus tard, c’est l’Union soviétique qui s’alliait aux Nazis, pour pouvoir mettre la main ensuite sur l’Europe de l’Est.

Voilà pourquoi la Suisse ne devrait jamais adhérer à un système de défense international, qui volera aussitôt en éclats si une guerre devait éclater, parce que chaque Etat membre, c’est humain, se repliera sur ses propres intérêts.

3. Quand les officiers disent n’importe quoi

Donnons acte au Conseil fédéral que la mission de concevoir les formes que la menace pourrait prendre demain est une mission fondamentalement impossible. Preuve en soit le fait que, même face à une guerre imminente, les Etats sont incapables de s’y préparer. Pour mieux comprendre ce phénomène, voici une citation très éclairante de Douglas Macarthur, héros de la guerre du Pacifique: «L’histoire d’une guerre perdue peut se résumer en deux mots: trop tard ! On comprend trop tard les desseins meurtriers d’un ennemi potentiel; on prend conscience trop tard du danger mortel; on se prépare trop tard; il est trop tard quand on unit toutes les forces possibles, trop tard lorsqu’on s’entend avec ses amis.»

C’est exactement le syndrome qui a provoqué l’effondrement de la France en 1940, dont l’armée avait été affaiblie à la fois par les conceptions dépassées des héros de la Grande Guerre, et par le pacifisme écervelé de la classe politique du Front populaire. A ce moment-là, un certain colonel de Gaulle essayait en vain de secouer le cocotier, mais personne ne l’écoutait.

Le moins que l’on puisse dire est que la réflexion stratégique, en Suisse, part dans tous les sens, ce qui ne fait qu’ajouter à la confusion générale. Et on regrette que des officiers s’abandonnent à des déclarations publiques qui n’ont pas lieu d’être (on pense à André Blattmann), ou à des sortes de délires conceptuels qui font le miel des pacifistes et des ennemis de l’armée en tant qu’institution. Dans 24 Heures des 17-18 avril, le lt-colonel EMG Ludovic Monnerat, qu’on a connu mieux inspiré, livre des déclarations qui sont, précisément, très inquiétantes, non seulement pour l’avenir de l’armée, mais de la Confédération elle-même. Il écrit ainsi: «Il faut le constater: l’Etat-nation helvétique comme entité clairement délimitée, reposant sur une large unité à la fois géographique, populaire et décisionnelle, disparaît peu à peu. La Suisse du XXIe siècle a de moins en moins à voir avec les 41 285 km² de son territoire dit national. Se concentrer sur celui-ci est aussi logique qu’évaluer une partie d’échecs à l’aune d’une fraction de l’échiquier.
Un Etat moderne comme le nôtre se transforme et voit son existence s’inscrire toujours plus dans des espaces inédits, éloignés des montagnes et des lacs qui pourtant l’incarnent. Pour en tracer les frontières et les reliefs véritables, il nous faut des cartes nouvelles, décrivant le terrain sémantique et l’espace cybernétique, les transversales financières et les nœuds énergétiques, les terrains-clefs identitaires, les vulnérabilités juridiques, ou encore les points d’appui diplomatiques.»

Ces propos sont effarants. On est entre le délire psychédélique et le pacifisme sans frontières – sans oublier une furieuse contradiction: puisque, nous dit M. Monnerat, la Suisse n’existe plus (Ben Vautier est dépassé !), à quoi bon réfléchir aux missions de son armée, ou mieux, à quoi bon une armée, à quoi bon une Confédération, puisqu’on va se fusionner dans le Grand Tout?

Nous croyons au contraire que la Suisse a l’obligation de s’affirmer de plus en plus en tant qu’Etat. Les attaques dont elle a fait l’objet ces derniers mois montrent à elles seules l’impérieuse nécessité d’une défense tout azimut, qui implique les moyens politiques, diplomatiques et militaires. Aux yeux de ses voisins, la Suisse n’est pas un aimable pays de paysans de montagne qu’on prendra sous son aile s’il le faut, mais un grenier bien rempli et mal défendu qu’il s’agit de s’approprier. Et ce ne sont sûrement pas ces voisins-là qui nous protégeront en cas de malheur, s’il leur apparaît que ce serait contraire à leurs intérêts à long terme (comme de ne pas se fâcher avec une grande puissance).

C’est triste à dire mais c’est ainsi: dans les relations entre Etats, on peut éventuellement se permettre une confiance limitée en temps de paix. Mais en temps de guerre, c’est chacun pour soi – tâche déjà insurmontable parfois! Il arrive que le pessimisme soit gage de survie…

Philippe Barraud
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16/04/2010

Guisan et les révisionnistes dévoyés

La Première a cru devoir offrir à Jost sa tribune pour vilipender Guisan le 12 avril, le jour même du 50e anniversaire de sa mort. Le journaliste qui lui servait la soupe osa même parler du Réduit comme une forme de “collaboration” avec les Nazis.

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