22/04/2010

Comment transformer les coupables en victimes

Le Conseiller d'Etat Philippe Leuba est dans le collimateur. En tant que responsable de la police et de la justice, il doit faire face à un classique renversement des responsabilités: si deux délinquants sont morts des conséquences directes de leurs actes, c'est de sa faute!

Premier acte. Un détenu met le feu à sa cellule à Bochuz. Il ne peut pas ignorer qu'il prend là un risque mortel. Les gardiens et les secours cafouillent, si on en croit les conversations obtenues - on ne sait comment - par les médias (apparemment, les lignes de la police ne sont pas sécurisées, bonjour la confidentialité). Finalement le détenu décède. La responsabilité en est attribuée aux gardiens et aux secours, et donc in fine au conseiller d'Etat. Etrange.

Deuxième acte. Un jeune homme, membre d'une de ces innombrables bandes de voyous lyonnais qui écument la Suisse romande, est tué lors d'un vol de voitures. Lui aussi devait savoir qu'il prenait un risque considérable en allant, le week end, voler des voitures de luxe en Suisse. Qu'importe: le délinquant est devenu au fil des jours une victime innocente. 24 Heures gratifie ainsi ses lecteurs d'un reportage larmoyant dans le quartier et la famille de la victime, qui parle de "malentendu", d'un garçon sage et parfait. On comprend la douleur de cette famille, mais on n'est pas tenu de prendre ce qu'elle dit pour argent comptant.  Surtout, on n'est pas obligé de "marcher" dans la stratégie médiatico-politique qui consiste à présenter les délinquants en anges du ciel, et les policiers et l'Etat en démons assoiffés de sang.

C'est extrêmement lamentable de mourir d'une balle à la fleur de l'âge pour une bagnole, ou d'asphyxie dans une cellule. Et si, manifestement, les fonctionnaires en cause ont réagi de manière inadéquate, pusillanime ou disproportionnée, cela n'autorise personne à les charger, eux seuls, du fardeau de ces deux malheurs. La police doit-elle protéger la société, ou les délinquants?

Les policiers font un travail de plus en plus difficile, de plus en plus dangereux, de moins en moins considéré, et sous la surveillance constante de badauds qui n'ont rien de plus pressé que de "balancer" de supposées bavures, téléphone portable à la main - des témoignages dont les médias sont friands, même si la vérification est parfois bien légère.

L'attaque en règle menée contre Philippe Leuba et ses services est motivée avant tout par des considérations politiciennes. C'est indigne d'une problématique qui va nous exploser à la figure ces prochaines années, celle de l'augmentation constante de la criminalité, et de la violence des actes commis. Et ce ne sont pas les innombrables ONG et mouvements divers de dénonciation bien-pensants qui fleurissent dans notre canton, qui vont nous en protéger.

Philippe Barraud
www.commentaires.com

11:20 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer